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Côte d’Ivoire : Soulagement et malaise !

Accueil > Actualités > International • • mercredi 6 avril 2011 à 02h38min

Il aura donc fallu l’intervention lundi soir, des forces de l’Organisation des nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), et le soutien massif de la troupe française Licorne pour mettre fin à l’entêtement de Laurent Gbagbo à occuper, en tout illégalité, le fauteuil présidentiel que la majorité de ses compatriotes lui avaient retiré le 28 novembre dernier. Dans une lettre datée du 3 avril, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, a demandé au président français Nicolas Sarkozy de « bien vouloir autoriser, de façon urgente, la force Licorne qui est mandatée par le conseil de sécurité pour appuyer l’ONUCI, à exécuter » la résolution 1975 votée le 30 mars dernier, visant à « empêcher l’utilisation d’armes lourdes contre la population civile en Côte d’Ivoire ».

Ayant répondu positivement à la requête du secrétaire général de l’ONU, les troupes françaises stationnées à Abidjan, qui sont passées de 900 à 1650 hommes en l’espace d’une semaine, et qui avaient pris le contrôle de l’aéroport d’Abidjan dimanche dernier, sont entrées en action aux côtés de l’ONUCI. Selon le ministre français de la Défense Gérard Longuet, les militaires français ont détruit une dizaine de blindés, quatre canons anti-aériens des forces pro-Gbagbo dans un premier temps, puis, trois véhicules blindés porte-roquette, quatre blindés de transports de troupes, deux blindés légers et une vingtaine de pik-up.

La radio télévision ivoirienne a également été détruite pendant que les hélicoptères de l’ONU pilonnaient le camp militaire d’Akouédo. Des frappes qui ont atteint leurs cibles et considérablement endommagé une bonne partie de l’arsenal de guerre de Laurent Gbagbo au point que les généraux qui lui étaient restés encore fidèles ont jugé sage de demander un cessez-le feu immédiat. C’est donc par la force des armes que celui qui a dirigé la Côte d’Ivoire durant dix ans a été contraint à prendre la porte de sortie. Certes, au moment où ces lignes sont écrites, Laurent Gbagbo n’avait pas signé sa lettre de réédition et refusait toujours de reconnaitre la victoire d’Alassane Ouattara, mais, sauf miracle, on ne voit pas très bien comment il peut encore conserver son poste.

Le dénouement de cette crise postélectorale, qui a avait créé une situation de ni paix ni guerre, constitue un vrai soulagement, mais il faut l’avouer, suscite également un sentiment de malaise. Voire l’ancienne puissance coloniale rééditer une sorte de Kolwezi, cinquante ans après les indépendances, pour faire respecter le verdict des urnes en Côte d’Ivoire, fut-ce sous la bannière de l’ONU, est proprement humiliant pour les Africains. On n’attendait rien de l’Union africaine, mais que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui avait pourtant bandé ses muscles dès le début de la crise, n’ait pas assumé pleinement ses responsabilités jusqu’au bout est désespérante. Mais ceux qui seraient tentés de voir dans cette intervention de l’ONUCI et de la France, un relent néocolonialiste ne devraient pas oublier que cette « ingérence » a été rendue possible par l’incapacité des Africains à faire respecter le choix démocratique des Ivoiriens.

Quant au nouveau président Alassane Ouattara, dont la combativité face aux épreuves suscite l’admiration, il entame son mandat dans des conditions calamiteuses. Après avoir conquis en quelques jours plusieurs villes du pays sans grande résistance, les forces républicaines qui lui sont favorables avaient échoué à prendre la capitale. Et c’est dans les soutes des chars de l’ONUCI et de la France, slalomant entre des centaines, voire des milliers de cadavres de ses concitoyens, qu’il franchit la porte de la présidence ivoirienne. Voilà qui apporte du crédit à ceux qui le considèrent, à tort ou à raison, comme la marionnette des puissances occidentales. Il a cinq ans pour montrer qu’il est bien à 100%, le président de tous les Ivoiriens.

Joachim Vokouma

Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 6 avril 2011 à 14:24 En réponse à : Côte d’Ivoire : Soulagement et malaise !

    il n’y a qu’en afrique que l’on voit cela ! le pire c’est qu’il se trouve des africains pour reclamer cela

    Répondre à ce message

  • Le 6 avril 2011 à 19:21, par Koutou En réponse à : Côte d’Ivoire : Soulagement et malaise !

    Ouais. Triste constat et grand malaise. Il est vraiment décevant de voir les troupes françaises prendre part à ces combats. Mais en même temps nous Africains, qu’avons-nous fait pour que la France ne "soit pas obligée" d’intervenir ? Jusqu’à une date récente, l’Afrique du Sud prenait même position pour Laurent Gbagbo, avant de faire volte-face on ne sait trop pour quelle raison. Pourquoi la CEDEAO n’a-t-elle pas obtenu le quitus de l’ONU pour intervenir alors que la France l’a obtenu ? Peut-être qu’avec les forces de la CEDEAO on n’aurait pas eu autant de morts comme on en déplore maintenant dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, parce que la force CEDEAO aurait fait la part des choses au lieu des massacres tous azimuts. Quant à l’UA, un vrai machin, elle est définitivement disqualifiée. Et que dire enfin de l’attitude de Laurent Gbagbo ? Vraiment j’ai honte.

    Répondre à ce message

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