Autant le dire… : C’est de l’hypocrisie pure et simple
La France va suivre de près les avoirs et les mouvements des biens de Ben Ali sur son sol. Quant à la Suisse, elle décide de bloquer, au cas où il le faut, tous les biens mal acquis de Ben Ali et qui se trouvent sur son territoire. D’autres pays européens vont faire de même. C’est de l’hypocrisie pour se faire tout simplement bonne conscience. En effet, Ben Ali est au pouvoir en Tunisie depuis 23 ans. Il a eu tout le temps d’amasser les biens qu’il voulait, de les déposer pour ce qui est de l’agent liquide, dans les banques de ces mêmes pays occidentaux. Et les dirigeants de ces pays le savaient très bien. Il en est de même des biens immeubles.
Si réellement ces pays étaient dans une position raisonnable, pourquoi n’avoir pas interdit en son temps que Ben Ali y dépose ses sous et y acquise des immeubles ? Ben Ali a pillé pendant 23 ans les richesses de la Tunisie. On pourrait même dire que c’est avec la complicité de ces pays-là. Puisque ces biens mal acquis produisent des taxes pour eux. Si tant est qu’ils nous aiment beaucoup et qu’ils doivent aider à rapatrier les biens que nos dirigeants déposent dans leurs banques, qu’ils interdisent tout simplement que ces biens arrivent chez eux. C’est aussi simple que cela.
Car à l’analyse, c’est de cette même manière que ces pays, notamment la France et la Suisse, qui accueillent et camouflent la plupart des biens mal acquis de nos dirigeants, se comportent. Il a fallu en Tunisie que la population ait suffisamment mal et mare pour qu’enfin ces pays se souviennent que Ben Ali y a déposé et y a des biens estimés à environ 5 milliards de dollars. Même les organisations de défense de droits de l’homme et de lutte contre la corruption et le blanchissement d’argent comme Transparency international sont complices. On se rappelle que c’est mollement qu’elles se battent pour dénoncer les fortunes mal acquises de certains de nos dirigeants actuellement en fonction.
Ben Ali, tant qu’il était au pouvoir était le président chouchou de la France et de l’Union européenne. Il n’y avait rien à lui reprocher, même quand tout le monde savait qu’il a muselé la presse et les libertés syndicales et politiques dans son pays. Il en est de même de beaucoup d’autres dirigeants africains actuellement au pouvoir. Mais, tant que les comptes son bons, il n’y a rien à dire. Comme pour dire, « débrouilles-toi pour ne pas qu’on sache ; nous on ne voit rien ».
C’est pourquoi, face à ces questions, les Africains doivent eux-mêmes prendre leurs responsabilités. Car, quoi qu’on dise, ces gens-là ne viendront jamais faire notre bonheur à notre place. Et c’est par des comportements du genre qu’ils contribuent à crédibiliser les positions maximalistes de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Il faut qu’un jour ça cesse. On ne peut pas impunément dérober les biens de tout un peuple et aller les déposer ailleurs.
C’est pourquoi, on pourrait dire que, s’il faut poursuivre Ben Ali et les autres, il faut citer les banques et les pays dans lesquels se trouvent ces biens-là comme complices. Car, en réalité c’est purement et simplement de cela qu’il s’agit.
Dabaoué Audrianne KANI
L’Express du Faso

