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"Opposition vraie" : Décantation, cohésion, action

Accueil > Actualités > Opinions • • vendredi 23 juillet 2004 à 11h24min

Pour que l’opposition vraie remporte des victoires futures, les maîtres-mots sont, de l’avis de M. Etienne Tiendrébéogo, la décantation, la cohésion et l’action.Il juge donc nécessaire de se séparer de certains partis politiques comme la CPS.Par ailleurs, dans sa déclaration, il plaide, dans le cadre d’une cohésion plus forte, pour le rapprochement entre le PDP et l’UNDD, et entre partis sankaristes.

Quand on observe la façon dont l’opposition vraie se démène avec les peaux de . bananes que le pouvoir ne cesse de glisser sur son parcours, quand on considère sa volonté marquée de se doter d’un paquet d’actions, on a envie de lui crier bravo ! On a envie de faire « doua et man’do » pour que ça continue, car la victoire de l’alternance sera collective et nationale ou ne sera pas du tout. Ne nous leurrons pas, personne dans l’opposition ne doit se prendre pour Zorro.

Pourquoi cela ? * Et bien, parce qu’il y a des passages obligés dans cette lutte pour permettre à tout le pays de souffler et de se civiliser un peu comme il sied dans toute démocratie, en se dotant d’une autre et nouvelle gouvernance et sortir de l’usure et de l’isolement que le pouvoir de la Rectification - Front populaire - ODP/MT-CDP en place au Burkina Faso depuis 17 ans a fini par nous imposer comme label.

Il y a en premier lieu, nous semble- t-il, un important travail qui incombe aux leaders politiques et un autre non moins important de participation et de vigilance qui revient aux militants de l’alternance, aux vrais démocrates en somme. Pour les leaders politiques, on ne peut que les exhorter à persévérer dans la voie qu’ils se sont tracée, celle de procéder à la décantation dans leurs rangs, car d’elle seule, dépendent la lisibilité et la crédibilité de leur action, de renforcer leur cohésion en combattant la tentation de jouer « perso » et enfin se doter d’une feuille de route claire qu’ils s’emploieront à expliquer et à mettre en cours sur le terrain.

Dans cette perspective, voici les chantiers prioritaires qui les attendent et qui concernent la nécessaire décantation à propos de l’OBU et la CPS. En ce qui concerne l’OBU, les partis d’opposition viennent d’adresser à leurs structures de base une circulaire de laquelle il ressort que l’OBU s’est auto - exclue de R14. On se souvient que lors d’une conférence de presse en date du 05 mai dernier qui a fait grand bruit, certains responsables de l’OBU s’en étaient pris, parfois en des termes d’une violence inouïe à leurs camarades de l’opposition pour annoncer en définitive la suspension de leur participation au R14.

Il s’en suivra des tirs croisés dans les médias et des questionnements au sujet de cette opposition introuvable. Et bien, le résultat de tout cela, on peut le trouver dans le document du 22 juin signé des 14 partis et consommant le divorce d’avec l’OBU. On y lit notamment en effet : « Au regard des actes et déclarations des responsables de l’OBU, nous considérons désormais que l’OBU s’est exclue d’elle-même de notre regroupement ». Vraisemblablement, les 14 partis ont pris le temps de la réflexion et ont trouvé le sens de la formule en faisant ce qui devait être fait. On peut dire que c’est cette décantation que les militants ont toujours demandée pour qu’il y ait plus de lisibilité dans l’opposition vraie. Mais de mon point de vue, l’opposition vraie n’en a pas encore fini avec l’OBU puisque par PAREN et CNDP interposés, l’OBU reste dans le groupe parlementaire Justice et Démocratie et ledit groupe, pour ainsi dire, n’est autre que la représentation parlementaire en quelque sorte de l’opposition vraie. En effet, Il y aura toujours confusion, voire anachronisme si dans un même groupe parlementaire, se retrouvent des élus dont les partis d’origine sont exclus ou s’auto-excluent du regroupement . Il y a donc également à ce niveau un besoin de décantation qui ne peut s’obtenir que par le départ volontaire des élus de l’OBU ou par leur exclusion, et ce ne sont pas les motifs qui manquent.

Pour ce qui concerne la CPS, les besoins de décantation sont à la même échelle. En effet, le parti d’Ernest Nongma Ouédraogo a eu un certain nombre de comportements en franc-tireur par rapport à l’opposition vraie : l’annonce de sa candidature aux élections présidentielles en dehors du cadre consensuel de l’opposition et dans la même foulée, son avalisation de la candidature de Blaise Comporé, candidature que toute l’opposition pendant ce temps récuse, ses prises de position en désharmonie avec les déclarations auxquelles son parti a adhéré, notamment son récent flirt avec le « chef de file de l’opposition », une institution mise en place dans les conditions où transparaît l’indifférence du pouvoir quant à la maturité et à la volonté de son peuple.

On le voit, le parti d’Ernest Nomgma Ouédraogo amorce un axe CPS, ADF/RDA,- PNP, OBU. Un axe en vérité que l’on voyait se dessiner en filigrane et dont on savait qu’il ambitionnait de se constituer en interface à l’opposition vraie pour enlever de l’enjeu à la bataille électorale nationale en la transposant en une puérile confrontation interopposition, offrant ainsi un boulevard au candidat du parti .présidentiel. Là aussi se joue donc l’épreuve de maturité et de vérité pour les « mémorandistes » ; Si la CPS ne se met pas en congé d’un regroupement (et on ne voit pas pourquoi elle le ferait !) C’est au regroupement de constater l’auto-exclusion de la CPS comme il l’a fait s’agissant de l’OBU. Ces exercices de décantation dus à l’opinion, sont indispensables à la cohésion de l’opposition vraie, au renforcement de sa crédibilité et constituent pour elle un préalable pour dégager un horizon clair et lui permettre de s’attaquer avec sérénité aux tâches urgentes : adoption de la plate-forme du code de bonne conduite, canevas sur la transparence, critère de médiation pour les candidatures devant se dégager. Un autre challenge pour l’opposition est celle de la cohésion.

S’il est tout à fait normal pour le pouvoir de s’activer à confiner l’opposition dans une recherche éternelle de ses marques, s’il est de bonne guerre que le pouvoir s’échine à la diviser, ce qui est incompréhensible impardonnable, c’est que cette opposition se fasse l’écho des manœuvres d’en face en reprenant à son compte les graines d’incompréhensions et de suspicions régulièrement distillées. Et tous devraient travailler à instaurer la confiance des militants dans le front uni de l’opposition vraie. A titre d’exemple, il importerait que le PDP/ PS s’assoie davantage à l’action commune dans la prise de décision et dans la signature des documents et déclarations pour éviter de jeter un trouble préjudiciable à la crédibilité et à l’impact du groupe dans l’esprit des citoyens qui attendent beaucoup de l’opposition. Dans le même ordre d’idée, l’UNDD devrait faire des efforts de rapprochement avec le PDP/ PS pour biser cette impression d’un divorce historique à jamais consommé entre les deux partis ou de barrières idéologiques ou de rancœur entre les partis.

L’alliance demandée à l’opposition n’impliquant rien de plus qu’un unité d’action tactique pour des objectifs ciblés à savoir la réalisation de l’alternance, les choix idéologiques des uns et des autres n’y prendraient pas grand coup. L’UNDD et le PDP/ PS étant quand même les eux grands de l’opposition vraie, leur rapprochement ne démontrerait que mieux leur grandeur et leur maturité. Car il ne suffit pas de parler ou de faire des déclarations ; l’heure est venue maintenant de se doter comme prévu d’une plate-forme d’actions et de la mettre en œuvre sans délai en allant auprès des militants pour expliquer, sensibiliser, convaincre. Mais tout cela doit aussi être fait au non d’un regroupement vrai, structuré, cohérent et qui a un nom. Sinon opposition vraie, RU, mémorandistes, etc, font trop d’appellations qui donnent une impression de cacophonie.

Sur un autre registre, les sankaristes nous ont affirmé qu’ils se fractionnaient (pardon qu’ils se décantaient) pour mieux s’unir. En attendant cette union, ils pourraient d’ores et déjà montrer de bonnes dispositions en s’entendant sur la question de candidature aux présidentielles de 2005, pour ne pas pointer avec au moins deux candidatures comme l’affirment certains, à savoir Maître Bénéwendé Sankara et Norbert Tiendrébéogo, ce qui ferait trois candidatures sankaristes avec celle déjà annoncée d’Ernest Nongma Ouédraogo. Voilà la part de travail qui revient aux leaders de l’opposition.

Mais comme nous le disions plus haut, l’alternance en 2005 est un objectif de salut public. Les vrais patriotes, les démocrates convaincus doivent y sacrifier leur égoïsme, leur nombrilisme, leur sectarisme. Ce qu’il serait souhaitable de voir surgir, c’est un collectif national de militants de l’alternance. Un collectif constitué de l’ensemble des militants de l’opposition quel que soit leur bord, qu’ils soient militants de partis politiques ou non, qu’ils soient dans les mouvements associatifs ou non.

Un collectif qui s’érige en conseil permanent pour recommander les voies à suivre, dénoncer les déviations, condamner les attitudes équivoques, c’est ça aussi la transparence. On ne peut laisser la place aux amis de Blaise Compaoré, aux seuls ARDC et quoi d’autres encore qui surgissent juste au moment où il faut. Pour qu’un tel collectif soit crédible, il importe que ses membres apprennent à résister aux multiples pièges et chantages dans lesquels le pouvoir est passé maître. Il faut que chacun apprenne que c’est en se démarquant de la transhumance et autres migrations politiques... qu’il aidera aussi au changement. Démocrates et patriotes du Burkina, vous êtes tous interpellés ; soyez tous des hommes au vrai sens du terme pour renforcer l’opposition vraie et l’alternance nous sera donnée de surcroît.

Décantation - Cohésion - Action ! (DCA)

"KARKOURBA MONDALMOTO"

Etienne Tiendrébéogo
03 BP 7047 Ouagadougou 03 Burkina Faso

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