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Relogement des sinistrés le 30 novembre : « C’est bon, mais, c’est pas arrivé »

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Inondations au Burkina • • lundi 19 octobre 2009 à 03h14min

Basséko, Yagma ou Dar-es-Salam. Ce sont là les villages de l’arrondissement de Sigh-Nonghin où seront définitivement relogés les propriétaires des 23 000 maisons emportées par le déluge du 1er septembre, au plus tard le 30 novembre prochain. En outre, l’Etat y pourvoira en parcelles viabilisées, en matériaux et en argent pour la bagatelle de 8,6 milliards de CFA (y compris 280 000 F CFA/ménage et 50 000 F CFA/locataire).

Ces informations ont été données par le Premier ministre, Tertius Zongo, au cours d’un point de presse le 15 octobre dernier. Au lendemain de cette conférence de presse, les principaux concernés, notamment les victimes du déluge du 1er septembre recueillies sur le site de l’INJEPS, nous ont livré leur opinion à ce sujet, le dimanche 18 octobre 2009.

Le dimanche est par essence le jour de prière et de louanges chez les chrétiens. C’est donc une tradition biblique à laquelle sacrifiait Fulgence Kabré, ce 18 octobre 2009 aux environs de 10 h. Bible ouverte sur les jambes et chapelet en main, il venait de finir de prier, assis devant une tente jaune du site de l’INJEPS.

A-t-il demandé à la miséricorde divine un meilleur sort que celui qui est le sien depuis qu’il a vu sa maison emportée par le déluge du 1er septembre dernier ? « Assurément oui ! » répond Fulgence. Et cela d’autant plus qu’il est maintenant question de les reloger à Basséko, à Yagma ou à Dar-es-Salam au plus tard le 30 novembre prochain.

« C’est bon mais c’est pas arrivé car n’oublions pas qu’on parle du devenir de 150 000 personnes totalement démunies à cause de la catastrophe », commente-t-il les informations sur le sort des sinistrés qui ont été données par le Premier ministre, Tertius Zongo, au cours d’un point de presse, le 15 octobre passé. Est-ce à dire que les nouvelles de ladite conférence de presse relèvent désormais d’un secret de Polichinelle pour les premiers concernés ? Non, pas totalement, car à la différence des victimes du déluge interviewées au cours du micro-trottoir (voir encadré), certains ne sont même pas au courant de la décision gouvernementale.

C’est le cas de Brigitte Rouamba, qui nous avoue ignorer tout de cette décision. Une fois informée, elle se montre quelque peu sceptique : « Ce sera difficile, c’est mieux de nous trouver des maisons que de nous déplacer une nouvelle fois pour aller tout recommencer ». Le site de l’INJEPS vit son train-train quotidien avec un peu partout des marmites qui bouillent, posées soit sur des feux de bois soit sur des foyers à gaz et qui laissent s’échapper quelques délicieux fumets laissant augurer des festins sur le coup de midi. Nous tombons sur une vieille connaissance, Salif Ouédraogo, celui-là même qui était content de retrouver son appartement lors de leur pendaison de crémaillère le 23 septembre dernier (cf. L’Observateur Paalga du jeudi 24 septembre 2009).

Ce dernier nous informe qu’il a dû changer de tente entre-temps, car ayant été inondé une nouvelle fois. Salif n’a pas perdu pour autant son sens de l’humour : « L’eau me poursuit partout où je suis ; donc, j’airai dans le désert pour amener l’eau là-bas ». Il nous confie que le climat de la vie sur le site alternatif est très tendu et est dû à la nouvelle vie et aux conditions de logement : « Comme le terrain est nu, on ne maîtrise plus nos enfants et leur éducation devient difficile, mais on tente de faire avec. Les sinistrés ne doivent pas être toujours plaintifs, car nous devons fédérer nos efforts pour accompagner le gouvernement et ceux qui nous aident.

Il nous faut faire preuve de tolérance, car ce ne sont pas nos vrais caractères qui ressortent actuellement ici, mais c’est dû à la conjoncture ». En attendant le 30 novembre, les marchands ambulants, eux, profitent de la présence des sinistrés à l’INJEPS pour faire recette. En témoignent les petites vendeuses de cacahuètes qui y pullulent aux côtés des « rechargeurs » de portables comme on y surnomme les jeunes qui profitent du manque d’électricité dans les tentes pour proposer de recharger les batteries des téléphones portables contre la somme de 100 F CFA. Ils offrent également des recharges directes d’unités téléphoniques.

Sous le couvert de l’anonymat, un autre sinistré déplore le fait qu’eux, ils n’aient pas été consultés par le gouvernement : « C’est vrai que c’est quelque chose d’inattendu et de non budgétisé mais on doit au moins demander notre avis bien avant, car c’est quand même de notre avenir qu’il s’agit en premier lieu. Il faut une discussion franche au préalable avec la prise en compte de nos réalités, sinon ça va être un départ manu militari comme on le dit. J’attends de voir tout ça, moi ! » Qui vivra verra, dit le dicton.

Hyacinthe Sanou


Ce qu’ils en pensent

Des sinistrés de l’INJEPS nous ont livré leur opinion sur la décision de leur relogement au cours du micro-trottoir que nous avons réalisé le dimanche 15 octobre 2009.

- Sondou Tchilabou : « Il faut penser aussi à ceux qui ont leurs ateliers sinistrés » C’est très bien ! Si on gagne ce qu’ils ont promis, on en sera content. Nous, nous étions en location et j’ai un salon de coiffure qui a été détruit par l’eau et tout mon matériel est irrécupérable. Il paraît qu’on va donner 50 000 F CFA à ceux qui étaient en location. Si on pouvait faire une enquête pour connaître les besoins de ceux qui ont vu leur atelier emporté afin de les aider à relancer leurs affaires, ce serait bien et cela nous ferait encore plus plaisir. Comme c’est en fonction de leurs moyens, on n’a pas le choix, on les regarde.

- Salamata Nikiéma : « Un homme intègre, c’est celui qui a un toit » Si nous gagnions effectivement ces parcelles, nous rendrions grâce à Dieu. C’est quand un homme a une maison où vivre qu’il devient digne et intègre, c’est-à-dire qu’un homme intègre, un vrai Burkinabè, c’est d’abord celui qui a un toit. J’habitais au secteur 12, mais la distance ne posait pas problème, car ce n’est pas la brousse, donc on pourra se débrouiller. Alimata Zoungrana : Nous sommes contentes de l’apprendre, nous voulons seulement les parcelles, la distance ne pose pas problème, que Dieu bénisse ceux qui en sont les instigateurs.

- Safiata Sawadogo : Nous sommes contentes, car c’est bien de se retrouver un chez soi. Certains d’entre nous sont dans une situation complexe donc ils n’ont qu’à grouiller pour que ce soit effectif. Partout où ce sera, on veut.

- Salif Ouédraogo : « On s’en remet à Dieu et à eux pour sortir de cette situation » Nous leur faisons confiance, car ce sont des humains comme nous et s’ils ont pris cette décision, ce ne sera certainement pas comme on le perçoit pour le moment. Déguerpir le 30 novembre, ce n’est pas facile, mais on leur fait confiance ; cependant on attend toujours d’eux un peu plus. Je n’ai pas bien suivi la conférence de presse en question, et il y a peut-être des termes et des nuances que les gens n’ont pas pu bien m’expliquer mais, connaissant la situation des sinistrés sur le plan financier, je sais que ce ne sera pas évident et la solution viendra toujours d’eux. On s’en remet à Dieu et à eux pour sortir de cette situation. La distance n’est déjà pas petite, ne parlons pas de 15 km de plus. Puisqu’ils disent que c’est une zone viabilisée, j’espère qu’il y aura les infrastructures nécessaires et dont on y trouvera tout ce qu’on a besoin de la ville. Ce n’est vraiment pas facile, et ils le savent, donc on espère jusqu’à la dernière minute.

- Lucien Ouédraogo : « En un mois, on ne peut construire une maison ! » C’est bien ce qu’ils ont proposé, mais réellement ça sera difficile, à mon avis. Voyez vous-même : on donne 280 000 F CFA même si c’est en matériel, à quelqu’un qui est sinistré et qui n’a rien, pour construire une maison ; comment fera-t-il pour construire une maison ? Et puis, il est dit qu’on a jusqu’au 30 novembre pour déménager, mais où irons-nous si nous libérons les sites ? En un mois, on ne peut pas construire une maison ! On leur demande donc pardon, ils n’ont qu’à revoir tout ça et y trouver une meilleure solution.

- Boukaré Birba : « On n’a pas le choix » Nous n’avons pas le choix, car la vie, ici, ça nous préoccupe et nous embarrasse énormément. Je pense que s’ils y réfléchissent encore plus, ils peuvent nous aider encore plus. La distance va poser problème, mais on n’a pas le choix, car si on demande à rester en ville, on nous répondra qu’il n’y a pas de place en ville. Nous n’avons pas d’autre toit ; alors si on nous dit de quitter ici, même en nous donnant l’argent, où irons nous vivre en attendant de construire ?

- Abdramane Nayeté : « On est vraiment déçus ! » On est vraiment déçus ! Ils ont pris la décision sans nous concerter et disent que l’on doit quitter d’ici le 30 novembre, alors qu’on n’a pas où aller. On est bouleversés. D’abord, ce sont des parcelles qu’ils ont trouvées et non des habitations ; de plus, ce n’est pas tout le monde qui est concerné. Ceux qui sont en location ne font pas partie, alors qu’ils représentent la majorité. On est vraiment déçus dans la mesure où nous croyions qu’ils voulaient nous aider, mais nous ne savons même pas ce qu’ils veulent faire de nous. Peut-être même qu’on a profité de nous quelque part, car on voit tous les jours les dons en faveur des sinistrés qui viennent de partout et voilà que maintenant on ne nous propose que ça ; il y a de quoi nous poser des questions. Ils ont dit qu’ils vont nous donner, nous qui étions en location, 50 000 F CFA ; mais quand tu veux louer une maison, le propriétaire te demande une caution de trois mois, et un loyer fait au minimum 20 000 F CFA à Ouaga. Alors, vous voyez que l’argent qu’ils veulent nous donner ne suffit pas ! On sait bien que c’est en fonction de leurs moyens, mais on leur demande de faire encore un effort.

- Souleymane Ouédraogo : « C’est bien ! » Nous sommes heureux de la nouvelle, et nous prions pour que cela se réalise. C’est bien ! Si on gagne ces parcelles-là, on se débrouillera et on s’accommodera de la distance. Nous apprécions leurs efforts, car ce qu’ils ont proposé, c’est ce qu’ils peuvent, et c’est bien ; mais le mieux, ce sera de faire un peu plus pour nous, s’ils le peuvent.

Propos recueillis par H. S.

L’Observateur Paalga

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