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Dans le sillage de la guerre contre la Libye, Paris conforte sa connexion diplomatique avec Doha.

Accueil > Actualités > International • • samedi 10 septembre 2011 à 16h29min

C’était un pays « médiateur » ; on l’avait vu à l’œuvre au Liban et, ces dernières années, au Soudan. Le voici devenu « instigateur ». Il est acquis, désormais, que sans l’engagement personnel du cheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani, l’émir de l’Etat du Qatar, Paris aurait été « gêné aux entournures » dans son engagement en faveur de la guerre contre Kadhafi.

Le financement des « insurgés » de Benghazi, c’est le Qatar qui l’a assumé ; la caution arabe au renversement de Kadhafi, c’est le Qatar qui l’a assumée : tout d’abord en obtenant du Conseil de coopération du Golfe l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Libye, puis en étant le deuxième pays, après la France et dès le 28 mars 2011, à reconnaître le CNT comme « l’unique représentant du peuple libyen » ; le déploiement de Mirage 2000 sur le champ de bataille, c’est le Qatar qui l’a assumé ; l’entraînement de la « Brigade de Tripoli », en pointe dans la conquête de la capitale, c’est le Qatar qui l’a assumé ; la signature d’un contrat d’exportation de pétrole libyen au profit des « insurgés », c’est le Qatar qui l’a assumé. A la conférence de Paris, le 1er septembre 2011, l’émir Al-Thani était aux côtés du président de la République française et du Premier ministre britannique, assurant : « Je suis chez moi en Libye. Le président [Moustapha Abdeljalil, président du CNT] fait partie de la famille ». Autant dire que le Qatar est appelé à jouer un « rôle déterminant » dans l’après-Kadhafi et dans les relations qui vont pouvoir se développer entre Paris, Londres et les émirats du Golfe. Et avec l’Afrique sahélo-saharienne.

Paris surfe sur l’évolution qualitative et « quantitative » de cette relation. Et vient de nommer un nouvel ambassadeur à Doha ; pas un quelconque individu en proximité avec l’Elysée ou le Quai d’Orsay mais un vrai diplomate qui sait aussi être, quand il le faut, un « politique ». C’est également un homme d’expérience : il était jusqu’alors directeur adjoint de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au Quai d’Orsay. Jean-Christophe Peaucelle n’est pas une tête d’affiche ; mais c’est une tête formatée par le Moyen-Orient et le monde arabe. 52 ans, conseiller des Affaires étrangères, en poste à Jérusalem (vice-consul) et Téhéran, il s’est illustré comme consul à Istanbul sur une ligne qui n’est pas (sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne) celle définie, depuis, par Nicolas Sarkozy : « Enracinée dans l’histoire, mobilisant nos énergies et nos convictions, nos cœurs et nos passions, l’amitié entre la France et la Turquie nous appelle aujourd’hui à un nouvel avenir ancré dans la construction de l’Europe unie [c’est moi qui souligne] ». C’était le 14 juillet 2006 à Istanbul !

Il sera, par la suite, chef du service des affaires européennes au Quai d’Orsay (8 mars 2008) puis rejoindra Eric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire en tant que conseiller diplomatique. Un job qui, semble-t-il, ne lui donnera pas satisfaction : nommé le 20 janvier 2009, il cessera son activité, à sa demande, le 30 avril 2009. « Je ne pense pas que la société française soit raciste, dit-il. En revanche, la société politique française est quelque peu conservatrice. Elle s’accroche à ses privilèges. Elle n’est pas encore prête à accepter de nouveaux venus ». Il dit encore que le débat sur l’ouverture des frontières et la souveraineté nationale est le « défi intellectuel de la libre circulation des personnes ».

Au printemps 2008, Gilles Bonnaud, directeur adjoint d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, est nommé ambassadeur à Doha. Dans la capitale du Qatar, il remplace Antoine Sivan. Au Quai d’Orsay, Bonnaud sera remplacé, quelques mois plus tard, par Peaucelle. Peaucelle, qui a toujours mené une action de réflexion dans le cadre de ses missions diplomatiques (il se fera « allumer », à Jérusalem, pour un contact avec un journaliste palestinien de Gaza membre de la direction du Hamas en un temps où Paris entendait ne « plus fermer la porte aux islamistes » ; à noter que Doha milite activement pour la création d‘un Etat palestinien et apporte un soutien accru à Gaza), va s’intéresser particulièrement (notamment dans le cadre des colloques de l’Institut des hautes études de la défense nationale - IHEDN) aux questions sécuritaires sur le continent africain et en Méditerranée.

Je rappelle également qu’il avait contribué, quand Pierre-André Wiltzer était ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie (2002-2004), au « document d’orientation de la politique de coopération française » intitulé : « Pour une gouvernance démocratique ». Il y a quelques mois, quand Boris Boillon été nommé ambassadeur à Tunis, laissant du même coup vacant le poste d’ambassadeur à Bagdad, Peaucelle avait été pressenti pour le poste. Ce sera finalement Doha, où il a été nommé le 5 septembre 2011.

La montée en puissance du Qatar sur la scène mondiale, au plan économique (grâce à ses formidables réserves en gaz naturel : le plus grand gisement mondial de gaz est North Field ; cet unique gisement qatari permet au pays de posséder les troisièmes réserves de gaz au monde derrière la Russie et l’Iran) comme au plan diplomatique (sans oublier ses engagements, de plus en plus nombreux, dans le domaine du sport mondial), trouve sa traduction dans la carrière de nos ambassadeurs à Doha. Bertrand Besancenot (1998-2002) est devenu par la suite ambassadeur en Arabie Saoudite (son frère jumeau, Hervé, ambassadeur à Cotonou, vient d’être nommé ambassadeur à Nouakchott !) ; Alain Azouaou (2002-2006) sera ensuite conseiller diplomatique du PDG de Gaz de France, Jean-François Cirelli, avant d’obtenir l’ambassade d’Abu Dhabi ; Antoine Sivan (2006-2008) a été conseiller diplomatique de Rachida Dati au ministère de la Justice (qui, dès lors, va multiplier les voyages privés au Qatar où, dit-on, elle « entretient de fortes amitiés et où elle aurait facilité des contacts entre des entreprises françaises et l’émirat »), et se trouve avoir été, dès le 29 mars 2011, « représentant spécial de la France auprès du CNT » à Benghazi et avoir, le lundi 29 août 2011, rouvert l’ambassade de France à Tripoli après six mois de fermeture, belle consécration pour cet arabisant qui est passé par le concours pour le recrutement de secrétaires adjoints des affaires étrangères afin d’intégrer le Quai d’Orsay. La nomination de Sivan à Benghazi puis à Tripoli illustre la connexion qui existe désormais entre le Qatar et la Libye via la France.

Même si Total, sur le terrain depuis 1935, est « le » partenaire du Qatar dans la valorisation de son gaz, c’est le « partenariat militaire » avec la France qui a impulsé un nouveau souffle aux relations entre les deux pays : le Qatar achète 80 % de son matériel militaire à la France. En 1998, un haut comité mixte a été établi entre Paris et Doha pour organiser la coopération militaire mais aussi constituer un forum de discussion sur la stabilité régionale.

Le français est désormais enseigné au sein des forces qataries (une filiale de Saint-Cyr, Saint-Cyr Qatar, devait être opérationnelle cette année) et l’interopérabilité entre les deux armées a été testée lors de l’exercice Gulf Falcon 6 (20 mars-12 avril 2001) auquel ont participé l’armée de terre et la marine nationale françaises. La connexion franco-qatarie sur le terrain libyen ne relève donc pas de l’opportunisme mais d’une stratégie diplomatique dont la composante militaro-industrielle est la pierre d’angle.

Ce n’est sans doute qu’une étape et on peut penser que l’implication du Qatar dans le dossier libyen préfigure une implication plus grande encore dans les affaires diplomatiques ; notamment celles du continent africain où la complémentarité entre Paris et Doha joue pleinement. La chute de Kadhafi nécessite, pour les régimes en place, de trouver un sponsor sécuritaire et financier. Pourquoi pas ses « tombeurs » se disent la France et le Qatar ?

Jean-Pierre BEJOT
LA Dépêche Diplomatique

Vos commentaires

  • Le 12 septembre 2011 à 11:06, par Kader En réponse à : Dans le sillage de la guerre contre la Libye, Paris conforte sa connexion diplomatique avec Doha.

    Kadhafi est un ami du Burkina.La preuve est que sa statuette est grandement posée au rond point de la zone industrielle en compagnie de Blaise. On ne trahi pas son ami dans les moments difficile sous prétexte qu’on a peur d’être soit même visé par les occidentaux.Soyez clair et criez haut et fort que Kadhafi sera le bienvenu au Faso.Nous sommes un état souverain et le peuple soutiendra le gouvernement pour ça au moins.

    Répondre à ce message

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