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SYNTER : La liquidation programmée du système éducatif

Accueil > Actualités > Opinions • • lundi 18 octobre 2004 à 06h34min

Le secrétaire général du syndicat national des travailleurs de l’éducation et de la recherche (SYNTER) adresse cette correspondance au ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique. Il revient sur les maux dont souffre le système éducatif burkinabè.

Monsieur le Ministre,

le Bureau National(BN) du SYNTER se résigne en désespoir de cause de s’adresser à vous, encore une fois par voie de lettre ouverte dans l’impossibilité qu’il est depuis le 16 avril 2004, d’avoir avec vous une audience.

Ce faisant, nous nous donnons l’opportunité de vous rappeler les problèmes que vous connaissez déjà pour les avoir examinés avec le BN, sans résultats. En même temps, nous prenons à témoin l’opinion publique qui de cette manière ne sera pas étonnée de la détérioration prévisible du climat social dans le secteur de l’éducation et de la recherche.
Vous recevrez ces types de correspondances autant de fois qu’il sera nécessaire.

Dans la présente, il sera question des nombreux faits témoignant du pourrissement moral généralisé qui remet gravement en cause l’acte d’éducation dont votre département a la charge. La présente porte sur la question de la perte du sens des valeurs éducatives dont l’école burkinabé est gangrenée aujourd’hui.

1. De la mauvaise gestion des établissements

A force de scandales impunis, les détournements, les vols et les gaspillages des ressources des établissements sont en passe de devenir des banalités dans le paysage national. Examinons quelques cas :
- Le Lycée Technique de Ouagadougou :
A propos de cet établissement, l’hebdomadaire « Bendré » n° 300 du 9 août 2004 écrit : « par note n° 53(illisible)MESSR/DR-MESSR-C/LTO, Monsieur Isidore BOUGOUMA proviseur du L.T.O. est déclaré absent à compter du 19 juillet 2004 ».

Cet acte administratif fort peu orthodoxe (car signé par son propre bénéficiaire en lieu et place du supérieur hiérarchique), venant mettre fin( ?) à une mauvaise gestion de plusieurs années et confirmer le statut d’intouchable d’un chef d’établissement qui a réussi à faire suspendre les activités par la plupart des partenaires qui entretenaient des relations de jumelage avec le LTO. Ce qui est en cause c’est la dissipation de plusieurs millions de francs CFA sous forme de matériel ou en espèces. L’ex-proviseur du Lycée Technique de Ouaga serait actuellement à l’Ambassade de la République de Chine couvert par une impunité dont vous savez sans doute quelque chose.

- Le Lycée Yamwaya de Ouahigouya :

Au cours de l’année scolaire 2003-2004, à la suite de dénonciations d’une gestion scabreuse du proviseur à travers la presse, une mission de l’Inspection générale des services a été dépêchée sur les lieux pour connaître des faits. Après une semaine d’investigation, ladite commission est repartie. Plusieurs mois aujourd’hui après ce travail, les conclusions de l’enquête dorment toujours dans vos tiroirs.

- Le Lycée Songtaaba de Ouagadougou :

La palme de la mauvaise gestion et de l’impunité revient sans doute à Madame le proviseur du lycée Songtaaba de Ouaga qui fait chaque année depuis près de dix ans l’objet de dénonciations constantes dans la presse. Alors que d’autres chefs d’établissements sont relevés de leur fonction ou prennent la fuite, le proviseur du lycée Songtaaba a traversé les scandales médiatiques et deux procès sans être mouillé, telle l’eau qui glisse sur les plumes d’un canard.

Monsieur le Ministre, qui la protège ?

Il ne s’agit là que d’un échantillon au regard des rapports qui nous parviennent par le biais de nos structures sur la gestion des établissements. Vous même avez affirmé dans « l’Observateur Paalga » N°6150 du 27 mai 2004, que votre département abritent plus de 300 dossiers de malversations. Faites la moyenne vous même et vous constaterez que cela correspond à plus d’un dossier de malversation par établissement public. En dehors du fait de relever de leur fonction quelques délinquants qui ont oublié un moment que le laissez-aller dans lequel on les observait était synonyme de leur servilité, quelles mesures administratives ou judiciaires ont-elles été prises ?

2. Le racket pour les places dans les établissements publics

Nous sommes à la rentrée scolaire et les rackets des parents d’élèves autour des demandes de places fleurissent. Selon nos informations, les places se négocient entre 25000F CFA et 100 000f pour l’enseignement général et au-delà de 100 000F CFA pour l’enseignement technique. Quel dispositif avez-vous mis en place pour faire échec aux chefs d’établissements et aux personnels qui s’adonnent à ces pratiques qui ne sont rien d’autres que des actes de corruption et qui viennent alourdir la charge déjà pesante des parents d’élèves ?

3. Les fraudes aux examens.

La session de BEPC 2004 a révélé l’ampleur des fraudes qui touchent les examens scolaires. Non seulement, vous n’avez pris aucune mesure administrative face à cette vilaine plaie du système éducatif, mais vous avez fait pire. En effet, par Arrêté N° 2004-153/MESSRS/SG/DEP du 13 Août 2004, soit moins d’un mois après le verdict de la justice, vous avez nommé Dame DRABO Béatrice, fondatrice des établissements St Joseph et St Laurent et principale coupable désignée par la justice lors de ce procès, comme membre du Comité interministériel de suivi du schéma-directeur de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

Monsieur le Ministre, de quoi un délinquant doit-il être finalement coupable à vos yeux afin qu’enfin vous vous en sépariez pour le bien du système éducatif ? Doit-on arriver à cette terrible conclusion que ce sont les pourris qui font l’affaire au Ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique ? Doit-on comprendre par là également le refus obstiné du département d’accéder à la revendication de notre syndicat en vue de la création d’un Corps des Chefs d’établissements accessible par voie de concours ?

Le comble dans tout cela est que ce sont ces individus suffisamment pourris et publiquement connus qui s’animent de zèle épatent pour s’opposer aux revendications visant à améliorer les conditions de vie et travail.

Monsieur le Ministre,

ce sont là les responsables entre les mains desquels votre département place la conduite des activités des établissements ; ces lieux qui devraient être l’incarnation des valeurs morales et civiques que la nation voudrait inculquer aux générations futures. Sont-ce ces chefs d’établissements qui disposent d’une facture morale nécessaire pour promouvoir l’instruction civique à l’école ? Après cela, on ne devrait nullement être surpris de la montée de l’indiscipline à l’école.

Le SYNTER estime que vous avez le devoir et cela à double titre de vous attaquer à ces plaies du système éducatif et à bien d’autres comme la prostitution et la drogue qui font de plus en plus leur entrée dans l’univers de l’école. Vous le devez en tant que premier responsable de ce département mais également en tant qu’enseignant car nous osons croire que vous n’avez pas oublié que vous portez une casquette de cette nature aussi.

Ces maux ne relèvent pas de fatalité ou de quoi que ce soit d’inhérent à l’acte éducatif. Ils trouvent pour la plupart leurs origines dans l’option du gouvernement de la IVe République de se désengager des dépenses de l’éducation. La paupérisation et la marchandisation de l’école qui s’en sont suivies expliquent ces vices liés à l’économie capitaliste de marché. Voilà une des raisons pour lesquelles nous demandons l’arrêt du PAS.

Monsieur le Ministre,

nous espérons que vous vous pencherez avec sérieux et sérénité, la même sérénité dont vous avez fait état dans « Le Pays » N°3200 du 1er septembre 2004 en abordant les questions de l’éducation.
Je vous prie de croire Monsieur le Ministre, à notre détermination constante à nous battre en vue de trouver de justes solutions à ces maux qui minent notre école.

Pain et liberté pour le peuple !

Pour le Bureau National/
Le Secrétaire Général,
Mamadou BARRO.

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