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Fermeture des universités et des œuvres sociales : A la rencontre des SDF de Koudougou

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Affaire Justin L. Zongo • • mercredi 16 mars 2011 à 01h26min

“J’ai l’honneur d’informer les étudiants résidents que les cités seront fermées à partir de ce jour 14 mars à 17 heures. Les restaurants et le CODE seront également fermés. Je sais compter sur la bonne compréhension de tous”. C’est par ce communiqué, qui fait suite à la décision gouvernementale de fermer les universités de Ouagadougou, Bobo et Koudougou, affiché dans les cités et radiodiffusé, que les étudiants de Koudougou ont appris qu’ils avaient deux heures chrono pour libérer les cités. Un déguerpissement en somme qui s’est fait dans des conditions particulièrement difficiles, souvent pathétiques.

Cité Faso Tex. Mardi 15 mars 2011, il est 10h10. Cette cité, anciennement foyer de logement des travailleurs de l’usine de textile Faso Fani, abrite 350 étudiants et étudiantes. En cette matinée de mardi, la cité est un fourmillement d’étudiants et d’étudiantes transportant sur des bicyclettes, des motos, des vélomoteurs et portant même sur la tête des sacs, des baluchons, des ustensiles de toutes sortes, etc. Partout, sur du ficelle du linge encore mouillé. “On risque de voyager avec du linge mouillé”, marmonnent Fatoumata Bognini et Alice Kantiono.

La dernière totalement indifférente à notre souci de faire la photo la plus expressive possible. Elle a mieux à faire : sécher ses habits, qu’elle vient de laver, ranger ses effets dans des sacs de fortune et rallier une compagnie de transport. Le tout avant 12h. Il était 10h15 et on était hier mardi 15 mars. Alors que l’injonction de libérer les lieux disait avant-hier lundi 14 mars à 17h. Pourquoi un tel décalage ? Ramata Moné, en année de licence en histoire et archéologie, accepte d’abandonner un instant ses sacs pour nous expliquer. “On nous a informés qu’on devait partir hier (lundi 14 mars) à 17h.

Certains ont pu bouger mais beaucoup, comme moi, n’ont pas pu le faire. Ce n’était pas facile de le faire en deux heures. Aujourd’hui, on nous a sommés de partir au plus tard, à 12h”. Ramata Moné est disposée à nous énumérer des problèmes que les étudiants rencontrent dans le respect de cette mesure : “On n’a pas de transport. Où on va déposer les effets ? Le concierge nous a dit que c’est mieux de partir avec tous nos bagages, car on ne sait pas jusqu’à quand ça va durer”. Nous désignant son tas de bagages, elle poursuit : “Je ne sais même pas comment amener tout ça en gare. Pendant les congés, on prenait le strict minimum mais là on doit tout emporter.

On aurait pu nous prévenir à temps ou nous donner une marge de manœuvre. Je suis jusqu’à Bobo et je n’ai rien pour faire mon transport”. Pathétique, elle nous indique que nous ne savons pas jusqu’à quel point les étudiants se sont endettés pour pouvoir partir. Une autre nous avoue que des étudiantes ont dû s’humilier avant d’avoir l’argent pour partir. Quel genre d’humiliation ? Silence et gêne. Ramata Moné ira même jusqu’à nous demander de l’aider à amener ses bagages à la gare.

On ne fait qu’appliquer les instructions

Même désarroi chez Samba Traoré, 1re année SEG, assis devant la villa 12 avec un groupe de camarades. “Presque tous ceux qui sont en cité ne sont pas de Koudougou. Il y a des diaspos. On avait besoin de temps pour informer nos parents afin qu’ils nous envoient de l’argent. Les SMS ne passent pas (en effet, depuis le lundi 14 au soir jusqu’à l’heure où nous tracions ces lignes il était impossible d’envoyer un message), on appelle en vain. Moi, je suis de Banfora et je vais dormir chez un ami en attendant qu’on m’envoie des sous”.

A la cité Bourkina, située juste à côté de la direction régionale de l’ONEA, une bonne partie des locataires (au nombre de 154) avait déjà vidé les lieux. Sous le porche des jeunes regardent la télé. Ils s’empressent de nous dire qu’ils ne sont pas des étudiants. Pas sûr. Craignent-ils que nous soyons là pour un contrôle ? Nous les rassurons que nous sommes des journalistes, mais rien n’y fait.

Méfiance. A l’étage, nous rencontrons un groupe de filles affairées à manger du couscous mouillé, “sans sucre”, précisent-elles. Nous sommes peinés devant une telle situation. Elles non plus, bien que promptes à s’exprimer, ne veulent pas être prises en photo, ni donner leur identité. Méfiance, méfiance. Là aussi, le même problème d’argent pour partir. Par prudence, certaines ont évacué leurs affaires depuis la veille, ne restant là que pour le gîte. “Ce n’est pas tout le monde qui a des tuteurs ou des connaissances à Koudougou”, précise l’une d’entre elles.

Retour à la cité Faso Tex. Le concierge, Justin Bouda, devant la brièveté des délais accordés aux pensionnaires pour partir, dit qu’il ne fait qu’appliquer ce que la direction régionale lui a instruit de faire. “S’il y a des retardataires, je rends compte à ma hiérarchie”. Sa hiérarchie, c’est la direction régionale des œuvres universitaires du Centre-Ouest (CROUK). Cap sur cette direction située à moins d’un kilomètre. Le directeur régional n’est pas là.

Personne n’est disposé à répondre à nos questions. Néanmoins, le chef des cités universitaires de Koudougou, Jean Claude Bagré, accepte de nous communiquer les effectifs des étudiants logés en cité. Ils sont au nombre de 701, dont 76 à Oasis, 45 à Yelba, 154 à Bourkina, 350 à Faso Tex et 76 à Zoundi. Plus tard, le DR du CROUK nous a joint au téléphone et nous a exprimé son impuissance à trouver des solutions aux problèmes posés, car il ne fait qu’appliquer les instructions.

Ces instructions ont été presque appliquées à la lettre, puisqu’à 13 h, au motif que c’est à Koudougou seulement que les cités ne sont toujours pas totalement fermées, le concierge et le gardien, au niveau de la cité Faso Tex, sont passés fermer les portes, mettant ceux qui s’y trouvaient encore ainsi que leurs bagages dehors, avec pour seul abri les arbres. Certains étaient là, assis, se demandant ce qu’ils avaient fait pour être dans cette galère.

Une étudiante, Nadège Sanou, nous a même confié qu’elle ne reviendrait plus à Koudougou. “L’université, c’est finit pour moi ; c’est trop dur”, a-t-elle soupiré, affairée à attacher ses effets sur une moto JC. Malgré toute la galère dont nous avions été témoin, il semble que les étudiants de Koudougou n’ont pas été si mal lotis que ça. En effet, il nous est revenu qu’à Bobo-Dioulasso, ce sont les policiers qui étaient chargés de vider les pensionnaires des cités.

Cyrille Zoma

L’Observateur Paalga

Vos commentaires

  • Le 16 mars 2011 à 10:35, par madia trésor En réponse à : Fermeture des universités et des œuvres sociales : A la rencontre des SDF de Koudougou

    les étudiants n’ont q ce qils méritent ;en tant q masse éclairée ils devaient faire la part des choz et ne pas se laisser manipuler ;bruler les commissariats c’est de l’inconscience car ds peu de tps ce st ces mem étudiants qui vt assaillir les commissariats pour légaliser leurs papiers pour les ccrs ;comment feront-ils s’il nya pa de matériels pour légaliser ;cx qui les manipulent s’en fiche pas mal l’avenir de leurs enfants est assuré ;vs avez fait des revendications patientez vs pour voir l’issue de l’affaire avt de réagir ;soyez sages et demarquez vs des manipulateurs

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  • Le 16 mars 2011 à 13:11, par Lutte là où on se trouve En réponse à : Fermeture des universités et des œuvres sociales : A la rencontre des SDF de Koudougou

    Nous avons été chassé des cités. Nous sommes BURKINABÈ. Nous allons nous battre á la maison dans nos villes et campagnes. Nous seront les leaders de la lutte dans les régions et villages et le mouvement sera plus NATIONALE

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  • Le 16 mars 2011 à 14:08, par raswin En réponse à : Fermeture des universités et des œuvres sociales : A la rencontre des SDF de Koudougou

    EST-IL NORMAL D4EXPULSER DES LOCATAIRES DANS UN DELAI DE 24 HRS ?
    Au delà des analyses sur le mouvement actuel, je me demande si la fermeture des cités qui correspond en fait à une expulsion n’est pas une injustice.
    Les étudiants LOCATAIRES des cités n’ont t’ils pas un contrat écrit avec le CENOU ?
    Si oui, peut on expulsé un LOCATAIRE dans un délai de 24 heures ?
    Si non, le gouvernement le gouvernement vient de commettre une injustice qui devrait être réparée par la justice et faire jurisprudence.
    Les expulsés apprécieront certainement une action des syndicats des étudiants dans ce sens.

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  • Le 16 mars 2011 à 18:24, par camomille En réponse à : Fermeture des universités et des œuvres sociales : A la rencontre des SDF de Koudougou

    Vu de loin,il semble que pas plus les jeunes étudiants que les adultes ne soient bien "raisonnables" : dans les deux sens du mot. On ne peut ne leur faire entendre raison, ni leur demander de raison garder.Si les jeunes ont eu grand tort de brûler des commissariats il n’en reste pas moins que c’est la triste expression de leurs peurs. N’y a t’il aucune personnalité au Burkina pour jouer un rôle de modérateur dans cette crise où le feu aux poudres a été mis par quelques adultes sans raison aucune car tuer un jeune (même s’il avait fait un tort à quelqu’un) est inadmissible dans une démocratie. C’est le travail de la justice et il n’y a rien d’autre à dire.
    Quand aux "responsables" des universités il semble confondre l’eau et l’huile. Pour éteindre un feu habituellemnt on utilise de l’eau ; n’est-ce pas ? Ne faudrait-il pas réunir tous ces jeunes pour leur faire vider leur sac une bonne fois et prendre la mesure de leur désarroi au lieu de les jeter sur les routes, en quelques heures ? attitude pitoyable d’adultes irresponsables. Que sont devenus ces jeunes filles et jeunes gens loin de leurs familles et sans trop d’argent. Comment peut-on les maltraiter de cette façon ?

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  • Le 16 mars 2011 à 22:21 En réponse à : Fermeture des universités et des œuvres sociales : A la rencontre des SDF de Koudougou

    Au Burkina il n’y a pas de justice pour tous.c’est un mot vide de sens.sinon les pères et mères qui ont pris cette décision de fermer les cités et suspendre les services sociaux devaient s’interroger et peser le poids de cette décision sur leurs enfants.Le vin est déjà tiré,buvons le et prions qu’il ne nous saoule pas pour freiner le processus de sortie de crise.

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  • Le 16 mars 2011 à 22:29 En réponse à : Fermeture des universités et des œuvres sociales : A la rencontre des SDF de Koudougou

    meci encore au gouvernement voila que nous autres nous allons nous sucrer ces deux jours encore avec ces etudiantes venues dailleurs je me rappelle de ce saveur des annees passees ou javais loge une etudiante que jai croise et vraiment cetait bien koi bravo pour celle ki cherche maison je peux loge des etudiantes me coucher au salon et vous laisser monlit quand je veux dormir vive le pays ah ah ah

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