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Concours de la Fonction publique : la voix iconoclaste d’un BIB

Accueil > Actualités > Opinions • • jeudi 12 août 2004 à 08h02min

"Faire entendre sa petite voix", c’est ce qu’affirme Thierry Joël Rouamba, instituteur à Poédogo (Tanghin Dassouri) en prenant sa plume pour s’immiscer dans le débat sur les conditions de candidature aux concours professionnels, qui a été l’objet de passe d’armes entre syndicats et gouvernement. Ce brave institueur de brousse (BIB) se dit surpris par cette levée de boucliers des premiers cités et les qualifie, arguments à l’appui, d’irresponsables.

Dans le débat sur la relecture de la loi 13 et précisément les conditions de candidature aux concours professionnels, je me permets dans mon humilité d’instituteur de brousse de faire entendre ma petite voix.

Je regrette que le gouvernement soit revenu sur les nouvelles mesures, pour permettre à tous de passer ces concours, même s’il semble que cela n’est qu’un sursis. Qu’on ne se hâte pas de me traiter de petit égoïste aveugle, de larbin irréfléchi et surtout pas de traitre ; pour ceux qui me reconnaîtront.

Prenez la peine de me lire.

Avant tout, je tiens à saluer les efforts du secrétaire général du SYNATEB et de son bureau, syndicat dont je suis membre (pas délégué), même si depuis quelque temps déjà, je fais partie du mauvais groupe des non-acheteurs de timbres. Je suis sûr que leur refus d’envoyer des représentants au comité de relecture de la loi est guidé par la clairvoyance dont ils ont toujours fait preuve depuis qu’ils sont à la direction du syndicat.

Une attitude irresponsable

Cependant, revenons à mon regret. Il y a un proverbe mossi qui dit qu’il ne faut pas laisser le fantôme entrer dans la maison, avant de fermer la porte. Autrement dit, il faut savoir agir à temps (suivez bien : je ne le dis pas pour les dirigeants des syndicats).

J’ai toujours pensé et il y a des chances que ce soit fondé, que la liberté et la conscience sont les piliers de tout acte responsable.

Je suis étonné, vraiment surpris, et c’est avec sincérité que je le dis, que les fonctionnaires se plaignent aujourd’hui parce qu’on veut appliquer une loi qui a été votée depuis belle lurette et s’égosillent en insultes, dénonciations et diatribes.

Fions-nous aux faibles taux de participation des agents aux grèves et protestations des syndicats ; jetons un œil sur le martyr que souffrent les responsables syndicaux, non seulement de la part de certains supérieurs (bien logés à la même enseigne que nous pour ces concours) et pire, des mêmes agents dont ils défendent les intérêts ; et comprenons que le gouvernement ait eu le loisir de concocter allègrement cette pillule bien amère et veuille que nous l’avalions. Je m’étonne réellemment que ces mêmes personnes ne soient pas contentes de s’y soumettre.

Ou alors qu’ils acceptent qu’on leur dise aujourd’hui qu’ils ont été irresponsables ! Ils sont nombreux. Et pourquoi ?

1) Les textes leur garantissent le droit de lutter pour leurs intérêts. Ils s’y refusent, mais pire traitent ceux qui en usent d’être des bras souterrains de quelque force politique d’opposition, ou ennemis de la paix.

2) Cette brave junte est composée de membres qui sont nantis d’une culture certaine et d’un certain jugement pour savoir consciemment ce qu’il y a dans les textes du RGAP par rapport à leurs intérêts, depuis longtemps. La surprise, ça ne tient pas !

Cela dit, libres et conscients, ils ont choisi qu’ils répondent de leurs attitudes et se taisent ou alors qu’ils se plaignent et reconnaissent avoir été lâches ou irresponsables (démission ou accointance).

Le gouvernement ne devrait pas revoir la mesure

Ce qui me brûle bien plus et me déchire profondement, c’est qu’il y a eu une note rectificative pour permettre à ceux qui sont en catégories A3 et A2, de passer ces concours. Quand je pense que beaucoup de ceux qui y logent sont souvent de vrais cerbères pour les membres de syndicats, on aurait voulu qu’ils soient frappés par ces mesures, pour savoir que la solidarité au sein du corps est la voie du salut pour tous.

Se glorifier d’un poste de "chefion" et adopter des actes rébarbatifs, pour susciter la crainte en bas et avoir des miettes (de quoi on ne sait) d’en haut, dénote plus d’une attitude de parvenu que d’une réelle compétence ou conscience.

Et puisqu’on parle de responsabilité, je m’en voudrait de clore mon propos sans égratigner un groupe d’hommes qu’on trouve à la tête de nos syndicats, ou qui s’y sont trouvés. Qu’ils sachent qu’ils portent sur eux l’entière responsabilité, devant Dieu et l’histoire, d’avoir permis l’émiettement de certains syndicats, donc d’avoir fragiliser leurs forces de persuasion.

Autrement, cette RGAP n’aurait pas été votée. Que Dieu garde nos dirigeants syndicaux de se livrer à des querelles de clocher, pour le bien de tous.

Comprenez maintenant pourquoi je suis content de notre malheur. Soyons réalistes et mettons-nous un peu à la place de nos gouvernants : dans une bagarre avec un colosse, j’ose le gifler le premier et il commence à fuir. Je vous assure que le mieux à faire est de s’emparer du premier gourdin qu’on trouvera, pour l’assomer correctement et l’étaler devant tous. Il ne faut pas qu’il prenne conscience de sa force.

Cette situation au contraire me semble heureuse. Elle aura appris à tous que si nous choisissons la voie de la couardise, de la lâcheté, de la démission ou de l’irresponsabilité, nous en paierons au plus fort le prix. Du reste, je crois que cette gifle a tiré de leur sommeil un bon nombre de fonctionnaires et que désormais, ils sauront à quoi s’en tenir.

J’imagine que le lecteur se demande de quelle vertu peut se targuer celui-ci pour oser tenir des propos aussi insolents à l’égard des autres. Je suis loin d’être un exemple et il fut une époque où cela m’était indifférent.

Cependant, je reste convaincu que chacun doit accepter d’assumer les conséquences de tout acte qu’il pose en politique, dans l’administration ou la vie associative, supposant que la majorité des actes qu’on pose se font en tout âme et conscience. Mon seul regret est de voir ceux qui ont lutté dans cette situation. Les autres, Dieu me pardonne, ne me font aucunement pitié.

Observateur Paalga

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