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Santé de la reproduction : Apport des médias dans le renforcement des capacités des femmes

Accueil > Actualités > Multimédia • • jeudi 23 septembre 2004 à 06h33min

Africa consultants international (ACI) avec le soutien de PRB (Population référence bureau) a organisé un atelier sur la "Santé de la reproduction des femmes et mutations socioéconomiques en Afrique. Apports des médias dans le renforcement des capacités des femmes" du 12 au 17 septembre 2004 à Saly Portudal (M’Bour) au Sénégal.

Après 5 jours de travaux, la quinzaine de participants est repartie nourrie d’une somme de sujets de reportage sur la problématique du statut de la femme qui conditionne sa bonne santé reproductive.

Les médias, par leur essor et surtout leur influence, peuvent apporter un levain à l’évolution sociale. C’est donc bien avertis de la "force’’ des journalistes que ACI et son partenaire PRB ont organisé cet atelier de sensibilisation et d’orientation éditoriale. La finalité étant de mieux faire prendre conscience aux responsables de rédaction de l’importance et des enjeux qui entourent le renforcement des capacités des femmes.

L’atelier a intéressé des membres des réseaux Popmédi Afrique et FemmediAfrique venus du Sénégal, du Mali, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie et du Burkina. En 5 jours de travaux, l’accent a été mis sur l’impact de la santé reproductive dans l’affirmation des potentialités et capacités des femmes.

L’inventaire des problèmes vécus par les femmes, des entraves au pouvoir de parole et de décision, a permis aux participants d’appréhender les "bénéfices’’ d’une bonne santé de reproduction (SR) des femmes au profit du développement de l’individu, du ménage et partant, de toute la communauté.

D’une manière générale, les femmes et les filles africaines n’ont pas les capacités de prendre en main leur santé de la reproduction. Du fait des traditions et des pesanteurs socioculturelles, elles ne peuvent "négocier’’ des rapports sexuels qui ne portent pas préjudice à leur santé physique, mentale... En outre, leur niveau d’instruction, leur faible pouvoir économique ne les mettent guère à l’abri de toutes les formes de violences.

Il en résulte donc une forte mortalité maternelle et infantile, un taux élevé de morbidité des femmes, des grossesses non désirées, des avortements provoqués, des infirmités (fissules), une forte prévalence du VIH/sida chez les femmes, des maladies mentales...

Des dimensions multiples et complexes

Le contexte actuel est marqué par des mutations politiques, économiques et sociales en Afrique, les questions de femmes, de SR, d’IST (Infections sexuellement transmises) de VIH/sida...

Le souci de rentabilité par la recherche de l’événementiel amène les médias à traiter de façon banale, l’information sur les femmes. Les formations sur les violences faites aux femmes ne sont pas traitées sous forme de "faits divers’’, elles sont traitées avec peu ou pas d’analyse... Mieux, des messages véhiculent des stéréotypes et un lexique "méprisant’’. La critique des contenus d’articles a permis de mettre en évidence ces accrocs des médias sur les questions se rapportant aux femmes.

Le souci de parfaire la qualité du contenu et l’intérêt de diversifier des genres rédactionnels ont amené les participants à identifier des thèmes et des sujets d’informations prioritaires et des initiatives et politiques en faveur des femmes à promouvoir.

Il est sorti de l’atelier de Saly Portugal, des angles de traitement de l’information qui peuvent aider au renforcement des capacités des femmes. Les participants ont confectionné un guide d’informations destiné aux reporters qui sera ventilé dans les rédactions.

La SR et le renforcement des capacités des femmes appellent à prendre en compte les faits essentiels tels que les formes de violences contre les femmes, les avortements et grossesses à risque, la santé des adolescentes, la mortalité maternelle et infantile, les IST/VIH/sida, la pauvreté, les effets pervers de la globalisation (désengagement des Etats, des secteurs sociaux)... et leurs conséquences sur la SR. Une bonne information sur tous ces paramètres peut actionner des leviers à même de favoriser l’émergence des femmes, gage de développement.

Marceline ILBOUDO,
Envoyée spéciale à Dakar


Ana Lucy KERE, Reporter à la télévision nationale du Burkina Faso : Il reste beaucoup à faire dans l’information sur la santé

Il y a neuf ans, je faisais un article sur un sujet peu courant et peu connu du public : l’incompatibilité sanguine. Les spécialistes de la santé peuvent facilement y faire face, mais elle continue à semer le désarroi au sein des familles au Burkina Faso. Il suffit que la femme soit du rhésus négatif et l’époux du groupe sanguin positif, que le couple n’ait jamais d’enfant, ou que leur procréation ne donne lieu qu’à des enfants mort-nés.

L’article dans le Journal du soir où je travaillais avant d’aller à la Télévision nationale, les coups de fil n’ont pas arrêté à la rédaction. Au bout de la ligne, des hommes et des femmes qui se croyaient stériles à force d’attendre un enfant qui ne venait toujours pas. Tous voulaient rencontrer le spécialiste interrogé dans l’article. Jusque là, je n’avais pas encore pris conscience de l’importance que pouvaient avoir les questions de santé, à côté d’autres sujets qui paraissaient plus "intéressants", comme la politique.

D’autres reportages et enquêtes ont alors suivi sur la ménopause, sur l’excision, sur la stérilité, les maladies sexuellement transmises, le Sida, etc. A chaque fois l’intérêt est là, mais aussi la conscience qu’il reste beaucoup à faire, notamment, au Burkina Faso, sur les mutilations génitales féminines et sur les violences contre les femmes. L’information manque encore : celle qui peut sensibiliser et mobiliser.

Témoignage recueilli à Saly Portudal


Mme Aïssé Diarra, sociologue- chercheur apprécie l’approche et le contenu de l’atelier de Saly Portudal organisé par ACI

Sidwaya (S.) : Vous êtes ici à Saly pour un séminaire de formation de journalistes sur les questions de mutations socioéconomiques et de santé de la reproduction des femmes. En rapport avec ce que les médias peuvent apporter comme changement, quelle est votre appréciation de cet atelier ?

Aïssé Diarra (A.D.) : J’ai été invitée à l’atelier de ACI-Baobab en tant que personne-ressource pour travailler avec les jeunes des médias. En ce qui concerne les mutations socioéconomiques par rapport à la santé de la reproduction, je trouve qu’il y a des changements ; par exemple quand on prend deux générations différentes, en matière de planification, il y a des différences. Si nos mamans par exemple, n’ont pas pu maîtriser leur fertilité ou natalité, nous par exemple, nous avons eu le choix.

En ce qui concerne les médias, je pense qu’ils jouent un rôle très important et dans le domaine de la santé de la reproduction, les médias peuvent faire quelque chose, ne serait-ce qu’aller chercher l’information et l’apporter surtout à nos communautés qui ne peuvent ni lire ni écrire. Les radios à ce niveau, peuvent jouer un rôle important. Il y a de très bonnes pratiques comme il y a de très mauvaises. La presse peut véhiculer ces informations.

S. : On constate quand même qu’au cours de cette année, on a trouvé des paramètres qui dépassent un peu le cadre du simple journalisme quand on voit le développement de nos pays. Est-ce que la priorité aujourd’hui est à la SR des femmes ?

A.D : Quand on prend la politique de nos pays, cela est vrai, la priorité n’est pas à la SR. C’est pourquoi je peux d’ailleurs dire que nos pays sont à la traîne par rapport aux pays développés et même par rapport à l’Asie. C’est une question de priorité, et je crois que c’est de plus en plus une question de politique dictée par les pays développés. C’est un constat amer. Mais le défi peut être relevé par la presse si celle-ci devient véritablement un instrument d’éducation de la population. L’émergence de la société civile que l’on constate de plus en plus dans nos sociétés est également un facteur favorable qui peut appuyer la presse.

S. : Dans la tendance générale à faire émerger les femmes, il y a un certain environnement politique favorable à travers l’adoption de textes et de lois ; cependant il y a quelque part des résistances. Faut-il maintenant mettre en avance les lois ou que faut-il faire ?

A.D. : Cette remarque est pertinente. C’est vrai, il y a les lois, mais il faut reconnaître que nous sommes dans une société avec ses us et coutumes où la majorité des populations n’est pas allée à l’école. Alors prendre de décisions, des lois que seules les personnes instruites peuvent les comprendre ou les exploiter, sera une très grande faiblesse. A mon avis, il y a un travail à faire en amont avant de voter des lois. C’est tout un travail de concertation, de sensibilisation afin qu’ensemble, la communauté, les juristes, les gouvernants, arrivent à faire quelque chose.

Et même après le vote d’une loi, la prise d’une décision, il y a tout un travail d’explication à faire. C’est ce qui manque dans nos pays où les juristes et aussi l’Assemblée se permettent de prendre des lois sans suite d’application. Aujourd’hui, il existe des lois qui ont été votées depuis les années 1960 ou 1970 et qui n’ont pas encore eu d’effets parce que la population ne les connaît pas. Donc, il faut faire ce travail de concertation, de sensibilisation, d’information en amont.

S. : Nous avons une forme de violence, je veux parler de l’excision. Par rapport à la lutte contre la pratique de l’excision, quelle est votre appréciation lorsqu’on s’aperçoit que tout le travail abattu a de meilleurs résultats ?

A.D. : On peut dire que depuis plus d’une décennie, des ONG, des associations et même des programmes de gouvernement luttent contre cette pratique néfaste. Alors on a l’impression quand on regarde les taux, qu’il n’y a pas eu d’avancée, cela est vrai. Mais moi je crois déjà qu’il y a des avancées dans la mesure où, publiquement, on peut en parler, ou que des hommes et des femmes de différentes confessions arrivent à adhérer au mouvement.

C’est vrai, le changement est lent si on regarde un peu les efforts, les investissements dans cette lutte. Je crois qu’on a encore besoin de sensibiliser et d’informer parce qu’arriver à des lois comme je viens de le mentionner, ne me semble pas être une solution. Si je prends l’exemple de certains pays comme le Sénégal où la loi a été votée depuis presqu’une décennie, au Burkina où la loi a été également prise, il y a des résultats.

Au Mali, il n’y a pas de loi mais ces trois pays sont à peu près au même niveau. Quand tu prends la région de la Casamance, le taux est encore à 80% comme il est à 91% au Mali et également élevé dans certaines régions du Burkina Faso. Il faut alors continuer avec le travail d’information et de sensibilisation avant d’en arriver à une loi.

Dans un pays ou une société où la pratique est faite par la majorité de la population, prendre une loi serait une aberration pour en arriver à des résultats. Si c’est une minorité qui la pratique, il est plus facile de réprimer surtout que dans nos pays, la loi est synonyme de répression mais pas l’information et la sensibilisation.

S. : Il a été soulevé au cours de notre atelier, le problème de la sexualité des adolescents. La plupart des adolescents sont aujourd’hui mariés de façon précoce. Comment vous entrevoyez la prise en charge des adolescents dans ce domaine ?

A.D. : La prise en charge des adolescents jusque-là, n’avait pas été une priorité de nos gouvernements. Quand on regarde les programmes de contraception, les programmes étaient d’abord adressés à des femmes et à des hommes mariés. Après l’intervention de quelques pays développés, il y a eu des programmes élaborés à l’endroit des adolescents. Mais jusque-là, il y a des insuffisances. La prise en charge des adolescents s’est faite à travers quelques programmes. Mais en dehors de ces programmes, il faut que les communautés, c’est-à-dire les parents soient impliqués dans ces programmes d’information et d’éducation. La plupart du temps, quand il y a des centres d’écoute, on ne voit que les jeunes scolarisés ou les étudiants et surtout beaucoup plus de garçons que de filles. C’est au niveau des communautés, des familles qu’on peut toucher toute cette catégorie qui n’a pas été à l’école et qui parait être la tranchée la plus élevée.

Le mariage précoce est très pratique dans nos sociétés. Ces adolescentes mariées sont laissées-pour-compte. Sous le statut de femmes mariées, elles n’ont plus accès à l’information dans les centres d’écoute... Malgré les lois qui ont fixé l’âge minimum du mariage pour les filles et les garçons, dans beaucoup de nos communautés on se fie à ces lois. Il y a lieu de s’interroger sur ce phénomène et impliquer les communautés pour développer des programmes de prise en charge des adolescentes... retarder l’âge du mariage.

Il nous faut développer de vrais programmes de prise en charge des adolescents, avec la participation des communautés, des familles pour qu’on puisse arriver à retarder un peu l’âge du mariage.

S. : Pensez-vous que les parents jouent efficacement leur rôle en matière d’éducation sexuelle ?

Concernant la sexualité, je suis désolée ; mais les parents ne jouent pas leur rôle. Pour preuve, en tant que chercheur, j’ai eu à discuter avec beaucoup de parents qui ont des difficultés à parler de la sexualité avec leurs enfants ; parce qu’ils ne la connaissent pas à fond. Les programmes doivent donc voir dans quelle mesure prendre en compte cet aspect-là.

Mais l’espoir subsiste tout de même grâce d’une part, aux émissions sur le VIH/sida que les parents suivent à la télévision avec leurs enfants adolescents, et d’autre part par le biais de journaux traitant de la sexualité et du sida, l’orientation des enfants vers les centres de jeunes pour avoir des informations. Je déplore malheureusement le fait que tous ces recours soient concentrés en milieu urbain. Il faut donc élaborer ses approches au niveau rural car c’est là-bas que les familles sont démunies, que les adolescentes sont les plus exposées aux grossesses non désirées et au VIH/sida.

S. : Vous êtes journaliste-chercheur. Cela sous-entend théoriquement que nous devrions être partenaires. Mais dans la réalité, on accède difficilement aux résultats de vos travaux. Pourquoi ce paradoxe ?

Ce constat constitue effectivement une plaie dans nos pays car généralement, quand les résultats des recherches arrivent au niveau des départements ministériels, la plupart du temps, on les enferme dans les tiroirs. En tant que chercheur, je sais que la balle est dans notre camp car nous devons utiliser tous les moyens pour rendre accessibles les fruits de nos recherches. Déjà avec Internet, nous avons fait un pas. La collaboration est donc obligatoire entre journalistes et chercheurs à travers les sites, les départements ministériels, les institutions de recherche. Un des points sur lequel je veux insister, c’est que les institutions qui commandent ces études mettent tout en œuvre pour que les journalistes soient présents à leur restitution ou de les mettre à leur disposition.

Propos recueillis par Marceline ILBOUDO

Sidwaya

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