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Des taxis motos à Ouaga ?

Accueil > Actualités > Opinions • • mercredi 20 octobre 2004 à 06h52min

L’Afrique semble être un concentré de tous les maux de ce bas monde. Les dirigeants africains doivent ainsi attaquer sur tous les fronts pour venir à bout du sous-développement du continent. Beaucoup de ces maux viennent de l’exode rural, qui draine vers la ville les jeunes de la campagne, créant ainsi des problèmes liés à l’urbanisation rapide des villes africaines.

Parmi ces problèmes, il y a celui du logement, de l’assainissement et du transport urbain. Nous voulons aborder ici la question du transport dans certaines villes africaines et particulièrement nous interroger sur le succès des taxis motos à Ouagadougou.

Le transport constitue un véritable problème en Afrique tant pour les Etats que pour les collectivités territoriales. Pour leurs déplacements, les populations africaines utilisent soit leurs moyens personnels (bicyclettes, cyclomoteurs, motocyclettes ou automobiles), soit les moyens de transport publics (transport en commun et taxis essentiellement).

Mais de plus en plus, on voit se développer dans plusieurs pays de la sous- région le phénomène des taxis motos. Les taxis motos qui ont trouvé une clientèle dans ces pays peuvent-ils s’implanter et connaître du succès à Ouagadougou ?

Le phénomène des taxis motos

En Afrique, certains privilégiés ont les moyens d’acquérir des moyens de transport personnels : vélos, motos, ou voitures pour les plus nantis. Pour ceux qui n’ont pas les moyens, il faut recourir aux moyens de transport publics (bus et taxis). Mais rares sont les villes africaines où le transport en commun est organisé.

En outre, quand on a par exemple 5 enfants qui vont à l’école, il n’est pas toujours évident de les déposer avant d’aller au service, puisque leurs écoles ne sont pas forcément dans la même zone, ou de leur acheter à chacun un moyen de locomotion. A ce moment, le bus ou le taxi est d’un grand secours.

Dans certaines villes africaines, on rencontre des taxis motos. On les appelle différemment selon les pays : zémidjans , qui signifie en langue nationale goun « prends moi vite », ou zeds au Bénin et au Togo (où ils sont également surnommés « Oleyi », qui signifie « est-ce que tu y vas ? » en mina) et bend-sikine au Cameroun. On en trouve également au Nigeria et de plus en plus au Niger (à Tahoua, Agadez, Zinder et Maradi notamment).

A Cotonou par exemple, les conducteurs de taxis motos sont très bien organisés. Ils sont souvent employés par des propriétaires d’un important parc de motos à qui ils rendent compte chaque jour. On les reconnaît du reste à leurs blouses jaunes frappées du nom de la société qui les emploie.

Au Togo, le phénomène est apparu au début des années 1990, au moment de la grève générale qui avait également été suivie par les taximen. Depuis, les autorités ont tenté de supprimer le système… en vain, si bien que les zeds font désormais partie de l’environnement habituel des Togolais. Aujourd’hui, on compte pas moins de 80 000 taxis motos officiels au Togo.

Au Bénin, on avance le chiffre de 170 000. Mais il faut dire qu’il arrive souvent que des travailleurs fassent le « one two-one two », c’est-à-dire utilisent leurs motos personnelles comme zeds à la fin de la journée de travail pour avoir l’argent de l’essence ou du « nassongo » du lendemain. Ce sont les clandestins qui concurrencent ainsi de façon déloyale les taxis motos agréés.

Les avantages des taxis motos

D’abord les taxis motos créent des emplois, et cela ne peut être négligé à une époque où l’emploi est une denrée rare. Beaucoup de foyers vivent grâce au taxis motos dans les pays où le phénomène existe.

Au Togo par exemple, le conducteur de taxi moto doit verser 2 000 FCA par jour au propriétaire pendant les cinq jours de la semain ; le samedi il travaille pour lui-même, le dimanche étant le jour de repos.

Pour certains, c’est le système du « work and pay » : le propriétaire et le conducteur s’entendent sur une somme donnée (généralement le double du prix d’achat de la moto) que ce dernier doit verser dans un délai donné (généralement 2 ans) au propriétaire pour que la moto devienne sa propriété.

A ce moment, le conducteur prend bien soin de la moto et travaille dur pour verser au plus vite la somme pour que la moto lui revienne. Les termes de ce type de contrat mettent à la charge du conducteur les frais de réparation de la moto.

Il y a aussi le fait que les taxis motos sont un moyen de déplacement de proximité à moindre coût.

On les trouve facilement puisque dans chaque quartier il y a plusieurs endroits où ils stationnent attendant des clients (marchés, carrefours fréquentés…). Ils peuvent en outre être interpellés facilement de retour d’une course. Souvent même ce sont eux qui klaxonnent pour proposer leurs services. La course varie généralement entre 100 et 250 FCFA là où le taxi prendrait probablement plus.

Un autre avantage, très important, est que le conducteur de taxi moto dépose son client exactement à l’endroit de sa destination, alors que dans nos capitales les taxis ont généralement un itinéraire ou un axe précis sur lequel ils circulent. Pour qu’ils acceptent de dévier de leur axe et déposer un client exactement là où celui-ci veut descendre, il faut le louer et cela coûte plus cher, car il ne prend plus d’autre client dans ce cas.

Les taxis motos sont très indiqués et très pratiques pour les petites courses, c’est-à-dire les courses dans le quartier (aller au marché du quartier, aller au centre de santé, rendre visite à une connaissance dans le quartier …). Il faut ajouter le fait que les taxis motos vont dans les petits six-mètres ou « vons » et même dans les quartiers de la périphérie des villes, là où aucun taxi ne s’aventurerait parce que les routes sont peu praticables.

Et si deux ou trois personnes veulent se rendre quelque part elles peuvent chercher deux ou trois zeds pour les y déposer ensemble. Dans les pays où le système existe (en tout cas au Togo), l’assurance est obligatoire pour les zeds, ce qui offre une certaine garantie de prise en charge au passager en cas d’accident avec dommages.

On ne peut occulter aussi le fait que les taxis motos paient des taxes qui viennent renflouer les caisses de l’Etat et des municipalités où le phénomène existe et c’est là un argument irrésistible en ces temps où l’Etat et ses démembrements ont d’énormes besoins au regard des moyens dont ils disposent.

Les inconvénients des taxis motos

Si le bensikine ou le zémidjan ou le zed est un moyen pratique pour se déplacer, il est un fait que ce moyen de transport pose un problème de sécurité : sécurité des passagers et sécurité des conducteurs.

Les conducteurs de taxis motos circulent en effet souvent mal, voulant arriver le plus vite possible à la destination du client pour en chercher d’autres. Ce même souci et celui de consommer le moins de carburant possible les amènent à emprunter des raccourcis qui ne sont pas toujours très praticables. Ils se faufilent également dangereusement entre les véhicules dans la circulation mettant en danger la vie de leurs passagers.

Tout cela fait qu’ils sont souvent la cause ou l’objet de nombreux accidents de la circulation qui occasionnent parfois des dommages corporels pour eux-mêmes mais aussi pour leurs passagers. Au Cameroun par exemple, les accidents causés par les "bend-sikine" sont si fréquents que le pavillon des urgences de l’hôpital Laquintinie de Douala a été débaptisé ; tout le monde l’appelle désormais le "pavillon bend-sikine" du fait qu’il accueille majoritairement les victimes des accidents des moto-taxis.

La dizaine d’infirmières qui travaille dans ce pavillon reçoit tous les jours cinq à dix accidentés du fait des "bend-sikine". Des accidents parfois mortels, qui pour l’heure, ne semblent pas préoccuper les autorités camerounaises, pas plus que les habitants de Douala, toujours de plus en plus nombreux à recourir à ce moyen de transport.

Ensuite, voulant gagner le plus possible de recettes, ils n’hésitent pas parfois à prendre sur leurs motos deux voire trois passagers. On imagine là aussi facilement les dangers qu’ils font courir à leurs clients par cette surcharge.

A signaler qu’ils ne sont souvent pas titulaires de permis de conduire approprié pour leur travail et ne connaissent donc pas pour la plupart les règles de la circulation voire comment conduire leurs motos. Ils brûlent les feux rouges, effectuent des dépassements à droite, font de la vitesse, se faufilent entre les voitures, etc. Tout cela constitue des maux auxquels les syndicats de taxis motos doivent trouver des solutions.

Il arrive enfin que des conducteurs de taxis motos se fassent agresser et arracher leurs motos, ce qui les place en situation difficile face à leurs employeurs. Il arrive même que des conducteurs laissent leur vie à l’occasion de ces actes d’agression.

D’où l’appel des syndicats des zémidjans à ce que les conducteurs arrêtent le travail à une heure raisonnable, c’est-à-dire 20 h maximum pour ceux qui évoluent au centre ville. Pour ceux qui opèrent dans les quartiers, il est prudent d’arrêter le travail plutôt c’est-à-dire à 18h ou 19h. Or, il n’est pas rare de trouver à 2 heures du matin des zeds qui sont déjà (ou encore) au travail.

Des taxis motos à Ouaga ?

Au pays des hommes intègres le premier souci du travailleur est d’avoir un moyen de déplacement. Bien avant la parcelle, il acquiert d’abord son vélo, sa moto ou sa voiture. En sorte que chacun fait tout son possible pour acquérir son moyen de locomotion propre.

Les taxis et le bus sont souvent utilisés par les petit(e)s commerçant (e)s du secteur informel qui vendent dans les marchés pour le transport de leurs marchandises ou les sans-emplois ou par ceux qui, de façon occasionnelle, ont besoin d’emprunter un taxi (moto ou voiture en panne, personnes séjournant temporairement dans la localité pour cause de mission par exemple…). Il faut donc attendre, semble-t-il longtemps, avant que les taxis motos fassent leur apparition à Ouaga et au Burkina de façon générale.

Le transport constitue pourtant un véritable problème au Burkina et particulièrement à Ouagadougou. A telle enseigne que plusieurs acteurs s’en sont souciés. Par exemple, les opérateurs économiques ont mis la main à la pâte pour aider à y trouver une solution. C’est ainsi que la Société de Hamado Bangrin a mis en circulation il y a quelques années des taxis compteurs avec l’aide des autorités qui avaient accordé des facilités d’importation de véhicules neufs à usage de taxis. La municipalité s’y était également investie en acquérant quelques taxis compteurs.

Le transport en commun à travers la société défunte X9 et l’actuelle SOTRACO sont autant de tentatives pour trouver une solution au problème du transport, particulièrement à Ouaga. Mais toutes ces formules ciblent des types de passager ou de courses précises, les courses relativement longues. Mais pour les petites courses, intraquartier ou entre des quartiers voisins, il n’y a rien.

Quand un taxi dépose un client sur son axe de circulation, le taxi moto pourrait prendre le relais et déposer le client devant sa porte contre une somme raisonnable. Une telle expérience peut réussir à Ouaga car tout le monde n’a pas les moyens d’acquérir un « char ».

Les taxis motos pourraient donc combler ce vide, qui constitue un marché porteur s’il est bien exploité.

Il semble du reste que le phénomène existe déjà dans quelques villes du pays telles que Cinkansé, Bobo et Ouahigouya, même s’il n’est pas encore très développé. Pourtant ce moyen de transport pourrait réussir à Ouaga et surtout dans les villes moyennes notamment Koudougou, Tenkodogo et Fada.

Compte tenu des avantages que le taxi moto présente, il ne faudrait pas être surpris qu’un matin, un de nos jeunes commerçants crée un parc de motos taxis. Ainsi, le phénomène qui a déjà atteint dans la sous-région les pays comme le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Niger pourrait se développer au Burkina. Il contribuerait à résorber le chômage par la création d’emplois et ce n’est pas le ministre en charge de l’Emploi qui s’en plaindrait.

Jean François Bouda
ODSTA Lomé
Tel (228) 912 85 60

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