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Les sempiternelles élucubrations de Jean-François Probst, partenaire ectoplasmique de Laurent Gbagbo

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • mardi 28 décembre 2010 à 01h26min

Il est, dit-on trop souvent, « un éminent spécialiste de l’Afrique ». D’ailleurs, en ce qui le concerne, il pense l’être véritablement. On évoque également à son sujet « une carrière politique extrêmement riche ». Là encore, il pense que c’est vrai. Ce qui fait que Jean-François Probst se retrouve souvent au confluent de l’Afrique et de la politique : conférences, colloques et manifestations diverses.

Dès lors qu’il y a, à l’horizon, une personnalité politique africaine de quelque ampleur, il est présent. Omniprésent même. Un instant homme politique, l’instant d’après homme de presse (il « collabore » - et en ce qui le concerne le mot vaut son pesant d’or - à je ne sais quel journal régional du Sud-Ouest) prompt à cautionner les comportements des uns et des autres et à témoigner des pratiques dévoyées des journalistes professionnels qui ont la mauvaise habitude de poser de mauvaises questions.

Probst est, aussi, un homme serviable : il aime rendre de menus services aux uns et aux autres (et plus encore aux autres) ; enfin, il le pense et ne cesse de le laisser entendre, ce qui parfois, ne manque pas de susciter des frustrations et des malentendus. Mais les éminences grises sont ainsi ; parfois bien grises.

Probst aime porter, aussi, de mauvais coups. Mais n’est-il pas le « compagnon » de Laurence de Jarnac qui, en la matière, à une notoriété historique. En 2002, il avait allègrement flingué toute la classe politique proche de Jacques Chirac, à commencer par Dominique de Villepin (« Ce jobastre ») et sans oublier Nicolas Sarkozy (« Un garçon doué pour trahir »). Probst aime flinguer les gens connus ; cela lui donne une importance qu’il n’a pas. Cela peut amuser quand on n’est pas la cible et que l’on connaît le tireur : Probst sait être méchant, très méchant. On le comprend : depuis plus de trente ans, il ne fréquente que des hommes et des femmes qui, eux, ont fait carrière quand lui est resté dans l’ornière. Reste que cela n’est pas constructif et qu’on se demande pour qui roule Probst quand il ne roule pas pour la « princesse » Esther Kamatari (qui, par ailleurs, roule de moins en moins sauf, dit-on, quand elle roule, mais c’est une autre histoire).

Hormis le fait d’avoir été, longtemps, l’ombre portée de sa princesse burundaise (elle n’est plus dans la lumière aujourd’hui - les génocides des pays des « Grands Lacs » sont trop effacés dans nos mémoires, le Burundi et ses « princesses » n’intéressent plus personne Faubourg Saint-Germain ; du même coup, son « ombre » s’efface aussi), le principal titre de gloire de l’inénarrable Probst est d’être (et, plus encore, d’être resté) le « gendre » (chez moi on dit : « marié de la main gauche » quand, justement, on ne l’est pas) de Jacqueline devenue, en secondes noces, l’épouse de Jean-Claude Servan-Schreiber, ancien député gaulliste, fils du fondateur du quotidien Les Echos, frère de Marie-Claire (ancienne épouse de Pierre Mendès France) et cousin du clan Servan-Schreiber (Jean-Jacques, créateur de L’Express ; Brigitte Gros, sénatrice ; Christiane Collange, rédactrice en chef de L’Express et écrivain ; Jean-Louis, créateur de L’Expansion…). Au contraire de sa « belle famille », Probst n’a pas fait carrière, mais il a arpenté les couloirs ministériels et connu les arcanes du RPR. Et c’est ceci qui explique cela.

Probst a été, pendant trente ans, l’ami de Michèle Alliot-Marie, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Probst et Alliot-Marie sont tous deux originaires du Pays basque. Une amitié qui n’a pas résisté à la stagnation politique de l’un et à la fulgurance politique de l’autre. Probst dira de Alliot-Marie qu’elle est une « demi-sotte ». Quant à « son gondolier », en l’occurrence son compagnon Patrick Ollier, ce serait « un nain en politique ». Ollier est également dans le gouvernement Sarkozy-Fillon, au portefeuille de ministre auprès du premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement.

Probst, qui a aujourd’hui 61 ans, est un IEP-Paris. Il a débuté au cabinet de Chirac, alors premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, en tant que chargé des relations avec la presse (1974-1976). Il va ensuite multiplier les séjours dans les cabinets ministériels et les entreprises proches du RPR (Lyonnaise des eaux, Jean-Claude Decaux…). Politiquement, il n’a été que maire de Bois-Colombes et conseiller régional d’Ile-de-France. Frustré le Probst, alors il flingue. Il dénoncera un chiraquisme (« L’Afrique a toujours été considérée par Chirac comme un vaste coffre-fort »), qui l’a fait vivre, dans Chirac et dépendances publié à la veille de la présidentielle 2002, puis dans Chirac, mon ami de trente ans publié à la veille, là encore, de celle de 2007.

L’arrivée de Sarkozy, l’a laissé sur le bord du trottoir tandis que ses « amis » africains d’hier ne s’intéressaient plus guère à lui : le « gaullisme » post-foccartien n’était plus à l’ordre du jour. Sauf du côté de Gbagbo, s’est dit Probst. Pourtant, il a, par le passé, servi (beaucoup servi) les « houphouëtistes ». Je me souviens de sa prestation au soir des « journées du militant » du PDCI-RDA en France - 11 et 12 décembre 1999 - quelques jours avant l’éviction de Henri Konan Bédié (C’est Laurent Dona Fologo, qui n’a jamais adhéré à « Ni putes, ni soumises » mais sert d’étalon aux constructeurs de girouettes, qui les présidait ; il est encore, pour peu de temps sans doute, président du Conseil économique et social, à moins qu’il ne se soumette à Ouattara, ce qui n’est pas exclu).

Voilà donc que Probst découvre en Gbagbo un nouveau « De Gaulle ». Celui du 18 juin 1940 et des indépendances africaines. A l’âge qui est le sien, Probst a des accents de retraite… aux flambeaux : « En Côte d’Ivoire, la flamme d’une résistance générale, contre les colonisateurs, les anciens colonisateurs ou les nouveaux colonisateurs que sont les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde, cela existe ». Mais sa bête noire, ce sont les Nations unies, le « machin » dénoncé justement par De Gaulle, « Monsieur Ban Ki-moon et Monsieur Choi [qui] viennent de sécréter la guerre [et] vont avoir très mauvaise conscience et du sang sur les mains ».

C’est aussi à Ouattara que Probst aime s’en prendre. Il évoque « une ouattaresque pantalonnade ». Le « couple Alassane et Dominique Ouattara », nous explique-il, est « téléguidé depuis longtemps » par la CIA, tandis que les rebelles sont, eux, « manipulés de l’extérieur, et pas seulement par l’islam avec Al Qaïda, des islamistes du Nord de l’Afrique qui voudraient bien pousser jusqu’au Sud ». Objectif : « transformer la basilique Houphouët-Boigny de Yamoussoukro en mosquée ». Leurs alliés s’appellent Barack Obama (« une marionnette entre les mains du complexe militaro-industriel américain et des grandes multinationales de l’agroalimentaire qui font ces barres chocolatées qui rendent obèses tous les enfants du monde ») et Sarkozy (« à la traîne des Etats-Unis »).

Au passage, Probst aimerait bien régler leur compte non seulement au couple Alliot-Marie/Ollier mais également aux « Balkany, Bourgi, Guéant », éminences grises, en Afrique noire, d’un Sarkozy qui « n’a aucune compétence dans le domaine de l’Afrique ». S’il déteste les « sarkozystes », Probst déteste plus encore les journalistes « qui campent dans des halls d’hôtel et lisent des papiers qui leurs sont confiés par je ne sais qui à l’ambassade de France ou par d’autres officines ».

Au total, ce sont « des crétins [qui] gèrent notre approche française de l’Afrique » ; ils n’ont pas compris que Gbagbo « est plus proche de Mandela que de Mugabe ». Probst est sans importance. Mais il est de ces individus qui nous confortent dans l’idée qu’il y a quand même un paquet de « gros cons » à qui on donne, abusivement, la parole. Je me demande même pourquoi je parle de ce « gars » là !

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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