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DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

Accueil > Actualités > Nécrologie • • jeudi 12 août 2010 à 00h14min

Depuis le début de l’année, divers pays africains commémorent cinquante ans d’indépendance. Toutefois, le contexte politique ne justifie pas ces festoiements. Les résultats des expériences démocratiques menées ici et là sont peu flatteurs. Un bilan qui se justifie difficilement, eu égard aux milliards de francs CFA engloutis dans les opérations électorales et les projets de développement, aux dépens des contribuables des pays africains et de ceux de l’Occident. Pendant ce temps, les peuples, au nom desquels sont mobilisées ces fortunes, continuent d’être marginalisés. Pour la plupart, ils tendront encore longtemps la sébile.

Mais pourquoi donc la démocratie ne marche-t-elle pas en Afrique ? Et pourquoi devrait-elle marcher puisque les pratiques sont si différentes de celles des occidentaux ? Comment favoriser la visibilité et la prise de parole à un adversaire si cela doit conduire à une perte du pouvoir ou des privilèges ? Ici se pose véritablement le problème des libertés et du débat démocratiques, mais aussi de l’alternance dans la gestion du pouvoir d’Etat.

Vingt ans après les engagements pris à la Baule (France), l’Afrique joue la comédie en matière de démocratie. Comme du reste au plan du développement. Dans nombre de pays, les pouvoirs uniques ont réussi l’exploit de se métamorphoser et de préserver l’idéologie de la pensée unique. A force de tripatouiller les Constitutions et de barboter dans les textes de loi, on a fini par travestir et le système et les règles du jeu. De manière insidieuse, on insuffle à loisir les recettes de la mal gouvernance aux générations montantes. Comment donc s’étonner de la reproduction des systèmes de fraude, des vices et des méthodes de plus en plus raffinées en matière de répression ? Les élites qui dirigent le continent ont abdiqué face aux obstacles et aux puissances d’argent. Le désastre se constate au vu de la relève en proie au désemparement et à la facilité.

Aurait-on donc injecté trop de sous pour rien ? N’aurait-on pas œuvré davantage à verrouiller les systèmes ? Avec les luttes pour plus de libertés démocratiques, la prise de conscience a nettement grandi. L’élévation de cette prise de conscience se traduit par la désaffection du corps électoral. Les citoyens électeurs ne veulent même plus s’inscrire pour voter parce que les règles du jeu ne sont pas respectées. En fait, ils sont las de voir les mêmes visages, d’entendre les mêmes voix leur faire des promesses sans lendemain. Ici comme dans d’autres pays africains, l’électeur semble fatigué de ces automatismes qui reconduisent systématiquement à leur place les mêmes individus, lesquels se partagent sans gêne les ressources nationales. C’est aberrant.

Celui qui vote, refuse aujourd’hui de s’inscrire pour ne pas être continuellement le dindon d’une… farce électorale qui n’a que trop duré. Il exprime tout simplement son indignation, en particulier son insatisfaction à l’égard de l’expérience démocratique en cours. C’est le propre des démagogues qui ont tendance à user d’un argument facile pour réprimer : la paix sociale et la stabilité n’ont pas de prix. Autre antienne : la démocratie doit se "tropicaliser" ; elle n’est jamais achevée. Il est vrai qu’en Afrique, elle n’avance pas beaucoup. Mais surtout par la faute des élites.

En effet, la démocratie est devenue un « business » dans lequel beaucoup mangent sans scrupules. Progressivement, on a détourné l’esprit de la Baule et l’alternance démocratique a été vidée de son contenu. Au pouvoir, on suscite la création de partis fantômes, le temps de faire du nombre pour se maintenir aux affaires. De plus en plus, l’électeur piégé puis alerté, sait qu’il vote pour reconduire les mêmes pouvoirs, lesquels usent de tous les artifices pour se maintenir indéfiniment. Le plus souvent à son détriment. Pourquoi donc continuer ?

En Afrique, le processus électoral est devenu un véritable tonneau des Danaïdes. On sait comment aller à la démocratie, mais ceux qui sont scotchés à leur siège se refusent d’y aller sincèrement. Mais il y a ceux qui avancent et qui incarnent l’espoir : le Bénin, le Ghana, le Mali et dans une certaine mesure le Sénégal. Dans ces pays, on fait l’effort de respecter les règles du jeu. Et les bénéfices sont bien visibles. Il y a aussi ceux qui font un pas en avant et deux en arrière. Comme le Burkina Faso où les dirigeants entendent bien réviser l’article 37 de la Constitution sur la limitation des mandats présidentiels. La démocratie ne se limite pas à organiser des élections. Elle signifie également des droits humains (économiques, sociaux, culturels, etc.). Or, la réalité est tout autre en Afrique : demande sociale non satisfaite, crimes économiques, intimidations, menaces, assassinats, exil, etc. Finalement, l’argent de la démocratie sert à autre chose : l’embourgeoisement des élites et de la classe au pouvoir par des stratégies bien huilées basées sur la fraude, l’achat des consciences, entre autres.

En Occident (Grande Bretagne, Etats-Unis et Canada par exemple), l’organisation des élections repose sur une armée de volontaires qui se sacrifient sans discontinuité. En Afrique par contre, c’est la traite : on profite se remplir les poches. La démocratie à l’africaine se traduit par des crises de leadership, le vol des urnes, la dilapidation de fonds, les rancunes à vie par suite du mauvais partage du butin, la scission des formations politiques.

On fait peu pour améliorer la qualité des acteurs politiques et l’éducation du citoyen. Pourquoi s’étonner de la faiblesse des institutions : les parlements sont des caisses de résonance. L’Occident devrait arrêter de financer un système qui ne fonctionne pas et qui se perpétue aux dépens des peuples. Les élites africaines en veulent parce que cette forme d’assistanat qui renforce la dépendance leur profite. Pas la grande masse des citoyens qui aspirent à une véritable démocratie. En cela, la marche vers la démocratie constitue un véritable jeu de massacre en Afrique. Une mascarade au terme des vingt premières années après la Baule .

"Le Pays"

Vos commentaires

  • Le 12 août 2010 à 01:23, par Inoussa verite En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    Journal LE PAYS, comme ton nom l’indique, tu representes et defends les interets du pays reel. bonne chance et merci pour le service rendu. Merci pour le sacrifice du personnel àproduire un journal ou le peuple se reconnait,car ca ne doit pas etre facile financierement pour un journal qui n’est pas invité à la soupe.A defaut d’une opposition representative, vous representez l’oeil, l’oreille, les emotions du peuple.

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    • Le 26 août 2010 à 14:06, par Wendkouni En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

      "L’Occident devrait arrêter de financer un système qui ne fonctionne pas et qui se perpétue aux dépens des peuples" :

      Si l’occident finance un tel système c’est qu’il à ces intérêts, les premiers promoteurs d’un tel système comme vous dites sont les occidentaux. Rappelé vous que les malheureux dirigeants africains qui ont osés penser à leurs peuple d’abord ont subi la sentence de la mort bien orchestré par l’occident : Lumumba

      Le premier ennemis de l’Afrique est celui là même qui se présente en sauveur, en financier, en humanitaire : Loccident. Car c’est encore lui qui tire les ficèles, qui parle pour nous, qui décide pour nous et cela pour mieux nous assouvir et piller nos richesses.

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  • Le 12 août 2010 à 01:54, par Toubab En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    La Mascarade n’a pas 20 ans !.. Elle existe et perdure depuis l’accès aux “Indépendances” !.. Tant que des individus, civils ou militaires, continueront à kidnapper le pouvoir, dans leur pays respectifs, avec comme finalité, non avouée, leur enrichissement personnel, sans se soucier de leur peuple, et, pire, en muselant la voix de ce peuple, notre pauvre Afrique continuera à régresser et s’appauvrir. Être élu avec 93% des voix, dans tel pays.. une élection que l’on repousse depuis 5 ans, dans tel autre.. une constitution qui va être modifiée pour permettre au Fils de succéder au Père.. La corruption à tous les niveaux.. La Liste est longue.. très longue de toutes ces souffrances que les Africains vont encore devoir supporter ! Je suis triste pour cette Afrique que j’aime, et je pleure ..

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  • Le 12 août 2010 à 09:24, par Loin de mon pays En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    Article très bien écrit. Je suis convaincu que LE PAYS est l’un des journaux qui défendent le mieux la démocratie en Afrique et particulièrement dans notre pays avec objetcivité et impartialité. Nous lecteurs savons que cela a un coût. Certes, on ne vous envoie pas en prison mais nous sommes conscients que vous subissez d’une manière ou d’une autre les brimades de la part des autorités de ce pays. Tenez bon & sachez que le peuple saura reconnaitre les siens. Si notre cher patrie devrait retrouver un jour les vrais voies d’une démocratie, avec alternance bien sûr, ce dont je ne doute pas un instant, sachez que vous le Journal LE PAYS aura grandement contribué à cela. Chaque fois que j’ai eu l’occasion de lire vos articles relatifs à la démocratie je suis émerveillé et je garde espoir. Je me dis que tant qu’il y a des journalistes aussi dévoués pour la cause de la démocratie et de la justice, nous n’avons pas de raison de désespérer de notre pays. Que ceux qui tentent de nous maintenir sous le joug d’une dictature déguisée, de l’immobilisme et de la médiocrité sachent que ma patrie, le Burkina Faso faciellera mais ne sombrera jamais. Bravo à vous LE PAYS, vous êtes du bon côté de l’Histoire. Votre lutte resplendira davantage et encore et encore.

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  • Le 12 août 2010 à 11:16, par Bénéwindé En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    Bel article, mais quel effet sur les dirigeants actuels ? Quelqu’un avait dit aux journalistes de laisser le papier et ecrire sur leur dos, que ça ne changera rien. C’est tout dire, sinon un homme qui a fait l’école, doté d’une conscience ne peut pas lire cet article et les autres articles de L’Observateur, L’Indépendant, L’Evènement ... sur le sujet et continuer à defendre la thèse de la revision du l’article 37 et même et à flirter toujours avec le pouvoir. J’ai parfois honte d’être burkinabè.

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  • Le 12 août 2010 à 11:59, par RESPECT En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    Suite à cet article je dirai qu’en Afrique nous ne connaissons pas de vraie DEMOCRATIE.Dans la piupart de nos Etats le POUVOIR serait héréditaire comme à l’époque où règnaient les rois "monarques".Le réçent cas vécu est celui du Gabon où le Père fut remplacé à sa mort par le fils. ET cela à l’issu d’élections fort contestées.Notre pays,le Burkina Faso n’est pas très loin de cette voie anti-démocratique avec des initiatives de parlementaires "monarques" ,qui,pour des raisons peut être,aveuglés par la soif du pouvoir, veulent par tout moyen pouvoir modifier l’article 37. Ces parlementaires ont des idées rétrogradantes dont je cite un exemple :"l’Article 37 est anti-démocratique".Tenir de tels propos ,c’est ingnorer même un des principes de la DEMOCRATIE qu’est l’ALTERNANCE AU POUVOIR.

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  • Le 12 août 2010 à 13:51, par yiikiya En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    Bel article avec une analyse pertinente. le bilan des 50 ans se résume à la paupérisation de plus en plus grandissante des peuples africains. Les milliard en effet que les partenaires déversent chaque année pour le développement n’arrivent toujours pas à nous sortir de notre misère. Cela m’amène à dire que notre sous développement est plutôt lié à notre misère mentale. Comment comprendre que le programme de gouvernance au Burkina c’est la lutte contre la pauvreté. Comme si depuis les 50 la lutte était ailleurs.

    On a pas encore fini avec la pauvreté au Burkina, qu’on nous parle d’un Burkina émergent comme s’il suffit d’écrire le mot émergent pour que le pays se transforme. Pour émerger suppose que le peuple mange à sa faim, arrive à se soigner, se loger. rien de tout cela.

    Quelle misère mentale quand on voit des intellectuels qui s’évertuent à nous démontrer que la limitation des mandants est anticonstitutionnelle. Entendre ce discours me fait approuver le discours de Sarkozy au Sénégal sur le fait que le Noir n’est pas assez pénétré dans l’histoire. Pire, lorsque ces mêmes intello disent à la télé que leur leader est un homme providentiel, de paix, ayant une stature d’homme d’État que le Burkina n’a jamais eu, me renvoie au début des indépendances à la notion de père fondateur, le grand timonier, le père de la nation (ou de la démocratie ici) et j’en passe.

    Comment sommes nous arrivé à cette situation ? Pour moi, au Burkina ce n’est pas le régime qui nous gouverne qui est fort, mais c’est le peuple qui est faible parce qu’il n’a pas de leader en qui placé sa confiance. Toutes les crises qui ont secoué ce pays ont montré que c’est un château bâti sur du sable. Alors chaque peuple mérite ses dirigeants.

    Personne ne fera le bonheur des burkinabè à leur place.
    Que Dieu bénisse le Faso.

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  • Le 12 août 2010 à 14:57 En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    Article INTERESSANT. La seule chose qui reste c’est le REVEIL INEVITABLE DES PEUPLES. TO OU TARD...

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  • Le 12 août 2010 à 16:57, par X En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    La démocratie en Afrique, c’est comme un panier plein de cendre au dessus de laquelle il est soupoudré de la farine et l’on vous croire que c’est un panier de farine. Qui regarde ce panier au passage croit effectivement que tout est de la farine, alors qu’il en est point.
    C’est cela la "démocratie" des pays africains.

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  • Le 12 août 2010 à 17:36, par goodman En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    Au moins c’était la crainte de Dieu qui est amour et qui commande que nous aimons notre prochain comme nous même qui résoudrait grandement le problème ; mais dommage quand la plus part des leaders ont d’autres préoccupations qui les éloignent de cette valeur !Et dire qu’on à que peu de temps à vivre sur cette terre lorsque nous considérons l’éternité dont la négation est inutile,car elle s’impose !

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  • Le 13 août 2010 à 22:37, par cyclone En réponse à : DEMOCRATIE EN AFRIQUE : 20 ans de mascarade

    bravo ! quelle analyse superbe de 50ans de galere. je vous tire mon chapeau,car moi je dirai que l’afrik vit encor dans le passé avec une mentalité primitive comme l’avaient qualifié les occidentaux par la faute de ses dirigeants.pendant 50ans, le peuple continue à chercher de koi a manger ! je suis triste. merci

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