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Affaire Juvénal Hien/ Colonel Moussa Camara : Palingwendé à raison, nous aussi

Accueil > Actualités > Opinions • • mercredi 11 août 2004 à 08h03min

Merci à notre concitoyen Palingwendé Kaboré pour, d’abord, avoir réagi à notre article et, ensuite, avoir relevé ce qu’il considère comme sa principale insuffisance. En tant qu’humain, notre caractéristique principale, c’est l’imperfection. Monsieur Kaboré, en notant le ventre mou de notre réflexion, a contribué à l’améliorer. Encore une fois, nous l’en remercions. Mais en réalité, de nous deux, personne n’a tort et aussi curieux que cela puisse paraître, nous avons, tous les deux, raison.

"Pour moi..., même si j’approuve parfaitement le raisonnement... de Zoodnoma Kafando, il a été incomplet en ne tirant pas la conclusion, en se donnant le temps "d’attendre le dénouement de cette affaire". Pour ma part, l’affaire est déjà dénouée à moins que l’une des parties veuille se pourvoir en cassation... pour obtenir un nouveau jugement". C’est ce qu’a écrit M. P. Kaboré. A bien des égards, nous sommes parfaitement d’accord avec lui, car, en principe, dans des cas pareils, les choses sont si claires, si limpides et si évidentes qu’il n’y a pas lieu de traîner, d’user de contorsions et d’emprunter les sinuosités de la justice pour dire une vérité qui s’impose d’elle-même.

Mais voyez-vous cher ami, quand on avoue son ignorance en la matière (comme nous l’avons fait), la prudence recommande qu’on ne tire pas de conclusion, qu’on ne prononce pas de sentence et qu’on ne se substitue pas à l’institution chargée de connaître de l’affaire, c’est-à-dire le pouvoir judiciaire. Et puis, pour parler vrai, au moment où nous écrivions l’article, notre connaissance de l’affaire était en deçà de celle que nous en avons aujourd’hui. En effet, depuis lors, nous avons pu lire çà et là des déclarations qui nous ont grandement éclairé.

La deuxième raison qui explique le fait que nous préférions "attendre le dénouement de cette affaire" est que, en tant que journaliste, nous n’avions pas voulu prendre d’emblée et systématiquement position car si d’aventure, les faits et le droit (que nous avons avoué ignorer) nous donnaient par la suite, tort, nous aurions péché par imprudence (et donc par amateurisme journalistique) et aurions induit plus d’un lecteur en erreur. Vous me diriez que les choses sont suffisamment claires, limpides et évidentes. Cependant, vous reconnaîtrez avec nous que ce qui est évident parce que clair et limpide peut constituer un piège dangereux et faire le lit d’erreurs judiciaires rétentissantes.

C’est pourquoi en philosophie, si l’on admet que l’évidence peut être un critère de la vérité parce qu’elle peut conduire à la connaissance de l’objet par le sujet, l’on reconnaît qu’elle ne l’est pas dans tous les cas et qu’elle n’est pas non plus le seul. Si fait que nous dirions ceci si M. P. Kaboré nous permettait d’émettre un avis sur son point de vue (que nous traitons avec le plus grand respect) selon lequel "l’affaire est déjà dénouée" : il se confirme de jour en jour que le pauvre policier Juvénal Hien est victime d’une injustice, mais là c’est notre sentiment d’être humain et de citoyen qui s’exprime. Or, en matière de justice, ce n’est pas notre sentiment qui prime mais la procédure judiciaire couronnée par un procès ; à l’issue duquel celui qui n’est pas satisfait peut faire appel.

Evidemment, on peut faire l’économie de cette procédure grâce à un arrangement à l’amiable. Dans l’affaire Juvénal Hien/colonel Moussa Camara, les choses se sont-elles déjà passées ainsi ? A notre connaissance, non ! Nous sommes dans un Etat de droit et nos convictions dans cette affaire, quoique justes et compréhensibles, ne peuvent remplacer le pouvoir constitutionnellement compétent pour la dénouer.

Ce que nous en pensons et les risques encourus

Bien que nous ayons avoué notre ignorance des textes régissant le fonctionnement de l’armée et de la police et les rapports qu’elles entretiennent entre elles ; bien que nous ayons fait notre possible pour que notre subjectivité ne transpire pas et bien que nous ayons posé les problèmes sous forme interrogative, nous avions pris position.

Pas parce que nous le voulions nécessairement mais surtout parce qu’il est difficile, voire impossible, de traiter ce genre de sujet sans que votre parti transparaisse ne serait-ce qu’en filigrane. Les éléments suivants corroborent cela :
- L’encombrement, c’est-à-dire l’espace rédactionnel, consacré à la conduite (ou à l’inconduite c’est selon) du colonel Moussa Camara est bien plus important que celui où il est question de Juvénal Hien ;
- Les questions relatives au comportement du colonel Moussa Camara renferment en elles-mêmes leurs réponses. Il n’y a qu’à les relire pour s’en apercevoir. En un mot, la raison du plus fort a prévalu sur le bon sens, la morale et l’équité ; à moins que nous soit fournie une bien meilleure argumentation que celle que le colonel Moussa Camara a rendu publique récemment dans les médias ;

La hiérarchie de Juvénal Hien n’a pas non plus été épargnée : "en ne donnant pas une suite diligente au rapport de l’agent (NDLR : Juvénal Hien) avons-nous dit, en lui intimant "l’ordre de laisser tomber la procédure" pour "avoir manqué de réserve", en l’astreignant, une deuxième fois, à la garde à vue (NDLR : jusque -là) qui, somme toute, serait une mesure disciplinaire, en ne lui remboursant pas les frais médicaux (28 000 FCFA) et donc en continuant à l’humilier, que veut-on que l’intéressé pense de cela et que veut-on que l’opinion publique conclue ?" Cela mis à part, c’est l’occasion pour nous de rappeler que l’une des raisons fondamentales pour lesquelles un ministère de la Sécurité a été créé est que la lutte contre l’insécurité nécessite une harmonisation et une articulation des actions de la police et de la gendarmerie, une interaction, une synergie entre ces deux corps.

Alors y avait-il meilleure solution que de mettre sur pied un département ministériel qui les regroupe ? Or, il est connu que le traitement dont la police fait l’objet n’est pas qualitativement parlant à comparer avec celui de la gendarmerie. Par traitement, nous ne faisons même pas allusion aux salaires, car on nous rétorquera que le gendarme est d’abord un militaire qui s’est ensuite spécialisé dans les questions judiciaires.

Nous faisons seulement allusion au respect et à la considération qu’on doit à ces agents de police qui, devant un bandit, courent les mêmes risques qu’un gendarme. Et quand on sait que la police est la seule force de sécurité à se retrouver dans les contrées (départements) les plus éloignées ou les plus enclavées du pays, on mesure aisément la difficulté de la tâche qui est la sienne. Juvénal Hien, nous dira-t-on peut-être, fait partie de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS), qui n’est présente que dans les grandes villes, mais cela n’enlève rien au fait que c’est un agent de police (spécialisé dans le maintien de l’ordre, que tout citoyen, fût-il colonel, doit respecter) susceptible d’être muté partout.

Alors, si donc les agents de police, comme il se murmure en leur sein, ne jouissent pas du respect qu’ils sont en droit d’attendre des autres corps (armée et gendarmerie notamment) alors qu’ils sont exposés aux mêmes dangers, sont parfois les seules forces de sécurité dans des patelins perdus et ont un ministre bien cultivé et au fait du droit et très influent dans les hautes sphères du régime, ne seront-ils pas plus frustrés que de par le passé ? Et ces frustrations ne risquent-elles pas de se répercuter sur la qualité du travail qu’ils accomplissent ? Ce sont des humains comme nous. Tant et si bien que même si on ne partage pas la justesse de cette éventualité, nous nous devons de comprendre ces agents en nous mettant à leur place...

Zoodnoma Kafando
L’Observateur Paalga

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