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AFFAIRE SOPROFA : On s’est même payé la tête du chef de l’Etat

Accueil > Actualités > Opinions • • vendredi 15 octobre 2004 à 06h55min

Nous avons reçu du collectif des licenciés de la SOPROFA un écrit suite à l’interview du DG de cette société, parue dans notre édition du 8 octobre dernier.

Dans cet article, ce collectif vient apporter un autre éclairage sur les vrais problèmes qui ont conduit au "désastre que nous connaissons et qui expliquent le licenciement des travailleurs".

Monsieur le Directeur de publication du journal l’Observateur paalga, dans votre livraison du vendredi 08 octobre 2004, vous publiiez une interview du Directeur général de la SOPROFA, de SODEGRAIN et de la SAVANA, où les travailleurs licenciés de ces trois cités, se sont sentis interpellés.

Nous voudrions donc vous prier de publier notre droit de réponse dans les mêmes conditions (jour de publication à la une) afin d’apporter à vos lecteurs un autre éclairage sur les vrais problèmes qui ont conduit au désastre que nous connaissons et qui expliquent le licenciement des travailleurs.

Cet éclairage permettra également de lever un coin du voile sur un autre article du directeur général adjoint de la SOPROFA, paru dans un autre journal de la place. Un article intitulé "La SOPROFA déballe ses dossiers ». Dans son analyse de la situation que vit la SOPROFA, le DGA aborde entre autres "dossiers" la question des licenciés de sa société. Nous sentant interpellés, nous voulons user de votre droit de réponse pour apporter à vos lecteurs un autre éclairage sur les vrais problèmes qui ont conduit au désastre que nous connaissons et partant aux licenciements des travailleurs.

Monsieur le DGA de la SOPROFA, nous, travailleurs licenciés de la SOPROFA, avons lu avec compassion dans les colonnes du journal "Le Pays" vos propos hallucinants concernant le licenciement du personnel de la SOPROFA, de SODEGRAIN et de SAVANA. Nous savions que malgré votre titre de représentant de l’Etat au sein de la SOPROFA, vous n’aviez aucun pouvoir de décision, mais nous ne nous attendions pas à ce que vous acceptiez de jouer ce rôle de va-t-en guerre, vous d’ordinaire si pondéré et si prévenant.

En décidant courageusement, mais malencontreusement de monter au créneau pour défendre les intérêts de vos mandataires, vous avez été mal inspiré. Ce que nous n’avons pas compris par contre dans votre démarche, c’est le fait que vous avez choisi un individu (Jules Ouédraogo) pour défende votre cause, au lieu de reprendre point par point les propos qu’il a développés, pour les confondre. Vous vous en êtes pris à lui à bras raccourcis pour « déballer les dossiers de la SOPROFA », allant même jusqu’à porter atteinte à sa vie privée en dévoilant aux lecteurs qu’il a un prêt bancaire.

L’opinion saura apprécier cette discrétion venant de la part d’un chef hiérarchique. Les travailleurs licenciés ne vont donc pas commettre la même indélicatesse que vous, Monsieur le Directeur, en confondant les genres. Nous refusons de mélanger les serviettes et les torchons en allant droit au but. Nous allons pour nous faire reprendre point par point vos arguments et démontrer que vous ne dites pas la vérité, la vérité étant la chose d’ailleurs la moins partagée au sein de vos structures.

Par la même occasion, nous allons répondre également aux propos méprisants du Directeur général, qui, dans une interview publiée dans l’Observateur du 8 octobre, reprend mot pour mot vos expressions, pour endormir une fois de plus la méfiance des Burkinabé. Ainsi, dans « Le Pays » du 4 octobre 2004, vous écriviez dans le premier paragraphe de votre article, monsieur le DGA, en guise d’introduction ce qui suit : « Depuis un certain temps, la SOPROFA fait l’objet de très violentes critiques de la part de journaux de la place.

Le moment ainsi que la manière choisis pour ces mises en scène laissent douter de la sincérité de ces auteurs à faire des critiques constructives que de vouloir se venger d’une situation ». Paradoxe des paradoxes. On le constate, vous êtes de mauvaise fois, Monsieur le DGA. Est-ce nous qui avons choisi le moment pour vous dire de nous licencier ? Est-ce nous qui avons mis au point ce scénario ? S’il y a des gens qui sont passés maîtres dans l’art de monter des scénarii, c’est bien vous et nous allons le démontrer tout au long de cet article.

Il y a eu licenciement

Vous nous faites ici un mauvais procès et nous nous trouvons ici dans le cas typique du voleur qui crie au voleur. Vous dites par ailleurs que nous sommes animés d’un esprit de vengeance. Là aussi nous ne savons pas où vous êtes allé trouver cette expression. Rappelez-vous le jour de notre licenciement, vous l’avez d’ailleurs relaté dans votre écrit. Effectivement, monsieur Jules Ouédraogo a pris la parole pour déclarer qu’il voyait venir la chose et que c’était une décision courageuse que venait de prendre la direction générale en libérant les travailleurs, mais ce que vous avez omis de dire, c’est que monsieur Ouédraogo vous a conseillé de faire attention parce que les enjeux dans cette affaire sont si importants qu’il va falloir traiter avec beaucoup de prudence le dossier.

Le drame avec vous, Monsieur le directeur, c’est que vous oubliez chaque fois de situer les mots ou les phrases dans leur contexte réel. Vous dites que nous avons voulu savoir s’il fallait considérer notre cas comme une suspension de contrat ou un licenciement. Les choses ne se sont pas passées ainsi, vous le savez. Avec nous travailleurs de la SOPROFA et de SAVANA, vous avez été très clair : nous étions bel et bien licenciés. Par contre le DGA de SODEGRAIN a parlé à ses employés de suspension, d’où leur question lorsque vous nous avez tous reçus en assemblée générale.

Nous avons voulu savoir ce qu’il en était de leur cas, et c’est là qu’il leur a été signifié qu’ils étaient bel et bien licenciés et qu’il fallait éviter les amalgames. Voyez-vous Monsieur le DGA, personne n’en veut à vos structures. Si vous saviez quel soulagement la plupart d’entre nous éprouvaient en ce moment, vous ne seriez pas là à nous traiter d’esprits chagrins. Vous continuez dans vos élucubrations, Monsieur le DGA, en écrivant que notre agitation coïncide avec le début de la mise en œuvre d’une prétendue structuration et réorientation des structures. Nous avons suffisamment entendu cette rengaine. Restructuration et orientation, il en a toujours été question, mais de réalisation, point.

Quand serez-vous suffisamment réaliste pour reconnaître que votre échec est consommé et passer l’éponge ? Nous ne sommes pas des spécialistes en restructuration ou redressement, mais nous pensons que lorsqu’on se fixe de nouveaux objectifs dans la vie, la première des choses à faire est de s’arrêter un moment pour faire le bilan de ce qu’on a déjà entrepris. Qu’ont fait jusque-là la SOPROFA, la SODEGRAIN et la SAVANA ? Rien.

Aucun bilan, pire vous avez convoqué un conseil d’administration fictif pour faire croire à l’opinion que vous fonctionnez normaIement, et ça c’est très grave. Concernant les pertes d’emplois, vous les estimiez à trente (30). Mais vous oubliez de dire qu’il ne reste plus que dix-huit (18) employés dans toutes les trois (3) structures : SOPROFA : 5 SODEGRAIN : 10 SAVANA : 3 N’est-ce pas scandaleux ? Comment peut-on comprendre que trois sociétés qui ont un capital de neuf cent millions (900 000 000 Fcfa) de francs CFA n’emploient que dix-huit (18) personnes ? Voici la triste réalité.

Vous n’êtes pas venus au BURKINA pour créer des emplois et soutenir les producteurs, messieurs du groupe l’Aiglon, vous êtes venus pour piller. Vous vous êtes installés ici non pas pour promouvoir les produits burkinabé, mais pour faire de l’import-export (vente de riz importé, du bois, du cacao, du sucre, de l’huile, etc.) Revenant au motif des licenciements, le DGA écrit que toutes les voies ont été explorées pour « sauver la maison, donc les emplois ». Que le DGA nous dise les voies que lui a personnellement explorées et proposées aux travailleurs.

En pareil cas dans les sociétés normales, on convoque d’abord les travailleurs pour leur expliquer la situation qui prévaut et on leur fait des propositions de sortie de crise. Entre autres propositions, il y a les départs volontaires, la suppression des postes non stratégiques et les coupes sombres dans les salaires pour redresser la situation. De tout cela, il n’en a rien été. Pourtant vous auriez dû songer à cette dernière solution, Monsieur le DGA, vous, dont le salaire multiplie par vingt (20) certains salaires des licenciés.

D’autre part, quand on parle de difficultés économiques, on n’augmente pas les salaires, or nous savons que certains de vos collègues ont vu leur salaire multiplié par deux (2). Vous dites que nous continuons à percevoir nos salaires alors que nous nous considérions comme licenciés. Ici encore votre mauvaise fois est manifeste. Vous le savez bien, Monsieur le DGA, que c’est à notre corps défendant que vous avez viré les salaires du mois d’août pour les uns et les salaires des mois d’août et de septembre pour les autres.

Voyant le piège qui se dessinait à l’horizon, nous vous avons adressé une lettre le 7 septembre pour vous rappeler que nous étions licenciés et cela depuis le 31 juillet et que vous devriez respecter cette décision. Nous vous avons également dit, et ceci devant l’Inspection du travail, que nous savons que vous voulez gagner du temps pour régulariser la situation à savoir nous licencier pour faute grave. Ainsi, vous avez fait appel à un huissier, qui venait tous les matins constater nos absences. Aujourd’hui nous sommes en effet licenciés pour faits graves. Nous avons enfin reçu nos lettres de licenciement et certains droits.

Par ailleurs la plupart des droits, même pour ceux qui ont tous les droits, plafonnent à 500 000 F or lorsqu’on remercie un travailleur, la moindre des choses est de lui permettre, avec ses droits, de se réinsérer dans la vie sociale, d’où souvent les mesures d’accompagnement. Si on jette dans la rue les travailleurs les mains vides, il faut craindre certaines conséquences lorsque ces derniers n’arrivent plus à trouver des repères pour vivre convenablement.

Des propos du Directeur général de la SOPROFA

Le Directeur général de la SOPROFA, devant l’ampleur de la situation, a décidé de voler au secours de son subordonné pour sauver ce qui peut l’être encore. Dans sa livraison du vendredi 8 octobre, l’Observateur paalga nous a donné de lire une interview du patron de SOPROFA, SODEGRAIN et SAVANA, où, la main sur le cœur, il déclare avec optimisme que les choses rentreront dans l’ordre après la fameuse mise en œuvre de la restructuration de ses sociétés. Cependant dans son interview nulle part ne transparaît un regret, un mea-culpa.

La faute, l’échec, ce sont les autres : les autres, ce sont les producteurs, les aléas climatiques, etc. Tout y passe sauf la responsabilité du groupe l’Aiglon et de ses structures. Cependant, les observateurs bien avisés auront remarqué un fait majeur : L’approche paysanne de la SOPROFA a été mauvaise. Que s’est-il passé en réalité et qui justifie aujourd’hui l’échec de la société ? Quand la SOPROFA est arrivée avec les intrants sur les sites de production, elle a procédé à la distribution de ceux -ci de façon cavalière, sans s’en référer aux acteurs du terrain.

Les coopératives et les groupements structurés n’ont pas été associés à l’opération. Des malins, sentant la bonne affaire, ont créé de toutes pièces des groupements sans agrément et se sont fait livrer des intrants. Lorsque la SOPROFA a voulu récupérer ses crédits, elle n’avait personne en face d’elle. Elle s ’est retournée vers les coopératives pour se faire rembourser. Or le constat a été fait que des individus qui n’avaient même pas un lopin de terre à cultiver ont bénéficié des intrants.

Pour les producteurs, ils ont été les victimes expiatoires de la SOPROFA et les préjudices qu’ils ont subis sont énormes. Non seulement la SOPROFA est venue désorganiser Ieur méthode de travail, mais pire certains coopérateurs n’arrivent plus à intégrer leurs anciennes structures pour cause de créance. La SOPROFA estime que les producteurs lui doivent 529 868 448 FCFA et reconnaît devoir « seulement » 113 000 000 FCFA. Cependant, les moyens de recouvrement des crédits ne sont pas les mêmes.

SOPROFA n’hésite pas à mettre aux trousses des producteurs des gendarmes alors que ceux-ci n’ont aucun moyen de pression pour récupérer leurs crédits. Aujourd’hui des producteurs ont été obligés de vendre qui, sa charrue, qui, sa charrette ou sa moto pour honorer ses dettes. Quel paradoxe ! Nous, travailleurs licenciés, ne cesserons de répéter que la SOPROFA et autres sont des hors-la-loi. Lorsqu’on mène des activité dans une totale opacité, qu’il n’existe nulle part des documents attestant la bonne marche d’une entreprise, lorsqu’on convoque un fictif conseil d’administration, nous disons qu’on n’est pas en conformité avec la loi.

Lorsqu’on rassemble des sommités du monde gouvernemental, du corps diplomatique, du monde des affaires pour distribuer aux producteurs des chèques sans provision, des attestations de paiement pour les retirer après, nous disons que c’est de la supercherie. Le 26 janvier 2002, la SOPROFA a en effet distribué aux producteurs des chèques et attestations de paiement d’une valeur de plus d’un milliard de francs CFA. Elle s’est même payé la tête du chef de l’Etat à N’Dorola en lui faisant remettre des chèques à des producteurs ; chèques qui seront plus tard retirés.

Le dernier forfait en date remonte au samedi 9 octobre 2004, où un officiel ghanéen en tournée à Bobo est aIlé visiter l’usine de transformation de la tomate (SAVANA). Monsieur le DGA, sans sourciller, vous avez déclaré au ministre ghanéen que l’usine était en révision et reprendrait ses activités d’ici janvier 2005. Avec qui et avec quoi va-t-elle fonctionner puisque tous les travailleurs ont été licenciés et l’usine a besoin de pièces neuves pour pouvoir redémarrer ? Votre opération de marketing ne vise rien d’autre qu’à obtenir des subventions auprès d’institutions bancaires.

La SOPROFA est en panne, SAVANA et SODEGRAIN sont fermées, et on continue à mentir, plus grave, on sollicite encore l’aide de l’Etat pour repartir de zéro. Nous disons que si le groupe l’Aiglon avait réellement voulu investir au Burkina, les choses ne se seraient pas passées de cette manière. II y a donc maldonne quelque part, c’est pourquoi nous disons que la présence du groupe l’Aiglon au Burkina répond à d’autres considérations, faire du superprofit.

Lorsque la SOPROFA, comme à son habitude nous arrose de chiffres fantaisistes, on en vient à se demander qu’est-ce qui explique tant d’assurance pour que des individus s’amusent à prendre tout le monde comme des imbéciles. Nous aimerions que la SOPROFA nous montre des documents qui prouvent qu’elle a importé dix mille (10 000 t) tonnes d’intrants au Burkina pour le préfinancement de la campagne 2001-2002. Le DG nous dit que ses structures ont injecté quinze (15) milliards de francs dans le tissu économique du Burkina. Là aussi, qu’on nous fournisse des preuves.

Le pool bancaire burkinabé est là pour nous situer sur les différents mouvements de fonds. Le DG, dans sa conclusion sous forme de menace, nous parle d’opportunité de rester au Burkina ou pas. Nous disons que le Burkina offre en effet d’excellentes opportunités d’affaires, seulement, il faut être clean. Nous ne sommes pas dans une jungle, où n’importe qui peut venir faire n’importe quoi. En répondant aux différents écrits des responsables de la SOPROFA, nous n’avons qu’un souci : dire au public ce qu’il en est, car il a le droit de savoir.

Le contribuable burkinabé a des actions dans le capital de la SOPROFA, c’est donc son droit de savoir si ses affaires marchent ou pas, afin d’éviter de se faire rouler dans la farine. Au tribunal de l’histoire, la grande histoire du Burkina, chacun répondra de ses faits et gestes. La vérité toujours triomphe du mensonge.

Le collectif des licenciés

- Président : Jules Ouédraogo, 70-10-32-05
- Secrétaire général : Sanou Dieudonné, 76-60-47-25
- 1er Secrétaire général adjoint : Kélétigui Ouattara
- 2e secrétaire général adjoint : Seydou Bonkian, 76-60-02-81

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