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Daniel Kablan Duncan, un technicien de l’économie, comme patron de la diplomatie ivoirienne ! (1/2)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • samedi 4 juin 2011 à 13h36min

Dans le gouvernement Ouattara 1-Soro 1, c’est la seule nomination surprenante. Le remplacement aux affaires étrangères de Jean-Marie Kacou Gervais (nommé dans le « cabinet » formé par Alassane Ouatttara lorsqu’il était un président de la République « non installé ») par Daniel Kablan Duncan. Non pas que le départ de Kacou Gervais puisse étonner (diplomate de carrière, il avait été un promoteur de « l’ivoirité » sous Henri Konan Bédié et n’était plus, à 73 ans, un jeune homme), mais c’est le retour de Duncan qui étonne.

D’abord parce qu’il a, quand même, 68 ans ; ensuite parce qu’il n’était plus sur le devant de la scène politique depuis près de douze ans ; enfin car c’était, strictement, un technicien de l’économie et pas vraiment un « politique » ni même un « diplomate ». Mais, dans le même temps, il est l’homme qu’il faut à la place qu’il faut (compte tenu du contexte dans lequel ADO accède au pouvoir), parce qu’il a été ministre sous Félix Houphouët Boigny quand Ouattara était premier ministre et premier ministre quand Henri Konan Bédié était président de la République. Autrement dit : il est un fil rouge qui va du « Vieux » à ADO en passant par Bédié. Certains évoqueront la continuité des « houphouëtistes » et l’affirmation avérée d’un retour aux origines ; d’autres ne manqueront pas de parler de vision « dynastique » du pouvoir.

Originaire du pays nzima, Daniel Kablan Duncan est né le 30 juin 1943, à Ouéllé, dans la sous-préfecture de Daoukro, à environ 320 km au Nord d’Abidjan. Bachot série « math élém » en 1963 puis « prépa » au lycée Michel de Montaigne à Bordeaux. C’est donc en France qu’il suivra ses études supérieures : Institut commercial de Nancy (dont il sortira avec le titre d’ingénieur commercial) et Institut de commerce international de Paris (1968-1970). De retour en Côte d’Ivoire, il sera nommé sous-directeur des interventions et des relations économiques extérieures au ministère de l’Economie et des Finances, puis va passer près de six mois au FMI, en 1973-1974, en qualité de Special Appointe. Il intégrera ensuite la BCEAO où, en douze ans, de 1974 à 1986, il sera successivement sous-directeur, chef du service des études, adjoint au directeur national, Lamine Diabaté (l’époux de Henriette Dagri Diabaté) qui, en juillet 1986, entrera au gouvernement, cédant alors la place de directeur national à Charles Konan Banny. En octobre 1986, Duncan sera nommé directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), où il aura du mal à trouver ses repères. Ce sera une escapade de peu de temps hors de la banque centrale puisqu’il obtiendra, après une courte traversée du désert, le poste de directeur central du patrimoine et de l’informatique (mars 1989) au siège central de la BCEAO, à Dakar. C’est Alassane Dramane Ouattara, nommé gouverneur, qui l’avait appelé dans la capitale sénégalaise ; il appréciait, disait-on, son sens de la rigueur.

Le 27 octobre 1988, à la suite de la mort brutale de Abdoulaye Fadiga, Ouattara, qui était directeur Afrique du FMI, sera nommé gouverneur de la BCEAO. Le 16 octobre 1989, dans une situation économique et sociale excessivement difficile, Houphouët-Boigny formera un nouveau gouvernement. Le portefeuille de l’Economie et des Finances est confié à Moïse Koumoué Koffi. Ce ne sera pas suffisant pour sauver le pays. C’est alors qu’il appellera ADO à la rescousse.

Nommé président du « comité interministériel chargé de la mise en œuvre du programme d’ajustement économique et social de la Côte d’Ivoire » le 18 avril 1990, Ouattara va obtenir, le 5 juillet 1990, le remplacement de Koumoué Koffi par Duncan (que Ouattara connaît depuis les années 1970 !). Mais au sein du « comité », Ouattara est assisté directement par Charles Konan Banny tandis que l’homme du « plan Ouattara », celui avec lequel on peut discuter pendant des heures des aspects économiques et économétriques de ce programme, s’appelle Oumar Diarra ; il est alors ministre de l’Industrie et du Plan, loin dans la hiérarchie gouvernementale, mais c’est « un bon technicien intègre et un homme de dossiers » (dixit ADO) qui est capable aussi de faire preuve de pédagogie (et, surtout, de disponibilité).

Quand, promu premier ministre, Ouattara va former son gouvernement le 30 novembre 1990, il prendra directement sous son autorité le portefeuille de l’économie et des finances et nommera Duncan ministre délégué auprès de lui, chargé de l’Economie, des Finances, du Commerce et du Plan (j’avoue ne pas savoir ce qu’est devenu, depuis, Oumar Diarra). « Délégué » mais numéro deux d’un gouvernement qui a mis l’économie et les finances au cœur de ses préoccupations. Négociations avec le FMI et la Banque mondiale, relance de la coopération bilatérale (notamment avec la France), débat sur la dévaluation du franc CFA, privatisations, polémique avec Bédié sur ces privatisations (Bédié est alors président de l’Assemblée nationale), fronde de l’opposition menée par Laurent Gbagbo, tensions sociales et politiques… ADO est alors sur tous les fronts, d’autant plus omniprésent que la santé du « Vieux » décline et qu’il va être, longuement, absent du pays.

Duncan, quant à lui, s’exprime peu et va, longtemps, refuser entretiens et même discussions informelles. Son premier show médiatique, il le fera « face à la presse » le jeudi 24 octobre 1991. En 1993, à l’occasion des « Journées ivoiriennes » qui se dérouleront dans plusieurs grandes villes françaises, il acceptera quelques entretiens dans la presse panafricaine. La rumeur bruisse en ce temps-là qu’il pourrait prendre la suite de Ouattara à la primature ; il est alors une relation de vingt ans de Ouattara et, cependant, proche de Bédié. On dit que cet homme « peu enclin à la publicité et au tapage […] incarnerait une continuité indéniable ». Mais Duncan, lui, s’en tient strictement aux questions économiques et financières. Rien d’autre.

Le mardi 7 décembre 1993, le « Vieux » meurt. Après un temps de flottement, Ouattara démissionne le jeudi 9 décembre 1993. Le 11 décembre 1993, Duncan est nommé premier ministre. Il se rend aussitôt chez ADO pour « l’informer des conditions dans lesquelles il souhaite conduire l’action de son gouvernement ». Le 15 décembre 1993, il rend public la formation de son gouvernement. La cérémonie de passation de service a lieu le 17 décembre 1993. Duncan y rendra un « hommage appuyé » à son prédécesseur dont il soulignera « la maîtrise des dossiers » et saluera « l’autorité naturelle ». Il rappellera aussi son action, autrefois, à la tête de la BCEAO : « C’est sous votre impulsion qu’ont été élaborées les très importantes réformes de politique monétaire qui ont rompu avec des mécanismes, sans doute, trop rigide ». Il dira encore que Ouattara a été « l’initiateur des grandes réformes actuelles de l’économie nationale », réformes dont Duncan entend assurer « la poursuite et l’approfondissement » souhaitant, dans cette tâche, pouvoir compter « sur l’expérience et le concours » de son prédécesseur. « Le changement est toujours source de progrès et d’imagination » répondra celui qui quittait (provisoirement) la scène politique ivoirienne.

Pour ADO, dont l’émotion était sincère, c’était l’occasion d’affirmer son amitié au nouveau premier ministre - qu’il gratifiait de « cher frère et cher ami » - et de rendre hommage, également, à ses « collaborateurs du cabinet mais également aux collaborateurs de l’ancien gouvernement et à toute l’administration de notre pays ». Quelques phrases seulement qui traduisaient, plus qu’un long discours, la complicité qui existait entre les deux hommes. Une complicité qui résultait d’une réelle fraternité. Fraternité-Matin, soulignant en titre « l’hommage de Duncan à ADO », reproduira les deux discours sans commentaire particulier dans son édition du lundi 20 décembre 1993.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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