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Blaise Compaoré : "L’essentiel pour moi, qu’il y ait des élections ouvertes et transparentes"

Accueil > Actualités > Documents • • lundi 9 août 2004 à 11h05min

Le président du Faso était face à la presse nationale en direct des antennes de la RTB, le jeudi 5 août 2004.

Durant plus de deux heures d’horloge, Blaise Compaoré, très décontracté en ce jour anniversaire de l’accession de notre pays à l’indépendance, s’est prêté volontiers aux questions des cinq journalistes sur les grandes préoccupations du moment.

En politique nationale, de l’élection de 2005 et de sa candidature, en économie avec les difficultés d’écoulement du coton, le problème des lotissements dans le social ou en politique étrangère sur la crise ivoirienne, Blaise Compaoré s’est prononcé sans ambages et a donné sa lecture des choses. Nous vous proposons en intégralité cet entretien.

Allez-vous être candidat à votre propre succession ?

Blaise Compaoré (B. C.) : Cela ne me paraît pas une grosse préoccupation du moment. En tant que chef d’Etat en fonction, je me préoccupe d’abord de la recherche de solutions aux problèmes quotidiens que notre peuple vit... De même, j’assure la présence active du Burkina Faso sur les grands chantiers de la politique sous régionale, africaine et internationale. Et tout cela, dans l’optique d’assurer un meilleur bien-être à toutes les filles et tous les fils de notre pays.

Nous sommes pourtant à une année de l’échéance présidentielle et Salif Diallo, un de vos lieutenants, en a fait cas. Voulez-vous dire que son propos n’engage que lui ?

B. C. : Certainement...

Il y a des organisations de la société civile qui semblent vous préparer le terrain ?

B. C. : Je suis sensible à ces manifestations d’intérêt en faveur de mon action à la tête du Burkina Faso. Mais, sincèrement, je pense que 2005 est encore loin. Quand on a la charge d’un Etat, on a des préoccupations plus urgentes en rapport avec l’amélioration du quotidien des populations.

D’un point de vue juridique, pensez-vous que la loi vous autorise à solliciter encore en 2005, les suffrages des Burkinabè ?

B. C. : Je n’ai pas à penser et mon appréciation n’a pas de valeur juridique sur cette question. Je suis citoyen burkinabè comme vous. Seul le Conseil constitutionnel est à même de répondre à cette question valablement. Le reste n’est qu’appréciation et commentaire sans incidence réelle.

La décision de se présenter ou pas est tout de même personnelle. A quel moment comptez-vous prendre la vôtre ?

B. C. : Ma candidature ou ma non-candidature sera le fruit d’une démarche... Elle va consister à écouter beaucoup d’organisations de la société civile, des partis politiques, des leaders d’opinions, etc. C’est seulement à l’issue de toutes ces consultations que je prendrai ma décision. Je ne déciderai d’aller en campagne que si des hommes et des femmes de ce pays, fort représentatifs sont convaincus que "j’ai" fait progresser notre pays et que nous devons poursuivre un peu plus, cette œuvre.

Q : Halidou Ouédraogo, le président du Mouvement burkinabè des droits humains estime que vous, juridiquement, vous pouvez vous présenter. Vous attendiez-vous à ce type de soutien ?

B. C. : Je ne pense pas qu’il me soutient. C’est plutôt un spécialiste du droit qui parle à ce sujet, sur la base de ses convictions et de sa connaissance du droit. Je sais qu’il n’est pas de mon parti et je ne peux donc en dire plus.

Q. : Mais, une telle déclaration venant d’une personnalité nationale comme Halidou Ouédraogo n’est-elle pas du pain béni pour vous ?

B. C. : En tant que citoyen, il a donné un point de vue personnel. Sachez que sur cette question, ce n’est que l’avis du Conseil constitutionnel qui est capital. C’est vrai, les individus, les partis politiques, les communautés, etc, ont leur position sur la question. Mais tout cela participe du débat libre, voire démocratique sur tous les sujets en rapport avec le présent et l’avenir de la société civile...

Q. : A la fin de votre mandat actuel, vous aurez passé 18 ans à la tête du pays. Pensez-vous à une retraite bien méritée, quand on sait que cette fonction est éprouvante ?

B. C. : On peut se lasser de cette fonction, lorsque les différents chantiers que l’on anime en faveur des populations sont sans résultats. En toute modestie, je crois que le nombre d’années que j’ai passées à la tête du Burkina avec le soutien des populations, des partis politiques, des organisations de la société civile, des communautés religieuses et coutumières, ont permis de mettre sur de bons rails un Etat de démocratie.

Les institutions républicaines fonctionnent, l’administration d’Etat travaille à se rendre chaque jour un peu plus efficiente, nos populations, avec la décentralisation sont fortement associées à la gestion de la chose publique, nous avons une société civile très active, un secteur privé, des opérateurs économiques, des artistes et artisans, des hommes de culture, etc., très engagés et très productifs...

Nous avons donc un environnement qui nous permet de ne pas être lassé, d’être à la tête de ce pays. Car tout cela apporte du bonheur à notre pays. Et nous savons qu’il reste beaucoup à faire... Même si je sais que je suis au pouvoir pour un temps précis et qu’il reviendra à d’autres de poursuivre l’œuvre de construction du Burkina Faso.

Q. : 18 ans au pouvoir, ça use ! Avez-vous déjà pensé à un éventuel dauphin ?

B. C. : Le primordial pour le Burkina d’aujourd’hui n’est pas le choix d’un dauphin à la présidence de la république. Que je sois là ou pas, le Burkina dispose de textes constitutionnels et d’une tradition politique et démocratique à même de permettre tout changement démocratique à la tête de ce pays, sans freiner l’avancée de la construction historique de notre pays, par notre peuple.

Q. : A travers une interview accordée à Sidwaya, l’archevêque de Ouagadougou aurait affirmé qu’en dehors de Blaise Compaoré, il ne perçoit pas actuellement un homme politique à même d’assurer convenablement la tâche de président du Faso. Avez-vous également ce sentiment ?

B. C. : C’est un point de vue qu’il a exprimé de façon libre. Il faut l’accepter en tant que tel. Chaque jour, il y a dans ce pays des points de vue qui divergent au Burkina. Chacun de nous doit accepter cette donne et ne point y percevoir un jeu de sorciers et de sorcières. L’essentiel est que les gens sachent que le débat sur l’avenir de notre pays doit être ouvert à tous. Le dernier mot me revenant, je me prononcerai au moment venu...

Q. : Que vous inspire, comme analyse, la bagarre que se livrent les partis de l’opposition sur la question d’une candidature unique contre la mouvance présidentielle ?

B. C. : Qu’il y ait une ou mille candidatures de l’opposition n’est pas une préoccupation fondamentale pour moi. Ce n’est pas mon problème ! L’essentiel pour moi ? Qu’il y ait des élections ouvertes et transparentes, est ce qui importe pour moi. Je ne m’occupe pas des affaires de l’opposition.

Q. : Il semble que la main de votre parti est cachée derrière toutes ces scissions et tous ces remue-ménage de division que l’on constate dans l’opposition burkinabè ?

B. C. : Lorsque certains partis sont l’objet de scissions, de débats internes houleux, voire de démissions diverses, qu’ils ne vous disent pas que c’est le parti au pouvoir qui les a poussés. Il est plutôt question de problèmes de gestion interne à ces partis politiques. Vous le savez vous ? Le parti au pouvoir n’a pas le temps de s’occuper de bagarres internes à l’opposition !

Q. : La vieille politique du diviser pour régner n’a pas commencé par le CDP ?

B. C. : Mais, sans diviser, nous régnons. Nous avons tout de même la majorité de notre côté. Ne nous donnez pas d’autres tâches ou activités qui vont nous empêcher de nous occuper de l’essentiel. Je ne bois pas de ce vin.

Q. : Quelles sont alors les faiblesses du parti majoritaire, votre parti ?

B. C. : Tout parti politique a des faiblesses. Mais je sais que ce parti travaille tous les jours à corriger ses erreurs, ses insuffisances, ses lacunes organisationnelles, structurelles, etc. L’essentiel pour tout parti étant en tout état de cause, de travailler à avoir le maximum de suffrages auprès des populations.

Q. : On dit pourtant que vous avez travaillé à débarquer Hermann Yaméogo de son parti, l’ADF/RDA, parce que vous ne lui aviez pas pardonné, certaines de ses prises de positions, notamment sur la crise ivoirienne ?

B. C. : Ecoutez... Sur la crise ivoirienne, une très large majorité de Burkinabè soutient la position du président du Faso. A savoir que c’est une crise qui concerne la Côte d’Ivoire. Il y a des voies pour aller vers une sortie digne de cette crise : des élections ouvertes. A côté de cela, il y a des Burkinabè qui subissent en Côte d’Ivoire des violences, de spoliations. Je crois que sur la question, la majorité des Burkinabè sont pour les prises de positions que nous prenons jusque-là. Qu’il y ait des personnalités burkinabè qui apprécient la donne autrement, c’est leur point de vue. Le fait que nous ayons la majorité des Burkinabè de notre côté est le plus important.

Les problèmes qu’il y a eu entre Hermann Yaméogo et Gilbert Ouédraogo n’ont rien à avoir avec le parti majoritaire ou le président du Faso. Relisez plutôt les déclarations que chacun d’eux a eu à faire et vous comprendrez que cela n’a rien à avoir avec une quelconque main extérieure à la gestion interne de leur parti.

Q. : Comment expliquez-vous alors le processus accéléré avec lequel Me Gilbert Ouédraogo a été installé comme chef de file de l’opposition ?

B. C. : Je pense bien que c’est par l’application des textes que cette donne est arrivée et non par une quelconque "accélération" venue de la présidence du Faso.

Q. : Pourquoi cette application des textes ne s’est pas ainsi faite lorsque Ki-Zerbo ou Hermann Yaméogo avait la majorité nécessaire pour être chef de file de l’opposition ?

B. C. : A l’époque, il y avait des débats fort nourris sur le sens et la portée du chef de file de l’opposition. Toute chose qui a retardé l’application de cette disposition...

Q. : La tentative de coup d’Etat, courant avril 2004... Etait-ce réellement des gens à même de vous inquiéter ?

B. C. : Ce n’est pas parce que des gens m’inquiéteraient ou pas qu’ils doivent répondre devant la justice. La loi est là pour tous. Que vous soyez petit ou pas. Justice a été rendue et pour nous, c’est une question qui relève du passé.

Q. : N’était-ce pas un vrai faux coup d’Etat ?

B. C. : Il convient de retenir que cette question a été traitée par la justice et nous ne devons pas en juger. D’autant plus que la justice a dit le droit en rendant son verdict.

Q. : Parvenez-vous donc à fermer l’œil et à dormir tranquillement depuis que cette affaire est close ?

B. C. : La sécurité d’un dirigeant politique, en particulier un chef d’Etat, n’est pas du fait de sa garde rapprochée ou son dispositif de sécurité. Ce qui compte le plus, c’est la confiance que le peuple place en lui. C’est cela que nous recherchons.

Q. : Avez-vous l’impression de l’avoir ?

B. C. : Nous avons le sentiment de l’avoir parce que nous avons chaque jour des témoignages de satisfaction qui viennent des quatre coins du Burkina Faso, pour une raison ou une autre.

Q. : Pourtant certains putschistes ont expliqué leur tentative en peignant un tableau très sombre du pays ?

B. C. : Je n’ai pas participé à l’organisation de leur "coup" et ne peux par conséquent expliquer l’essence de leur motivation. Quand les gens sont face à un tribunal, vous savez bien qu’ils recherchent parfois des voies et moyens pour se justifier... L’essentiel pour nous est qu’ils ont affirmé, devant le tribunal, qu’ils voulaient en venir à la violence. C’est de cette donne que les juges ont tenu compte pour dire le droit...

Q. : Pourraient-ils bénéficier de la grâce présidentielle un jour ?

B. C. : S’ils remplissent un jour les conditions légales de la grâce présidentielle, il n’y a pas de doute que comme tout citoyen burkinabè, ils en bénéficient.

Q. : Cette affaire a révélé le profond malaise au sein de nos forces armées. En tant que chef suprême de l’armée burkinabè, en avez-vous conscience ?

B. C. : De quel malaise... parle-t-on ?

Q. : ... Des militaires frustrés, des officiers qui n’avancent pas normalement, la préeminence des soldats du Conseil vis-à-vis des autres corps... L’armée n’est-elle pas aujourd’hui une côcôte minute ?

B. C. : Je pense que dans notre armée, beaucoup d’efforts ont été faits pour que tout le monde bénéficie des mêmes droits... Nous sommes, au Burkina Faso, dans une armée républicaine. L’armée burkinabè, malgré ses insuffisances que nous travaillons à corriger au quotidien, reste républicaine et opérationnelle.

Q. : La Révolution et la Rectification n’ont-elles pas contribué à donner trop de puissances à certains sans grade au détriment de certains de leurs supérieurs, dans un corps qui devrait être marqué par la discipline ?

B. C. : Nous travaillons à débarrasser notre armée des tares de l’Etat d’exception afin de la consacrer républicaine. Cela ne se fait pas avec un coup de baguette magique. C’est une œuvre à mener au quotidien.

Q. : Comment expliquez-vous qu’un colonel ait giflé récemment un policier en service ?

B. C. : Chaque jour, il y a des faits divers dans notre pays : un journaliste et un barman qui se font la bagarre, un policier qui gifle un vendeur de poulet...

Q. : C’est tout de même assez rare, un colonel de l’armée giflant un policier.

B. C. : Il y a beaucoup de choses qui sont rares dans nos sociétés. Dans tous les pays du monde, il existe tous les jours, des manquements à la discipline, à la morale, etc.

Q. : Le policier a pourtant été incarcéré bien qu’il ait reçu une gifle.

B. C. : Je ne connais pas bien le dossier parce que j’ai cru que c’était un fait divers qui devait être traité par le commandemant de l’armée ou par la justice s’il y a lieu.

Q. : Comment analysez-vous la déclaration de M. Kofi Annan invitant les chefs d’Etat à éviter de tripatouiller les constitutions ?

B. C. : Je crois que c’est normal que le secrétaire général de l’ONU rappelle aux chefs d’Etat, un certain nombre de principes qui doivent présider à la gouvernance politique et institutionnelle en Afrique. Que ce soit en Amérique, en Afrique ou en Europe, les politiques publiques suivent des principes généraux mais, aussi, font place aux spécificités.

Q. : Vous sentez-vous concerné personnellement par cet avis de Kofi Annan ?

B. C. : Non, pas du tout.

Q. : On a quand même modifié la constitution au Burkina.

B. C. : Un peu partout dans le monde, il arrive qu’on modifie, légalement, la constitution. L’essentiel est que cela suive les principes prescrits par les dispositions constitutionnelles. La démocratie ne change pas de camp parce qu’on aurait modifié, selon les règles de l’art, une constitution. Au Burkina, ou même souvent des débats divers sur le mode de scrutin, les circonscriptions électorales... C’est également le cas dans de vieilles démocraties comme la France, les Etats-Unis, l’Angleterre. C’est tout ça la démocratie vivante...

Q. : Cela fera bientôt six (6) ans que Norbert Zongo a été assassiné. Le dossier est-il aujourd’hui enterré avec notre confrère ?

B. C. : Nous revoyons toujours cette tragédie avec une grande émotion... Et je peux vous assurer que les moyens sont mis en œuvre pour parvenir à la vérité sur cette affaire. Je ne pense pas qu’il y ait un obstacle au traitement de ce dossier.

Q. : Avez-vous bon espoir que justice se fera un jour ?

B. C. : Je m’en remets à la justice, comme vous. Nous donnons les moyens à la justice d’aller jusqu’au bout, dans le traitement de ce dossier.

Q. : Avec le travail de la Commission d’enquête indépendante, on avait pourtant pensé que les choses iraient très vite ?

B. C. : Pour travailler dans le juste et le bien, une commission doit travailler dans la sérénité. Aujourd’hui, on se rend compte et vous pouvez d’ailleurs le confirmer, que du fait de sa composition et de l’ambiance sociopolitique qui régnaient à l’époque, la Commission en question n’a pu traiter, dans la plus grande sérénité, ce dossier.

L’essentiel devant un tribunal, ne réside pas dans les affirmations. Car vous pouvez récolter, dans un dossier, des rumeurs, des affirmations diverses mais le juge d’instruction, dans la recherche de la vérité, est tenu de faire des recoupements, de vérifier... Afin que le droit soit dit en se reposant sur la vérité...

Une transcription de Ibrahiman SAKANDE
(ibra.sak@caramail.com)


Economie

Question (Q.) : Selon le rapport annuel du PNUD, cette année, le Burkina est classé 175e pays sur 177 que ressent-on quand on est président et qu’on dirige l’un des pays les plus pauvres au monde ?

Blaise Compaoré (B. C.) : On ressent tout simplement qu’il nous faut davantage de l’ambition. De tels classements partent de l’appréciation du développement humain sur un nombre réduit de critères qui ne permettent pas d’évaluer, d’apprécier l’ensemble des efforts qui ont été déployés ces dernières années au Burkina Faso. A la lumière de ce rapport, je crois que ce qu’on peut noter, ce sont les insuffisances surtout au niveau de la santé et de l’éducation. En 2003, le Burkina a connu une croissance de l’ordre de 6,5% contre 5% pour les deux années avant. Cela montre bien qu’au plan économique, pour ce qui est du produit intérieur brut, nous avons une progression appréciable, vu les résultats que nous observons sur le continent.

Mais, il reste que dans les secteurs de l’éducation et de la santé, nous devons encore déployer des efforts. Au niveau de l’éducation, pour l’année 2003 - 2004, un bond qualitatif a été fait au cycle primaire. Au niveau, de la santé, la couverture sanitaire nationale a également évolué dans le bon sens. C’est tout simplement pour vous dire qu’il faut encore plus d’effort. Le Burkina Faso est un pays pauvre. Nous partons de très bas et cela nous enseigne qu’il nous faut fournir beaucoup plus d’effort.

Q. : Le taux de croissance ces dernières années oscille entre 5% et 6%. Il existe également un cadre stratégique de lutte contre la pauvreté. Malgré tout, quand l’on regarde les chiffres, on se rend compte que la population est en train de s’appauvrir plus. Pourquoi le citoyen ne ressent-il pas les bonnes performances économiques réalisées par le Burkina dans son portefeuille ?

B. C. : La croissance est portée par qui ? Ce n’est pas par le journaliste (rires). Ce n’est pas non plus par le président. La croissance est portée par le monde rural d’abord (l’agriculture, l’élevage, l’artisanat). Il y a les services également... C’est tout simplement vous dire que nous sommes conscients qu’au quotidien c’est difficile pour les Burkinabè. Mais ce qu’il faut voir pour un pays, ce sont les grandes tendances. Et les grandes tendances, ce n’est pas seulement au niveau des chiffres macroéconomiques. C’est de voir que dans ce pays, chaque mois, chaque semaine pratiquement, il y a construction d’une école, d’une route, aménagement de bas-fonds, ouverture d’un CSPS (Ndlr : CSPS signifie centre de santé et de promotion sociale), une utilisation plus renforcée des centres sanitaires, un recul de la prévalence du Sida, etc. Je crois que c’est cela qui doit nous encourager à poursuivre. C’est ça qui m’indique moi, que malgré ces limites dont vous faites cas, avec ces tendances positives, nous devons nous attendre à un futur meilleur.

Q. : Avez-vous l’impression que le peu de richesse que nous avons au Burkina est bien utilisé et cela d’autant plus que le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) dans son rapport estime que la corruption va grandissante dans notre pays ?

B. C. : Il est certain que dans tous les pays du monde, la corruption est un phénomène difficile à cerner. Si vous avez suivi le programme de renforcement de la gestion budgétaire, le programme de bonne gouvernance économique et sociale, il y a là aussi des éléments qui indiquent que nous sommes en train de créer les conditions, surtout les règlements pour permettre une plus grande transparence du circuit de la dépense, une meilleure organisation des marchés publics... L’information qu’il faut également donner, est que l’économie du Burkina d’aujourd’hui n’est pas celle d’il y a dix, quinze ans. Référez-vous aux chiffres !

Indépendamment des affaires économiques publiques, si vous prenez tout ce qui accompagne l’économie dans d’autres domaines, vous verrez qu’il y a un nombre beaucoup plus grand d’activités. Et cela, bien sûr, avec une interpénétration plus renforcée entre le secteur privé et le secteur public. Je vous assure que c’est difficile de maîtriser tout cela. Nous avons conscience que les phénomènes de corruption peuvent jouer négativement sur l’économie nationale. Il n’y a pas un gouvernement ou un chef d’Etat qui va souhaiter que son pays sombre dans la corruption. Nous n’y avons pas intérêt. Je veux tout simplement vous dire qu’il y a, pour ce qui nous concerne, une grande volonté à faire en sorte que le phénomène de corruption diminue dans notre pays.

Q. : Le coton est l’un des éléments clés de notre économie. Vous vous êtes personnellement investi pour dénoncer les subventions accordées aux cotonculteurs du Nord. Cette semaine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), il y a eu un accord entre les différents pays à propos de la subvention du coton. Cet accord, pour vous, représente-t-il une demi-victoire pour les Africains ?

B. C. : De l’Europe, l’Amérique et du Sud, je ne pense pas que cet accord satisfasse quelqu’un. Pour nous, l’essentiel c’était de susciter le débat (qui est politique en fait) sur les relations économiques internationales. C’était de faire savoir que dans cette mondialisation libérale, s’il n’y a pas de règles ni de régulation, cela va faire énormément du tort aux petits pays qui vont dans la concurrence mais pas avec les mêmes arguments. Voyez la contradiction : pendant que nos partenaires du Nord nous parlent de développement, pendant qu’ils savent très bien que le développement ne peut se faire sans commerce, ils nous ferment les voies d’accès au commerce international.

Il s’agissait donc pour nous, à travers nos actions contre les subventions aux producteurs de coton du Nord, de pouvoir organiser un débat politique autour de la question. Je crois que cela a été pris en compte, car de plus en plus, nous allons vers des négociations qui vont intégrer la dimension spécifique des producteurs du Sud et notamment des producteurs de coton.

Q. : Le président Abdoulaye Wade du Sénégal estime, pour sa part, qu’il faut plutôt demander aux Américains des dédommagements au lieu d’exiger, l’annulation des subventions. Etes-vous de cet avis ?

B. C. : Dans cette initiative, nous sommes quatre pays qui avons une vision claire de ce que nous voulons (Ndlr : le Burkina Faso, le Mali, le Bénin et le Tchad sont les quatre pays qui ont choisi d’unir leurs efforts pour lutter contre les subventions apportées aux producteurs de coton des pays du Nord). C’est vrai qu’il y a des commentaires autour de notre initiative. Mais pour nous, l’essentiel c’est de faire savoir, c’est de porter à la connaissance de l’opinion internationale, qu’on ne peut pas organiser le commerce mondial en maintenant ces subventions qui faussent le marché. Ici même au Burkina, si vous avez des paysans à qui on donne quinze mille francs supplémentaires sur chaque sac de mil vendu à quinze mille francs, ceux-ci vont gagner plus que les autres qu’ils vont finir par chasser du marché. Les subventions faussent le marché. D’ailleurs elles sont proscrites par la concurrence internationale telle que voulue par l’OMC.

Q. : Ne faudra-t-il pas à terme pour ce qui est du coton, œuvrer pour sa transformation sur place pour lui apporter un peu plus de plus-value et cela conformément aux recommandations de l’étude faite par la Banque Ouest africaine de développement (BOAD) ?

B. C. : Oui ! Il est certain que pour ce qui est du coton, il faut aller vers d’autres dimensions. Il faut renforcer l’impact du coton sur l’économie. Et cela peut se faire comme vous l’avez souligné à travers la transformation du coton sur place. Mais voyez-vous, dans un pays comme le nôtre, la première difficulté pour une implantation d’usines de filature ou d’usine textile est le climat. Vous ne pouvez pas installer des usines textiles ou de filature dans des chambres qui ne soient pas climatisées ou réfrigérées. Pour nos pays, c’est déjà une grande difficulté. Peut-être pourrons-nous organiser cela au niveau régional. On peut organiser les producteurs de coton d’une région comme l’Afrique de l’Ouest...

Cela signifie la mise en place de programme de développement durable pour les producteurs, les aider à une diversification, les aider à aller vers des technologies beaucoup plus avancées. C’est pour cela d’ailleurs que nous avons abrité ici au Burkina une rencontre sur les OGM (ndlr : OGM signifie Organismes génétiquement modifiés). Tout cela peut contribuer à alléger les difficultés rencontrées par les producteurs de coton. En attendant, pour ce qui concerne les subventions, nous travaillons avec l’Europe sur des questions du genre.

Q. : Avec la réunion sur les OGM qui s’est tenue tout récemment à Ouagadougou, le Burkina s’illustre pour ce qui est de ces nouvelles technologies comme le porte-flambeau en Afrique. Est-ce qu’on ne va pas trop vite d’autant plus que l’Europe qui est un continent beaucoup plus avancé du point de vue des technologies se méfie de ces OGM ?

B. C. : Sur le plan scientifique, les rapports qui viennent d’être produits par l’agence de sécurité alimentaire en France, montrent qu’au plan technique, la plupart des OGM n’ont pas de conséquences sur la santé. Au-delà de ces considérations, il faut relever qu’en matière d’OGM, le Burkina Faso s’investit pour l’instant dans des domaines qui ne sont pas alimentaires comme celui du coton. Notre philosophie est qu’il faut évoluer avec le monde. Aujourd’hui, au plan mondial, on a besoin de coton qui ne soit pas transgénique. Et si demain on demandait du coton OGM ?

Il nous faudra alors réapprendre à produire ce type de coton avec le risque de voir que beaucoup ont pris de l’avance sur nous. C’est vous dire que pour le Burkina, ce qui est intéressant c’est d’abord être à l’écoute de la science. C’est accompagner la science. Peut-être que dans 20, 30 ans on ne mangera que des OGM. Il ne faudra pas que le Burkina soit en reste.

Q. : Certains estiment que le Burkina Faso s’est engagé dans les OGM juste pour un rapprochement politique avec les Etats-Unis.

B. C. : Nous n’avions pas de problèmes avec les Etats-Unis avant la tenue de la rencontre sur les OGM à Ouagadougou. On n’a pas de problème. Au contraire... (rires).

Q. : Lors de vos rencontres annuelles avec les paysans vous les incitez à produire davantage. L’année dernière, il y a eu une campagne exceptionnelle avec un surplus céréalier de près d’un million de tonnes. Tout cela, ajouté à la politique de la petite irrigation villageoise, ne craignez-vous pas qu’à terme, les paysans soient découragés si on ne réussit pas à écouler et à transformer leurs productions ?

B. C. : Le gouvernement est sensible à cette question. Il se tient des conseils de cabinet, des réunions interministérielles qui, durant ces dernières semaines, se sont penchés sur ce sujet. Des contacts ont également été pris avec des partenaires pour de grands investissements d’ici à la fin de l’année ou au cours de l’année 2005 dans les infrastructures de transformation et de conservation de produits agricoles. Ça sera une chance pour notre économie rurale.

Q. : Ne faut-il pas impliquer fortement le secteur privé dans ce processus de création d’infrastructures de transformation ou de conservation de nos productions agricoles ?

B. C. : Oui ! De nos jours, l’Etat ne fait qu’accompagner le privé. Mais il faut au moins des études qui tracent la voie. Et c’est ce que nous faisons.

Q. : Avec la réhabilitation de l’abattoir frigorifique de Ouagadougou, ne faudra-t-il pas dans ce domaine également rechercher beaucoup plus de plus-value en mettant l’accent sur l’exportation de viande dans la sous-région ?

B. C. : Oui ! C’est sûr que les ministres en charge de ces questions ont songé à cela. Nous attendons de voir comment cette infrastructure va fonctionner quand elle sera opérationnelle. Il s’agira aussi de sensibiliser davantage le secteur privé à prendre des initiatives pour que notre viande soit vendue à l’extérieur.

Q. : La crise ivoirienne a montré les rapports étroits qui existent au plan économique entre le Burkina et la Côte d’Ivoire. Malgré le blocage à Abidjan, les opérateurs économiques ont bien réagi en réorientant leurs activités vers d’autres ports. Il y a même eu des surplus au niveau de l’importation et de l’exportation. Qu’est-ce qui est fait pour capitaliser ces acquis afin que nous ne soyons plus exclusivement dépendants de la voie maritime ivoirienne ?

B. C. : Ecoutez ! Moi je reste convaincu que la paix va revenir en Côte d’Ivoire et que les Burkinabè vont repartir au port d’Abidjan. Ça je le crois (rires). Ce qu’il faut savoir également c’est que nous n’orientons pas nos opérateurs économiques vers quelque pays que ce soit (la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Bénin ou le Togo). L’opérateur économique va là où il a intérêt. Quand il a ses intérêts à Abidjan, à Lomé ou à Accra il ira là-bas. Il est libre. Nous n’avons pas cette capacité de les orienter vers des ports précis. S’il paie moins quelque part où si le service est mieux rendu dans un port que dans l’autre, il ira là où ça l’arrange le mieux.

Q. : N’est-il pas temps d’aider les opérateurs économiques à diversifier leurs sources d’approvisionnement pour ne pas compter exclusivement sur la Côte d’Ivoire ?

B. C. : Ecoutez ! Nous n’avons pas dit avec la crise en Côte d’Ivoire à nos opérateurs économiques d’aller à Lomé où à Accra. Ils connaissent la région mieux que nous. Ils connaissent les routes, les ports... Je vous dis que c’est la qualité du service dans ces ports et sur les tronçons qui les mènent vers ces ports qui est déterminant dans l’option prise ou le choix fait par l’opérateur économique. Ce n’est pas le gouvernement qui les oriente.

Q. : Suite à l’incendie du marché Rood Woko, certains commerçants qui se sont installés sur des sites provisoires sont inquiets car il y a des bruits qui font état de la cession de Rood Woko à des intérêts privés étrangers.

B. C. : Pour des questions aussi importantes comme la réhabilitation de Rood Woko, s’il y avait une destination autre que son utilisation par les commerçants du Burkina Faso, il y aurait eu des rencontres avec les intéressés pour en parler. Je ne pense pas qu’un gouvernement puisse frauduleusement vendre un marché. Rood Woko est une infrastructure qui n’appartient ni au gouvernement ni aux commerçants. C’est une infrastructure pour les Burkinabè, une infrastructure pour organiser le commerce national. Pour la promotion du commerce national, je ne doute pas qu’aujourd’hui, le gouvernement s’attelle à remettre en état ce marché pour le bien des commerçants et même du public.

Q. : Un certain nombre de défaillances ont conduit à l’incendie de ce marché. Doit-on s’attendre à ce que des mesures précises soient prises après sa réhabilitation pour éviter que cela ne se reproduise ?

B. C. : Je pense que naturellement le ministre en charge du commerce et la Chambre de commerce se sont intéressés aux raisons du sinistre. Et c’est tout naturellement que des mesures seront prises pour éviter le dysfonctionnement et pour permettre d’organiser mieux le commerce sur cet espace.

Q. : Les privatisations sont en cours au Burkina depuis de nombreuses années. Mais ces derniers temps, on assiste à la privatisation de sociétés qui sont presque des symboles nationaux. C’est le cas dernièrement de l’hôtel Indépendance et de l’ONATEL les prochains mois. Etait-il nécessaire de privatiser ces sociétés auxquelles les Burkinabè sont liés par le cœur ?

B. C. : Je crois que ce que les Burkinabè recherchent aujourd’hui, c’est une économie moderne, compétitive qui, en retour résoud leurs problèmes de service public, leurs problèmes de niveau de vie. De plus en plus, il a été démontré que pour les économies nationales, il faut faire la part des choses entre le rôle de l’Etat et celui du secteur privé. L’Etat doit orienter, conseiller, appuyer, organiser la compétition. L’Etat n’a pas à s’occuper de toutes les activités même s’il s’agit d’activités bénéficiaires. Si aujourd’hui griller des poulets ou vendre la bière peuvent rapporter, ce n’est pas le rôle de l’Etat de le faire. Il y a eu des moments ici, où l’Etat faisait les biscuits, les chaussures et tout. Mais à partir du moment où le privé peut s’en charger et être plus performant, alors l’Etat se retire pour s’occuper d’autres choses (les routes, les écoles, etc.).

Pour le secteur du téléphone. Vous avez vu qu’au début, il y a eu beaucoup de bruits autour. Mais finalement à la faveur de l’ouverture, en cinq ans on a créé dans ce secteur au moins 20 mille emplois. Il y a aujourd’hui plus de cinq mille télécentres au Burkina. De trois mille propriétaires de téléphones mobiles en 1993, nous sommes passés à plus de 300 mille aujourd’hui. C’est vous dire que la privatisation peut être d’un intérêt pour une économie nationale car l’essentiel c’est d’aller vers des économies plus compétitives. Car si vous avez un hôtel Indépendance qui était un joyau il y a 40 ans et qui, aujourd’hui, ne vaut même pas l’auberge de Ziniaré dans certaines chambres (rires), le Burkinabè ne doit pas se sentir heureux en voyant cela. Il faut que l’infrastructure reste, mais qu’on la valorise. Mais l’Etat doit faire autre chose que de s’occuper de chambres d’hôtel. Le secteur privé est outillé aujourd’hui pour faire mieux que l’Etat dans certains domaines.

Q. : N’est-ce pas la mauvaise gestion qui a eu raison de l’hôtel Indépendance ?

B. C : Non. Ce n’est pas la mauvaise gestion. Avant l’hôtel Indépendance, il y a eu "Faso yaar" et autres. Celui qui travaille dans ces genres de structures publics qu’il y ait des bénéfices ou pas, il est payé à la fin du mois. Il est fonctionnaire au même titre que celui qui travaille à l’information ou à la présidence. Il est mieux que le privé, qui dispose d’expertise reconnue dans des activités de ce genre, prenne le relais dans l’intérêt du pays.

Q. : Il y a une étude prospective qui est menée pour photographier un peu ce que pourrait être le Burkina en 2025. Comment voyez-vous ce pays là dans deux décennies ?

B. C. : Je pense que si l’on travaille comme on le fait, ce pays sera émergent. Mais si nous arrêtons de travailler, si nous ne poursuivons pas les efforts, il sera autrement (rires).

Q. : Il est vrai que le dialogue social est instauré entre le gouvernement et ses partenaires. Mais avec les problèmes de lotissement que connaît la capitale Ouagadougou, n’avez-vous pas peur que les demandeurs de parcelles marchent sur la présidence ?

B. C. : Demandeurs de parcelles ? Non, je ne pense pas qu’ils vont venir à la présidence parce qu’il n’y a plus de parcelles ici, tout est déjà distribué (rires). C’est vrai qu’il y a des préoccupations que nous avons pu noter dans la gestion des parcelles ces derniers temps. Je dirai même presque toujours. Il y a des débats autour. Mais ce n’est pas toujours de la seule responsabilité de l’administration.

Vous savez combien les hommes et les femmes, quand il s’agit de parcelles, utilisent toute une gymnastique, beaucoup de moyens parfois illicites pour arriver à leur fin. Au vu de tout cela, le gouvernement est en train d’initier un programme qui va nous permettre d’arrêter un dispositif pour une gestion et un aménagement du territoire. Cela bien sûr, avec dans les jours à venir un arrêt des nouvelles opérations de lotissement. C’est pour nous permettre de dégager, en collaboration avec les municipalités et les bénéficiaires, de nouvelles dispositions pour éviter de créer une situation préjudiciable à la cohabitation entre citoyens riverains.

Toutefois, vous vous rendez compte que lorsqu’on observe ce qu’il y a comme zones non loties dans la ville de Ouagadougou, on peut se dire que des problèmes doivent exister. Mais le gouvernement s’attelle à les résoudre en partant de l’élaboration dans les jours à venir d’un nouveau dispositif.

Q. : Il avait été fait cas dans le passé d’une banque de l’habitat. Qu’en est-il ?

B. C. : Aujourd’hui, après les contacts que nous avons eus un peu partout en Afrique pour tirer des enseignements de la manière dont fonctionnent ces genres d’institutions, je peux vous dire que nous sommes cette année, sur la bonne voie pour concrétiser cet engagement.

Q. : Le projet ZACA est en cours. Il y a eu beaucoup de grincements de dents. Est-ce que c’était un mal nécessaire de déloger des milliers de Ouagalais pour les reloger à la périphérie ?

B. C. : Je crois que c’est du passé. C’est de la préhistoire. Je crois qu’on a eu des rencontres à l’époque. Des explications ont été données. Je crois qu’ils sont mieux logés que dans les maisons où ils y étaient. Nous avons un espace qui va servir à améliorer encore le centre ville, donc à créer des possibilités d’installation de services nouveaux au profit de la capitale. Je pense bien que c’était nécessaire.

Q. : La rumeur dit que d’autres quartiers seront concernés par ce type d’opérations. Est-ce une politique qui a été mise en place ?

B. C. : On parle de réalités. Des rumeurs après la rencontre, je n’en ai pas entendu, c’est pourquoi je ne peux vous répondre.

Q. : Le gouvernement s’est investi dans la construction des maisons de la femme à travers tout le pays. Cela ne va-t-il pas frustrer les hommes ?

B. C. : Jusque-là, ils ne se plaignent pas, donc nous pensons que ça va. Au contraire, je crois que dans l’ensemble, les hommes aujourd’hui saluent cette initiative. Parce qu’on se rend compte que les femmes ont des capacités et des disponibilités mais n’avaient pas dans le passé ces genres d’infrastructures qui constituent des lieux de culture, de formation, d’échanges. Je crois que les hommes soutiennent cette initiative.

Q. : Ces maisons vont-elles vivre sans la contribution des hommes ?

B. C. : Quelle contribution attendent les femmes ?

Q. : Si on dit maison de la femme, les hommes ne se sentent-ils pas exclus ?

B. C. : Aujourd’hui nous nous rendons compte que la société ne peut s’épanouir sans la mise en œuvre de moyens pour la faire bouger dans son ensemble. Je pense que tous les hommes ont compris aujourd’hui l’intérêt de l’épanouissement de la femme. Cela se manifeste à travers la scolarisation des filles, les libertés qui sont accordées aux femmes pour qu’elles s’investissent dans des activités rémunératrices, etc. Je crois qu’aujourd’hui, les hommes sont très sensibilisés sur les questions de la femme. Je suis sûr que dans ces maisons, s’ils peuvent apporter leur concours, ils n’hésiteront pas un seul instant.

Q. : Des avancées significatives sont-elles constatées en matière de lutte contre la pratique de l’excision au Burkina ?

B. C. : Je pense qu’aujourd’hui, arriver déjà à réunir des communautés aussi diverses et complexes sur le plan des pensées et des idées (communautés coutumières, religieuses, organisations à base communautaire, etc.) pour soutenir une telle initiative est déjà un acquis pour nous. Sur le terrain, on constate effectivement qu’il y a d’autres acquis. Je pense que bien qu’il y ait des zones de résistance dans le pays, il faut poursuivre cette lutte contre ces genres de pratiques qui ne sont pas de nature, dans tous les cas, pour notre société aujourd’hui, à laisser épanouir les femmes.

Q. : Cela fait deux (2) ans maintenant que les femmes salariées ont engagé un combat pour la réduction de l’IUTS. Jusqu’à présent elles n’ont pas eu gain de cause.

B. C. : Il est vrai que des débats autour de la question s’organisent mais on n’arrive jamais à conclure. Cependant je peux vous assurer que c’est une question qui reste une préoccupation. Ce n’est pas toujours facile de gérer ce genre de question dans notre société. Mais je comprends l’intérêt pour les femmes d’avoir cette disposition en leur faveur.

Q. : Concernant le VIH/Sida, le Sénégal essaie de donner gratuitement les antirétroviraux (ARV) aux patients ? Le Burkina serait-il sur cette voie ?

B. C. : Je crois que nous sommes en train d’aller vers la conquête de la confiance envers nos partenaires. Ces derniers temps, il y a en eu les différentes contributions. Ce qui montre que nous allons dans les mois à venir, disposer de moyens suffisants pour pouvoir prendre en charge en ARV ceux qui en auront le plus besoin.

Q. : Les pays comme le Brésil et l’Inde produisent des médicaments génériques entrant dans la lutte contre le VIH/Sida. Le Burkina a-t-il opté pour cela ?

B. C. : De toute façon, les génériques ont les mêmes propriétés que les spécialités. Avec les deux pays, je peux vous assurer que nous avons déjà des contacts, particulièrement concernant cette maladie pour disposer de médicaments et contribuer à alléger les charges de l’Etat dans ce domaine de la prise en charge des malades.

Q. : Il est reconnu que le taux de séroprévalence est en train de reculer au Burkina (actuellement 4,2%). Quelle interprétation faites-vous de ce résultat ?

B. C. : Je crois que la mobilisation contre cette maladie a été exceptionnelle dans ce pays. Depuis les villages jusqu’à la capitale, les communautés diverses (coutumières, religieuses, ONG et OBC) se sont mobilisées exceptionnellement contre ce mal. Si bien que la sensibilisation a joué beaucoup favorablement sur les comportements. Bien sûr, nous sommes en train d’aller vers la prise en charge des malades. Et je me dis que cela va encore renforcer les résultats obtenus.

Q. : L’emploi des jeunes pose problème au Burkina. Avec le sommet de l’emploi qui se tiendra à Ouagadougou, pensez-vous que vous et vos pairs trouveriez des solutions assez concrètes au problème qui touche la jeunesse africaine en général ?

B. C. : Si le Burkina s’engage d’abord dans cette voie, c’est parce que nous sommes conscients d’appartenir à la communauté internationale qui a des responsabilités. Nous entendons assurer des responsabilités aux côtés des autres nations. Nous avons opté pour une réflexion panafricaine de la question de l’emploi parce que nous l’avons souvent dit, l’emploi est un élément capital. Quand au sein de la famille, l’homme ou la femme n’a pas de travail, cela pose un problème d’abord pour le bonheur matériel, mais aussi pour celui immatériel (la cohésion de la famille, la nation, etc.). Mais c’est parce que nous sommes convaincus que c’est le travail qui génère des revenus.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de débats sur la croissance, l’investissement, etc. Mais notre souci est qu’au-delà de cette conférence, qui va d’abord dégager un ensemble de pistes pour permettre à l’Afrique de pouvoir s’investir davantage dans la promotion de l’emploi, ce qui du même coup permet de réduire la pauvreté, que nous puissions jouer sur la communauté des partenaires, des bailleurs de fonds pour leur dire qu’il y a la croissance à rechercher, des investissements à faire. Parce qu’il y aura sûrement des institutions qui seront présentes et qui s’occupent dans le monde de macro-économie comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, etc.

Nous voulons faire en sorte que ces institutions, en collaboration avec les Etats, les organisations syndicales et patronales, nous puissions dire que la croissance et l’investissement doivent aller en cohérence dans l’économie avec la création d’emplois. Justement, lorsque vous regardez aujourd’hui le problème de l’emploi des jeunes, il y a un ensemble de dispositifs qui permet de financer l’entrepreneuriat des jeunes. Mais nous buttons à la question de finances. Parce qu’il n’a jamais été dégagé une perspective, une résolution africaine qui dit aux partenaires qu’ils doivent en même temps financer la balance des paiements, le développement mais dans le financement du développement leur dire qu’il nous faut un volet financement des structures d’entrepreneuriat des jeunes comme le FAPE, le FASI, le FONAPE, etc., qui pour l’instant dépendent des capacités limitées des Etats africains. L’intérêt d’une telle rencontre est d’amener les partenaires à comprendre que l’Afrique ne peut sortir de la pauvreté si on n’organise pas mieux la promotion de l’emploi.

Q. : L’exode rural gonfle de plus en plus les villes. Est-ce pour cela que le développement à la base n’est pas encore visible ?

B. C. : Nous sommes à au moins 80% rural au Burkina. Le phénomène d’exode rural est bien connu. Nous essayons par tous les moyens de le réduire en créant différents projets de fixation des jeunes dans leur terroir mais aussi en aménageant un peu plus les campagnes. C’est pour dire que la dimension monde rural va avoir une grande importance dans le débat de Ouagadougou, à savoir comment faire pour renforcer justement à la fois les infrastructures, les possibilités de ce monde rural pour y créer davantage d’emplois et réduire la pauvreté en renforçant d’une façon générale économie nationale.

Q. : Le volet formation sera-t-il pris en compte ?

B. C. : Oui. Le volet formation est l’une des dimensions qui sera abordée.

Q. : N’est-il pas nécessaire de reconvertir les mentalités des diplômés ?

B. C. : Je pense qu’il y a des pays où les diplômés font un peu de tout. Je crois que l’essentiel est de faire un travail rémunérateur. L’essentiel est d’arriver à créer le maximum d’emplois rémunérateurs. Par ailleurs le débat sur le contenu des enseignements peut être mené. Le gouvernement travaille à dégager des nouvelles pistes pour des programmes nouveaux qui vont permettre une adéquation plus forte entre la formation et l’emploi dans notre pays.

Q. : Le grand banditisme n’est-il pas un grand danger qui guette la nation ?

B. C. : Oui. Lorsqu’on parle de grand banditisme, on pense à tous ces policiers qui ont été exécutés il n’y a pas longtemps par des bandits à coté de Koupèla. Nous pensons aussi à tous ceux qui se battent jour et nuit pour maintenir la quiétude dans notre pays. Nous savons aussi que c’est un combat qui demande une mobilisation nationale. Nous espérons que les études qui sont actuellement faites sur la police de proximité va entraîner davantage les populations à s’associer à cette œuvre de lutte contre le banditisme. Je pense que c’est une lutte qui demande la mobilisation et l’adhésion de tout le monde.

Q. : La mobilisation est totale au niveau du football, notamment les Etalons. Alors que nos athlètes sont entrés de Brazzaville presque dans l’anonymat ?

B. C. : Il y a peut-être un ou deux qui sont de retour. D’après mes informations ces athlètes pour la plupart devaient continuer en stage afin d’aller aux Jeux olympiques. Il est certain que nous allons à leur retour les recevoir pour les féliciter.

Q. : N’empêche que le football reste le chouchou ?

B. C. : Le football commence à donner des résultats et c’est un sport qui ne se pratique pas comme la pétanque. Il y a des sports qui demandent beaucoup d’énergie et d’engagement. C’est une compétition qui demande aussi beaucoup de ressources financières pour tous les pays. Nous ne regrettons pas ces dépenses parce qu’il faut dire qu’en Afrique nous sommes classés 11e en football et 74e dans le monde. Je pense qu’il y a longtemps qu’on a obtenu cette place. Ce qui montre que nous progressons. Avoir 6 médailles prouve qu’il y a du progrès. Nous étions 11e sur 45 pays à Brazzaville. Je pense qu’on doit être satisfait de ces résultats déjà parce qu’il y a du progrès. Mais aussi reconnaître qu’il reste du travail à abattre.

Transcription de Charles OUEDRAOGO


Actualité internationale

Q. : M. le président, vous avez évoqué tantôt la situation des Burkinabè en Côte d’Ivoire. C’est la communauté étrangère qui a subi le plus, le contre-coup de la crise ivoirienne. Dernièrement à Bamako et à Accra, vous avez rencontré votre homologue ivoirien. Quels engagements avez-vous obtenu du président Gbagbo sur la sécurité des Burkinabè et leurs biens sur le sol ivoirien ?

Blaise Compaoré (B. C.) : Lors de la dernière commission mixte Côte d’Ivoire-Burkina et à Bamako, dans les déclarations qui ont été faites, il a été question d’un traitement décent pour les Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire et les autorités ivoiriennes ont pris des engagements dans ce sens. Et nous sommes à l’écoute. Nous observons pour voir comment ces engagements seront tenus.

Q. : Cette animosité vis-à-vis des Burkinabè est due en partie au fait qu’Abidjan a vu la main du Burkina derrière la rébellion. le Burkina a toujours nié. Mais est-ce que vous n’avez pas un peu prêté le flanc en abritant avant la crise des éléments qui ont participé au déclenchement de la rébellion ?

B. C. : Le Burkina et la Côte d’Ivoire depuis la colonisation, ont toujours été comme deux cases voisines. Les uns et les autres ont appris à vivre ensemble.

Vous avez souvenance que lorsqu’il y avait des problèmes politiques et cela depuis les années 60, des Ivoiriens et même Laurent Gbagbo sont passés par là. De même de nombreux opposants burkinabè ont résidé en Côte d’Ivoire ; donc, le Burkina Faso ne peut pas dire à un Ivoirien de ne pas s’installer au Burkina Faso. A Marcoussis, la classe politique ivoirienne, toutes tendances confondues, y compris le FPI, s’est réunie pendant une dizaine de jours. Et ces hommes politiques ont dégagé les causes de la crise ivoirienne. Mais on n’a pas parlé du Burkina dedans. On a parlé de la précarité de l’identification nationale, d’élections non-ouvertes, de légitimité du pouvoir d’Etat, de spoliation des terres des exploitants agricoles, de négation des droits de l’homme... A toutes ces questions, des solutions ont été proposées.

C’est pour tout simplement vous dire que les Ivoiriens eux-mêmes sont conscients que les problèmes qu’ils vivent ne viennent pas du Burkina Faso. Les causes de ces problèmes sont à l’intérieur de la Côte d’Ivoire.

Q. : Il reste quand même que beaucoup de Burkinabè ont été spoliés dans cette affaire, notamment avec le problème foncier. Est-ce qu’on peut envisager des réparations pour ces Burkinabè qui ont tout perdu ?

B. C. : Pour l’instant, il n’est pas indiqué de parler de réparation alors que la crise n’est pas terminée. Nous devons d’abord travailler à ce que la paix revienne en Côte d’Ivoire pour l’intérêt des deux pays et après ces questions peuvent être abordées par la suite.

Q. : Pour revenir au règlement du conflit, vous venez de rentrer d’Accra où vous avez élaboré avec vos pairs, un plan qui prévoit un calendrier de réformes politiques devant déboucher sur le désarmement des Forces rebelles et des milices armées. Mais on constate toujours ce débat sur l’article 35, la loi sur l’éligibilité... Avez-vous vraiment le sentiment que le Sommet d’Accra a balisé le terrain pour éviter ces écueils ? N’y a-t-il pas eu un peu de précipitation dans la convocation de ce sommet ? Ou ne fallait-il pas reporter cette rencontre ?

B. C. : Non ! Je crois plutôt qu’on a mis du retard à faire Accra III. Parce que lorsque Marcoussis a dégagé les problèmes, un seul était le plus important : c’était la légitimité du pouvoir d’Etat qui passait nécessairement par des élections ouvertes. Cette question a été éludée pendant tous ces mois passés et à Accra, nous avons ramené les protagonistes sur le traitement de cette question. Et les engagements qui ont été pris doivent aller d’abord vers la création des conditions devant déboucher sur des élections ouvertes et permettant ainsi de légitimer le pouvoir d’Etat qui sera mis en place.

Quant aux autres questions soulevées, elles ne sont que secondaires pour moi. Parce que s’il y a un pouvoir légitime, il est certain que le problème foncier, celui des droits humains, etc. vont trouver des solutions facilement.

Q. : Est-ce que vous pensez que le président Gbagbo est un partenaire crédible avec lequel on peut véritablement discuter. On lui reproche souvent de dire une chose et ensuite son contraire le lendemain ?

B. C. : Nous assumons la même fonction que lui. A partir de là, nos comprenons les difficultés qu’il peut avoir par rapport à la mise en œuvre de certains engagements. Nous comprenons qu’il lui faut du temps, qu’il lui faut discuter avec ses collaborateurs, etc. Mais nous pensons que jusque-là, il cherche à sortir de cette crise.

Q. : Mais le blocage est prévisible avec le problème des élections. Le pouvoir ivoirien veut organiser un référendum après le désarmement. Les Forces nouvelles disent : "Les réformes politiques d’abord avant le désarmement". Et la date butoir, c’est le 15 octobre. Voyez-vous vraiment une chance de succès à cet accord avec tous ces problèmes ?

B. C. : Je pense que ce ne sont pas des "voix autorisées" qui parlent. Il faut attendre la position officielle du gouvernement ivoirien, du président Gbagbo pour savoir comment, il entend mettre en œuvre les engagements d’Accra. Dans ce cadre, nous avions prévu après Bamako nous rencontrer à nouveau avec le président ATT. Nous sommes en train de nous organiser pour le faire probablement dans les jours à venir.

Q. : Une rencontre dite de construction de la paix est prévue demain (NDLR interview réalisée le 5 août) à Freetown à l’initiative du président Tejan Kabbah. Avez-vous été invité et est-ce que vous vous y rendrez ?

B. C. : Nous avons été invité, mais notre participation n’est pas acquise pour des raisons bien simples. Nous attendons d’abord de voir l’appréciation du président Gbagbo sur les accords d’Accra avant d’engager une initiative. Les Nations unies, la CEDEAO étaient présentes au sommet d’Accra et nous avons pris des engagements. Il faut éviter que des réunions parallèles donnent l’impression que l’on veut ramer à contre-courant de ce qui a été décidé à Accra.

Q. : Finalement, trop de médiateurs ne tuent pas la médiation ?

B. C. : Nous ne faisons pas de la médiation. Le président Gbagbo et nous-mêmes suivons ce dossier. Nous avons pris des engagements avec lui à Bamako et il faudra qu’on continue de discuter pour la mise en œuvre de ces engagements. Le Mali, le Burkina, la Côte d’Ivoire sont quand même trois (3) pays inséparables. Le Mali et nous, avons intérêt à accompagner la mise en œuvre de ces engagements.

Q. : De manière générale, la diplomatie burkinabè a souvent été qualifiée de diplomatie de va-t-en guerre, aussi bien par l’opposition que par des organisations de la société civile. On se souvient d’ailleurs que des commissions d’enquête de l’ONU ont séjourné ici, il y a quelques années...

B. C. : Vous voulez faire l’histoire du Burkina ? L’avenir du Burkina n’est pas plus intéressant ?

Q. : ...On suspectait le Burkina d’être au cœur d’un trafic d’armes et de diamant au profit des rébellions libériennes et sierra-léonnaise.
Est-ce qu’on peut considérer que la page est définitivement tournée ?

B. C. : On suspecte souvent le Burkina sur la base des rumeurs. Parce que s’il y avait trafic de diamant dans ce pays, avant même que quelqu’un quitte le Chili ou New-York pour venir le constater, cela allait se connaître dans ce pays. Nous avons eu beaucoup de rapports et avons répondu à beaucoup de questions sur ce sujet. Et comme vous le constatez, nous n’avons pas de contentieux avec qui que ce soit dans le monde.

Q. : Dans le cas du Liberia par exemple, vous n’avez jamais marchandé votre soutien à Charles Taylor. L’avenir ne semble pas vous avoir donné raison ?

B. C. : Pourquoi ?

Q. : Avec la façon dont le président Taylor a fini pratiquement au banc de la communauté internationale. Il a été débarqué pratiquement ?

B. C. : Pour nous, nous pensons qu’il y a des situations qui arrivent dans le monde et nous optons par conviction d’aller dans tel ou tel sens. Il y avait un combat contre une dictature noire de Samuel Doe. Pour nous, le camp juste était celui de la lutte contre cette dictature. Maintenant, le régime qui s’est installé s’est comporté après de manière à ne pas respecter ce pourquoi il s’est battu, et nousamisdans des situations difficiles politiquement. Ce n’est pas seulement dans le cas du Liberia que l’on voit ce genre de situation. A travers le monde, vous le constatez au quotidien. Même les grands pays, parfois se trompent en matière de vision de politique extérieure, sur le choix des combats.

Q. : Est-ce qu’il faut comprendre que vous regrettez ce soutien aujourd’hui ?

B. C. : Non. Nous ne regrettons pas. Pour nous, il y a eu un combat pour une juste cause, c’est l’essentiel. Si vous avez suivi le processus qui a permis la transition, vous verrez que le Burkina a joué aussi un rôle important dans la mise en œuvre des mécanismes et du dispositif qui ont permis cette transition.

Q. : M. le président, vous avez soutenu tantôt qu’il n’y avait pas de problèmes avec les Etats-Unis. Mais on se rappelle quand même que sur les dossiers libériens et sierra-léonais, les Etats-Unis et le Burkina n’ont pas toujours été d’accord ...

B. C. : Ecoutez ! Les Etats-Unis ont fait la guerre à l’Angleterre ; est-ce qu’ils ne s’entendent pas aujourd’hui ? Vous nous rappelez ce qui n’a même pas été une guerre, mais des contentieux qui ne touchent pas les Etats-Unis.

Q. : Mais vous reconnaissez qu’il y a eu un refroidissement et maintenant un certain réchauffement. L’ambassadeur des Etats-Unis l’a reconnu ?

B. C. : Alors donc, je ne parle plus...

Le vice-ministre américain l’a dit. Nous sommes en bon terme avec l’administration américaine et nous travaillons au-delà de nos relations bilatérales, à consolider notre rôle dans l’appui à la stabilisation de l’Afrique de l’Ouest.

Q. : On reproche aux Etats-Unis, sa politique unilatérale dans le monde. Est-ce que là, il n’y a pas un danger pour la paix dans le monde ?

B. C. : Pour l’instant, nous avons des relations bilatérales. Et ils ont des relations bilatérales avec un peu tout le monde, la France, l’Angleterre...

Q. : Et leur position par rapport à certaines crises comme celle de la Palestine et leur comportement en Irak ?

B. C. : Sur ces questions, il y a des appréciations qui peuvent diverger. C’est sûr que je ne partage pas les positions américaines par rapport à certains conflits et à certains problèmes du monde. Mais je pense aussi que les Américains ne partagent pas ma position sur certains dossiers. C’est comme cela la vie des nations.

Q. : On attend toujours votre visite aux Etats-Unis. A quand votre visite officielle ?

B. C. : Ça viendra, je suppose...

Q. : Pour évoquer d’autres foyers de tension, il y a le Darfour par exemple, avec 1 200 000 personnes déplacées, 200 000 réfugiés au Tchad. On a l’impression que la communauté internationale ne montre pas le même empressement qu’avec la Côte d’Ivoire. L’Union africaine vient seulement de décider de l’envoi de 2000 hommes. Quels sont à votre avis les conditions d’une sortie de crise dans cette partie de l’Afrique ?

B. C. : Il faut d’abord reconnaître que c’est un problème complexe en raison de l’immensité du territoire soudanais. Imaginez un président burkinabè avec un territoire qui s’étend jusqu’aux confins de l’Afrique. S’il y a des crises qui se passent vers Tamanraset ou du côté de la Libye, vous comprenez qu’il doit être difficile de gérer ce genre de situations.

Quand on nous donne des informations faisant état de 50 000 ou de 30 000 morts on n’a pas une capacité de juste appréciation de cela. Pour nous, intervenir dans le débat pour apprécier, objecter ou condamner de façon automatique, c’est toujours difficile. Par contre, lorsqu’il y a un conflit, nous poussons l’Union africaine à être sur le terrain. Il y a déjà des observateurs qui y ont été et ont fait des recommandations au niveau de l’Afrique. Mais si la gravité de la crise, telle que décrite par les agences, est avérée, notre rôle aujourd’hui est d’appuyer toutes les initiatives africaines, et être présents sur le terrain et observer, soutenir et aussi souhaiter que la communauté internationale soit plus prompte, afin de comprendre davantage et aider mieux.

Q. : Jusqu’à présent, ce sont trois (3) pays qui ont annoncé leur participation à cette force de maintien de la paix : le Nigeria, le Rwanda et la Tanzanie. Est-ce que le Burkina enverra des hommes ?

B. C. : Pour l’instant, nous n’avons pas eu de sollicitations officielles. Mais je pense que c’est une question que l’on peut étudier.

Q. : Un mot sur le prochain sommet de la Francophonie qui sera organisé au Burkina. On reproche souvent à notre pays sa trop grande présence dans l’organisation des sommets. On en organise, selon certains, un peu trop. Qu’est-ce qu’un pays comme le notre gagne en organisant le sommet de la Francophonie ?

B. C. : C’est parce que nous sommes d’abord francophones et nous croyons à la Francophonie. Nous croyons que dans ce monde, la Francophonie a des choses à proposer, au-delà de la langue. Il y a des valeurs que l’on peut partager et qui n’existent pas dans d’autres communautés humaines. Je pense au dialogue, à la diversité, à la solidarité. Nous sommes dans un monde qui est constamment en déficit de dialogue. Que ce soit en Palestine ou ailleurs, on sent que ce déficit de dialogue conduit à des dérapages.

C’est un monde où la diversité n’est pas toujours acceptée. Il y a ces débats sur le choc des civilisations, etc.

Pour moi, voir un Libanais, un Burkinabè, un Français, un Québécois, un Vietnamien, parler ensemble de développement, de coopération, est un exemple que l’on peut donner au reste du monde.

La solidarité qui est un des éléments du thème du sommet de Ouagadougou, est une valeur qui doit prendre tout son sens, dans des actions concrètes et positives entre les nations.

Le Burkina est une nation de la communauté internationale. Notre monde a des responsabilités et le Burkina ne peut pas rester en marge de ces responsabilités. Donc, nous assumons avec les autres nations. La voix du Burkina est entendue et nous sommes mieux connus. Il y a notre contribution et nos cadres apprennent beaucoup lors de ces réunions, même le peuple apprend beaucoup.

Il y a aussi d’autres Burkinabè qui tirent profit de ces rencontres. Parce qu’en dehors de la salle de conférences, il y a des hôtels, des restaurants...

D’une manière générale, il faut se dire que le Burkina doit assumer des responsabilités au niveau de la communauté des nations.

Q. : On parle de plusieurs dizaines de milliards mobilisés pour cette rencontre. Qui paie la note ?

B. C. : C’est une grande réunion, la Francophonie. Car vous déplacez des sommités de l’espace francophone qui arrivent avec beaucoup de monde.

Pour le budget d’une telle conférence, nous avons des engagements financiers, très forts de la part de la France, du Canada, de la Belgique, de la Suisse, etc., qui appuient l’organisation d’une telle rencontre.

Q. : On a malgré tout, une réalité douloureuse au niveau de la Francophonie, c’est la difficulté qu’ont les étudiants africains, par exemple, à aller se former en France. Pour obtenir un visa, c’est la croix et la bannière. Est-ce qu’il ne faudra pas parler aussi de cela avec les partenaires du Nord ?

B. C. : Que l’on prenne le thème sous l’angle du dialogue, de la solidarité ou de la diversité, nous revenons toujours à cette question qui a été souvent posée et que nous avons évoquée à Beyrouth. La Francophonie doit être un espace ouvert pour les artistes, les étudiants, les opérateurs économiques, etc. C’est cela qui doit faire la Francophonie.

Pour moi, ce sont des questions qui seront évoquées et qui constituent des préoccupations africaines, au moment où nous allons parler de développement durable et de solidarité.

Q. : Une bonne partie du gouvernement est en vacances. Comment vous, vous allez passer vos vacances ?

B. C. : Nous avons encore beaucoup à faire parce que dans moins d’un mois, il y aura le sommet de l’Union africaine sur l’emploi et nous sommes déjà engagés dans les premières réunions. Et après, il y a l’Assemblée générale des Nations unies. J’ai aussi une réunion avec un certain nombre de collègues dont le président du Brésil sur le financement du développement dans le monde, au mois de septembre. Et après, nous rentrons dans les préparatifs du sommet de la Francophonie.

Q. : Il n’y aura pas de vacances pour le président du Faso ?

B. C. : Déjà que le gouvernement en partie est en repos et qu’on n’a pas le conseil des ministres, cela allège un peu. On s’organise un peu pour mieux souffler.

Mais pour les deux (2) sommets, il y a encore beaucoup à faire et même pour les ministres en vacances, on les appelle toujours.

Transcription de Gabriel SAMA

Sidwaya

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