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EXPIRATION DE L’ULTIMATUM DE l’UE EN MAURITANIE : Et après ?...

Accueil > Actualités > International • • jeudi 20 novembre 2008 à 23h24min

Le délai accordé par les Européens à la Mauritanie pour "progresser sur la voie du retour à l’ordre constitutionnel" est arrivé à son terme. On se le rappelle, lors de la rencontre Mauritanie/Union européenne tenue à Paris il y a quelques semaines, l’Europe des 27 avait donné le délai d’un mois aux militaires de la junte pour rétablir l’ordre constitutionnel, faute de quoi, des sanctions seraient prises à l’encontre du pays tout entier. Le pouvoir de Nouakchott a-t-il apporté de nouveaux éléments qui satisferaient les Européens ?

C’est sans doute la question à laquelle devaient répondre les différents participants à la rencontre d’Addis Abéba prévue pour le 20 novembre dernier. Mais sans être dans le secret des dieux, on peut se risquer à dire que la junte militaire au pouvoir en Mauritanie ne fera pas machine arrière. "Il n’y aura pas de retour en arrière", avait d’ailleurs averti son chef, il y a de cela quelques jours seulement. Tout semble donc indiquer que l’on s’achemine vers l’adoption de sanctions contre la Mauritanie. Est-ce là la solution ? Ces sanctions sont-elles réellement légitimes ? Peuvent-elles amener les nouvelles autorités au pouvoir à se plier aux demandes de l’Union européenne ? Si l’exigence première des Européens demeure la libération inconditionnelle du président déchu et sa réinstallation comme chef d’Etat, on peut se demander si on ne cherche pas une mauvaise querelle aux nouveaux maîtres du pays.

Cela ne s’est jamais vu nulle part et la Mauritanie ne risque pas de tracer la voie en la matière. Si le renversement d’un président démocratiquement élu suscite l’ire des Européens -ce qui est tout à leur honneur- ce même souci manifesté pour la sauvegarde de la démocratie devrait les conduire à rechercher les causes réelles qui sont à l’origine des coups d’Etat qu’ils abhorrent tant. Car ces derniers surviennent à la suite de malgouvernances criardes qui oppressent les peuples, les asservissent, leur ôtent le pain et la parole de la bouche. Pire, on leur tire dessus à balles réelles et de face itérative comme c’est le cas en Guinée Conakry. Mais maleureusement, face à ces dérives "démocratiques", les Européens restent... muets. Que se passe-t-il quand survient, dans ces conditions, un coup d’Etat ? Alors que les nationaux le jugent salutaire, les Européens le maudissent.

C’est à n’y rien comprendre. Et puis, les sanctions brandies sont-elles vraiment efficaces ? Si elles le sont, qui touchent-elles réellement ? L’expérience démontre à souhait que les mesures de rétorsion prises à l’encontre d’un pays n’ont d’effets réels que sur le "petit peuple". Le régime politique en place en est presque toujours épargné et en sort indemne. L’exemple du Togo d’Eyadéma qui subit et endura les foudres de la communauté internationale, de longues années durant, l’atteste. Ce fut l’homme de la rue qui vécut dans sa chair les affres de la privation et de la faim, générées par les mesures drastiques que le monde extérieur imposa au Togo. Le train de vie de l’Etat togolais ne changea pas d’un iota. Est-ce cela que l’Union européenne recherche pour la Mauritanie ?

A y voir de près, ces sanctions, outre qu’elles peuvent conduire à une radicalisation du pouvoir en place, ne sont-elles pas souvent dictées par d’obscurs intérêts égoïstes et quelquefois teintées d’hypocrisie diplomatique ? Il n’est pas rare de trouver, à l’intérieur du groupe qui sanctionne, des éléments qui traitent plus ou moins ouvertement avec le pays sanctionné ? Qu’est-ce à dire ? L’Union européenne doit-elle chercher à tout prix à "frapper" la junte au pouvoir en Mauritanie ? Rien de moins sûr, si Bruxelles tient compte de l’opinion du peuple mauritanien qui, après tout, est, en la matière, le meilleur juge. Car c’est lui qui bénéficie des mesures sociales et économiques que le général Abdel Aziz et ses hommes ont su instaurer. Des mesures qui plaisent et qui rendent le peuple heureux comme il semble dire. Et c’est cela qui compte. L’Union européenne ne peut raisonnablement pas savoir, mieux que les Mauritaniens, ce qui est bon pour la Mauritanie.

Ce serait de leur part, être plus royaliste que le roi. Si d’aventure devait s’ouvrir la voie des sanctions à l’encontre de ce pays, environ 70 millions d’euros d’aide au développement risqueraient d’échapper à la Mauritanie pour la seule année 2009. Considérable, tout de même. Mais le général et ses hommes semblent dire qu’ils peuvent s’en passer. On l’imagine, leur solide amitié avec les Etats-Unis y est sans doute pour quelque chose , de même que la solidarité qu’ils partagent avec l’ensemble du monde arabe. Mais outre ces assurances, on est en droit de se demander si tous les financements européens peuvent être concernés par lesdites sanctions. On voit mal Bruxelles interrompre le versement des droits de pêche qui permettent à la flotte européenne d’opérer dans les eaux mauritaniennes pourtant réputées parmi les plus poissonneuses au monde. Sans compter -fait d’importance- que la Mauritanie est un partenaire indispensable aux Européens dans leur lutte contre l’immigration illégale.

Enfin, ce pays fournit environ 10% du minerai de fer dont l’Union européenne a besoin pour sa sidérurgie. Pour tout dire, personne n’a vraiment intérêt à une rupture sévère et durable entre Bruxelles et Nouakchott. Il semble que la raison commande d’accepter que l’on tourne la page et que l’on accepte d’accompagner les autorités mauritaniennes dans leurs efforts pour que se réalisent les attentes et les espoirs de tout un peuple, parmi lesquels l’un des plus importants de l’heure est la lutte contre l’insécurité et le terrorisme. Cela vaut sans doute mieux pour tous et dans tous les cas est préférable à un quelconque acharnement à vouloir chasser Abdel Aziz et ses hommes du pouvoir, au risque de les arracher à l’affection réelle de leur peuple qui, après tout, se nourrit de pain et non pas de dispositions constitutionnelles et de légalité.

"Le Pays"

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