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Présidentielle du 21 novembre : L’introuvable fichier électoral

Accueil > Actualités > Politique • • mardi 19 octobre 2010 à 03h04min

La présidentielle burkinabè aura lieu exactement dans 34 jours. Mais à un mois de cette consultation électorale, personne au Burkina, pas même le premier responsable de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), ne peut dire combien d’électeurs y prendront part.

Du coup, c’est la crédibilité et la transparence de cette élection qui risquent d’être écornées. Difficile en tout cas de voir clair dans un vote où le fichier électoral n’est pas arrêté, fixé des semaines à l’avance. Cette situation rocambolesque est propice à toutes sortes de manipulations des résultats du scrutin et aux contestations les plus diverses dont nul ne peut prédire le dénouement. Déjà que cette consultation électorale n’emballe pas les gens, il serait dommageable qu’elle soit à l’origine de gros nuages sociopolitiques dans le ciel burkinabè.

Il est vrai que ces dernières années, les Burkinabè ont démontré leur peu d’engouement pour la chose électorale ; mais pour cette présidentielle-ci, ils ont fait un peu fort dans le désintéressement…

On a eu les prémices de ce désintérêt dès le premier trimestre de l’année. Tout a commencé avec « la grande bouderie » du recensement électoral. Invitées à s’inscrire sur les listes électorales du 1er au 21 mars 2010, seulement 2 441 030 personnes se sont présentées devant les agents recenseurs de la CENI alors qu’on espérait plus de 5 millions d’inscrits.

Face à cette situation, le gouvernement a autorisé la CENI à jouer les prolongations. Celles-ci ont eu lieu du 6 au 15 avril. Elles ont permis d’avoir 919 762 inscrits supplémentaires. Ainsi, à la date du 26 avril 2010, Moussa Michel Tapsoba a annoncé que son institution n’avait recensé sur ces listes que 3 330 792 électeurs potentiels.

Mais s’inscrire à la CENI est une chose. Pouvoir effectivement voter en est une autre. En effet, ne peuvent prendre part au scrutin que les citoyens burkinabè munis évidemment de la carte d’électeur et qui sont en outre détenteurs soit de la Carte nationale d’identité burkinabè (CNIB), soit d’un passeport soit encore de la carte militaire.

Et c’est là que les choses se corsent pour beaucoup. Car à la fin du recensement, seulement 838 741 personnes inscrites sur les listes électorales disposaient déjà de la carte nationale d’identité. A ce jour, selon des estimations, seules 1 720 000 Burkinabè possèdent la carte d’électeur et la CNIB et donc pourront prendre part au scrutin du 21 novembre.

A l’Office national d’identification (ONI), organe qui a en charge l’établissement des CNIB, on peine vraisemblablement à produire ces précieux documents à une cadence suffisante malgré la multiplication des équipes de production. Au mois d’août, elle n’avait produit en tout que 3 400 000 cartes pour une barre de 5 à 6 millions de cartes à produire d’ici la fin de l’année, selon sa lettre de mission.

C’est dire qu’il faudra produire plus de 25 000 cartes par jour pour espérer atteindre cet objectif au 31 décembre, alors que c’est la date du 21 novembre qui intéresse en réalité tout le monde. Mais le tout n’est pas de produire des CNIB en nombre, il faut savoir les distribuer. Et là, ça rame vraiment. Le lot de CNIB non distribuées ne cesse de grossir à l’ONI et dans les commissariats de police.

Alors que les autorités le claironnaient sur tous les toits, le fameux croisement entre les listes de la CENI et ceux de l’ONI n’aura finalement pas lieu. Cette opération, pourtant, visait à extraire du fichier électoral tous les inscrits qui ne détiennent pas la CNIB. Une opération d’autant plus nécessaire que la CENI avait accepté que les gens s’inscrivent sur ces listes rien qu’avec l’acte de naissance mais en échange, l’électeur devait tout faire pour posséder une CNIB afin de pouvoir voter.

Ce fameux croisement a été finalement abandonné. Pourquoi ? Parce que toutes les personnes inscrites sur la liste électorale et disposant d’une CNIB n’ont pas été formellement identifiées lors de l’opération. En effet, le système informatique ne renseignait pas sur les dates d’établissement des différentes pièces d’état civil. Dans ces conditions, le risque, selon le président de la CENI, était grand d’exclure du scrutin des centaines de milliers d’électeurs pourtant en règle.

Le fichier électoral est par définition la liste de tous ceux qui remplissent les conditions et détiennent les pièces exigées pour prendre part à une élection. Alors sans ce croisement, comment circonscrire la liste des votants du 21 novembre ? Ce fichier, dans le cas présent du Burkina, sera évolutif puisque même si un électeur gagne sa CNIB le 21 novembre matin, il pourra aller voter.

Alors sur quelle base sera calculé le taux de participation au scrutin ? Va-t-on déclarer les 3 330 792 inscrits de la CENI tout en sachant que beaucoup d’entre eux pourraient ne pas disposer de la CNIB pour accomplir leur devoir civique ? A moins qu’on autorise les inscrits de la CENI à voter avec des actes de naissance...comme des associations proches de Blaise Compaoré l’avait déjà réclamé…

Dans tous les cas, on ne peut que constater la volte-face des autorités concernant cette élection. D’abord, il était question de faire voter les Burkinabè de l’étranger. Finalement, on a décidé de ne pas le faire. Le croisement des listes ONI-CENI a aussi été annoncé, mais il n’aura plus lieu.

C’est donc dans ces conditions assez imprécises qu’aura lieu le scrutin du 21 novembre. Quoi qu’il en soit, cette situation ne fera pas honneur au vainqueur de cette élection, car elle pourrait entacher sa légitimité.

Vivement alors que la CENI, le gouvernement et les partis politiques trouvent un modus operandi pour arrêter le corps électoral de façon consensuelle. Il faut rapidement y travailler, car c’est dès maintenant que la solution doit être trouvée sinon on ne voudra plus entendre de jérémiades après le scrutin sur cette question.

Car, comme le dit un adage populaire, « lorsque vous acceptez qu’on vous coiffe dans le noir, vous ne devez pas vous plaindre si on vous coupe les oreilles ».

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga

Vos commentaires

  • Le 19 octobre 2010 à 14:07 En réponse à : Présidentielle du 21 novembre : L’introuvable fichier électoral

    Introuvable ? Est-ce qu’on a bien cherché ? ça rappelle l’histoire d’un fou tournant en rond sous un lampadaire. Un passant arrive qui lui demande : "mon bon ami, vous avez perdu quelque chose ?". "Oui, ma pièce de monnaie", répond le fou. La bonne âme l’aide à chercher puis finit par lui demander : "vous êtes sûr que vous avez perdu votre pièce ici ?". "Non", répond le fou. "Je l’ai perdue plus loin là-bas". "Et pourquoi c’est ici que vous cherchez ?". Le fou : "Mais, parce que c’est ici qu’il y a de la lumière". Pauvre Faso ! Pauvre de nous !

    Répondre à ce message

  • Le 21 octobre 2010 à 20:45, par richard En réponse à : Présidentielle du 21 novembre : L’introuvable fichier électoral

    hermann yameogo avait qualifié le fichier de bordélique. aujourd’hui, je me demande bien l’adjectif qu’il pourrait employer mais je n’en vois pas tellement ça me dépasse ! Un fichier riquiqui, peut-être mais ça ne fait pas ressortir la monstruosité de la chose. Bon, maître, faut lire un peu le Net et donner des idées.

    Répondre à ce message

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