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Note d’un citoyen : "Pour défendre l’ENAM"

Accueil > Actualités > Opinions • • vendredi 30 juillet 2004 à 13h23min

Les élèves militants et sympathisants du CDP de l’Ecole nationale d’Administration et de magistrature (ENAM) ont organisé le 26 juillet 2004 une conférence-débat sur "La contribution des grandes écoles et universités dans le renforcement de la démocratie".

Pour Etienne Traoré, cette manifestation des élèves CDP de l’ENAM est contraire au caractère républicain de l’Administration et est dangereuse pour l’école. A travers cette note, cet enseignant de philosophie morale et politique à l’université de Ouagadougou dit vouloir défendre l’ENAM.

Dans son édition n°6194 du mercredi 28 juillet 2004, l’Observateur paalga rendait compte d’une conférence publique organisée par les élèves CDP de l’Ecole nationale d’Administration et de magistrature (ENAM), c’est-à-dire, par nos futurs et actuels magistrats, diplomates, intendants scolaires et universitaires...

Il y a quelques temps, des enseignants CDP ont vainement tenté une telle manifestation à l’Ecole normale supérieure de Koudougou (ENSK). Demain, se mettront peut-être dans la danse les élèves-commissaires de police CDP, les élèves- contrôleurs ou inspecteurs des douanes CDP, afin de manifester, aussi bruyamment, leur parti pris politique ? Et si au sein de ces mêmes catégories d’énarques des militants de l’opposition (PDP/PS ; UNDD ; UNIR/MS ; FFS ; GDP) organisaient les mêmes manifestations, qu’y gagneraient la Répbulique, la démocratie et la nécessaire cohésion de ces corps de fonctionnaires spécifiques et stratégiques ?

Vers des "CDR de service"

A mon humble avis, même si aucune loi n’interdit ce type d’exhibition et de propagande, il est extrêmement dangereux pour la stabilité et la fiabilité de nos institutions républicaines en formation, de continuer dans cette voie. Nier ce danger reviendrait à encourager une grave dérive vers un néo-système des "CDR de service", une négation du caractère républicain de l’Administration publique et une violation du devoir de réserve particulièrement exigé en démocratie pour certaines catégories de fonctionnaires : préfets et autres personnels du commandement administratif, diplomates, magistrats, personnel de sécurité, etc.

Cette manifestation des élèves CDP est d’autant plus problématique qu’elle émane de l’ENAM, l’Ecole qui forme l’essentiel des grands commis de l’Etat, ces hauts fonctionnaires dirigeants qui, partout en démocratie, sont formés pour être fermement attachés au service public (de l’Etat) et non à celui d’un régime, encore moins à celui d’un parti politique, même majoritaire du moment. Cette manifestation des élèves CDP de l’ENAM me semble malheureusement encouragée par le régime politique en place, lequel leur a offert gracieusement les locaux du ministère (d’Etat), des Affaires étrangères et de la Coopération régionale !

Je pense, à cet effet, que le gouvernement du Faso ( de la République) devrait mieux prendre en compte les voix de nos autorités et forces morales et politiques, qui ont maintes fois dénoncé le déficit du caractère républicain de l’Administration publique, civile et militaire : Collège de sages, Comité d’éthique, organisations syndicales, partis politiques... On ne peut pas se permettre de faire tout ce que la loi n’interdit pas, surtout lorsque ce qui est fait contredit dans le fond l’esprit de notre Loi fondamentale, qui établit un Etat démocratique, où l’Administration publique doit rester neutre et les compétitions politiques se faire dans des cadres et des circonstances bien définies.

C’est ailleurs pourquoi dans ces Ecoles de formation, sont plutôt officiellement promues les vies associatives à travers lesquelles les "écoliers" posent leurs problèmes, défendent leurs intérêts et renforcent leur esprit de corps. A mon avis, le gouvernement du Faso et les autres pouvoirs publics intéressés, devraient encourager nos énarques dans cette direction et décourager toute dérive vers une administration politicienne où les droits et devoirs des citoyens sont respectés et remplis en fonction de leurs affinités politiques avec tel juge, tel préfet, tel douanier ou tel commissaire de police !

Certes, des tendances du genre existent, mais elles doivent être enrayées fermement au nom de l’intérêt supérieur de la République (Faso), notre maison commune. Je ne nie à personne d’user de son droit constitutionnalisé d’appartenir à un parti politique de son choix. Mais, dans les circonstances actuelles où nous émergeons à peine des pratiques administratives sectaires des Partis-Etats, où nous construisons difficilement une Administration républicaine, il m’est paru utile, au regard de cette activité des élèves CDP à l’ENAM, de sonner une alarme préventive : la bataille pour une Administration républicaine et démocratique ne sera pas gagnée si les hommes qui l’animent ne sont pas d’abord formés dans un esprit républicain, qui transcende les clivages politiques et politiciens. Merci de m’avoir ainsi compris. Vive l’ENAM autonome dans ses attributions classiques et universelles de formation républicaine !

Ouagadougou, le 29 juillet 2004

Etienne Traoré,
Enseignant de philosophie morale et politique Université de Ouagadougou.

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