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Maître Bénéwindé Sankara, président de l’UNIR/PS : « Nous irons aux élections comme nous l’avons toujours fait »

Accueil > Actualités > Politique • • mercredi 15 février 2012 à 02h40min

Maître Bénéwindé Stanislas Sankara est le président de l’Union pour la renaissance/Parti sankariste (UNIR/PS) et chef de file de l’opposition politique. L’avocat qu’il est n’est pas non plus inconnu. Deux fois candidat malheureux à la présidentielle, il ne désarme pas. Nous avons abordé avec lui plusieurs questions à la fois nationales et internationales.

Comment se portent Maître Sankara et l’UNIR/PS ?

Je peux vous dire sans ambages que l’UNIR/PS se porte bien et même très bien en ce sens que c’est un parti politique qui n’a que trois ans et aujourd’hui, nous avons un bilan politique. Nous sommes le parti politique de l’opposition à avoir le plus de députés à l’Assemblée nationale et le plus de conseillers. Même si nous n’avons que 5 députés, ce n’est que le reflet de notre démocratie.

L’UNIR/PS malgré sa relative jeunesse est implantée partout sur le territoire national burkinabè. Et nous avons aussi sur le plan international des structures en Europe, en Amérique, en Asie et dans certains pays africains. L’UNIR/PS est en train de renforcer ses structures. C’est ce qui nous a amenés à prendre des sanctions contre certains camarades dont les comportements étaient préjudiciables au parti. Cela permet à notre parti d’être plus outillé, plus renforcé pour être apte aux batailles à venir.

Comment vous vous préparez à affronter les élections couplées municipales et législatives à venir ?

L’UNIR/PS a toujours été aux batailles électorales. Nous n’avons jamais voulu boycotter des élections. Même si nous nous sommes retrouvés face à la non-maîtrise du fichier électoral, à l’absence de la biométrie, nous nous sommes battus pour améliorer les conditions de participation des citoyens burkinabè.

C’est une première pour notre pays d’aller à des élections couplées. Quand les élections ne sont pas couplées elles ne sont même pas faciles. On dit qu’en Afrique ceux qui sont au pouvoir n’organisent pas des élections pour les perdre. Ce qui fait que l’opposition est obligée de travailler pour avoir l’adhésion des populations et l’enthousiasme des citoyens. Pour nous, aller à des élections, c’est un devoir. Nous sommes convaincus que c’est la convergence des forces vives qui peut apporter un changement crédible. L’UNIR/PS estime qu’il faut une alliance plus large de l’opposition. Nous avons la chance d’avoir ce cadre qui est le Chef de file de l’opposition politique où une cinquantaine de partis politiques peuvent se retrouver et débattre des questions essentielles de ce pays, mettre ensemble leur stratégie et peut être élaborer une plate-forme commune.

Mais, nous avons notre propre famille politique qui est la famille des Sankaristes ; et malgré nos querelles politiques, nous n’avons pas de divergences idéologiques. Si bien que nous avons intérêt à dialoguer entre nous pour rebondir sur les questions d’alliances afin de ne pas éparpiller l’électorat. Nous pouvons par exemple à cette élection présenter des listes communes. Mais tout cela est au stade des tractations, des débats, des échanges. Nous pensons toujours que l’unité d’action de toute l’opposition est impérative. Mais, s’il n’y a pas cette volonté politique au sommet, l’UNIR/PS ira aux élections avec ses propres moyens.

Pensez-vous que la biométrie peut améliorer la gouvernance électorale ?

J’en suis convaincu parce que vous avez parlé d’amélioration, mais pas d’éradication. Elle va réduire la fraude. Mais, elle doit être fondée sur un état-civil propre. C’est pourquoi, l’opposition insiste sur le fichier qu’il faut refaire. Nous avons une certaine écoute au niveau de la CENI qui pense qu’il faut un enrôlement biométrique en temps utile, c’est-à-dire avant la saison pluvieuse pour permettre à tout le monde de pouvoir s’enrôler. Et ensuite l’autre avantage de la biométrie est que l’on délivre la carte à l’instant même. Aujourd’hui la biométrie a beaucoup d’avantages et elle permet d’être au top des NTIC. Surtout, elle permet aux citoyens d’avoir confiance à la chose électorale car aujourd’hui le vrai problème, c’est la mobilisation sociale. C’est un travail qui incombe aux partis politiques et nous sommes en train de jouer notre partition.
Nous avons évolué positivement en adoptant la biométrie et il faut encourager la CENI à aller de l’avant pour préparer des élections propres et crédibles ou le perdant va tirer les conséquences de ses insuffisances et le gagnant va tirer profit de ses performances.

On vous sait farouchement opposé à la révision de l’article 37 de la Constitution. N’est-ce pas ?

Ma position est sans équivoque, non discutable, non négociable. L’article 37 doit être maintenu en l’état. On ne peut toucher à l’article 37. Même les alliés du CDP se sont exprimés. Je pense à l’ADF/RDA qui soutient le programme du chef de l’Etat et qui a été claire pour dire qu’on ne touche pas à l’article 37. Si vous prenez une bonne partie de la majorité présidentielle, la société civile dans son ensemble et toute la classe politique de l’opposition qui disent qu’on ne peut pas toucher à l’article 37, il reste qui pour penser qu’on peut toucher à l’article 37 ? Même ceux qui y pensent ont la peur au ventre. Le débat sur cette question est clos.

Que pensez-vous du nouveau découpage administratif de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ?

La décentralisation est un concept. Tant que l’administration vise à se rapprocher de l’administré, c’est une bonne chose. Malheureusement, dans notre pays on ne pose que des actes à connotations politiques. On a tendance aujourd’hui à travers le découpage à troubler l’électorat. Mais si on a fait le découpage en 12 arrondissements de la ville de Ouagadougou pour mieux décentraliser, c’est une bonne chose. Techniquement, c’est une bonne décentralisation. Mais comme cela se fait dans une année électorale, il y aura des difficultés dans l’orientation de l’électorat, c’est cela mon inquiétude. Je soutiens qu’administrativement, c’est une bonne chose.

Que vous inspire l’affaire Guiro ?

C’est très malheureux. L’affaire Guiro est intervenue quelques temps après l’affaire des djembé. Vous imaginez que dans un pays extrêmement pauvre, qui est toujours en queue de peloton dans le monde, qu’on dise que le président de ce pays donne des devises ? On pourrait imaginer alors qu’il y a plusieurs « Guiro » puisqu’aujourd’hui, l’unité de mesure du milliard, c’est le « Guiro ». Malgré tout, le pouvoir se tait au lieu d’ouvrir une information judiciaire pour se disculper. En tout cas, tout le monde sait que c’est une pratique qui est le reflet du système qui nous gouverne ; c’est la résultante de la grande corruption qui gangrène tous les maillons de notre vie publique. La paupérisation de la population a pris des racines dans cette corruption généralisée. L’affaire Guiro n’est que la partie visible de l’iceberg. Vous avez des fonctionnaires dont on connaît les salaires et qui ont des bunkers à Ouaga 2000 ; ils ont trouvé l’argent où ? Vous avez des délinquants à col blanc, vous avez des gens qui s’octroient des marchés, ces mêmes se retrouvent au cœur du gouvernement et au cœur de l’Etat. Vous aurez toujours des Guiro si on n’éradique pas la corruption et l’impunité. Voilà pourquoi mon parti a mis dans ses priorités le combat contre la corruption et l’impunité. J’ai hâte de connaître la vérité et je cherche à comprendre, car il a même été décoré au mois de décembre.

En tant que chef de file de l’opposition, quelles sont les difficultés de regroupement que vous rencontrez et quels enseignements tirez-vous après tout cela ?

D’abord, je me réjouis du fait que vous parlez de regroupement non d’alignement ou d’allégeance. En ce sens que je ne suis qu’un porte-parole. Les partis politiques gardent leur autonomie et indépendance. Les partis politiques selon les textes doivent faire une déclaration d’appartenance à l’opposition parce qu’on a voulu clarifier la situation. Donc, il n’y a point d’allégeance à Maître Sankara, et en ce jour, nous sommes présentement 49 partis politiques.
Seulement pour nous organiser avec le chef de file de l’opposition politique, qui devient maintenant une institution, nous tenons à jour un répertoire de tous les partis politiques qui ont fait leur déclaration officielle d’appartenance à l’opposition politique pour pouvoir les convoquer à nos réunions et rencontres.

Maintenant quels sont vos problèmes ?

J’avoue qu’au départ nous n’étions pas 49 partis politiques. La loi a été votée le 14 avril 2009 ; ensuite on a désigné le chef de file de l’opposition politique qui est le premier responsable du parti politique de l’opposition qui a le plus de députés à l’Assemblée nationale. A partir de là, nous avons travaillé à obtenir le siège qui est inviolable et qui est le point de convergence de tous les partis politiques de l’opposition. Nous avons ensuite travaillé à ce que les partis de l’opposition puissent avoir des droits, mais aussi des obligations qu’il faut assumer. Il faut avouer que les débuts étaient difficiles puisque la loi elle-même comportait des lacunes. Je répète que je ne suis qu’un porte-parole des partis de l’opposition ; et ce qui me préoccupe, c’est comment arriver à fédérer toutes nos forces et toutes nos énergies. C’est pourquoi, au début nous avons proposé la mise en place d’un règlement intérieur ; malheureusement nous n’y sommes pas encore parvenus. Nous prenons nos décisions argument contre argument et nous aboutissons à des consensus. Cela veut dire que lorsque nous prenons une décision, ce n’est pas la position d’un parti politique, mais c’est une position unanime, consensuelle. Nous constituons une force, un contrepoids, des arguments contraires au CDP. Mais, cela ne nous empêche pas de discuter et d’aboutir souvent à un compromis pour le bien du pays. C’est pour le bien de la démocratie et je cite comme exemple la question de la CENI.

Votre point de vue sur la situation au Mali et les remous au Sénégal ?

Pour ce qui concerne le Mali, c’est vraiment dramatique. Il y a des mesures d’urgence à prendre immédiatement et nous en appelons à la communauté internationale pour qu’elle s’y penche.
Pour ce qui concerne le Sénégal, nous disons comme Thomas Sankara que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Vraiment, je pense qu’à 85 ans le président Wade doit pouvoir se reposer car ce n’est pas à cet âge qu’il pourra faire le bonheur des Sénégalais.

Entretien réalisé par Augustin KABORE

L’Express du Faso

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