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Présidentielle 2005 : Rassurer Blaise sur l’après-Blaise

Accueil > Actualités > Politique • • mardi 29 juin 2004 à 08h27min

Le Bureau politique du parti socialiste paysan, à son tour, apporte de l’eau au moulin de la prochaine présidentielle 2005. Ce parti a une autre approche en ce qui concerne l’organisation d’élections transparentes qui peuvent amener l’alternance ou l’alternative. Pour ce faire, il faudra d’abord répondre à une série de questionnements.

Le vrai débat, c’est comment organiser des élections transparentes pour provoquer l’alternance ou l’alternative. Et le faux débat, c’est de croire que le minimum de conditions est requis pour des élections transparentes et équitables. Il suffit donc que l’opposition aille unie derrière un seul candidat pour remporter les élections.

C’est une illusion et pire, c’est même une manière d’endormir l’opposition.

En effet, le véritable adversaire de l’opposition n’est ni le soi-disant manque de programme crédible, ni la supposée (et souhaitée voire voulue) et surestimée division de l’opposition à cause de ses rancunes et inimitiés diverses ou encore de ses contradictions internes (somme toute naturelles) ; ni son incapacité (supposée et souhaitée) à dégager un candidat de consensus, ni son manque de moyens surtout financiers, mais la fraude.

On dira oui, c’est toujours la même chanson. C’est un argument facile, tout trouvé pour se dédouaner auprès de ses militants et bailleurs de fonds. Au lieu de reconnaître sa défaite, elle cherche des prétextes. Non ce ne sont pas des prétextes ; qui n’a pas intérêt à des élections transparentes ? L’opposition ?

Trouvez d’abord une réponse à ces questions :

1) Connaîtrons-nous pour une fois le nombre réel d’urnes par circonscription électorale ? "

2) Les listes électorales seront-elles prêtes et affichées par bureau de vote dans les délais requis ?

3) L’encre sera-t-elle pour une fois indélébile ?

4) Le recensement électoral se fera-t-il de manière consensuelle après le recensement administratif ?

5) Quelle garantie pour la neutralité de l’administration quand on enlève chaque jour les professionnels pour les remplacer par des partisans ? Et cela aussi bien au niveau de la petite administration que de la haute : les responsables administratifs villageois, les préfets, les secrétaires généraux de province, les hauts-commissaires, tous les directeurs et chefs de service à tous les niveaux, les responsables de la CENI, du CSI, de la Cour constitutionnelle, de la haute cour de justice, etc. Le parti-Etat parfait quoi ! N’oublions pas ces dizaines d’administrateurs civils compétents et expérimentés mis au garage. Et ces inspecteurs du ministère des Sports et d’ailleurs ?

6) Maintenant que c’est cette administration partisane qui va s’occuper du processus électoral, on est en droit de se demander : peut-on être juge et partie ? Est-ce que les provinces proches de l’opposition auront le nombre requis de bureaux de vote ? Est-ce que tous les militants de l’opposition qui se présenteront seront inscrits ? Et le jour du vote, retrouveront-ils leurs noms sur les listes ? souvenons-nous que Maître Hermann, président de l’ADF à l’époque, n’avait pas pu voter à Koudougou, car son nom avait miraculeusement disparu de la liste. Si l’on peut faire ça à un responsable politique et de surcroît un avocat, imaginez le reste...

7) Qui peut empêcher les listes et votes multiples ?

8) Comment reconnaître les urnes irrégulières qui se trouveraient dans les domiciles, chez des chefs coutumiers ou dans les cabarets ? qui peut empêcher ça ?

9) Si le jour du vote, des chefs coutumiers sont assis à la porte des bureaux de vote pour influencer le cours des votes, que peut-on faire ? Qui est chargé d’intervenir ?

10) Le jour du vote, les véhicules autres que ceux de la police, de la gendarmerie et les ambulances seront-ils autorisés à circuler à l’intérieur d’une même ville ou d’une ville à l’autre ? Cela permet en effet les votes multiples en transportant des gens qui ont fini de voter dans plusieurs secteurs à Ouaga pour aller répéter l’opération à Ouahigouya ou ailleurs.

11) Les bulletins de vote de l’opposition seront-ils en nombre suffisant et à temps dans les bureaux de vote ? Si ce n’est pas le cas, qui peut suspendre le vote jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre ? (Dans le cas où ce n’est pas le bulletin unique, comme tout semble être remis en cause).

12) Le fichier électoral exigé par l’opposition sera-t-il prêt, fiable et accessible aux responsables des partis politiques ?

13) La prise en charge des membres des bureaux de vote sera-t-elle effective et à temps ?

14) Les hautes institutions : la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le Conseil supérieur de l’information (CSI), la Cour constitutionnelle, la haute cour de justice, etc. pourront -elles faire preuve d’impartialité si elles étaient sollicitées ?

15) L’armée peut-elle se ressaisir pour garder un minimum de neutralité ? En effet, il n’y a pas si longtemps, on voyait des officiers supérieurs aux meetings du parti au pouvoir. Certains même vont jusqu’à battre campagne pour ce parti. Quel juge peut empêcher cela ? Dans une telle situation de pagaille (pour reprendre l’expression de Salifou Sawadogo, CDP) en cas de conflit entre partisans des deux bords ou encore de saccage d’urnes, l’armée sera-t-elle impartiale dans le traitement d’un tel dossier ?

"Nous avons obtenu les résultats que nous avons voulus"

Et on peut continuer la liste des questions ! ! ! Et comme on le voit ce sont là les préalables élémentaires qui ne devraient plus exister, a fortiori faire l’objet de discussion.

Hélas, ils sont encore là et entiers. Que valent des élections organisées dans de telles conditions ? Loin d’être transparentes, elles sont plutôt préfabriquées comme l’a d’ailleurs reconnu un cadre du parti au pouvoir et de surcroît ministre d’Etat, en ces termes : « nous avons obtenu les résultats que nous avons vouIus » à l’issue des élections législatives de 2002. En termes clairs on a laissé passer qui on voulait et là où on le voulait.

Ce vrai faux complot, dont l’objectif premier est d’intimider les responsables de l’opposition politique et civile et de faire peur à leurs militants, a empêché l’opposition pendant six mois de se consacrer à son travail d’implantation et d’animation.

De même cette insécurité grave et généralisée (qui semble voulue et entretenue) est de nature à décourager les plus déterminés à aller sur le terrain. Et pendant ce temps, sous des prétextes des plus fallacieux, toute l’administration bat campagne pour le parti au pouvoir avec les moyens de l’Etat.

Comme on le voit, pour qu’il y ait alternance, il faut des élections libres, transparentes et équitables. Est-ce que cela est possible dans les conditions ci-dessus ? Assurément non ! Aussi, au nom de la paix sociale, les partis politiques du pouvoir comme de l’opposition, tous les mouvements associatifs et de droits humains, les autorités coutumières et religieuses, tous les partenaires sociaux du Burkina Faso, en un mot tous les démocrates doivent exiger ensemble et maintenant des conditions transparentes et équitables pour tous les compétiteurs des élections 2005.

En effet, les gens ont besoin non seulement de plus de démocratie dans les associations, les partis politiques, dans la gestion de l’Etat, mais aussi d’un changement de régime pour assurer leur avenir.

En effet, c’est l’alternance qui combat efficacement les monstres sociaux que sont l’impunité, la corruption, la malgouvernance, les crimes économiques et de sang. Ne soyons pas indifférents, car l’indifférence tue tous les jours sous nos yeux.

Et ne minimisons pas ces monstres sociaux par des phrases du genre « Dénoncer ces crimes du pouvoir ne saurait servir de programme pour les partis politiques de l’opposition », car ils sont non seulement la cause de la misère accablante (avec ces corollaires : fraudes dans les examens et concours, dans les élections et ailleurs ; comportements criminels des jeunes ; banalisation de la vie humaine ; les mensonges d’Etat ; la prostitution sous toutes ses formes : intellectuelle, de la plume, nature, etc.) dans laquelle nous végétons, mais aussi devraient être la raison d’inéligibilité de leurs auteurs.

Cependant ces conditions de transparence et équité ne sont possibles que si Blaise s’engage, non par des mots, mais par des actes concrets (prise de décrets et application) à les créer. S’il y a fraude ou violence, c’est la faute du pouvoir. C’est lui et lui seul qui peut les empêcher.

Mais pour que Blaise s’engage de manière active et concrète pour la transparence et l’équité, synonyme d’alternance pacifique, il faut qu’il soit assuré que rien ne lui arrivera (exemple du Bénin) après son départ du pouvoir. En effet, tant que ce climat de méfiance, de défiance voire de haine et de défi persistera, l’alternance demeurera virtuelle. L’opposition doit trouver les hommes qu’il faut (ce n’est pas évident) pour rassurer Blaise.

Quant à la France, on sait ce qu’elle veut : quelqu’un qui assure ses intérêts. Mais quel que soit le vainqueur aujourd’hui, il pourra difficilement faire autrement. C’est donc une concession majeure que Blaise peut faire au nom de la paix sociale. Blaise a peur de l’opposition parce qu’il ignore le sort qui lui sera réservé s’il venait à perdre le pouvoir. Il usera donc de tous les moyens pour s’y maintenir s’il n’est pas assuré et rassuré.

L’opposition avait peur de Blaise parce qu’elle le connaît bien ; mais cette peur diminue malgré les efforts faits pour l’entretenir (assassinats, faux coups d’Etat suivis d’arrestations arbitraires, etc.) car la misère s’étend et la colère des indigents ou des sans-culottes monte. Eux qui n’ont plus rien à perdre que leur peur et leur misère !

Mais où trouver ces Burkinabé ou même des gens d’autres nationalités capables d’amener les deux parties au dialogue véritable (qui est un moyen et non une fin en soi) pour dissiper la peur de l’autre ? Le collège de sages ? Peut-être ! Monseigneur Jean Marie Compaoré est pour à 110% et Halidou du pays réel aussi.

Il faut savoir que la stratégie (voire la ruse) qui consiste à refuser (à fuire) le dialogue constructif pour solutionner les problèmes majeurs (la faim, la soif, l’analphabétisme, la maladie, l’injustice, le déni de droit, la malgouvernance, le chômage des jeunes, l’impunité, la corruption, l’insécurité, etc.) de la nation nous conduit droit au mur. Il faut donc un dialogue franc pour assurer une transition pacifique, synonyme d’un début de développement durable fondé sur un Etat de droit démocratique.

Liberté - Egalité - Justice

Le Bureau politique

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