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Politique : Roch, un candidat « suspect » à la présidentielle de 2015

Accueil > Actualités > Politique • • vendredi 24 février 2012 à 02h02min

Roch a jeté un pavé dans la mare en annonçant son prochain départ à la tête du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti présidentiel. La nouvelle est tombée à la fin de la réunion du bureau politique du parti en mi-janvier qui a aussi décidé de la tenue du congrès en mars au lieu de juillet 2012. Dans le landerneau politique, on s’interroge sur les raisons du départ « précipité » de celui qui apparaissait comme le dauphin du président Compaoré. Plusieurs raisons ont été avancées allant des dissensions internes au sein du parti à ses accointances réelles ou supposées avec certains opposants en passant par sa longévité à la tête du parti (8 ans). Ce qui est sûr, l’homme cristallise beaucoup de passions autour de sa personne au point que ses moindres déclarations et gestes font l’objet de longues supputations. Des sources dignes de foi n’excluent pas qu’il se soit retiré pour bien préparer sa candidature à la présidentielle de 2015.

Le président Blaise Compaoré a-t-il définitivement renoncé à modifier l’article 37 de la constitution pour se représenter en 2015 ? Dans son propre camp, beaucoup en sont convaincus. Le président du CDP en premier. C’est pourquoi il a fait un revirement à 180 degré pour reconnaitre les vertus de l’alternance. C’est la première fois en effet qu’un haut responsable de l’Etat parle de l’alternance en termes positifs depuis la tenue du forum sur l’alternance par Zéphirin Diabré et ses amis en mai 2009. Toutes les sorties des responsables du camp présidentiel tendaient à vilipender l’idée même de changement à la tête des institutions.

L’année 2010 a été particulièrement riche en petites déclarations assassines contre l’alternance. Roch lui-même n’avait pas hésité à qualifier l’article 37 d’anti-démocratique parce que dans sa mouture actuelle, il permet l’alternance. Si tout le monde s’accorde aujourd’hui pour magnifier l’alternance, c’est que le chef de l’Etat a dû lâcher du lest sur l’article 37. Il a suffisamment été instruit par les événements qui se déroulent dans le monde. D’abord chez les Arabes. Au Maghreb, tous les présidents qui sont arrivés au pouvoir comme lui dans les années 80 ou avant ont été balayés par leurs peuples. Ben Ali (novembre 1987) en premier suivi de Moubarak (octobre 1981) et de Kadhafi (septembre 1969). Ils ont été renversés de la manière la plus honteuse après avoir cumulé des décennies de dictature. Au Moyen-Orient, les dirigeants qui résistent à la volonté de changement de leurs peuples ne tiendront plus longtemps. Le président Saleh du Yemen a tenté tous les coups pour rester, mais il a fini par plier. Le Syrien Bachar suivra le même chemin.

Ce qui se passe dans ces parties du monde influence incontestablement les autres pays du globe. Les différences culturelles n’ont aucune prise en la matière. Pour preuve, on a vu les rues de la Russie s’illuminer aux couleurs des révolutions arabes au cours du mois de décembre et de janvier. Que dire alors des frontières qui sont à côté. On voit déjà les conséquences des révolutions maghrébines sur les pays comme le Mali et le Niger. Ces deux pays sont en situation de guerre. Leurs troupes sont mobilisées pour faire face au retour massif de leurs jeunes ressortissants qui servaient dans l’armée de Kadhafi. Ces jeunes, peut-être instrumentalisés par des politiques, sont en quête d’emploi et les armes constituent à leurs yeux les seuls moyens de s’exprimer. Leur culture politique acquise au pays de Kadhafi les prédispose à cette forme de revendication. Mais il est fort à parier que le Mali et le Niger seront solides pour résoudre ce problème car ils disposent d’institutions démocratiques.

En revanche, cette situation n’est pas forcément à l’avantage des autorités burkinabè. Contrairement aux années 90, personne n’appellera le président burkinabè pour l’aider à négocier avec ses rebelles. La Mauritanie vient d’abattre la carte maitresse de la diplomatie Compaoré dans l’affaire des otages occidentaux au Sahel en lançant un mandat d’arrêt international contre Moustapha Chafi, le conseiller occulte du président Compaoré. Le Mali vient de lui emboiter le pas en déclarant que des éléments d’AQMI se battent auprès des rebelles touaregs au nord du pays contre son armée. Ces deux capitales annoncent par là que le recours à la médiation extérieure n’est pas à l’ordre du jour. Elles disqualifient du coup la carte Compaoré. En outre, la normalisation de la situation en Côte d’Ivoire confère à son président le rôle d’interlocuteur des puissances occidentales dans la sous région ouest-africaine au détriment du doyen des chefs d’Etat de la sous région.

Il suffit de remarquer tous les égards accordés à Alassane Ouattara lors de sa visite d’Etat à Paris les 25, 26 et 27 janvier pour s’en convaincre. Aux yeux des occidentaux, le président ivoirien jouit sur tous les plans davantage de légitimité que nombre de ses pairs d’à côté. En fin observateur, le président burkinabè a dû se rendre compte de tous ces revirements à son encontre. Sa situation sur le plan intérieur explique en partie ses déboires. Il n’échappe à personne que le pouvoir burkinabè vit régulièrement des crises violentes depuis l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il ne se passe plus trois ans sans que le régime ne soit secoué par des troubles socio politiques et militaires (2004, 2006, 2008, 2011). On a l’impression que le pays vit au ralenti, en attente de quelque chose.

Dans le camp du président, les luttes ne font que s’exacerber. Après la tentative infructueuse de la succession dynastique du pouvoir avec François Compaoré qui a essuyé des résistances au sein même du parti, le président et son cercle d’amis s’étaient résolus à modifier l’article 37 pour rester au pouvoir. Mais le temps a joué contre cette option. C’est pourquoi, le départ du président n’est plus tabou dans les cercles du pouvoir. Chacun affûte ses armes pour la succession. Le CDP va inévitablement imploser. Ce n’est pas le souhait de Blaise Compaoré, mais c’est la logique des longs règnes. Mais bien avant, les héritiers se battent pour contrôler le parti. En réalité, on doit parler de ses lambeaux car les déchirures vont l’abîmer fortement. En attendant, la bataille du contrôle du parti est ouverte.

C’est ce qui est en jeu aujourd’hui au sein du CDP. Il y a schématiquement trois camps qui s’opposent. Le premier camp se compose des éléments militaires et civils de l’ex-Union des communistes du Burkina (UCB) et des éléments proches de la FEDAP/BC. Cette coalition a poussé le président à rester au pouvoir, mais au regard du contexte, elle s’est résolue à jouer une autre carte que celle de Blaise Compaoré. Leur tête de prou aujourd’hui, c’est le ministre Bongnessan Arsène Yé. Il est pressenti pour remplacer Roch Kaboré à la tête du parti au congrès de mars prochain. Mais il ne fait pas l’unanimité au sein même de son groupe politique pour la succession du président Compaoré. Les éléments militaires (Palm, Sédogo, Diendéré et Bassolet) le soutiennent du bout des lèvres.

C’est parmi les civils proches de la FEDAP/BC qu’il a un peu la côte. Les François, Yoda et autres Assimi joueraient pour l’instant sa carte. Les amis étrangers du président conseilleraient, eux, de mettre Bassolet en orbite. Ces amis du président voyaient également Yonli, mais Bassolet a plus d’atouts que l’homme de Tansarga. Il a l’expérience de la scène internationale et sur le plan intérieur, il n’est pas très politiquement marqué.

Les alliances en cours

En contrôlant l’appareil du parti, il serait plus aisé pour ce camp de préparer la succession. C’est pourquoi, il négocie une alliance avec le deuxième camp, celui de Salif Diallo. Même affaibli par son éloignement du pays et sa suspension du parti pendant quelque temps, ce dernier conserve beaucoup de forces dans le parti. De retour au pays depuis les vacances dernières, Salif cherche à reconstituer son clan autour des anciens membres du Groupe des communistes du Burkina (GCB) et des militants de la 25ème heure qu’il avait propulsés à la tête de certains ministères et directions. Il dispose également d’un bon réseau de soutien à l’intérieur du pays, patiemment construit quand il dirigeait le ministère de l’Agriculture.

Aujourd’hui, il est peu probable qu’il se batte pour prendre la tête du parti, mais il va certainement négocier judicieusement sa place. L’enjeu pour lui, c’est de positionner de manière favorable ses camarades lors des élections couplées à venir. L’alliance entre ces deux camps serait presque scellée contre le troisième camp incarné par Roch Marc Christian Kaboré. C’est ce qui expliquerait l’annonce précipitée de son départ. Mais en se coalisant contre Roch, les deux autres camps le mettent sur la défensive. Il est obligé de riposter. S’il ne contrôle plus le parti, il va en créer un autre. Certes, ce n’est pas la première fois qu’on lui prête cette intention, mais cette fois-ci, la situation est plus propice. Comme tout laisse croire que le président Compaoré ne se présentera plus, les nombreux soutiens de Roch vont le mettre devant le fait accompli. S’il ne prend pas lui-même l’initiative, ils le feront à sa place, comme les amis de Zéphirin l’ont fait en 2005 en créant le RPC.

Plus que Zeph, Roch bénéficierait du soutien important de plusieurs groupes d’influence : lobby diffus de commerçants qui lui doivent leur entrée et leur maintien dans le monde des affaires, lobby politique où sa générosité et sa modération l’ont fait préférer à beaucoup de ses compagnons de parti, enfin lobby des chefs traditionnels qui voient en lui le digne représentant de la monarchie traditionnelle dans le système. Après sa déchéance en 1996, il avait enduré une longue traversée du désert. Cette expérience ne risque pas de se renouveler. Il ne va plus attendre. A l’époque, il a fallu attendre la crise consécutive à l’assassinat de Norbert Zongo pour le remettre en selle.

En 2002, il est élu à la tête de l’Assemblée nationale, puis un an après, il est appelé à diriger le parti présidentiel. Huit ans après, le président Compaoré ne le repêchera plus, même s’il en a l’intention, son entourage ne le laissera pas faire. En se mettant donc en réserve du parti, Roch et ses amis se donnent le recul nécessaire pour préparer la présidentielle à venir. C’est ce qui explique pourquoi ils ont travaillé main dans la main avec l’opposition pour asseoir une CENI crédible. Le choix d’aller à la biométrie est également à mettre à leur crédit. Sûr de ses forces, le camp de Roch ne craindrait pas d’élections propres. C’est ce qui lui vaut l’accusation d’être en accointance avec le parti de Me Bénéwendé Sankara, l’UNIR/PS. Ce qui est sûr, le paysage politique est appelé à se recomposer avant la présidentielle de 2015.

Abdoulaye LY

MUTATIONS N. 6 de février 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)

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