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Burkina-Côte d’Ivoire : 18 cars refoulés de Bouaké, des passagers expliquent...

Accueil > Actualités > Politique • • mercredi 30 juin 2004 à 07h24min

La gare routière de Tampouy, secteur 22 de Ouagadougou, a connu une affluence particulière, samedi 19 juin 2004 dans la soirée. Dix-huit (18) cars qui y avaient embarqué pour la Côte d’Ivoire avec des passagers, tous Burkinabé revenaient à la case départ après avoir atteint Bouaké. Malgré le "cauchemar" d’une semaine vécu par les passagers de ce convoi, nombreux sont ceux qui cherchent à retourner dans ce pays.

Ils avancent divers motifs pour justifier cet entêtement, notamment des intérêts qu’ils auraient laissés dans le pays de Feu Félix Houphouet Boigny.

Samedi 19 juin 2004. La gare routière de Tampouy, secteur 22 de Ouagadougou, recevait dans la soirée un grand nombre de passagers peu ordinaires. Des "retournés à l’envoyeur" pourrait-on dire car ceux-ci y ont embarqué pour la Côte d’Ivoire, il y a seulement huit (8) jours. Ce ne sont ni des rapatriés ni des fuyards devant des évenements comme celui de Tabou. Ils ont été contraints de rebrousser chemin. Dix-huit (18) cars partis le vendredi 11 juin 2004 de Tampouy avec des passagers, tous Burkinabé, à destination de Gagnoa, Divo, Daloa ou Soubré... ont été "stopés" à Bouaké, fief des Forces nouvelles (FN).

"Arrivés à Bouaké, des élements des FN nous ont appris que plusieurs cars venant du Burkina ont été stationnés à Tiébissou par les Loyalistes. Ils nous ont suggéré d’y observer une halte en attendant que la situation s’améliore", a expliqué Allassane Ouédraogo, un des passagers des cars qui ont dû rebrousser chemin. Les "infortunés" du 11 juin, attendront pendant trois (3) jours dans cette ville. Ils connaîtront une véritable vie de misère.

"Notre situation faisait vraiment pitié à Bouaké.

Il fallait dépenser pour tout : se soulager, manger, se reposer sans oublier qu’on ne pouvait pas faire la toilette", a poursuivi M. Ouédraogo qui ignore les raisons du stationnement de cars à Tiébissou. Pendant leur attente, le consul général du Burkina Faso à Bouaké leur a rendu visite et a pu mesurer le "calvaire" que vivaient ses compatriotes. Ainsi, leur a t-il conseillé de retourner prématurément au pays pour atténuer leur souffrance. Des éléments du FN délivraient aux chauffeurs des laissez-passer et le diplomate burkinabé accompagna le convoi jusqu’à Ouangolodougou, la frontière. Cependant, si la traversée a été sans difficulté en terre ivoirienne, les policiers burkinabé n’auraient pas été tendres avec le convoi à Bobo-Dioulasso et à l’entrée de Ouagadougou.

Prétextant la surcharge des cars et le manque de certains papiers (carte d’affiliation notamment), les forces de l’ordre auraient extorqué à chaque chauffeur la somme de six mille (6000) francs CFA à chaque poste de contrôle. La carte grise d’un car aurait même été confisquée car son conducteur ne disposait pas de l’argent pour payer. "Ce n’est pas sérieux d’infliger de tels traitements à des compatriotes qui rentrent chez eux totalement démunis sans le moindre sou", a confié très en colère Issaka Ouédraogo un des conducteurs des cars refoulés. Selon le chef de la gare routière de Tampouy Léonard K. Zida, les passagers sont revenus dans un dénuement total. "Certains étaient obligés de mendier pour pouvoir manger, n’en parlons pas payer le transport pour rentrer dans leurs villages", a indiqué un marchand installé dans la gare.

Une preuve de solidarité des transporteurs

Face à ce spectacle désolant et à l’encombrement de la gare par les refoulés, les propriétaires des véhicules ont fait montre de compassion à leur égard. "Des transporteurs ont accepté de convoyer gratuitement des passagers vers Yako, Ouahigouya, Kaya, Tenkodogo etc" ,a souligné M. Zida. Pourtant, les événements du 19 juin 2004 sont loin de mettre fin aux départs vers la Côte d’Ivoire. "Nous avons beau expliquer aux locataires de cars d’arrêter le trafic vers ce pays, ils ne nous écoutent pas" , a indiqué un des responsables de gare.

Mieux, des cars pleins de passagers sont prêts à embarquer pour les régions cacaoyères du sud ouest ivoirien. "C’est mon travail de transporter ceux qui le desirent vers la Côte d’Ivoire. Je ne peux pas arrêter. Tant que j’aurai des passagers, je les y amenerai", dira sans crainte ni regret un chauffeur qui vient d’arriver de Gagnoa . Celui-ci soutient que le trafic est fluide aussi bien en zone loyaliste que dans les régions occupées. Selon lui, les Loyalistes avancent la crise qui prévaut actuellement en Côte d’Ivoire pour empêcher l’entrée d’un grand nombre de cars vers Abidjan et les autres régions non occupées. "Vous pouvez rentrer chez vous en convoi mais vous ne pouvez pas revenir en si grand nombre en même temps" leur auraient signifié les éléments des Forces armées nationales de côte d’ivoire (FANCI).

D’où leur initiative de filtrer les entrées des cars à partir de Tiébissou. Certains refoulés comme Pascal Yaméogo, convoyeur de car, tiennent "mordicus" à y retourner. "Si quelqu’un persiste à entrer dans un feu d’où il vient d’en sortir, ce n’est pas par plaisir. Il est animé par une question de survie qui l’attire dans ce feu. Nous avons tellement d’intérêts en Côte d’Ivoire que nous ne pouvons rester longtemps ici" avancera-t-il pour justifier son entêtement. Nombreux sont les passagers réfoulés qui invitent les autorités burkinabé à trouver des solutions rapides aux problèmes que connaissent leurs compatriotes en Côte d’Ivoire.

"Le gouvernement doit, contre vents et mariées, préserver les intérêts de ses ressortissants dans ce pays où nous avons bâti notre vie", lance Koudougou Ouédraogo, responsable syndical à la gare, ex-délégué des Burkinabé à Buyo (CI) qui a dû fuir la Côte d’Ivoire aux lendemains des événements du 19 septembre 2002 pour dit-il "sauver sa peau".

"Si l’Etat veut réellement motiver les rapatriés et les refoulés à rester définitivement au pays, qu’il crée des emplois durables et encourage des activités rémunératrices. Ceux qui persistent à retourner en Côte d’Ivoire veulent seulement assurer le bien-être de leurs parents vivant au pays", a t-il poursuivi.

Pour l’heure, ni le coût exorbitant du transport Ouaga-Gagnoa (75 000 F CFA par personne) , ni les risques encourus par les passagers, ni les souffrances endurées par ceux-ci ne semblent pas décourager les aventuriers qui considèrent toujours la terre d’Eburnie comme un Eldorado et jurent d’y aller à n’importe quel prix.

Jolivet Emmaüs Sidibé PAGBELEGUEM
Sidwaya

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