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Situation nationale : Les fusibles commencent à sauter

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Affaire Justin L. Zongo • • lundi 28 février 2011 à 01h57min

La semaine qui vient de s’écouler a été particulièrement houleuse au Burkina Faso. De Koudougou, enflammée, nous est parvenue la clameur de jeunes en colère. Il y a longtemps qu’on n’avait pas assisté à pareille manif violente, faite de batailles rangées entre forces de l’ordre et croquants.

Les raisons sont connues : un élève, du nom de Justin L. Zongo, est décédé dans des circonstances troubles. En outre, les étudiants en veulent à mort au présumé assassin, emprisonné, d’un des leurs, et surtout à un commerçant prospère, qui serait l’instigateur de ce crime pour des raisons d’occultisme, ou, si vous préférez, de “wack” (1).

Ce qui oppose fondamentalement les uns et les autres, ce sont les causes du décès du malheureux Justin Zongo, qui aurait succombé, selon ses camarades, sa famille et l’opinion, par suite de sévices corporels de la part de la police ; une version rejetée par le gouvernement et les autorités politico-administratives, qui avancent la thèse de la méningite. Difficile pour l’instant de situer véritablement les responsabilités : qui dit vrai ? Qui camoufle la vérité ?

En attendant de connaître le fin mot de l’histoire, on ne peut que déplorer cette débauche de violence qui a causé de nombreux dégâts matériels, et entraîné 5 pertes de vies humaines. C’est trop ! C’eût été une seule vie que ce serait déjà déplorable. Pour éviter que la mèche allumée à Koudougou se transforme en TNT national et se propage au reste du pays, et alors qu’on déplorait de nouvelles victimes à Poa et à Kindi, le gouvernement a décidé de congédier les élèves du vendredi 25 au lundi 28 février 2011, question de faire retomber la pression.

Est-ce que cette accalmie du week-end va se poursuivre ou l’accès de fièvre sociale va reprendre ? A l’heure où ces lignes étaient tracées, on s’activait à dissuader les étudiants de battre le macadam ce matin 28 février. C’est sans doute dans cette perspective qu’il faut comprendre l’arrestation des policiers qui auraient tiré sur les élèves.

Dans le même registre, on peut comprendre le limogeage du gouverneur Banworo Seydou Sanou, qui semble avoir été sacrifié pour la bonne cause. Ces mesures suffiront-elles à circonscrire l’incendie allumé à Koudougou ? En tout cas, les premiers fusibles commencent à sauter.

Mais comment en est-on arrivé à une telle extrémité ? A l’évidence et pour peu qu’on observe certains gestes et faits, il y a un déficit de confiance entre gouvernants et gouvernés, de telle sorte que la parole gouvernementale a perdu de sa crédibilité, face à des populations désabusées et souvent habituées à ce qu’on leur fasse prendre des vessies pour des lanternes.

Si on ajoute à cela le fait que certaines forces de l’ordre auraient usé de balles réelles face à des élèves aux mains nues, on comprend mieux l’atmosphère quasi insurrectionnelle qui s’est emparée de Koudougou. Encore Koudougou, diront certains, tant cette ville réputée frondeuse, a souvent été l’épicentre des crises qui se sont nouées depuis l’arrivée de Blaise Compaoré au pouvoir :

- d’abord l’expédition punitive du 27 octobre 87 contre de jeunes brillants soldats du BIA ;
- la crise consécutive à l’affaire Norbert Zongo, illustre fils de cette ville ;
- et voilà que, le 20 février 2011, un jeune élève de Koudougou réveille encore ces ressentiments enfouis chez ces Koudougoulais. Moins de tragédies pour Koudougou, messieurs les puissants du moment, semblent à présent objurguer les populations. Et elles n’ont pas totalement tort ; car, frondeuse pour frondeuse, la ville ne se dresse jamais pour rien.

Et là, entre en scène un personnage, dont, à mots couverts ou de façon explicite, certains responsables du pays voient la main invisible derrière çà : le président de l’UNDD, Hermann Yaméogo, dont c’est le fief. L’intéressé, la main sur le cœur, s’en défend même si le soutien que sa formation politique apporte aux élèves et aux étudiants peut être perçu comme une forme de responsabilité dans ce qui arrive.

Qu’on s’accorde bien : une chose est de soutenir le mouvement quel qu’il soit, et une autre est de le susciter, de l’alimenter ou de le financer.

Et le fait qu’Hermann Yaméogo est rentré récemment d’Abidjan ne plaide pas forcément en sa faveur. Il faut sans doute se garder d’absoudre Hermann à bon compte, tant la politique est par essence une question d’opportunité.

N’empêche, brandir systématiquement la thèse du complot comme l’ont fait les responsables gouvernementaux et communaux, c’est se décharger à bon compte de toute responsabilité, or quand bien même complot il y aurait, on ne saurait nier l’élément déclencheur qu’est la mort de l’infortuné Justin Zongo.

Cette politique du bouc émissaire est d’ailleurs habituellement pratiquée par nombre de régimes qui ne veulent pas reconnaître leurs propres turpitudes.

Regardons ce qui se passe au Maghreb : tour à tour Ben Ali, Moubarak et maintenant Kadhafi se sont facilement réfugiés derrière le prétendu complot international, quand ce n’est pas Al-Qaïda qui est mis à l’index, niant ainsi toute capacité à leurs concitoyens d’aspirations légitimes, telles la liberté, la justice, la bonne gouvernance..., ce qui est un autisme de mauvais aloi.

Cela dit, on ne peut que déplorer les actes de vandalisme, la destruction de biens publics et privés auxquels ont donné lieu ces débordements, d’autant plus que les casseurs en sont toujours les payeurs d’une manière ou d’une autre.

Nul ne souhaite et surtout pas nous que le Burkina s’embrase, car c’est parce qu’il y a la paix que les gratte-papiers peuvent noircir les journaux, mais il faut faire attention à ces petites étincelles localisées qui peuvent mettre le feu aux poudres. Faire attention, c’est d’abord laisser les populations gérer en paix leur misère ! Faire attention, c’est aussi et surtout éviter de donner l’impression qu’on cache la vérité, même si c’est connu dans toutes les démocraties du monde que l’ombre protège parfois les républiques des dérives sociales.

C’est responsable et salutaire que les autorités aient fait appel aux sages du Boulkiemdé et d’ailleurs pour ramener la paix. Ironie du sort ou comme dirait le nihiliste Friedrich Nietzsche qui parle “d’éternel retour”, pratiquement 10 ans après le collège de sages, appelé à la rescousse, par suite du drame de Sapouy, voilà de nouveau des sages aux manettes de la paix. Faut-il croire qu’on fait appel à des sages quand “ça chauffe”, et qu’on ignore royalement leurs recommandations quand survient la période de l’insouciance ?

La rédaction

(1) Les étudiants de Koudougou indexent ce riche commerçant comme ayant “sacrifié” leur collègue à des fins de prospérité. Ils veulent donc brûler ses boutiques.

L’Observateur Paalga

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