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Affaire Guy André Kieffer : Qui veut entendre Simone se rend à Abidjan

Publié le mercredi 18 mars 2009 à 01h39min

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Au départ, une histoire de café-cacao. Guy André Kieffer, journaliste franco-canadien qui s’intéressait au monde des affaires plus précisément dans le domaine des matières premières, s’est vu confier un audit sur la filière cacao par le président ivoirien, Laurent Gbagbo.

Cet audit a révélé des malversations monstres. Le journaliste élargit alors son champ d’investigation qui touche au financement de ventes d’armes en Côte d’Ivoire. Dès lors, le journaliste franco-canadien publie des articles critiques sur l’économie ivoirienne. Détenant des dossiers compromettant de malversations impliquant des personnalités de ce pays, il restait un danger potentiel pour certains rats qui n’avaient aucunement eu à se gêner pour s’engraisser dans cette filière.

Et ce qui devait arriver arriva : le 16 avril 2004, en plein jour et en plein centre d’Abidjan, la grande métropole ivoirienne, GAK est enlevé sur le parking d’un supermarché par un commando. Il avait rendez-vous ce jour-là avec Michel Legré, beau-frère de l’épouse du président Gbagbo, Simone Gbagbo. Depuis, on n’a plus vu le journaliste d’investigation, qui fouinait un peu trop dans ces dossiers fort sensibles. Mais l’épouse de notre confrère, Osange Silou/Kieffer, s’est battue et se bat encore pour que la lumière se fasse sur la disparition de son mari. Jusque-là malheureusement, on n’est pas sorti de l’auberge, alors que des personnalités et pas des moindres sont soupçonnées d’être pour quelque chose dans cette troublante affaire.

En effet, des investigations menées après la disparition de GAK avaient permis de mettre en lumière le rôle prépondérant de Michel Legré qui aurait servi d’appât pour attirer la victime dans le funeste piège ce fatidique 16 avril 2004. Entendu et passé dans ses derniers retranchements, Legré s’est résolu à donner des noms des présumés commanditaires de l’enlèvement du journaliste, proches du couple présidentiel et du ministre d’Etat au Plan de Côte d’Ivoire, Paul Antoine Bohoun Bouabré.

Des noms de ceux ayant pris part activement à l’enlèvement des membres du commando rattachés à Mme Gbagbo, ont également été cités. Jusqu’au jour où le juge français Patick Ramaël a souhaité entendre à titre de témoins Simone Gbagbo, et le ministre d’Etat ivoirien bien entendu dans son bureau en France, leurs noms ayant été cités à plusieurs reprises dans des interrogatoires.

Mais en vain. Simone Gbagbo, par la voix de son avocat, Me Rodrigue Dadjé, avait, à l’époque, déclaré n’avoir reçu aucune convocation. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, mais il faut bien que lumière se fasse dans cette affaire. Aujourd’hui, les choses sont en train d’évoluer... vers un peu de lumière ? Simone Gbagbo veut enfin être entendue. Mais, prévient son avocat, il faut que le juge français prenne l’avion, sa pile de dossier sous l’épaule et aille rejoindre la première dame de Côte d’Ivoire à Abidjan, Simone voulant être entendue à Abidjan et pas du tout à Paris. Ainsi donc, qui veut entendre Simone se rend à Abidjan.

« Le juge d’instruction français a déjà effectué en Côte d’Ivoire neuf commissions rogatoires internationales », clame Me Rodrigue Dadjé, avocat de Simone Gbagbo, et il peut en faire une dixième pour entendre la première dame ivoirienne. C’est donc une guerre de procédures en perspective. L’autre personnalité impliquée dans cette affaire, et qui a accepté également d’être entendue en Côte d’Ivoire, est le ministre ivoirien au Plan, Paul Antoine Bohoun Bouabré.

Mais, comme on le sait, cet ex-professeur d’économie et proche de Gbagbo blinde sa défense en s’entourant, en plus de Me Dadjé, de deux autres avocats parisiens, Pierre Comut-Gentille et le très réputé avocat Georges Kiejmann. Alors peut-on croire que Paul Antoine a beaucoup de choses à se reprocher dans cette affaire pour prendre autant de précautions ?

D’une part, qu’est-ce qui a bien pu décider Dame Gbagbo à accepter de se prêter aux desiderata de la justice française ? Risque-t-elle vraiment grand-chose, puisqu’elle ne sera entendue qu’à titre de témoin ? Et d’autre part, ne peut-on pas croire que le président Laurent Gbagbo, qui avait entrepris une opération mains propres dans l’affaire des malversations dans la filière café-cacao, veut se racheter une virginité, parce que son épouse ne serait pour rien dans le dossier GAK ?

En tout état de cause, ce serait déjà un pas de franchi dans cette affaire qui a déjà laissé un macchabée sur les carreaux et qui, sans qu’on ne s’en aperçoive, empoisonne insidieusement les relations franco-ivoiriennes. Dans tous les cas, ce meurtre ne saurait être impuni. La famille Kieffer veut identifier sa tombe, les confrères journalistes ont besoin de connaître le fin mot de l’histoire et la Côte d’Ivoire veut en avoir le cœur net.

Par Agnan Kayorgo

L’Observateur Paalga

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Messages

  • JE ME DEMANDE BIEN COMMENT FAIT ON POUR CONFIER UN AUDIT(TECHNIQUE COMPTABLE DE HAUT NIVEAU) SUR LA FILIERE CAFE-CACAO A UN SIMPLE JOURNALISTE ?
    OUBIEN ON EST JOURNALISTE OUBIEN ON EST HOMME D’AFFAIRE.
    POURQUOI VOULOIR DANS CETTE AFFAIRE OCCULTER LA VERITE QUI EST POURTANT PATENTE.
    LE MYSTERE DE L’AFRIQUE RESTE ENTIER.
    FEU LE PRESIDENT HOUPHOUET DISAIT QUE LA VERITE EST BELLE QUAND ELLE EST NUE.
    SI VOS HYPOTHESES SONT FAUSSES VOUS AUREZ FORCEMENT UN FAUX RESULTAT. CELA VA DE SOI.

    • Je pense que les deux professions de journaliste et de comptable ne s’excluent pas. On peut à la fois être journaliste et comptable ou autres. La presse spécialisée ça existe. Ceci pour répondre à l’intervention de l’internaute ci dessus.
      Cela dit, je pense que l’article a le démérite de poser trop de questions auxquelles il ne peut vraisemblablement pas répondre. Il ne fait que reprendre ce que l’on sait déjà sans aller plus loin. L’enquête suit son cours et est en train de progresser, alors "wait and see". La "patente vérité" n’est apparemment pas si évidente pour tous !

    • Mon cher JP Baugha,
      un journaliste du calibre de GAK, c’est plus qu’un expert en la matière. C’est un analyste universel. Un penseur en profondeur. Il y a journalisme dans journalisme. Il y a ceux qui pensent, scrutent et ont plus a livrer que le soit disant spécialiste. Et un penseur indépendant, est souvent au dessus de tous. Mais triste réalité, il n’a pas sa place en Afrique. (cf. Nobert Zongo) On les tue. Sur un continent encore aussi primitif, les tenants du pouvoir, par les méthodes les plus barbares les élimineront toujours. Dommage ! On se demandera encore dans un siècle quand on sortira en Afrique de la vautorisation du pouvoir...

  • JE SUIS DESOLE CHER AMI MAIS QUAND ON CONFIE UN AUDIT A UNE ENTREPRISE, ON N’AGIT PLUS EN TANT QUE JOURNALISTE.
    VOUS NE FAITES PAS DU JOUNALISME D’INVESTIGATION EN REALISANT UN AUDIT.
    IL FAUT FAIRE LE "DISTINGO"ENTRE HOMME D’AFFAIRE ET JOURNALISTE .ARRETONS LES MALGAMES INUTILES QUI NE FERONT RIEN AVANCER. JE M’EN TIENS A CET ARTICLE DE PRESSE.
    SOYONS UN PEU RIGOUREUX DANS NOS ECRITS QUI SONT SENSES ECLAIRER LES OPINIONS .

    • Sur ce point nous sommes d’accord Me. Nous sommes bien sur la question de savoir en quelle qualité (journaliste ou mandataire) il agissait. Et dans l’une ou l’autre situation il est soumis à des règles professionnelles précises notamment sur le traitement des informations recueillies.

  • IL FAUDRA POURTANT UN JOUR ADMETTRE QUE KIEFFER SE SERVAIT DE SON TITRE DE JOURNALISTE (SELON CERTAINS TEMOIGNAGES) POUR FAIRE DU CHANTAGE A SES PARTENAIRES D’AFFAIRE AUSSI BIEN IVOIRIENS QUE FRANCAIS.
    ET CELA PEUT MAL FINIR QU’ON SOIT EN AFRIQUE OU AILLEURS DANS LE MONDE.C’EST VRAIMENT REGRETTABLE...

  • Les criminels doivent être puni selon leurs actes. Ce n’est pas parce que c’est la première dame qu’elle ne doit pas être entendu. Vivement que la vérité s’éclate. Lui au moins on connaîtra ses assassins mais Norbert ZONGO n’aura pas cette chance même si on connait les commanditaires.

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