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Côte d’Ivoire : Quand les « rois mages » de la Cédéao, Boni, Koroma et Pires, sont les messagers d’une mauvaise nouvelle pour Laurent Gbagbo (1/2)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • mercredi 29 décembre 2010 à 10h47min

La situation des Ivoiriens ne serait pas aussi dramatique, ce qui se passe aujourd’hui du côté d’Abidjan aurait des allures de farce « géopolitique ». Dommage pour l’Afrique ; les Africains, quant à eux, se sont lassés de ces jeux politiques stériles (en matière de croissance économique et d’évolution sociale, les seules choses qui leur importent) dont ils ne cessent d’être les victimes « collatérales ».

« Ici, nous avons des lois, nous avons une Constitution, des règles. C’est ça qui fait une élection, comme dans tous les pays modernes. Et selon cette Constitution, c’est moi qui suis élu président de la République de Côte d’Ivoire. C’est tout, et c’est simple ». Pas si simple que l’affirme Laurent Gbagbo dans Le Figaro de ce lundi 27 décembre 2010. La meilleure preuve en est qu’il crie au « complot » de la France et des Etats-Unis avec la complicité des Nations unies. Ce qui, à la limite, pourrait être crédible si Gbagbo, « sûr de lui et dominateur », n’avait annoncé la couleur dès avant le premier tour de la présidentielle : « J’y suis, j’y reste ». Et si les dix années qu’il a passées au pouvoir n’étaient en contradiction avec la posture qu’il feint d’adopter : un légaliste respectueux de la règle constitutionnelle. Il faudra quand même un jour dresser les comptes macabres de la gestion « gbagboïste » des affaires publiques et la liste de tous ceux qui en ont été les complices. Ce ne sont pas que des Ivoiriens. Ni même que des Africains. Et, dans le même temps, examiner à qui cette crise ivoiro-ivoirienne a profité en Côte d’Ivoire et ailleurs.

Nul ne doute, désormais, qu’il faut en finir définitivement avec ce régime. Mais, dans le même temps, on ne peut qu’être effaré de l’évolution politique de ce pays non pas au cours de la dernière décennie (il y avait des raisons objectives à cela) mais lors des dernières semaines. Nous ne sommes pas dans les années 1970 où des Jean-Bedel Bokassa et des Idi Amin Dada ont pu agir à leur guise en Afrique noire. Il n’y a rien de comparable, non plus, entre la Côte d’Ivoire de Gbagbo et le Zimbabwe de Robert Mugabe (auquel Gbagbo ne cesse, désormais, de faire référence). Gbagbo, ce n’est pas non plus le petit capitaine Dadis Camara sévissant pour le compte des « généraux » et des « mafieux » en Guinée. Et c’est Christian Bouquet qui le souligne le mieux dans Le Monde daté du 28 décembre 2010) : « La mauvaise foi et l’entêtement de Laurent Gbagbo et de ses partisans vont au-delà de l’une et de l’autre, au point que ce pays est dans une situation qu’aucun adjectif ne suffit à qualifier simplement ». C’est le moins que l’on puisse dire.

Bouquet, professeur de géographie politique à l’université de Bordeaux-II, connaît bien la Côte d’Ivoire. En 2005, il avait publié Géopolitique de la Côte d’Ivoire (éditions Armand Colin) qui avait l’immense mérite de s’interroger sur la crise ivoiro-ivoirienne en prenant en compte l’évolution du continent et tout particulièrement de la sous-région mais également la place de « l’occident », et tout particulièrement de la France, dans cette évolution. Il ne ménageait, par ailleurs, aucun des acteurs politiques ivoiriens, chacun d’eux ayant sa part de responsabilité dans la crise. Une crise riche en « images brouillées » soulignera-t-il. Aujourd’hui, dans Le Monde, Bouquet va bien plus loin dans cette vision « globale ».

Pointant du doigt le notable (à défaut d’être toujours remarquable) parcours universitaire de Gbagbo et de quelques uns de ses sbires (Aké Gilbert Marie N’Gbo, Alcide Djédjé, Augustin Kouadio Comoë, Jacqueline Louhoués Oblé, Angèle Gnonsoa, Alphonse Voho Sahi, Mamadou Koulibaly, Pascal Affi Nguessan, Paul Yao N’Dré), Bouquet s’interroge : « On se demande parfois comment l’université française en est arrivée à former des tyrans ». Il ajoute : « Lorsque l’historien Laurent Gbagbo ne cesse d’affirmer qu’il a reçu son pouvoir de Dieu et que Dieu seul le lui reprendra, inventant par là même le nouveau concept de la République de droit divin, on doit se rendre à l’évidence : l’université française a failli ». Il faut sans doute aller au-delà et affirmer que si l’université française a effectivement « failli », c’est que tout le système politique « démocratique » de type « occidental » a failli lui aussi.

Les deux dernières lignes du livre de Bouquet (cf. supra) posaient la question : « Peut-être faudra-t-il un jour revenir sur le caractère universel de certaines valeurs, et faire éclater le moule de notre rationalité ? ». C’est, malheureusement, nous-mêmes, les « occidentaux », qui avons brisé ce « moule » et remis en question, au quotidien, « notre rationalité ». L’évolution politique, sociale et culturelle de la France et de l’Europe aujourd’hui, plus globalement du monde « occidental », en est la meilleure illustration. La « crise ivoiro-ivoirienne » est la face noire de la crise que traverse « l’Occident » dont la République de Côte d’Ivoire se voulait l’expression africaine la plus accomplie. Le temps des présidents de la République est passé (l’Italie en est la démonstration tous les jours ; la France trop souvent) ; reste celui des « chefs » avant d’avoir, très bientôt, celui des « Duce » et autres « Führer ».

Gbagbo est un « voyou » mais pas un imbécile. Dans l’entretien publié conjointement par Le Figaro et Le Monde (mais avec de notables nuances d’un quotidien à l’autre), il ne manque pas de souligner que « ce serait bien la première fois que des pays africains partiraient en guerre contre un autre pays parce qu’une élection s’est mal passée » et il ne manque de dénoncer les pays « où ça se passe plus ou moins bien, ou plus ou moins mal », ceux « où il n’y a pas d’élection du tout » et même de fustiger le « chef d’Etat voisin qui a été élu à 80 % » (en l’occurrence Blaise Compaoré au Burkina Faso).

Gbagbo n’hésite pas non plus à souligner « la similitude du comportement entre 2000 et 2010 », s’étonnant que, dix ans plus tard, la communauté internationale et la communauté africaine aient des états d’âme et n’acceptent plus ce qu’elles ont accepté si longtemps. On peut s’étonner, d’ailleurs, de cette prééminence diplomatico-médiatique de la Côte d’Ivoire dans les préoccupations « occidentales ». Qui pourrait laisser penser, comme l’affirme sans ambages Gbagbo, qu’il s’agit effectivement d’un « complot » qui « vise à installer Ouattara au pouvoir ». Sauf que la Côte d’Ivoire n’est pas une quelconque « république bananière » (plus encore, l’Afrique de l’Ouest s’est habituée, pendant les quarante années de gestion « houphouëtiste », à ce qu’elle soit un pôle d’ancrage pour les populations sous-régionales) et que son repli sur soi « souverainiste » est un facteur de risques pour les pays voisins, qu’ils soient membres de l’UEMOA ou de la Cédéao.

« Dans une mondialisation où la sécurité de chacun dépend de celle de tous les autres, la souveraineté ne peut plus être sans limites », écrivait ce matin, dans La Croix, Bertrand Badie, professeur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris. Une République de Côte d’Ivoire qui serait une « république » strictement « gbagboïste » (le vieux rêve des Bété, celui de la « République d’Eburnie » que Nragbé Kragbé avait tenté d’instaurer le 26 octobre 1970, voici tout juste quarante ans !) est inacceptable pour tous les « autres », non pas tant pour des raisons politiques ou « morales » que pour des raisons économiques et sociales. La Côte d’Ivoire est la « plantation » et « l’usine » qui permettent aux « autres » de gérer tranquillement leurs petites affaires. Voilà pourquoi la Cédéao s’est emparée du dossier. Aucun des pays membres ne peut se mettre en avant (compte tenu de leur diaspora en Côte d’Ivoire) ; mais, dans le même temps, ils ne peuvent pas, non plus, accepter que la Côte d’Ivoire roule pour d’autres que pour eux.

A suivre
Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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