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“Djafar” un prêcheur atypique ” : “Il est dit dans le Coran que la Bible est une lumière et une direction”

Accueil > Actualités > Société • • vendredi 16 octobre 2009 à 04h38min

Grand maître coranique, théologien et grand prêcheur, Djafar, de son vrai nom Djafarma Héma Ouattara est un marabout pas comme les autres. Très connu à Bobo-Dioulasso et un peu partout au Burkina, l’homme choque souvent avec virulents prêches. Il traite de tous les sujets et n’épargne personne. Les membres du gouvernement, les artistes, ses coreligionnaires, le citoyen lambda, tous font les frais des critiques acerbes de celui qui dit “détenir la vérité religieuse” par le fait que sa pratique et ses prêches reposent sur les deux livres saints que Dieu a donnés aux hommes : la Bible et le Coran. Il se livre à nous à cœur ouvert.

Sidwaya (S.) : Qui est Djafar ?

Djafarma Héma Ouattara (D.H.O. ) : Je suis un Burkinabè né en 1944 à Goindougouba (province de la Comoé) où j’ai fait l’école rurale. Après quelques années dans cette école, je suis allé à Bondokuy pour commencer mon éducation coranique. La recherche de la connaissance de la religion m’a ensuite conduit Djéné et à Tombouctou (au Mali), au Sénégal et dans plusieurs autres pays. Je suis donc resté hors du pays pendant une dizaine d’années au cours desquelles j’ai appris à bien connaitre et comprendre la Bible et le Coran. Je suis revenu au pays en 1971 et, deux ans plus tard, j’ai ouvert une école médersa à Souroukoukin.

S. : Vous êtes actuellement un prêcheur très écouté à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso et même au-delà du pays. Comment êtes-vous venus au prêche ?

D.H.O. : j’ai commencé à prêcher pour mes élèves coraniques. Je les rassemblais pour leur parler de Dieu et les sensibiliser sur les comportements qui plaisent à Dieu. Et contrairement aux autres musulmans, mes références dans le prêche, ce n’est pas seulement le Coran. Moi j’utilise aussi la Bible, car ce sont ces deux livres saints qui détiennent les vraies paroles de Dieu. Petit à petit, le grand public a commencé à s’intéresser à ce que je disais à travers mes prêches.

S. : Comment se fait-il que vous, en tant que grand musulman maîtrisiez de la sorte la Bible, à tel point qu’on a l’impression que vous connaissez par cœur tous les versets ?

D.H.O. : Vous savez, même dans le Coran, il est écrit que nous devons prêcher avec la Bible, car Dieu lui-même a dit “ Ô vous les gens de livres, ne vous appuyez sur rien d’autre si ce n’est les Evangiles, la Tora et le Coran ”. Pour ce qui est de mon apprentissage de la Bible, je l’ai commencé depuis l’école rurale avec un prêtre qui venait nous rendre visite au village. J’ai continué au Mali où, en tant qu’élève coranique, je portais les bagages d’un prêtre quand il faisait le tour des concessions pour évangéliser. Mais en réalité, je suis convaincu que c’est Dieu lui-même qui m’a aidé dans cette œuvre, car mon maître coranique même n’avait aucune notion de ce livre saint. C’est un livre que beaucoup de musulmans renient d’ailleurs, ce qui n’est pas normal car il est dit dans “ le Coran que la Bible est une lumière et une direction ”. Alors, pourquoi un homme se permettra-t-il de vouloir éteindre la lumière que Dieu a allumée ? Alors pour moi, chrétiens et musulmans, Bible et Coran sont pareils. Ce sont les ignorants qui cherchent toujours une différence.

S. : Quels sont les sujets que vous abordez dans vos prêces ?

D.H.O. : J’aborde tous les sujets de la vie courante tels le mariage, la politique, la pratique de la religion, l’éducation des enfants.

S. : Votre manière d’aborder ces sujets choque apparemment beaucoup de personnes même si vous avez des inconditionnels. Pourquoi avoir adopté ce langage à la limite virulent, pour prêcher ?

D.H.O. : Effectivement quand je parle, les gens trouvent que je les insulte. Mais je pense qu’il faut vraiment insulter. Quand quelqu’un est dans l’erreur, il faut prendre la personne nommément et lui dire les quatre vérités. L’expérience a montré que quand on parle avec diplomatie, le message n’est pas perçu. Alors, il faut dire les choses crûment, quelle que soit la personne en faute. Sinon personnellement je ne déteste personne. Je dis cela parce que les gens trouvent que je n’aime pas le Président du Faso et que c’est pourquoi j’ai fait une cassette pour l’insulter. Vous savez, il est écrit dans le Coran qu’être président est un don divin, donc pourquoi moi je n’aimerais pas celui que Dieu a choisi pour être le président de mon pays ? Seulement, quand je le vois dans l’erreur, il faut que j’attire son attention. Dans le cas contraire, quand ça va chauffer, c’est tout le peuple qui va en pâtir. Et pour attirer son attention, il faut que je sois convaincant pour qu’il sache que c’est à lui que je m’adresse. C’est ce que je fais avec tous ceux dont je parle pendant mes prêches.

S. : il y a plusieurs autres marabouts qui sensibilisent aussi sur les mêmes sujets sans pour autant insulter. D’où vous vient donc ce courage de parler comme vous voulez et à qui vous voulez ?

D.H.O. : Ces marabouts qui prêchent soit disant avec diplomatie, à mon avis, n’aiment pas les gens. Car s’ils les aimaient vraiment, ils n’allaient pas parler en général. Je le répète : j’aime tout le monde et celui qui est dans l’erreur, je le prends par son nom et je le lui fais savoir. Mon objectif est d’amener les gens à se corriger. Le courage dont vous parlez me vient des prophètes qui ne sont jamais passés par quatre chemins pour dire aux mécréants la vérité. Ils n’ont jamais eu peur de mourir pour les vérités qu’ils diront. Alors moi aussi je n’ai jamais peur. En plus quand je prêche, je sens l’esprit de Dieu avec moi. Donc je n’ai aucune crainte tant que je sais que je suis dans la vérité.

S. : Vous venez de le dire vous-mêmes, vous attaquez directement les gens. Ne recevez-vous pas des menaces ?

D.H.O. : Je n’ai pas peur des menaces. Donc même s’il se trouve que des gens me menacent, je les ignore royalement. Je ne fais que dire la vérité et je ne vois pas qui mettra fin à cela, d’autant plus que je le fais pour le bien de ceux que je critique.

S. : Il semblerait qu’au temps fort de l’affaire Norbert Zongo, vous avez été arrêté et conduit à la Présidence du Faso pour avoir insulté le président. Est-ce vrai ?

D.H.O. : On l’a dit en tous les cas. Mais ce que je sais, c’est que c’est à la gendarmerie ici à Bobo-Dioulasso qu’on m’a convoqué pour me signifier que j’ai insulté le président dans une de mes cassettes. Je ne l’ai pas nié et je leur ai expliqué pourquoi je l’avais fait. On m’a demandé de faire un procès verbal et ils ont pris la cassette. Mais je leur ai dit qu’à chaque fois qu’il fera quelque chose qui n’est pas bien, je le dirai, car nous l’avons tous voté.

S. : Vous voulez dire que vous ne mangez jamais avec les politiciens comme le font beaucoup de vos collègues ?

D.H.O. : Vous savez, la politique c’est l’art du mensonge et moi je ne marche qu’avec la vérité. C’est vrai que j’ai beaucoup d’amis politiciens, notamment les maires de Bobo-Dioulasso. Mais demandez-leur si je leur ai déjà demandé une parcelle. Toutes mes cours, je les ai achetées. Je n’ai jamais eu de parcelle sur demande. Je ne leur dois rien, alors je peux leur dire la vérité quand c’est nécessaire. Mon maître coranique m’a appris à cultiver et quand je le quittais, il m’a conseillé de cultiver pour me prendre en charge et c’est ce que j’ai toujours fait. En outre j’ai appris avec lui la pharmacopée traditionnelle et j’arrive à me soigner et à soigner ma famille avec ça. Si je voulais manger avec les politiciens, vous alliez vous-mêmes vous en rendre compte en entrant chez moi.

S. : Qu’en est-il des allégations selon lesquelles vous avez éliminé “ Sinikadjan ”, un autre grand marabout de Bobo-Dioulasso, décédé il y a quelques années ?

DHO : Tout comme vous, j’ai appris que c’est moi qui l’ai éliminé. Mais je vous assure que je suis innocent. Mes histoires avec lui ont commencé le jour où il est venu chez moi pour me menacer parce que je prône (4) rakats pour la prière du vendredi. J’étais au téléphone, il n’a pas voulu m’attendre. Il a proféré ses menaces et il est parti. Une deuxième fois, il est venu à un prêche pour me dire que si je n’arrêtais pas de dire aux gens de faire les (4) rakats, je saurai qui il est. Je lui ai seulement dit que je n’avais pas peur de lui et qu’il pouvait faire tout ce qu’il peut. C’est ainsi qu’il s’est acharné sur moi en faisant des sacrifices et en essayant toutes sortes de mauvais sorts contre ma personne. Je n’ai rien à voir avec sa mort. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais moi je ne tue jamais quelqu’un. Surtout une personne qui se considère comme mon ennemi, car si tu tues ton ennemi, tu vas t’ennuyer à mourir, faute d’avoir quelqu’un à provoquer.

S. : Il parait que vous avez également eu des démêlées avec Cheick Haïdara, un autre grand prêcheur malien. Qu’en est-il exactement ?

D.H.O. : C’est vrai. Je ne m’entends pas avec Cheick Haïdara parce qu’il n’a pas de parole donnée. Il dit une chose aujourd’hui et son contraire demain. En plus, je trouve qu’il pille les personnes que Dieu nous recommande le plus, c’est-à-dire la veuve et l’orphelin. Il a mis sur place une association à travers laquelle il fait payer des cotisations aux gens et finalement, cet argent est investi dans des domaines (agences de voyage…) qui ne leur sont d’aucun secours. Il avait aussi affiché qu’il était contre les préservatifs, ce qui est la volonté de Dieu et c’est bien. Mais peu de temps après, il demande au gouvernement de déposer des capotes devant les mosquées afin que les musulmans puissent les ramasser sans avoir à aller les acheter en public. N’est-ce pas là l’infidélité et l’adultère qu’il encourage ? Tout ça parce qu’on venait de lui donner des milliards pour le corrompre. Ce sont ces genres d’attitudes qui font que jusqu’à demain, lui et moi, ne pourrons jamais nous entendre.

S. : La plupart de vos prêches sont enregistrés sur cassettes audio. Comment se fait la reproduction et la distribution de ces cassettes ?

D.H.O. : Ces cassettes sont enregistrées le plus souvent par le public même pendant les séances. Mais j’ai aussi des enfants qui les reproduisent et les vendent. Ils ont une caisse où les recettes sont régulièrement versées. Et je vous assure que je n’ai jamais dépensé 5 F de la vente de ces cassettes. L’argent est utilisé par les jeunes pour venir en aide aux personnes défavorisées.

S. : Quelle est votre vision de la religion et de sa pratique au Burkina ?

D.H.O. : La pratique de la religion au Burkina n’est pas conforme aux commandements de la Bible et du Coran.
Par exemple pour la religion musulmane, Dieu a prescrit qu’il faut toujours voir la lune avant de jeûner ou de prier.
Mais depuis quelques temps chez nous, ce n’est pas ce qui se passe.
On nous dit seulement de jeûner parce qu’on a vu la lune à Bobo- ou à Ouagadougou, mais on ne nous dit jamais qui l’a vu.
Il y a aussi le fait que certaines personnes vont à la Mecque pendant que des membres de leur famille ou des voisins meurent de faim et cela est proscrit par la religion. Moi Djafar, je n’ai jamais eu assez d’argent pour aller à la Mecque. C’est un de mes anciens élèves coraniques qui m’a permis de m’y rendre. Pendant les doua, nous musulmans, nous pillons les veuves et les orphelins pour aller nourrir nos familles. Dans les églises aussi, souvent nous voyons des habillements indécents qui ne font pas honneur à la religion chrétienne. Les gens ne donnent pas à la religion toute sa dimension sociale.

S. : Sur le plan social, que faites-vous donc pour les autres ?

D.H.O. : Ce n’est pas à moi de dire ce que je fais pour les autres. Posez la question autour de vous, et c’est là que vous saurez la vérité.

S. : Nous sommes dans votre bibliothèque qui est bien fournie en livres. Quels sont ces livres et est-ce que vous arrivez à les lire tous ?

D.H.O. : la plupart sont des livres saints en arabe et en français. J’ai aussi des livres de théologie, de sociologie et bien d’autres. J’ai le temps de les lire tous, car je tiens à toujours dire la vérité et pour cela, je me cultive au maximum.

Interview réalisée par
Clarisse HEMA

Sidwaya

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