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ALASSANE DRAMANE OUATTARA : "Il nous faut des élections cette année en Côte d’Ivoire"

Accueil > Actualités > International • • mardi 28 avril 2009 à 01h27min

Alassane Dramane Ouattara,

Jovial, détendu, fin et convainquant. C’est la conclusion que nous avons tirée de l’entretien accordé à notre confrère Thierry Hot de Africa 24 par Alassane Dramane Ouattara, le leader du Rassemblement des républicains (RDR), parti de l’opposition ivoirienne. Saisissant l’opportunité de notre présence dans les bureaux de ADO au quartier Deux Plateaux d’Abidjan, en cette matinée du 8 avril 2009, nous avons également recueilli les propos de l’ancien et unique Premier ministre de feu Félix Houphouet Boigny. L’Accord politique de Ouagadougou (APO), sa candidature à la présidentielle, les élections en Côte d’Ivoire, la carte de séjour, l’application à la Côte d’Ivoire de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) et la crise économique, étaient, entre autres, les sujets à l’ordre du jour.

"Le Pays" : La date de l’élection présidentielle n’est toujours pas connue. Est-ce un motif d’inquiétude pour vous ?

Alassane Dramane Ouattara : Il nous faut des élections en Côte d’Ivoire. Cela fait tout de même depuis 2005 que nous parlons d’élections qui ne se matérialisent pas. Les raisons sont multiples, mais nous avons réalisé des progrès considérables puisque maintenant nous avons une liste électorale de 6 millions de personnes enrôlées. La liste de 2000 ne comportait qu’un peu plus de 5 millions non comprises d’ailleurs les personnes décédées et les doubles inscriptions. Je trouve donc les nouveaux chiffres assez importants. Cela devrait nous permettre d’aller aux élections. Il y a encore un certain nombre de choses à régler, telles que les constitutions des registres d’état civil, l’enrôlement des Ivoiriens à l’étranger , la sécurisation du processus électoral... Mais tout ça devient une question de volonté politique. Normalement, si nous décidons d’arrêter les inscriptions sur la liste électorale, comme cela se fait du reste dans les autres pays, à une date donnée, à fin avril par exemple, soit 4 mois après leur lancement, nous devrions pouvoir organiser les élections.

C’est-à-dire septembre 2009 ?

Autour de septembre ou octobre 2009 au plus tard.

Vous parliez de volonté politique. En la matière, est-ce la Commission électorale indépendante qui doit décider ou le président Laurent Gbagbo qui doit impulser la dynamique ?

La commission a un certain nombre de critères et de responsabilités, mais les solutions des plus urgentes relèvent du chef de l’Etat et du gouvernement. Il faut par exemple créer des tribunaux dans les zones centre, nord, ouest. Il faut le financement du processus. Il faut mettre en place des équipes de sécurisation. Tout ceci relève du gouvernement et du chef de l’Etat. Il faut donc que le chef de l’Etat et le Premier ministre prennent ce problème à bras-le-corps.

Pour vous, il est donc possible d’organiser la présidentielle avant la fin 2009 ?

Il le faut. C’est techniquement possible. En plus, la Côte d’Ivoire en a besoin. Les Ivoiriens souffrent beaucoup de cette situation. Depuis 4 ans, nous attendons des élections, afin d’avoir un gouvernement et une équipe de dirigeants légitimes. Les bailleurs de fonds et les investisseurs également ont besoin de cette clarification. C’est donc indispensable de faire des élections avant la fin de cette année.

Vos militants comprennent-ils votre alliance avec l’ancien président Henri Konan Bédié qui estime que l’ivoiririté était une idée pionnière ?

C’est une question qui nous a préoccupé au départ...

Vous avez subi l’ivoirité...

Pour moi c’est du passé. Je pense qu’il faut pouvoir se réconcilier. Il faut aller de l’avant. La Côte d’Ivoire a besoin de paix. Nous ne pouvons pas rester figés dans des schémas qui ont fait tant de mal à notre pays il y a une quinzaine d’années. Ceci étant, les militants du RDR nous font confiance. D’ailleurs, ils m’ont renouvelé leur confiance l’année dernière en me donnant un nouveau mandat à la tête du parti, et surtout en me désignant comme le candidat du RDR à l’élection présidentielle. Au départ effectivement, les uns et les autres ne comprenaient pas le bien-fondé de cette alliance. Mais nous avons pris le temps de le leur expliquer. Maintenant je me réjouis du fait que dans les bases, que ce soit dans les grandes villes, Abidjan, Bouaké, Daloa, etc., ou dans les zones rurales, il y a vraiment une bonne intégration des uns et des autres et une bonne compréhension de cette situation. Donc nous avons fait le bon choix.

Quelle est la nature de vos rapports avec le président Laurent Gbagbo ? Vous rendez-vous visite ?

Avec le président Laurent Gbagbo j’ai des rapports fraternels, des rapports amicaux...

Franchement, sans langue de bois ?

Sans langue de bois. Je pense que les uns et les autres savent que je ne fais jamais dans la langue de bois. Avec le président Laurent Gbagbo, nous nous voyons à l’occasion de réunions du cadre permanent de concertation (instauré par l’Accord politique de Ouagadougou, ndlr) qui se tiennent 2 à 3 fois par an. Chaque fois que cela est nécessaire, je vais le voir et c’est en présence des caméras de la télévision. Je l’ai au téléphone assez souvent. Nous avons des rapports qui vont au-delà de la courtoisie. Ce sont des rapports fraternels et amicaux. Souvenez-vous tout de même qu’en sont temps, son parti et le RDR étaient alliés. Nous avons mené certaines batailles ensemble. Après il y a eu des divergences mais cela n’empêche pas que nous ayons de bonnes relations amicales. La politique c’est une chose, la fraternité en est une autre.

En décidant de vous porter candidat à la présidentielle, que promettez-vous aux Ivoiriens ?

Si j’ai accepté cette candidature c’est parce que j’ai une ambition pour mon pays. Je trouve que la Côte d’Ivoire est dans un état lamentable. La situation des Ivoiriens s’est considérablement dégradée. La pauvreté a atteint un seuil critique. Plus de 50% des Ivoiriens vivent en-dessous du seuil de la pauvreté. Tout est totalement délabré, notamment les infrastructures routières, sanitaires et éducatives.

Qui est responsable de cette situation ?

Tout cela est né de cette crise qui a duré pendant tant d’années, 7 ans. En plus de cela, il y a le fait que le pays n’a pas été géré. Dans les transitions, il n’y a jamais de gestion. Les deux choses sont incompatibles. Chacun se débrouille. Il n’y a pas de prise de décision. Il faut un gouvernement légitime pour sortir la Côte d’Ivoire de cette situation. Ce que je vais apporter aux Ivoiriens, c’est d’abord la paix. La paix parce que ce pays a souffert des incompréhensions, des injustices. Je ramènerai également la reconstruction de la bonne gestion et surtout la prospérité.

Donner aussi à manger aux Ivoiriens ?

Tout à fait. La prospérité passe par là. Il faut d’abord que les Ivoiriens puissent manger à leur faim et qu’on quitte la situation où il y a plus de 50% de pauvres. Ensuite, il faut que les Ivoiriens puissent se soigner et que les uns et les autres puissent envoyer leurs enfants à l’école sans trop de soucis. Il faut également qu’il y ait la sécurisation de tout le pays, que l’administration soit présente partout en Côte d’Ivoire, et enfin qu’il y ait une moralisation profonde au niveau de la gestion de l’Etat. Je souhaite que mes compatriotes me fassent confiance parce que j’incarne le vrai changement.

Vous serez candidat à la présidentielle. Vous avez chiffré votre programme économique à 10 000 milliards de F CFA sur 5 ans. Où allez-vous trouver cet argent ?

Le financement du programme n’est pas très compliqué. Il y a d’abord les ressources budgétaires. La Côte d’Ivoire a un budget de 2400 milliards de F CFA. Nous devons donc faire l’effort de dégager une partie importante de ces ressources pour l’investissement. Deuxièmement, l’allégement de la dette que nous devons pouvoir achever je l’espère sous ma présidence permettra de récolter des ressources importantes, soit plus de 50 milliards de F CFA par an.

Vous avez un bâton magique ?

Ce n’est pas une affaire de bâton magique mais de bonne gestion. J’ai tout de même été directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI, ndlr). J’ai négocié des programmes avec de très grands pays qui ont des besoins de financement plus importants que ceux de mon pays. Par conséquent, l’investissement privé doit venir en renfort et enfin, il y a l’épargne des nationaux. La Banque mondiale a chiffré le besoin de financement et les financements pour la Côte d’Ivoire dans la période 2009 à 2015, c’est-à-dire sur 7 ans, à 17 600 milliards de F CFA. Ramené sur 5 ans, cela fait 12 500 milliards de F CFA. Mon programme économique à moi, compte tenu de l’environnement international et de la crise financière, je l’ai fixé de façon modeste à 10 000 milliards F CFA. J’espère qu’il ira bien au-delà des 10 000 milliards sur les 5 années. Les calculs font ressortir que pour le programme de 10 000 milliards, ceci ne fait que 2 000 milliards par an. Pour un budget global actuel de 2 400 milliards de FCA, je ne dis pas qu’il faut en consacrer la totalité à l’investissement.

La Côte d’Ivoire a été admise à l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) par les institutions de Bretton Woods. Comment avez-vous accueilli cette décision ?

C’est une décision heureuse pour la Côte d’Ivoire.

Faut-il s’en réjouir ?

S’en réjouir, c’est trop dire. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui classée dans une catégorie où elle n’aurait pas dû être. Notre pays aurait dû être plutôt un pays à revenus intermédiaires comme d’autres, mais le constat est là qu’il est très endetté et que nous nous sommes appauvris. Donc, il n’y a pas de raison de se réjouir. Il nous reste à essayer de tirer profit de tout ce qui existe au plan international pour le financement de l’économie. Ceci étant, cette initiative a été approuvée par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale en fin mars, mais c’est le début.

Avec Michel Camdessus, ancien DG du FMI, vous avez été l’un des concepteurs de cette initiative PPTE. Qu’est-ce qui avait guidé à l’époque cette décision ?

Nous avions pensé que donner de l’argent aux pays pauvres ne suffisait plus. Ces pays avaient une dette très lourde qui dépassait leur produit intérieur brut. Même pour le cas de la Côte d’Ivoire on est quasiment à ce niveau-là. En Europe, le plafond d’endettement des pays à l’intérieur de l’Union européenne est par exemple de 66%. Mais, quand un pays pauvre est surendetté, c’est comme si on lui mettait un poids dessus. Nous avions alors décidé, nous, de trouver des mécanismes pour que ces pays se débarrassent de leurs dettes mais à condition, dans un premier temps, de faire des efforts pour y arriver et, deuxièmement, de faire en sorte que cela ne se répète plus. Pour la Côte d’Ivoire qui a été admise à l’initiative PPTE, c’est une bonne chose et je félicite plus particulièrement le ministre des Finances, le gouvernement. J’estime que c’est une occasion pour mettre encore plus de rigueur dans la gestion. Et je pense que cette rigueur, c’est mon gouvernement qui pourra l’apporter de manière définitive.

Le sommet du G20 qui s’est tenu à Londres a décidé d’attribuer plus de 1000 milliards au FMI et à la Banque mondiale pour aider les pays pauvres. Comment cet argent sera-t-il mobilisé et de quelle manière faudra-t-il l’utiliser efficacement ?

C’est une question importante pour les pays en voie de développement. D’abord, il y a le financement du Fonds monétaire qui a été triplé. Ensuite, il y a tout de même un projet d’émission de droits d’intérêts spéciaux et enfin des contributions particulières pour les institutions multilatérales de développement. Ces ressources permettront un accroissement considérable ajouté à l’aide publique. A mon sens, c’est bien d’avoir de l’aide, mais il faut que ces pays se battent pour que le protectionnisme et les subventions dans les pays industrialisés soient des problèmes réglés. Je donne le cas de mon pays, la Côte d’Ivoire. Si elle avait une possibilité d’exploiter son coton, son café, son cacao à des prix raisonnables, si la Côte d’Ivoire avait la possibilité d’avoir une ouverture nette sur tous les marchés, elle n’aurait même pas besoin d’aide après 3 ou 4 ans de bonne gestion. L’aide, c’est bien quand on a des difficultés, mais pour moi, ce n’est pas la chose essentielle. Je souhaite que tous ces pays mettent l’accent sur de bonnes politiques économiques et sur un bon financement de leurs économies en donnant la priorité à l’investissement. Il faut faire en sorte que l’environnement international soit suffisamment ouvert de manière équitable et équilibrée.

Quand vous étiez le Premier ministre de Houphouet Boigny, pourquoi avez-vous instauré en 1990 la carte de séjour qui a causé beaucoup de tort à de nombreuses ressortissant de pays de la sous-région ?

Comme vous l’avez dit, la carte de séjour a causé beaucoup de tort aux ressortissants des pays voisins. En réalité, quand nous sommes arrivé pour assumer cette fonction, la Côte d’Ivoire était en crise, une crise très profonde au plan financier. Nous cherchions de l’argent. Il y avait ce projet de carte de séjour que nous avons donc mis en oeuvre parce que cela devait rapporter de l’argent. Malheureusement, cela a été utilisé par un certain nombre de gens contre les ressortissants des pays frères. Ce qui est inadmissible.

Est-ce vous qui avez décidé la mise en oeuvre de la carte de séjour ?

Je trouve que ce n’est pas adéquat de dire cela. J’ai trouvé un projet en place. Je l’ai mis en oeuvre. J’assume donc mes responsabilités parce que j’aurais pu ne pas mettre en oeuvre ce projet. Je ne voudrais pas accuser qui que ce soit. Mais à partir du moment où nous cherchions de l’argent et avons estimé que c’était une opportunité, nous l’avons assumée. En réalité, c’est la suite qui a été mauvaise parce que les gens ont subi des tracasseries, je dirais de l’escroquerie à la limite. Cela a été inacceptable. De mon point de vue, ça a été une bonne chose que la carte de séjour ait été abandonnée. Je l’aurais fait moi-même vu les développements qui ont suivi. En fait, c’est le problème fondamental de l’identification qui s’est posé à cette époque déjà en 1990. Pour ceux qui ont conceptualisé ce projet, il fallait sans doute savoir qui était Ivoirien et qui ne l’était pas. Les uns et les autres n’ont jamais eu le courage de régler ce problème. En réalité, il fallait considérer qu’en tant qu’Ivoirien, on doit pouvoir donner aux autres le maximum d’opportunités, surtout quand il s’agit des frères de pays voisins.

Propos retranscrits par Morin YAMONGBE

Le Pays

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