BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République
Ce qui vient de se passer à Guenon (à 40 km de Pô) dépasse les limites de l’inacceptable, humainement parlant. En quelques heures, des frères se sont entretués, laissant sur le carreau des cadavres à la merci des charognards et des porcs. La chefferie coutumière, sur cette terre où tout passe, doit-elle offrir de tels spectacles insoutenables alors qu’elle fait partie du tréfonds culturel du Burkina ? Malheureusement, c’est la conséquence de la transgression des règles établies depuis des décennies, qui est à la base d’une telle violence. On le sait, dans toute chefferie coutumière, il y a des règles de succession et de fonctionnement qui sont bien connues et dont le respect constitue le ciment unificateur de la société. Quand, par le truchement des intérêts partisans, ces règles sont piétinées par des politiciens irresponsables tapis dans l’ombre et des puissances d’argent, il ne faut pas s’étonner que la cohésion sociale vole en éclats avec des conséquences dramatiques.
Mais si l’on fustige ces intrusions grossières et dangereuses, comment accepter que les familles princières n’aient pas gardé leur vigilance et aient laissé certaines personnes semer la graine de la division ? Qu’ont-elles gagné dans ces affrontements et drames humains, sinon la désolation, la rancœur, le malheur et le retard de développement de leur localité ? C’est la faute aux chefferies coutumières qui ont laissé la politique diviser leurs rangs et piétiner leurs règles d’or. Du même coup, avec les derniers évènements de Guenon, on peut se demander à quoi sert la chefferie coutumière au Burkina si elle doit entraîner des morts à chaque poussée d’adrénaline. Question existentielle.
Ce qui est sûr, ce modèle semble s’essouffler, dans une société où déjà les valeurs culturelles et humaines se désagrègent. C’est pourquoi il est important que, pour conserver la substantifique moelle, qui fait sa beauté et sa force morale, la chefferie coutumière entre dans la République. Et cela doit commencer par le recours à la justice dans les cas avérés de troubles à l’ordre public et de meurtres. Au lieu de vouloir régler les conflits de façon expéditive et extrajudiciaire, il est bon que le droit soit dit quand une personne passe de vie à trépas et que les responsabilités soient situées quand des maisons sont incendiées. Dans un Etat de droit, la justice ne peut certainement pas décider quel prince sera déclaré chef, mais elle peut prendre ses responsabilités en cas de troubles à l’ordre public.
En attendant, il est bon d’éteindre le feu qui couve dans plusieurs familles princières à travers le Burkina, de Falangountou à Gayéri en passant par Yako et Guenon. Pourquoi ne pas créer un haut conseil de la chefferie coutumière, qui regrouperait les notabilités les plus importantes au Burkina ? Cet organe pourrait se pencher sur les situations tendues et proposer des solutions apaisées pour ramener la paix dans les villages. Il y va de la cohésion sociale déjà en péril à cause de plusieurs facteurs socioéconomiques.
SIDZABDA
Le Pays

