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Crise à l’association le Paysannat : Les deux premiers responsables irréconciliables

Accueil > ONG, Coopération décentralisée • • mardi 7 septembre 2010 à 02h01min

Le président Samassékou Ousmane et le secrétaire exécutif Lacina Ramdé

Depuis juin 2009, l’Association Le Paysannat (Asso. Pa) est divisée en deux tendances. Entre le Secrétaire Exécutif (SE) et le Président du Conseil d’Administration (PCA), rien ne va plus. Aucune médiation n’a encore réussi à réconcilier les deux anciens camarades qui ont dirigé collégialement l’Association six ans durant soit depuis sa création en 2003. De plaintes en poursuites judiciaires, l’Association est aujourd’hui entrée en léthargie. En attendant le verdict, le énième du Tribunal de Grande Instance de Yako, ville siège de l’Association, chaque partie tire la couverture à soi dans une atmosphère de suspicion réciproque et de règlement de compte.

Dans L’Evénement N°192 du 25 juillet, nous nous interrogions sur la détention de Lacina Ramdé, secrétaire exécutif de l’association Le paysannat. L’intéressé est libre depuis le lundi 26 juillet après dix sept jours de détention à la prison civile de Ouahigouya. On est pourtant loin de la fin du feuilleton qui mine l’association. C’est bien Ramdé qui avait été le premier à déposer une plainte contre Samassékou pour détournement de fonds de l’association. Cette plainte déposée au Parquet de Yako le 15 juin 2009 avait conduit les autorités judiciaires de la ville à procéder à la saisie des biens de l’association et à l’interdiction de toute activité de celle-ci, en attendant une décision finale de justice.

Selon le PCA de l’association, Ramdé a été arrêté pour avoir transgressé cette décision de justice qui suspendait les activités de L’Asso Pa. En effet, pendant la période du 20 juillet 2009 au 23 mars 2010 où l’Association était interdite de toute activité, Ramdé et ses camarades ont travaillé "légalement" sur la base de leur récépissé N°2009-425/MATD/SG/DGLPAP/DOASOC du 17 juillet 2009. Ils auraient retiré de l’argent dans le compte d’épargne de l’association dans une banque à Ouahigouya et mené plusieurs activités. C’est à la reprise des activités, après la levée de la suspension, que la partie de Samassékou constate que " le compte de l’Association avait été vidé " par le Secrétaire exécutif, Lacina Ramdé.

Deux récépissés et la scission

La division a commencé sans doute avec l’assemblée générale extraordinaire du 13 juin 2009. Selon le procès verbal dressé à l’occasion, " cette Assemblée générale extraordinaire a été convoquée par les soins du secrétaire exécutif [ndlr : Lacina Ramdé] sur demande de plus de 2/3 des membres, suite aux malversations commises et la prise en otage de l’association par le président du conseil d’administration [ndlr : Ousmane Samassékou] en complicité avec quelques individus. ". Deux points essentiels étaient inscrits à l’ordre du jour : examen de la situation des fonds détournés sur le compte de l’Asso. Pa et les fonds non justifiés par le PCA ; renouvellement du Conseil d’Administration.

En l’absence du PCA, l’AG extraordinaire dresse un réquisitoire assorti de poursuites judiciaires contre le PCA fraîchement déchu. Le procès verbal contient onze résolutions qui vont de l’exclusion de Samassékou avec poursuites judiciaires, au changement des signataires sur les comptes de l’Association, et au mandat donné à Me Jean Bado, avocat à la cour " pour récupérer dès le lundi 15 juin 2009, tout document, chéquier, matériel, équipement, véhicule, moto, appartement, appartenant à l’Association et encore aux mains de Samassékou Ousmane afin de les restituer à l’Asso. Pa. ". Aussitôt dès le 17 juillet, l’Asso. Pa dispose d’un nouveau récépissé de reconnaissance.

Le récépissé N° 2004-112/ MATD/SG/DGLPAP/DOASOC du 24 février 2004 portant déclaration d’existence de l’Asso. Pa est frappé de nullité au profit du récépissé N°2009-425/MATD/ SG/DGLPAP/DOASOC du 17 juillet 2009 portant déclaration de changement dans la composition de l’organe dirigeant de l’Asso. Pa. Le nouveau PCA est Christophe Konkobo et Lacina Ramdé le secrétaire exécutif. Les deux sont les seuls à avoir appartenu à l’ancien conseil d’administration (CA) qui comprenait cinq membres. Le nouveau CA en compte douze. La contestation de l’AG extraordinaire et du récépissé qui en a résulté ne s’est pas faite attendre. Le 21 juillet 2009, l’ancien PCA et son camp déposent une plainte contre Ramdé et les siens au Parquet de Yako et demande l’annulation du nouveau récépissé et la dissolution du nouveau bureau.

Six heures pour tenir une assemblée générale

Pour la partie de Samassékou, l’AG extraordinaire du 13 juin est une Assemblée putschiste. Elle est intervenue alors que le CA préparait la tenue de l’AG ordinaire. C’est d’ailleurs les préparatifs de cette assemblée ordinaire qui ont révélé les malversations dont le SE accuse le PCA. C’est pendant la rédaction des rapports d’activités et financier que le SE a demandé au PCA de lui fournir des pièces comptables concernant la période de 2007 à 2009. Selon le Secrétaire exécutif, le PCA aurait répondu ne pas détenir de pièces comptables et l’aurait invité plutôt à constater les acquisitions et les réalisations faites au nom de l’Association. C’est le début de la crise ouverte.

Après des jours de discussions, le SE aurait accepté, selon le PCA, un listing des dépenses effectuées. Une liste de matériels et de réalisations fut donc envoyée au SE à Ouagadougou où il travaille. Sur la feuille de rame sont mentionnés : acquisition de terrain 1998m ? à 1 887 000 FCFA, construction du siège : 4 015 300 FCFA, achat d’une moto YAMAHA homme à 800 000 FCFA, achat d’une voiture Mercedes 190D à 2 200 000 FCFA, équipement d’une savonnerie à 450 000 FCFA, équipement pour hébergement à 600 000 FCFA, personnel 110 000 FCFA, location de bureau 70 000 FCFA, carburant, téléphone eau, entretien et fournitures diverses à 170 000 FCFA.

Ce sont là la liste des dépenses transmises au secrétaire exécutif. Ce dernier qui aurait dans un premier temps accepté le principe des dépenses listées sur une feuille blanche s’est renié à l’arrivée, exigeant des pièces comptables en bonne et due forme. Le PCA affirme lui avoir promis qu’il réunirait les pièces justificatives avant l’Assemblée générale ordinaire, mais le SE n’aurait plus voulu obtempérer. Selon le PCA, le secrétaire exécutif a boycotté la dernière rencontre préparatoire tenue le 20 juin, rencontre au cours de laquelle il avait promis de lui remettre les pièces justificatives des dépenses. Alors c’est en rang dispersé que les deux leaders, chacun à la tête d’une troupe, arrivent à l’AG du 26 juin. L’AG du 26 juin s’ouvre à 9H avec à l’ordre du jour, proposé par le camp Ramdé : la présentation et l’adoption des rapports d’activités et financiers 2007-2009, la relecture des statuts et règlements intérieurs, le renouvellement du Conseil d’ Administration.

Les 18 associations membres de l’Asso. Pa sont toutes présentes. Sur les 18, elles avaient été 12 à prendre part à l’AG extraordinaire du 13 juin qui a déposé le PCA Samassékou. Aucun point de l’ordre du jour de l’AG ordinaire ne sera traité. Pendant six heures d’horloge (de 9H à 15H) et sous surveillance policière (la police a été sollicitée par Samassékou), les discussions porteront sur les amendements de l’ordre du jour. Le PCA exclut tout renversement de l’ancien conseil d’administration et propose seulement le remplacement d’un membre, notamment Téné Kientega, absente depuis plusieurs mois. Selon lui, le mandat du CA finissait en 2010, il est donc hors de question de le démettre avant terme. Pour le secrétaire exécutif, le PCA devrait rendre le tablier et entériner le nouveau conseil d’administration présidé par Christophe Konkobo. Ce dernier (Konkobo), selon Samassékou, n’est même pas membre de l’Asso. Pa puisqu’il a rendu sa démission avec quatre autres membres depuis le 4 novembre 2007 bien avant la crise ouverte.

Dans leur lettre de démission, on lit, " notre démission se fonde sur les actes posés par les premiers responsables de l’Asso. Pa notamment le président et le secrétaire exécutif ". Au cours des discussions à l’AG, le PCA aurait reconnu sa gestion moins respectueuse des règles de comptabilité. Nos confrère Sidwaya et Le Pays qui ont assisté à l’AG sur invitation du PCA rapportent : " le président confirme le manque de pièces à conviction en matière de gestion financière mais précise que lesdits fonds ont servi à des réalisations que tous les membres peuvent constater [Le Pays N°4399 du 02 juillet 2009] ". Le président non plus n’apprécie pas le management de son secrétaire exécutif. Il lui reproche de vouloir faire de l’association une propriété personnelle. Ramdé, selon le PCA, recrute seul des animateurs, négocie les contrats avec qui il veut et prend des décisions sans jamais consulter le président, " il voulait nous gérer comme ses employés ", dit-il.

C’est pour remédier à cela que Samassékou a proposé à l’AG la relecture de certains point des statuts afin, dit-il, d’alléger les prérogatives du SE qui se serait attribué trop de responsabilités dans l’association vue que c’est lui-même qui a élaboré les textes. In fine, l’AG ordinaire du 26 juin a cristallisé davantage la crise. Les deux parties se sont quittées s’en remettant à la justice.

Pour nombre d’observateurs, " les deux responsables se règlent les comptes après avoir mangé ensemble ". L’Asso. Pa est un consortium de 18 associations dont l’Association Kissida pour le Développement Rural du Passoré (l’AKDRP) d’où sont issus les deux antagonistes. Au début de l’association, il régnait une complicité insondable entre les deux responsables. Ils se seraient "arrangés" mutuellement au sein de l’association au détriment de la base jusqu’à ce que la mésentente s’installe. A l’image de Hamado Sanfo et de Mahamoudou Kindo, respectivement lieutenant de Ramdé et de Samassékou, tous les membres de l’Asso. Pa sont alignés sur les deux leaders. Depuis que la crise a éclaté, l’association vivote. Plus de financement, plus d’activités. Les bailleurs et les projets partenaires se tiennent en retrait, le temps d’y voir clair.

L’affaire judiciaire

Plusieurs plaintes ont été déposées devant le Parquet et le Tribunal de Yako. Certaines d’entre elles ont été jugées et d’autres toujours en instance. La première plainte, celle de Ramdé contre le PCA pour détournement de 12 millions (le montant détourné a été réévalué à 24 524 771 FCFA à la date du 24 août 2009) n’a pas encore connu de jugement. La gendarmerie de Yako a bouclé son enquête et a transmis son rapport au parquet, mais les parties attendent toujours de comparaître devant le juge. Le recours en annulation formulé par Samassékou a connu son verdict. Le juge a annulé le 17 novembre 2009 l’AG extraordinaire du 13 juin et dissout le nouveau conseil d’administration. En conséquence, le ministère de l’Administration territoriale a annulé le 20 mai dernier le nouveau récépissé au profit de l’ancien.

Mais cela n’empêche pas la partie déboutée de continuer à revendiquer la paternité légitime de l’association et à mener des activités. L’ancien CA s’étant reconstitué autour de son président Samassékou, il a prononcé la suspension de Lacina Ramdé et de Christophe Konkobo. Ousmane Samassékou affirme travailler actuellement avec huit associations sur les dix huit qui forment le consortium Asso. Pa. Selon lui, la porte est ouverte à toutes les autres sauf celle qui préfèrerait la rébellion. Les dix autres associations se sont constituées autour du secrétaire exécutif. La bagarre se mène à deux niveaux. Il faut gagner devant le juge pour s’assurer la légalité et rassembler le maximum de membres pour gagner en légitimité.

Par Boukari Ouoba

L’Evènement

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