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M. Sylvain ZONGO, directeur de ZCP et président de l’ABULL : "Les logiciels libres peuvent permettre de créer énormément d’emplois"

Accueil > Actualités > Multimédia • • jeudi 23 septembre 2004 à 06h35min

Sylvain Zongo

Les TIC ont révolutionné le monde, le transformant en un village planétaire. Dans ce village,l’information est devenue l’arme la plus puissante et la détenir, la maîtriser confère à l’homme, à l’entreprise ou au pays une force et une richesse inépuisable.

Aujourd’hui, laisser cette force, cette richesse dans les mains d’un seul individu, d’une seule entreprise ou d’un seul pays,c’est lui confèrer du mêmes coup le droit de gouverner et de contrôler la terre toute entière.

Pour parer cette situation qui n’est pas inéluctable, ni impossible, des gens du monde libre travaillent et luttent depuis des années pour l’avènement et le règne des logiciels libres. Au Burkina, l’Association des utilisateurs de logiciels libres que dirige M. Sylvain ZONGO sont de ceux là qui font de cette lutte leur credo.

Dans cet entretien qu’il nous a accordé, le président de l’ABULL présente son association, le sens véritable de son combat pour l’utilisation des logiciels libres. Il nous a livré également ses attentes des rencontres africaines sur les logiciels libres qui auront lieu dans notre pays.

Présentez-nous l’ABULL

M.Sylvain ZONGO (S. Z.) : L’ABULL, c’est l’Association burkinabé des utilisateurs des logiciels libres que nous avons mise en place il y a deux ans de cela afin de contribuer à notre façon à l’utilisation des logiciels libres au Burkina Faso.

Pourquoi une association pour l’utilisation de logiciels libres et quels sont vos objectifs ?

S. Z. : Une telle association on en avait besoin parce que, les utilisateurs, le commun des Burkinabé ne savent pas ce que c’est que les logiciels libres. Donc c’est ce qui nous amène à mettre cette association en place afin de vulgariser l’utilisation de tout ce qui est logiciel libre au niveau du Burkina.

Un logiciel, qu’est-ce que c’est en réalité parce que le commun des Burkinabé n’est pas censé le connaître à plus forte raison l’utiliser ?

S. Z. : Un logiciel c’est simplement un programme qu’on est obligé de mettre dans un ordinateur qui est l’aspect matériel. On met un programme sur un ordinateur pour que l’ordinateur puisse faire un travail donné.

Par exemple si l’on veut utiliser un ordinateur comme machine à écrire, on est obligé de mettre un programme qui permet à l’ordinateur de se comporter comme une machine à écrire. Si l’on veut utiliser l’ordinateur pour faire du dessin, on est obligé de mettre un logiciel pour mettre à l’ordinateur de faire du dessin.

On dit souvent que tout ce qui est gratuit coûte cher, n’est-ce pas le cas avec les logiciels libres ?

S. Z. : C’est vrai que pour les logiciels libres, il y a l’aspect gratuit, mais ce n’est pas le seul avantage. Déjà cette gratuité permettra de faire une acquisition à moindre coût d’un outil de travail qu’est l’ordinateur. Ensuite, au delà de cet aspect de gratuité, il y a l’aspect disponibilité des sources, ce qui veut dire que la manière dont le logiciel a été fait, il est en fait disponible, et cela permet à d’autres acteurs, à d’autres utilisateurs de pouvoir apporter donc des modifications à ce logiciel libre-là, afin de l’améliorer. Ce qui veut dire que c’est vraiment un modèle de développement de logiciel qui est ouvert à la différence du logiciel propriétaire ou le modèle de développement est plutôt fermé.

Quels sont les avantages qu’un pays, une entreprise, ou un individu a à opter pour l’utilisation des logiciels libres ?

S. Z. : Déjà prenons au niveau d’un individu, ça lui permettra de ne pas payer les licences, parce que c’est des logiciels que vous avez gratuitement. Donc, en termes de coût d’acquisition, ça vous fait déjà quelque chose de gagné. Au niveau des entreprises, c’est exactement la même chose et même au niveau des Etats, la problématique des licences va se réduire.

Ça veut dire que partout où l’on peut utiliser ces logiciels libres-là, ce serait peut-être mieux de les utiliser au lieu d’avoir à acheter des logiciels qui coûtent cher et qui font en fait le même travail. Maintenant au-delà de cet aspect, pour un Etat, il y a d’autres avantages, d’autres intérêts parce qu’ils donnent une autonomie, une indépendance dans certains domaines de souveraineté que tout Etat doit avoir.

Parce que, ce qu’il faut savoir, c’est que les logiciels que nous utilisons, ont été faits par des entreprises qui sont dans d’autres pays et sur le plan stratégique, puisque nous sommes maintenant dans l’ère de l’information, qui détient aujourd’hui l’information détient le pouvoir. Ces Etats-là en nous envoyant des logiciels que nous utilisons dans des domaines stratégiques, qu’on le veuille ou pas ,quelque part on est vulnérable. En utilisant des logiciels libres qui sont en réalité propriété de tous ça permet à tout Etat d’asseoir son indépendance, sa souveraineté dans certains domaines stratégiques comme la défense,l’armée etc.

A quel niveau se situe-t-on dans l’utilisation des logiciels libres au Burkina ?

S. Z. : L’utilisation des logiciels libres au Burkina est énormément développée dans tout ce qui est internet. La plupart des serveurs d’internet fonctionnent avec des logiciels libres et tous ceux qui utilisent internet en fait utilisent des logiciels libres, sans le savoir. Ensuite il n’ y a des gros instituts comme la BCEAO qui utilise des logiciels libres comme open office.

Quelle lecture pensez-vous que l’Etat burkinabé donne à cette situation ?

S. Z. : je pense que cette bonne nouvelle n’est peut-être pas encore arrivée à tous les niveaux, ce qui fait qu’il y a vraiment un mutisme presque total là-dessus. C’est vrai que la DELGI (Délégation générale à l’informatique) l’utilise, mais je pense que cela devrait monter à un niveau beaucoup plus haut que ça parce que comme je l’ai dit, c’est vraiment une question de souveraineté nationale.

Quel est le sens véritable du combat que vous menez ?

S. Z. : Le combat que nous menons a plusieurs orientations. Déjà faire connaître les logiciels libres au niveau des utilisateurs et également sensibiliser les politiques sur ce que ça représente comme enjeux. C’est vrai que cet aspect de la lutte, on n’avait pas encore réussi à le mener, mais on espère vraiment qu’avec les rencontres africaines des logiciels libres qui se tiendront dans notre pays, les autorités vont être encore plus sensibilisées sur cet aspect de notre lutte.

A qui profite le silence, sinon l’inaction des responsables africains face à la situation ?

S. Z. : Disons que ce silence profite aux tous premiers acteurs de l’informatique logicielle, c’est à dire les grandes compagnies qui ont pu asseoir leur monopole de fait parce qu’elles étaient les seules. Pour ainsi dire, Microsoft, Oracle,CISCO. Je pense que c’est vraiment les trois grands leaders qui ont ce monopole de fait parce que jusqu’à présent il n’y avait que leurs logiciels.

Maintenant, grâce aux logiciels libres, il y a une alternative qui est en train de se présenter au monde et ces grands-là ont peut-être intérêt à ce que ça n’avance pas. Et d’ailleurs ils commencent à mettre leur stratégie en place en signant des accords avec les pays pour essayer de freiner l’utilisation des logiciels libres par les Etats.

A quoi devrait-on s’attendre si rien n’est fait pour prévenir le danger du monopole absolu qui guette le monde ?

S. Z. : Ecoutez si rien n’est fait, on se retrouvera dans quelques années dans une situation qui est que, tout ce qui est information se trouvera dans des systèmes qui appartiennent pratiquement à un seul pays. Ce pays aura le contrôle de tout ce qui est information dans ce monde ce qui est presque le cas actuellement puisque, qu’on le veuille ou pas internet est contrôlé en grande majorité par les Etats-Unis. Qu’on le veuille ou pas, la plupart des machines fonctionnent avec des logiciels qui sont américains et je pense que cela ne contribue pas à un développement harmonieux de l’humanité.

Il se tiendra dans les jours à venir les Rencontres africaines des logiciels libres (RALL). De quoi sera t-il question à ces rencontres ?

S. Z. : A l’occasion de cette rencontre africaine sur les logiciels libres, il sera question de voir comment ces outils peuvent être utilisés au niveau du continent, pour réduire au maximum la fracture numérique. Parce qu’on parle très souvent de fracture numérique que cela en terme d’infrastructure, mais ce n’est pas ça, c’est également en terme de contenu informationnel et on espère qu’avec cette approche des logiciels libres, on pourra en fait pénétrer beaucoup plus facilement les nouvelles technologies au niveau de l’Afrique, globalement le coût est nettement moins cher avec les logiciels libres qu’avec les logiciels propriétaires.

Quelles seront les retombées de ces rencontres pour le Burkina en particulier et pour l’Afrique toute entière ?

S. Z. : Pour le Burkina on espère vraiment que beaucoup d’entreprises et même l’Etat vont enfin voir que la problématique des logiciels libres n’est pas en fait un combat de techniciens, mais que c’est une question d’intérêt stratégique et pour cela on espère vraiment qu’on va assister à un débat national autour de ces problèmes d’information. Au niveau africain, on espère vraiment que ce sera la contribution du monde des logiciels libres par rapport à la société mondiale de l’information au niveau de l’Afrique .

Y a-t-il des raisons d’espérer une issue heureuse du combat que vous menez quand on sait que les magnats de l’informatique ne vont pas lâcher prise ?

S. Z. : Je pense quand même qu’il y a vraiment de l’espoir, car il y a 5 ans de cela on n’en parlait pratiquement pas, pourtant notre combat avait déjà démarré. Aujourd’hui, de plus en plus, même nos informaticiens savent ce que c’est que les logiciels libres ; ils en ont entendu parler ; la preuve c’est que cet entretien vise à apporter encore plus d’informations sur la question, c’est le signe en tout cas que quelque part, il y a un réveil qui se fait et qu’on le veuille ou pas le paysage informatique va forcément changer.

Déjà il y a des retombées perceptibles : les logiciels propriétaires sont obligés de vendre maintenant leurs produits un peu moins cher parce qu’ils savent que les utilisateurs ont des alternatives. La preuve Microsoft vient de rendre accessible les codes sources d’un certain nombre de ses logiciels ( Microsoft office) à des Etats. Je pense donc que dans l’avenir on va sûrement arriver à une autre configuration du monde informatique et ce ne sera plus un domaine réservé qu’à des spécialistes.

Les logiciels libres restent-ils aujourd’hui la seule alternative pour un monde équitable sur le plan de l’information ?

S. Z. : A mon avis oui. Grâce aux logiciels libres, les pays où l’informatique n’est pas très développée pourront y avoir plus facilement accès puisque le coût revient nettement moins cher. Au-delà de cet aspect, les logiciels libres permettront à ces pays d’avoir une certaine autonomie, une certaine indépendance vis-à-vis de leurs industries de développement de logiciels. Il ne faut pas non plus occulter le volet économique, parce que utiliser les logiciels libres, pour des pays tels que le Burkina Faso, ça peut permettre de créer énormément d’emplois, et de richesses ; cela peut permettre aux informaticiens du Burkina Faso de développer des logiciels et pourquoi pas faire du pays la SiliconValley du Sahel.

Quelles sont vos attentes en tant que président de l’ABULL aux Rencontres africaines sur les logiciels libres qui se profilent à l’horizon ?

S. Z. : Nos attentes, c’est qu’il y ait déjà une mobilisation au niveau des burkinabé puisque c’est la première édition et le Burkina Faso a l’honneur de l’accueillir. On espère qu’il y aura un engouement de la part des Burkinabé pour participer aux tutoriaux et aux conférences. Nous espérons qu’au niveau des autorités burkinabé nous recevrons un appui conséquent dans cette lutte qui ne fait que commencer. Pour terminer j’espère qu’un jour l’utilisation des logiciels libres fera partie des critères de bonne gouvernance car il est inadmissible que nos Etats pauvres continuent de dépenser des sommes colossales pour l’acquisition des logiciels alors qu’une solution moins chere existe déjà.

Interview réalisée par Frédéric ILBOUDO
L’Opinion

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