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CEDEAO : Kadré Désiré Ouédraogo président de la Commission ? (2/4)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Kadré Désiré Ouédraogo • • lundi 28 juin 2010 à 07h56min

Kadré Désiré Ouédraogo

Effacé et discret (« Vous pensez que la discrétion est l’ennemi du succès en politique ? », rétorquera-t-il à un journaliste de Jeune Afrique qui lui en faisait le reproche), Kadré Désiré Ouédraogo, Premier ministre du Burkina Faso depuis février 1996, allait s’atteler à mettre en place une croissance durable qui « profite à tous ». Tâche difficile.

Le Burkina Faso manquait de ressources, subissait le poids de son endettement, souffrait toujours d’une scolarisation trop faible et d’une couverture sanitaire insuffisante. Les étudiants étaient déjà à l’étroit dans les universités (en grève en 1996-1997). Les travailleurs ne ressentaient pas les bienfaits de l’amélioration de la conjoncture dont faisaient état la Banque mondiale et le FMI. Les tensions apparaissaient d’autant plus fortes que, dans le cadre de l’UEMOA (créée le 10 janvier 1994 à Dakar, sa première conférence des chefs d’Etat et de gouvernement s’est tenue à Ouagadougou où est implanté son siège depuis le 10 mai 1996), l’union douanière et l’harmonisation des politiques commerciales devaient entrer en vigueur le 1er janvier 1998 et que les bénéfices que le Burkina Faso, pays enclavé, devait retirer de cette union « sont réels sur certains points » mais « méritent d’être nuancés » (déclaration de KDO à Marchés Tropicaux - 25 avril 1997).

« Le temps des idéologies est révolu », « la priorité étant le développement […] et le bien-être des populations », la devise et les armes du pays vont être changées. On tire un trait sur le tonitruant « La patrie ou la mort nous vaincrons » de la « Révolution » pour un triptyque républicain : Unité-Progrès-Justice. On en termine avec l’union de l’ouvrier (roue dentée), du paysan (daba) et du soldat (fusil) pour adopter des armoiries illustrées par un écu aux couleurs nationales (« talisman contre les mauvais sorts »), deux lances (vigilance, courage, bravoure), deux étalons blancs (grandeur et noblesse), un livre ouvert (éducation) et deux épis de mil (autosuffisance alimentaire), le tout en parfaite symétrie (équilibre et stabilité).

Le 15 octobre 1997, le Burkina Faso allait célébrer les dix années de pouvoir de Blaise Compaoré. « Une décennie au service de la démocratie et du développement » titrait l’ouvrage qui lui rendait hommage. Dix années de métamorphose. En 1998, le pays se préparera à recueillir les fruits de ce travail d’ampleur pour imposer la démocratisation des pratiques politiques et engager un vaste programme de développement économique et social.

En 1998, deux événements internationaux majeurs étaient attendus avec impatience : la XXIème Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football en février et le 34ème sommet des chefs d’Etat de l’OUA en juin. Deux consécrations pour Compaoré et son équipe. Au-delà du football (l’équipe nationale du Burkina Faso n’est pas la plus brillante du continent), la réalité africaine va s’imposer à tous lors du sommet de l’OUA. Conflit frontalier entre l’Ethiopie et l’Erythrée ; tensions et troubles en Guinée Bissau qui vont amener le Sénégal à intervenir ; mort brutale du chef de l’Etat nigérian, le général Sani Abacha alors qu’il devait débarquer à Ouaga au même moment. Compaoré voulait en fait un « sommet d’engagement nouveau pour l’Afrique » ; il va lui falloir s’atteler à rechercher des solutions aux crises.

1998 était également une année présidentielle. Un congrès extraordinaire du CDP se tiendra du 4 au 6 septembre 1998 pour désigner son candidat ; ce sera, sans surprise, Blaise Compaoré. Lors du scrutin du dimanche 15 novembre 1998, il va être réélu avec 87,53 % des voix et un taux de participation de 56,08 %. L’opposition a, pour l’essentiel, boycotté l’élection. Compaoré promettait à ses électeurs « un avenir tranquille ». Il ne le sera pas.

Quatre semaines plus tard, le dimanche 13 décembre 1998, le journaliste Norbert Zongo meurt carbonisé dans son véhicule. C’est le début d’une affaire - « l’affaire Zongo » - qui va faire couler de l’encre, marcher les Burkinabè et empoisonner les relations franco-burkinabè. Un Collège des sages va être réuni pour « proposer le traitement à réserver à tous les crimes impunis ainsi qu’à toutes les affaires d’homicides résultant ou présumant résulter de la violence en politique pour la période allant de 1960 à nos jours ». Le Collège des sages rendra ses conclusions le 2 août 1999 préconisant la formation d’un gouvernement d’ouverture.

Le 12 octobre 1999, KDO, Premier ministre depuis quatre ans, sera ainsi appelé par le chef de l’Etat à former un nouveau gouvernement chargé de « trouver des voies et moyens pour une réconciliation nationale durable, lutter contre l’impunité et poursuivre les efforts en vue d’un traitement rapide des dossiers de justice dans le strict respect de l’indépendance du pouvoir judiciaire ». L’ouverture sera limitée ; très limitée. Ce nouveau gouvernement - auquel l’opposition la plus significative regroupée dans le G-14 refusera de participer - sera marqué, principalement, par un départ : celui de Salif Diallo, ministre d’Etat chargé de l’Environnement et de l’Eau, et une arrivée : celle de Boureima Badini, Garde des sceaux, ministre de la Justice.

Le gouvernement allait être confronté à un nouvel abcès de fixation : dans la première quinzaine du mois de novembre 1999, plusieurs milliers de Burkinabè seront chassés de leurs villages dans le Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire à la suite d’exactions menées par les Krumen. Le Burkina Faso va faire brutalement irruption dans la crise politique ivoirienne qui couve depuis plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années et s’est exacerbée avec l’arrivée à la présidence du RDR de Alassane Dramane Ouattara, désormais candidat déclaré à la présidentielle d’octobre 2000. La chute du président Henri Konan Bédié, le 24 décembre 1999, va conduire certains leaders politiques ivoiriens à mettre en cause le régime de Ouagadougou : une façon de stigmatiser Ouattara « le Burkinabè ». Cela tombe mal pour le gouvernement burkinabè qui, à la suite de « l’affaire Zongo », avait entrepris de décrisper la vie politique du pays.

Cela n’empêche pas cependant le pays de poursuivre sa marche en avant. Il n’est pas un pays africain producteur de coton qui ne se mobilise autant pour la modernisation de la filière (notamment en matière de formation) et, plus encore, pour imposer le coton africain sur le marché mondial. La décentralisation est devenue un fait majeur : les communes urbaines et les collectivités locales s’imposent de plus en plus comme les acteurs et les vecteurs du développement. Le programme de privatisations se poursuit accompagnant aussi harmonieusement que possible la politique de libéralisation économique ; ce ne sont pas que les capitaux étrangers qui en sont les bénéficiaires mais, également, les capitaux privés nationaux, y compris ceux des salariés impliqués grâce à la politique de participation. C’est dans ce contexte que, le 7 novembre 2000, KDO est remplacé à la primature par Paramanga Ernest Yonli, premier chef de gouvernement non Mossi de l’histoire du Burkina Faso.

La compétence et l’expérience de KDO vont trouver à s’employer sous d’autres cieux. En juin 2001, il sera nommé ambassadeur à Bruxelles avec compétence pour la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, l’Irlande. Il sera également représentant permanent auprès de l’Union européenne, de l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et, de 2001 à 2004, auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est donc après dix années en Europe qu’il pourrait être rappelé sur le continent africain pour y prendre la présidence de la Commission de la Cédéao.

A suivre

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

Vos commentaires

  • Le 29 juin 2010 à 00:21 En réponse à : 1er ministre non mossi, et ca fait quoi ?

    Pourquoi cette phrase Mr le journaliste ? "C’est dans ce contexte que, le 7 novembre 2000, KDO est remplacé à la primature par Paramanga Ernest Yonli, premier chef de gouvernement non Mossi de l’histoire du Burkina Faso".

    Les premiers ministres sont nommes sur la base de leur competence intrinseque. C’est vous les journalistes francais qui declenchez les guerres civiles et ethniques partout en Afrique avec de telles remarques.

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    • Le 29 juin 2010 à 17:58 En réponse à : 1er ministre non mossi, et ca fait quoi ?

      Je suis journaliste burkinabé et je suis l’article de Jean Pierre Bejot de la Dépêche Diplomatique pour voir où cela débouche. Quel est la nationalité du journaliste ? Comment un tel article n’est pas l’oeuvre d’un Burkinabé ? Quel est l’intention visée ? Qui est derrière, qui a commandité l’article et livré la documentation pour ce faire ?

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  • Le 29 juin 2010 à 23:57 En réponse à : CEDEAO : Kadré Désiré Ouédraogo président de la Commission ? (2/4)

    Et alors est ce vrai ou pas que Yonli est le premier non-mossi au poste de premier ministre ? Il faut le dire tant que c’est la verité.Je ne vois pas en quoi cela peut etre source de conflits.Félicitations au journaliste

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    • Le 20 février 2012 à 23:17 En réponse à : CEDEAO : Kadré Désiré Ouédraogo président de la Commission ? (2/4)

      Pas étonnant quand on connait la nature réactionnaire et politiquement débilitante de cette institution néocoloniale d’où la françafrique prépare ses futures relèves du pouvoir au Burkina-Faso et dans la sous-région. En attendant, le Vidame corrompu et criminel de Ziniaré rempilera pour 5 ans ; soit, si tout se passe normalement, un record absolu de trente ans de pouvoir, au pays des hommes désormais intègres que de nom. Le tout grâce aux protections françaises, contre toutes les attentes démocratiques de notre peuple. Il faut bien que Blaise Compaoré et Wade accompagnent encore pour un temps Ouattara dans ses "premiers pas" déjà appris à "marcher sur le ventre " au profit des intérêts français et occidentaux.
      Sans méchanceté ! Encore une nomination qui n’est qu’un jeu de chaises pourries et un tour de passe-passe qui permet de duper les gens sur la soi-disant "expérience internationale" de telle recrue ; en claire, il ne s’agit que de l’assurance de leur servilité et docilité au système néolibéral exclusivement profitable aux occidentaux et aux minorités sociales prédatrices vivant au crochet de l’État ! No futur !

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