Nous sommes le  
LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : «Les erreurs, comme des pailles, flottent à la surface. Celui qui vеut сhеrсhеr dеs реrlеs dοit рlοngеr еn рrοfοndеur.» John Dryden

A un an de la présidentielle 2012, Abdoulaye Wade entend réaffirmer sa « souveraineté politique » sur l’ensemble du territoire sénégalais (1/2)

Accueil > Actualités > International • • jeudi 10 mars 2011 à 13h36min

Le Sénégal ne se résume pas à Dakar et à sa presqu’île. Et si la capitale sénégalaise et la région du Cap-Vert sont, de très loin, le premier pôle de concentration de population (et, du même coup, une source de tracas majeurs pour le gouvernement), le président Abdoulaye Wade entend réaffirmer qu’il est le président de la République du Sénégal et que sa « souveraineté politique » s’exerce sur l’ensemble du territoire.

Il suffit de regarder une carte pour comprendre que la tâche est ardue. La presqu’île du Cap-Vert est une double excroissance de terre dont l’aménagement et l’équipement relèvent nécessairement du tour de force (même si son ancrage maritime lui donne une beauté incomparable). Et les 11.300 km² de la Gambie, autour du fleuve du même nom, sont un cauchemar pour tout dirigeant sénégalais ; l’expression absolue de la totale incohérence des conquêtes et des administrations coloniales. L’ambition des Anglais était de parvenir, à partir du fleuve Gambie, jusqu’au Fouta Djalon, le pays peul de l’actuelle Guinée, et d’assurer ainsi la connexion avec leurs possessions de Sierra Leone ; une ambition qui se heurtera à celle des Français. La convention du 10 août 1889, ira au-delà de ce qu’avait souhaité le colonel Gallieni (n’abandonner à l’influence anglaise que la banlieue des postes où elle s’exerçait) mais ne laissera à l’Angleterre qu’une bande étroite de 10 km le long de chaque rive du fleuve jusqu’à Yarbatenda (Paris et Londres, pendant de longues années, vont envisager un échange de la Gambie anglaise contre les comptoirs français en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Bénin : la Mellacorée, Dabou, Grand-Bassam, Assinie, Porto-Novo).

Il n’empêche : le Sénégal est bel et bien coupé en deux et la Casamance, entre la Gambie anglaise et la Guinée portugaise, a pu, du même coup, tout à loisir cultiver sa spécificité alors que, manifestement, ces trois pays (Sénégal, Gambie, Guinée Bissau) composaient à l’origine un seul et même ensemble géographique. La Casamance deviendra totalement française par le traité du 12 mai 1886 qui cédait Ziguinchor, poste portugais (ils y étaient installés depuis 1645 !), à la France en échange du Rio Cassini (dans l’actuelle Guinée Bissau). Le Sénégal indépendant a été l’héritier de cet imbroglio territorial et s’est efforcé, depuis, d’exercer sa souveraineté sur un territoire de 28.350 km² (1/7ème du territoire sénégalais) tout en respectant son identité.

Pas facile : la Casamance a toujours éprouvé « un état d’âme » (selon les mots mêmes du commandant de Gorée, Pinet-Laprade, en 1860), même si ce territoire n’a jamais été autonome avant et pendant la colonisation. « L’unité du Sénégal contemporain, écrira Paul Pélissier, le meilleur spécialiste français de l’Afrique lusophone, n’est pas synonyme d’uniformité. La conscience nationale n’a pas effacé la riche diversité héritée d’un long passé ». Certes, mais cela nourrit bien des tentations périphériques quand les périphéries sont « problématiques » ; ce qui est le cas, tout à la fois, de la Gambie et, plus encore, de la Guinée Bissau.

C’est ainsi que la dernière session de la Commission consultative sénégalo-gambienne s’est tenue, les 23 et 24 février 2011, à Dakar, dans un contexte « exceptionnel ».

Quelques mois auparavant, le 21 octobre 2010, au port de Lagos (Nigeria), des conteneurs chargés d’armes avaient été découverts. Ils avaient été embarqués à Bandar Abbas (Iran) et étaient à destination de la State House Kanilaye, le palais du président gambien, Yahya Jammeh. La question s’est posée immédiatement : des armes pour quoi faire quand on est un pays enclavé de 11.000 km² et dont la population n’atteint pas les 2 millions d’habitants ? Sauf à penser que le fantasque Yahya Jammeh pourrait être tenté par quelques opérations « géopolitiques » du côté de la Casamance et que dans cette affaire Téhéran (pourtant en excellents rapports avec Dakar) assurerait une logistique visant bien plus à déstabiliser Paris (considéré comme le sponsor de l’Afrique de l’Ouest et le chef de file du monde « occidental » en Afrique noire) que Dakar.

Tensions diplomatiques, rappels des ambassadeurs, rupture de relations… tout va aller très vite. Sauf que le terrain, lui, n’a pas changé : la Gambie est toujours enclavée dans le Sénégal et la Casamance est toujours coincée entre elle et la Guinée Bissau. D’où la nécessité de faire preuve de fair play dans une affaire qui est, manifestement, une « sale affaire ». Maître Madické Niang, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, a donc été dans l’obligation de mettre à profit son savoir-faire d’avocat pour trouver les voies et moyens de ramener le dioula de Banjul dans le lit du fleuve et d’empêcher, à l’avenir, tout débordement.

Cela s’appelle la « sécurisation des frontières ». Et s’appuie sur un partenariat structuré avec la mise en place d’un secrétariat permanent de la commission consultative sur le suivi de la coopération entre les deux pays. Siège : Banjul ; avec un bureau de liaison à Dakar. Le « patron » de cette commission est un Sénégalais ; son adjoint est un Gambien. Démarrage prévu avant le 30 avril 2011. Objectif : « Connaître, à tout moment, des problèmes qui peuvent surgir dans les relations entre les deux pays ». Du côté sénégalais, c’est Doudou Salla Diop (DSD) qui a été désigné pour prendre en charge la direction du secrétariat permanent. DSD a été, dit-on, le « diplomate des missions délicates ». Il a été ambassadeur à Paris jusqu’à la fin de l’année 2008 (cf. LDD Sénégal 0114/Mardi 25 novembre 2008) après l’avoir été en Irak et en Jordanie (au temps de la première guerre du Golfe) puis en Mauritanie et au Maroc. A 67 ans (il est né le 31 décembre 1943 à Sakal, département de Louga, dans la région historique du Walo), c’est donc un retour sur le devant de la scène politico-diplomatique de celui qui avait assuré un plein septennat à Paris, poste où il avait été nommé par Wade. Sa nomination fait taire bien des rumeurs ; et en suscite beaucoup d’autres sans lesquelles le Sénégal ne serait plus le Sénégal.

« Mission délicate » effectivement tant la susceptibilité est forte en Gambie, pays dirigé par un chef d’Etat arrivé au pouvoir, le 22 juillet 1994, à vingt-neuf ans, pour y installer une junte militaire. Le lieutenant Yahya Jammeh, dont les accoutrements n’ont rien à envier à ceux du colonel Mouammar Kadhafi, aime à dire : « Ma Banque mondiale à moi, c’est Allah le Tout-Puissant ! » ; ce qui ne l’a pas empêché d’aller chercher du côté du FMI quelques arrangements concernant sa dette via « l’initiative PPTE ». Peu concernée par l’évolution de l’Afrique et du Monde, la Gambie ne fait rien d’autre que de « gérer » sa position géographique exceptionnelle et anachronique : c’est un doigt enfoncé en permanence dans l’estomac sénégalais. Ce qui ne manque pas d’être très dérangeant et parfois même totalement irritant. Plus encore quand la Gambie et son chef ambitionnent d’être les « sponsors » d’un des leaders de la rébellion casamançaise qui, sous l’étiquette historique du MFDC, mène des razzias mortelles contre les populations, razzias dont le fondement politique est bien plus faible que la motivation « mafieuse ». En la matière, le MFDC n’a rien à envier au « mouvement » de rébellion touareg !

La « gangstérisation » du MFDC - qui ne sait plus à quel chef se vouer - est avérée et le « mouvement » ne fait plus rêver que ceux (une poignée) qui pensent qu’il est plus facile de vivre avec une kalachnikov à la main qu’avec une tête bien pleine sur les épaules. Et comme, en Gambie tout comme en Guinée Bissau, les Etats sont en déshérence (la situation étant plus dramatique à Bissau qu’à Banjul, quoi que !), les « rebelles » y trouvent relais et « contrats ».

Jean-Pierre BEJOT
LA Dépêche Diplomatique

Vos commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 Articles de la même rubrique
Côte d’Ivoire : La réforme la Commission électorale divise la classe politique
Côte d’ivoire : Les conclusions de la rencontre entre Bédié et Gbagbo à Bruxelles
20 ans de règne de Mohammed VI au Maroc : Une vision royale pour une Afrique prospère et décomplexée
Lutte contre le terrorisme : 250 soldats britanniques attendus au Mali en 2020
Sénégal : La voiture de Macky Sall avec à son bord le président malien prend feu
CEDEAO : Alassane Ouattara espère que la monnaie unique sera mise en place "le plus tôt possible"
Le Togo organise des élections municipales après 32 ans
Côte d’Ivoire : Henri Konan Bédié reste campé sur ses propos controversés sur les étrangers
Madagascar : La fête nationale endeuillée (au moins seize morts)
Guinée-Conakry : Le président Alpha Condé tient à la modification de la Constitution !
UNESCO : Bilan satisfaisant pour le Burkina Faso à la septième session de la conférence des parties à la Convention de 2005
Togo : Les élections locales fixées au 30 juin
  Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter



LeFaso.net
LeFaso.net © 2003-2019 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés