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Proverbe du Jour : «Faites de votre vie un chef-d’oeuvre ; n’imaginez pas de limite à ce que vous pouvez être, avoir ou faire» Brian Tracy

Me Gilbert Noël Ouédraogo, Président de l’ADF/RDA : "Si le CDP veut nous donner le gâteau, on le prendra"

Accueil > Actualités > Politique • • mardi 29 juin 2004 à 08h34min

Me Gilbert Noël Ouédraogo Le 16 juin dernier, la rédaction de Sidwaya recevait comme invité, Me Gilbert Noël Ouédraogo. Président de l’ADF/RDA, Chef de file de l’opposition, 3e Vice-président de l’Assemblée nationale et ancien Ministre de l’Action sociale et de la Solidarité nationale.

A moins de 40 ans, le parcours politique de Gilbert est déjà pavé de hautes responsabilités. Fait assez rare de nos jours dans notre pays pour ne pas être souligné. Même si le chemin à parcourir reste encore long. De l’ODP/MT où étudiant il a milité à l’ADF/RDA en passant par le RDA, Me Ouédraogo a toujours joué les premiers rôles.

Tout laisse penser que les conditions étaient réunies pour l’entrée de Gilbert à la politique. Surtout au RDA. Fils du président du RDA section du Burkina Faso, Gérard Kango Ouédraogo naturellement les voies étaient tracées pour que le fils suive les pas de papa. Certainement conscient qu’il se doit de faire mieux que papa ? Le challenge est donc grand. Pour l’heure, Me parcourt les états majors des partis politiques de l’opposition. En somme, il s’attelle à jouer pleinement son nouveau rôle de chef de file de l’opposition. En n’occultant pas ses occupations de président de l’ADF/RDA. Surtout que 2005 demeure une année charnière avec la présidentielle et les municipales.

Sera-t-il candidat au fauteuil présidentiel ? Comment voit-il l’action de l’opposition à la présidentielle ? En recevant cet avocat de formation, Sidwaya souhaitait le faire découvrir davantage à ses lecteurs. A-t-il joué le jeu ? Rien n’est moins sûr. Par contre ses réponses parfois directes, toujours empruntes de solennité, le laissent croire.

Sidwaya (S.) : Vous êtes désormais chef de file de l’opposition. Comment avez-vous accueilli cette consécration ? Contesté par une frange de cette opposition, comment percevez-vous votre mission ?

Gilbert Noël Ouédraogo (G.N.O.) : Effectivement depuis que j’ai été porté à la tête du parti lors du dernier congrès extraordinaire les 28 et 29 juin 2003, l’ADF/RDA a toujours estimé qu’il était le chef de file de l’opposition. L’alinéa 1 de l’article 12 de la loi 007/2000, précise que le chef de file de l’opposition est le premier responsable du premier parti de l’opposition qui a le plus d’élus à l’Assemblée nationale. Le second alinéa précise qu’en cas d’égalité, c’est le parti qui a obtenu le plus grand nombre de voix lors des dernières élections qui est élu.

A ce titre donc, l’ADF/RDA étant une et indivisible et ayant sa personnalité juridique, il est clair que le changement de direction n’entraîne pas un changement de sa position sur l’échiquier national puisque toutes les voix exprimées en sa faveur lui reste acquises de plein droit. Vous savez que l’ADF/RDA est un grand parti qui vit depuis 1946 et c’est donc un patrimoine qui se transmet de génération en génération. C’est dire que nous avons toujours conservé les acquis du parti. C’est tout naturellement que j’ai accueilli ma désignation officielle par le président de l’Assemblée nationale comme chef de file de l’opposition. Je dois dire que j’ai accueilli cela avec beaucoup d’humilité d’abord.

Ensuite avec une légitime fierté. Non pas une fierté individuelle, mais une fierté pour ma formation politique et pour l’ensemble de nos militants des quatre coins du Burkina qui nous ont permis d’être des élus à l’Assemblée. Parce que c’est au nom des milliers de voix de militants de notre formation que nous pouvons parler en tant que chef de file de l’opposition et je leur en suis reconnaissant.

Partant de là, je dois dire aussi que j’ai accueilli le titre de chef de file de l’opposition avec beaucoup de réalisme. Je sais que la tâche ne sera pas facile, mieux elle sera rude. Cela du reste ne doit pas nous étonner. Même dans les sociétés traditionnelles lorsqu’il y a désignation d’un chef, il y a le plus souvent une contestation qui se fait sentir. Vous savez bien qu’il est très difficile de perdre le pouvoir et de perdre la querelle. Je pense qu’il m’appartient en tant que nouveau chef de file de l’opposition de travailler avec toutes les forces vives qui se réclament de l’opposition de manière à nous permettre de fédérer nos forces et de crédibiliser notre action car une opposition unie, une opposition responsable, une opposition crédible pourra être une force qui pourrait nous conduire à l’alternance.

Si l’opposition s’unit, nous pouvons réaliser ensemble le challenge. Nous pouvons aller au-delà de nos ambitions personnelles et voir quel est l’intérêt de l’opposition du peuple burkinabè ; offrir en somme une alternative. Peu importe la personne qui est à la tête de cette opposition comme chef de file. Le chef de file de l’opposition peut changer en fonction de l’histoire politique. Le travail devra être fait dans le sens de la mobilisation de nos électeurs qui doivent avoir le premier et le dernier mot. Ce sont eux qui décident face à la loi et en dernier ressort qui doit être le chef de file de l’opposition. La loi était déjà disponible, elle était déjà votée en 2000.

C’est dire donc que lorsque nous allions aux élections, les règles du jeu étaient clairement préétablies. Aujourd’hui, il est reconnu que l’ADF/RDA est la formation qui a obtenu le plus grand nombre de voix après le parti au pouvoir lors des dernières élections. Donc du point de vue de la loi, il n’y a pas de problème à ce que l’ADF/RDA soit le chef de file de l’opposition. Mais il y a un travail à faire de manière à ce que toute l’opposition puisse œuvrer ensemble dans l’intérêt de notre pays.

S. : Certains observateurs soutiennent que le chef de file de l’opposition a été taillé sur mesure. Quel est votre commentaire ?

G.N.O. : Très heureusement, l’ADF/RDA avait déjà entrepris du temps de mon précédesseur des négociations avec les partis membres de la concertation de l’opposition burkinabè (COB) qui avait des propositions de textes consensuels. Cependant, le CDP avait émis des objections au regard des propositions déjà faites.

Afin de relancer ce dossier, j’ai entrepris des concertations avec les responsables de l’opposition et je note avec beaucoup de satisfaction la manifestation d’une très grande disponibilité par ces derniers.

Nous verrons en son temps comment parvenir à un consensus sur cette question avec les autorités en tenant compte de nos réalités. Ce qui est essentiel c’est que nous puissions fonctionner. Je crois que nous allons avancer. Est-ce de ma faute si en 2000 et en 2002, nous n’avons pas eu gain de cause ? En 2000 quand on votait la loi, qui du CDP ou du RDA, savait que je serai chef de file de l’opposition en 2004 ? Moi-même, je ne le savais pas. Qui a pu préméditer cela ?

Ce que je constate aujourd’hui pour ma part, c’est qu’il y a un parti qui représente une force certaine et tout le monde sait qu’elle est réelle puisqu’on l’a vue sur le terrain. Je constate par ailleurs qu’il y a des analyses spécieuses qui tentent à remettre en cause la légitimité du chef de file de l’opposition au point où des partis qui n’existaient même pas aux dernières élections ont plus de voix que d’autres formations, qui elles ont participé aux scrutins.

Je me demande où l’on met les militants de l’ADF/RDA qui ont souverainement décidé de tenir le congrès extraordinaire et de désigner une nouvelle direction de leur choix pour défendre leurs intérêts. C’est ce peuple militant qui a donné les 17 députés à l’ADF/RDA et non personne d’autre. Si ce n’est pas chercher à connaître le sexe des anges qui peut dire quelles sont les voix que chacun des 17 députés a obtenu de son propre fait ? N’oublions pas que sur une liste électorale, il y a un 2e, 3e, 7e suppléant. Vous savez parfois que des suppléants et même des derniers de liste ont apporté plus de voix que des têtes de liste elle-même. Quant à la liste nationale, a-t-on oublié que c’est la sommation des voix de chaque député élu sur la liste régionale qui la constitue ? Bref, le problème qui se pose avec nos amis qui ont créé un autre parti, c’est qu’ils n’ont pas été exclus de notre formation politique.

Hermann Yaméogo n’a pas été exclu du parti. Il y a eu seulement changement de direction. Tout le monde sait que le candidat du parti n’est pas forcément le président du parti. Hermann aurait pu rester dans le parti, prendre part à nos activités et même en être le candidat pour les élections de 2005, si le parti estimait qu’il s’était amendé et qu’il était l’homme de la situation. Mais il a préféré fonder son parti. Alors qu’il nous avait fait tous signer des déclarations sur l’honneur, nous engageant à remettre nos sièges si nous venions à quitter le parti. Il a ces déclarations avec lui aujourd’hui.

Dans ce même ordre d’idées, nous avons été mandatés lors des négociations sur la révision du code électoral pour insister afin que tout député qui quitte son parti perde sa place. Dans des pays limitrophes, nos amis auraient déjà perdu leurs sièges au profit de leurs suppléants ou auraient décidé de remettre en jeu en bon gentlman leur poste. Aujourd’hui qui peut dire que ceux qui ont voté RDA n’ont pas voté l’éléphant ? Qui peut dire que demain, lorsque l’on présentera un autre bulletin, ces voix seront recueillies ?

Savent-ils où sont les suppléants de ces députés et quel est leur apport ? Je pense qu’il faut mener le débat de façon objective. Nul ne peut contester que l’ADF/RDA a eu le plus de voix lors des dernières élections après le parti au pouvoir. La loi a voulu que ce soit le premier responsable du parti et non le parti lui-même qui est chef de file de l’opposition. Si demain, je ne suis plus le président de l’ADF/RDA, si je ne suis plus président de ce parti, c’est un nouveau chef de file qui sera consacré.

A supposer, par exemple, que nos textes prévoient qu’on change tous les trois (3) ans de direction, la transition se fera normalement sans problème. C’est pour cela que je dis que nous, à l’ADF/RDA, nous sommes animés d’une bonne volonté. Nous voulons travailler et sommes prêts à le faire. En tant que formation politique, nous sommes assez solides. Chef de file de l’opposition, je ne l’ai pas cherché, je ne l’ai pas demandé, je ne l’ai pas négocié, je l’assume par devoir. Mais s’il fallait tirer les conséquences, je les tirerai.

En réalité, la classe politique devrait se dire que : pendant quatre (4) ans, nous avons cherché à résoudre l’équation du chef de file de l’opposition. Pendant 4 ans, le pouvoir ne s’est pas décidé. Et le pouvoir s’est enfin décidé. Parions que c’est un piège, mais retrouvons-nous et soyons des stratèges. Faisons de ce chef de file de l’opposition ce que nous voulons qu’il soit. Donnons-lui un contenu. Une fois que la question sera résolue, personne ne pourra la remettre en cause puisqu’il y aura des élections en 2007. Et si chacun est convaincu qu’il sera chef de file de l’opposition, je ne sais pas où se trouve le problème d’autant plus qu’il héritera de ce fauteuil.

S. : Que pensez-vous des discussions qui ont cours dans l’opposition sur la stratégie à mener pour affronter la prochaine élection présidentielle. Une candidature unique ? Plusieurs candidatures ?

G.N.O. : L’opposition représente un groupe important d’électeurs pour une élection présidentielle et elle ne doit pas se laisser divertir. Il y a effectivement des ambitions qui se font jour dans les différentes formations politiques, ce qui est normal. Il y a également le fait qu’aujourd’hui il y a des partis politiques qui qualifient les autres d’opposition gâteau, d’opposition vraie. Je pense que cela ne nous permet pas d’aller de l’avant.

Chaque fois, je suis chagriné quand je vois que les opposants s’attribuent royalement des qualificatifs et qu’ils se délectent dans cette situation qui consiste à se tirer les uns sur les autres, à se détruire les uns les autres. Je pense que pour une formation politique, le rôle est autre. Nous mêmes avons demandé en son temps que l’administration se désengage du fonctionnement des partis. Quand des partis politiques se mettent à qualifier les autres partis politiques, et à entrer dans leur fonctionnement, il y a un travail à faire.

A mon sens, il n’y a qu’une seule opposition et dans cette opposition, il y a des tendances. Pourquoi y a-t-il ces tendances ? Parce qu’il y a plusieurs courants de pensée politiques. Si nous pensions la même chose, on aurait créé un parti unique. C’est parce que nous ne pensons pas la même chose qu’il y a plusieurs partis. L’opposition est régie par le statut de l’opposition et dans le statut de l’opposition, il est dit en son article 2 : « les partis politiques de l’opposition sont les partis qui ne sont pas membres de la majorité parlementaire ». Nous sommes un parti politique qui n’est pas membre de la majorité parlementaire. Après cela, qu’est ce que nous avons tous de commun si ce n’est d’être tous de la minorité ? Vous pensez que c’est parce que nous n’avions pas voulu être la majorité. Ce sont les urnes qui nous ont placé dans la minorité. Vous pensez que si demain, une de ces formations devenait la majorité, va-t-elle s’entendre obligatoirement avec toute les autres formations qui étaient de la minorité avec elle ? Actuellement nous sommes tous ensemble dans l’opposition et nous visons tous le même fauteuil.

Il faut que nous travaillions à voir comment nous pouvons atteindre ce fauteuil ensemble. Parce que ce n’est pas en cavalier solitaire que nous pouvons atteindre ce fauteuil avec les forces qui sont les nôtres en ce moment. Nous pensons que c’est là qu’il faut poser le vrai débat, au lieu de se donner en spectacle en faisant plaisir à ceux d’en face, qui en réalité tirent leurs marrons du feu. Il faut attaquer le vrai adversaire. Comme a dit Norbert Tiendrébéogo dans « l’Express du Faso », « il faut recentrer le tir ».

Si nous-mêmes nous nous entre-déchirons, vous pouvez être certains que c’est la meilleure manière de perdre les élections. Nous n’allons pas entrer dans ce jeu de politique politicienne qui en réalité cache quelque chose qui ressemble à des ambitions personnelles.

L’ADF/RDA, c’est la somme d’une expérience, c’est la somme d’une conviction, c’est un parti qui existe depuis 1946 et qui a géré à trois reprises le Burkina Faso. C’est un parti qui sur 4 élections a été trois fois premier et une fois deuxième, donc l’ADF/RDA est le père de tous les partis politiques au Burkina Faso.

L’ADF/RDA avec cette somme d’expérience a une obligation de résultats. Nous avons toujours été au côte des masses. Il n’y a pas de recettes miracles pour être devant, il faut être du côté des masses, il faut vivre aux côtés des masses. Il appartiendra aux masses de dire qui est véritable opposant, qui représente ses ambitions et qui ne le représente pas. L’opposition aujourd’hui, a trois péchés mignons : l’intolérance, le manque de respect et le manque de confiance. Il faudrait que chacun soit réaliste dans ses ambitions et qu’il y ait un respect mutuel. A l’ADF/RDA nous respectons nos adversaires politiques à plus forte raison nos partenaires.

L’ADF/RDA estime que nous devons avoir le courage de nos opinions, nous devons travailler à une nouvelle forme d’opposition. En cela nous sommes en phase avec nos instances, avec notre base, parce que toutes les décisions que nous prenons, nous le faisons avec notre base. Et dans les 45 provinces, dans les départements et dans les hameaux de notre pays des encouragements nous viennent de partout.

Nous sommes confiants dans la mesure où cette méthode a toujours porté. Voilà pourquoi nous estimons qu’il n’est pas important d’entrer dans ce débat là. Nous pensons que notre parti est un parti de dialogue, un parti de paix et comme le dit le juge Keba N’Baye, il n’y a que ceux qui ne dialoguent pas qui ne s’entendent pas. Qu’est-ce que nous gagnons dans ces qualificatifs sauf de permettre à chacun de se récroqueviller dans sa coquille ?

Nous exigeons du pouvoir certaines choses : plus de démocratie, plus de transparence. Mais il faut aussi que cela se passe dans nos partis politiques, il faut que cela aussi se fasse au sein de l’opposition. Quand je relève certaines attitudes de rejet, entre nous, qu’en sera-t-il une fois au pouvoir ? Est-ce que nous seront tolérants vis-à-vis des autres partis ? Je pense qu’il faut que nous acceptions cela.

Ces prises de positions nous valent d’être qualifiés de tous les maux mais cela ne nous cause aucun problème parce que comme on dit lorsqu’on est sûr de ses convictions, on avance ardemment. Nous tablons sur le long terme et il y a un proverbe africain qui dit que « si le grand arbre met du temps à pousser, c’est parce que justement il fonde profondément ses racines dans la terre ».

A l’ADF/RDA, nous refusons de nous engager dans des actions non concertées et non mûries. Même si le responsable de l’ADF/RDA est jeune, il n’a pas le droit de sacrifier le patrimoine du RDA qui ne lui appartient pas. Ce patrimoine appartient à des générations. Ce sont nos grands parents qui se sont battus pour nous amener à l’indépendance.

S. : L’Union ADF et RDA était-elle nécessaire ?

G.N.O. : L’ADF/RDA, c’est la fusion de deux partis politiques. L’ADF, le RDA. Il s’agissait de retrouvailles entre éléphants et éléphanteaux. Je suis bien placé pour en parler. Je demeure toujours convaincu et je fais toujours partie de ceux qui pensent que cette union était indispensable. Il fallait qu’on se retrouve, qu’on mette nos forces ensemble. Comme vous l’avez révélé, l’espoir était grand au départ mais au fil des années, nos militants ne se retrouvaient plus, nous avons évolué de difficultés en difficultés, même si apparemment les choses semblaient avancer.

Que direz-vous si je revèle qu’en cinq ans de 1998 en 2003 au moment où nous avons tenu le Congrès extraordinaire, le bureau politique national ne s’était jamais réuni une seule fois ? Que diriez-vous si je vous dis que c’est en 2003 que j’ai pris conaissance pour la première fois du montant de la subvention de l’Etat que recevait notre parti ?

Il était temps que nous prenions nos responsabilités pour permettre à notre parti d’avancer. C’est ainsi que nous sommes allés au Congrès. Ce sont les bases qui ont demandé le Congrès autour de trois points :
- le bilan des élections législatives 2002 ;
- le renouvellement des structures du parti parce qu’il y avait des dysfonctionnements ;
- la relecture des nos textes fondamentaux.

Nous sommes organisés en convention dans les 13 régions du Burkina et les articles 25 et 14 du règlement intérieur prévoient que le Congrès extraordinaire peut être convoqué par les 2/3 des conventions. Le congrès s’est tenu en présence de la majorité absolue des membres du bureau exécutif national de l’ADF/RDA, de la majorité absolue des députés du parti, de la majorité absolue des 45 fédérations et de la majorité absolue des conventions. Nous avons toujours les documents de présence disponibles.

Nous avons voulu que les choses se passent dans les règles de l’art et en respectant notre charte fondamentale. C’est à ce congrès que malheureusement, le président de l’ADF/RDA qui avait été invité, n’est pas venu. Devant son absence, les militants ont été obligés de tirer les conséquences et de pourvoir à la vacance du poste qui avait été constaté. C’est ainsi que je me suis retrouvé à la tête de cette formation politique désigné par mes camarades qui ont pensé que j’étais à même de conduire le navire.

Pour moi, être chef, c’est être au service des autres. Je suis d’une famille royale. Dans cette famille, on nous a toujours appris qu’être placé au-dessus des autres, n’est qu’une obligation de travailler pour les autres et de servir. C’est dans ce sens que je travaille. Nous avons pris des engagements et lors de ce congrès, j’avais dit que ce qui est arrivé à Hermann ne lui est pas arrivé parce qu’il est Hermann Yaméogo mais par rapport à un certain nombre de griefs qui lui étaient reprochés. Je suis certain que demain, si moi-même, je tombais dans le même fossé, la même sanction me serait appliquée et je serais prêt à assumer. Et nous avons pris trois engagements lors de ce congrès :
- faire circuler l’information de la base au sommet et du sommet à la base ;
- associer les militants dans la définition de notre programme politique et pour le choix des candidats ;
- organiser des tournées dans toutes les 45 provinces avec des meetings régionaux. C’est que nous sommes en train de faire avec l’adhésion massive de nos militants que vous constatez.

S. : Quel rôle avez-vous joué dans la révolution ? En tant que libéral que pensez-vous de la perte de vitesse du libéralisme dans le monde ?

G.N.O. : J’ai fait la révolution. J’ai été délégué du Comité de défense de la Révolution (CDR) et du Comité révolutionnaire (CR), j’ai même été membre du Comité central de l’ODP/MT depuis l’université. Tout n’a pas été négatif dans ce qu’a fait la révolution. Le libéralisme est une force en plein essor. Tous les régimes aujourd’hui, sont obligés d’accepter le libéralisme de fait. Quelle est l’économie aujourd’hui dans le monde, en Afrique et particulièrement au Burkina qui n’est pas une économie de marché ? Même dans les pays où on parle de socialisme, de socialisme solidaire, de libéralisme solidaire, sachez que le libéralisme aujourd’hui est incontournable. Je peux trouver des exemples où le libéralisme est en ascension. Le président Taïwanais vient d’être réélu, il est libéral et son parti a des relations avec le mien. Nous avons été récemment à Taïwan, il y a bien d’autres exemples. Au Canada, ce sont les libéraux qui sont au pouvoir. Il y a le cas de la France.

En Espagne, jusqu’à la veille des élections, les libéraux étaient donnés pour vainqueurs. Il y a eu des facteurs qui ont bouleversé la donne. Mais je pense que vous voulez faire allusion aux élections européennes. Là également détrompez-vous car les statistiques donnent une avance aux libéraux. Le PPE, le Parti populaire européen reste le premier parti au Parlement européen. Il y a aussi à ce niveau une petite distinction à faire : il y a les partis de droite et les partis libéraux dont le groupe parlementaire était d’environ 60 députés lors de la dernière législature.

Avec les nouvelles élections, ce groupe parlementaire va passer à près de 90 députés. C’est dire qu’il y a une progression des libéraux en France aussi. De manière générale, il faut dire que les libéraux sont souvent en difficulté car ils sont aux affaires et quand vous êtes aux affaires, il faut agir et quand on agit on fait des mécontents. Mais il faut aussi relever que pour le cas de la France, il s’agit d’élections n’ayant pas d’enjeux nationaux. Il s’est agi d’abord d’élections locales et ensuite d’élections régionales. José Manuel Barroso, Premier ministre portugais, lors du Congrès de l’UMP le 17 novembre 2003, disait : « C’est notre devoir d’avoir du courage, d’introduire les reformes structurelles qui s’imposent. Il y a que nous nous fixions les moyens de nos objectifs. La route, le chemin du courage, le courage d’agir, le courage de reformer, le courage de la lucidité, le courage de moderniser nos pays, nos sociétés et nos économies ». Cela est également vrai pour notre pays le Burkina Faso. Et c’est ce courage là que nous avons à l’ADF/RDA.

Nous ne sommes ni l’opposition de Blaise ni l’opposition à Blaise, nous sommes opposés à un parti politique, à une vision ou à une idéologie. Nous ne sommes pas opposés à une personne. Une opposition s’oppose à un système et non à des hommes. Nous ne sommes pas pour la démarcation physique parce que tout simplement nous ne sommes pas du même bord politique.

S. : L’ADF/RDA présentera-t-il un candidat à l’élection présidentielle ?

G.N.O. : Je dois vous dire d’abord que l’ADF/RDA a sa personnalité propre. Il décide et détermine ses stratégies propres selon ses principes, ses intérêts, son histoire sans jamais trahir et en ayant le souci constant de servir les intérêts du peuple. Il appartiendra aux structures de l’ADF/RDA d’en discuter et d’en décider au moment opportun. En la matière, il appartiendra au congrès de l’ADF/RDA de prendre la décision qui s’impose. Cela participe de notre volonté dans l’âme d’être démocrate.

Nous fonctionnons en tenant compte de l’avis de notre base. Les militants qui nous ont élus, les militants qui nous ont permis d’être chef de file de l’opposition, nous leur devons d’orienter nos choix politiques. Nous devons tenir compte des choix de l’ensemble des forces et des partis politiques de l’opposition car il ne faut pas perdre de vue le fait que je suis chef de file de l’opposition et leader d’un parti de l’opposition. Il y a donc le choix de mon parti politique et celui de l’ensemble des partis politiques de l’opposition.

S. : L’ADF/RDA aura donc son candidat ?

G.N.O. : je ne sais pas si j’ai répondu à la question. L’ADF/RDA aura son candidat ? Vous pourrez me posez cette question au congrès. Selon les textes, le prochain congrès aura lieu en décembre 2004 si nous arrivons à respecter les délais.

S. : Pensez-vous à nouer des alliances avec d’autres partis de l’opposition ?

G.N.O. : Lors du dernier congrès nous avons eu à nous pencher sur les questions d’alliances. Les militants nous avaient donné mandat pour pouvoir travailler avec les formations politiques qui désirent travailler avec nous. Nous sommes un peu dans cette dynamique en travaillant en alliance avec les deux formations politiques qui forment le groupe parlementaire avec nous. Nous avons l’UDF (l’Union des démocrates du Faso) qui avait quitté en son temps l’ADF/RDA pour des raisons de gestion du parti mais qui aujourd’hui estime que les raisons qui avaient conduit à son départ sont caduques.

Nous avons l’UPD (l’Union des patriotes démocrates) qui travaille en partenariat avec nous. Nous sommes toujours ouverts pour faire des alliances avec toutes les autres formations politiques. Nous avons aussi reçu des félicitations de plusieurs responsables politiques pour notre statut de chef de file et des manifestations de volonté de partis politiques de travailler avec notre parti.

S. : Pensez-vous préférable que les partis aillent au premier tour dispersés afin de dégager un candidat pour le second tour ?

G.N.O. : La réponse à toutes ces questions, c’est au Congrès constitutif de la donner. Il faut d’abord le premier tour pour parler de second tour. Nous allons nous réunir et soyez certains que nous pensons à toutes ces questions. Maintenant si vous voulez me demander mon point de vue sur les candidatures de l’opposition, je peux vous dire quel est mon sentiment.

S. : Quel est le rôle de votre père dans votre formation politique ?

G.N.O. : Vous me demandez quel est le rôle de mon père ? Il a le rôle de tout papa. C’est comme si je vous posais la question : quel est le rôle de votre père ? Si c’est le rôle politique, il est le président d’honneur du parti et son rôle est consigné dans les statuts et règlement intérieur comme pour tous les autres membres. A ce titre, il peut participer aux différentes sessions du parti mais je dois vous signaler qu’il n’a pris part à aucune des réunions des différentes structures du parti depuis le dernier congrès.

S. : Pourquoi l’ADF/RDA n’a-t-il toujours pas de siège ?

G.N.O. : Le siège du parti, est provisoirement au domicile du président d’honneur. Ne pensez pas que cela s’est fait sans débat. A un moment donné, il a été transféré au domicile de Me Hermann Yaméogo. Après le congrès il était question de trouver un siège puisque notre siège, c’est la maison du parti (la maison du peuple) qui a été entièrement financé par nos amis de la Côte d’Ivoire. Les éléphants en pierre sont là pour le témoigner.

Après le congrès extraordinaire, nous avons envisagé la location d’un siège en attendant. J’étais pour que nous ayons un siège indépendant, ne voulant pas que le siège soit ramené au domicile du président d’honneur. La majorité a estimé que nous devons nous assumer. Nous bénéficions d’un siège mis gracieusement à notre disposition et nous n’avons pas les moyens de nous offrir un siège. Il était donc question pour nous d’occuper ce siège en attendant de pouvoir nous offrir un autre à notre stature ou de réclamer notre siège qui est la maison du Peuple. C’était donc une décision du bureau exécutif d’occuper le siège actuel qui est provisoire.

S. : Evaluez-vous les difficultés de votre charge de chef de file de l’opposition ?

G.N.O. : En acceptant cette charge, je n’ignorais pas les difficultés auxquelles je serai confronté. Il m’appartient et il appartient à tous ceux qui m’entourent de faire en sorte que nous accomplissions notre tâche.

S. : Le libéralisme peut-il être à même de sauver la mise pour nos populations ?

G.N.O : Nous ne confondons pas ultra libéralisme et libéralisme solidaire. En matière d’économie, nous parlons de libéralisme solidaire. Il faut une économie de marché, mais nous pensons qu’il faut agir pour réduire la fracture sociale et qu’il faut aussi une redistribution des richesses. Par le jeu des impôts, nous pouvons arriver à redistribuer les richesses et faire en sorte qu’il y ait un développement équilibré dans les régions, les départements, les classes et les couches sociales. Nous avons préconisé lors de nos journées parlementaires à l’ADF/RDA qu’il puisse y avoir un 5e axe au cadre stratégique de lutte contre la pauvreté. Un axe qui concernerait directement les secteurs sociaux parce que vous savez que dans le cadre des secteurs sociaux, il est prévu la mise en place de structures déconcentrées, la construction d’écoles...

Nous estimons qu’il faut rapprocher l’école de l’élève, le dispensaire du malade. Mais nous relevons que vous pouvez être à deux pas de l’école et ne pas pouvoir aller à l’école. Vous pouvez être en face du dispensaire et ne pas pouvoir vous soigner. Nous estimons qu’il faut un volet social, un volet qui doit avoir une politique d’action directe en faveur des familles nécessiteuses et en difficulté pour leur permettre de relever leur niveau de développement. C’est en cela que nous parlons de libéralisme solidaire.

S. : A quand la publication du programme politique de l’ADF/RDA ?

G.N.O. : Nous avons déjà un programme politique mais nous avons entrepris de le réaménager en tenant compte de nos orientations et de la réorganisation du parti. J’ai ici le document du programme politique mais il est à parachever même s’il a été entériné déjà par les cadres.

Nous avons organisé des journées parlementaires à cet effet, et les députés se sont déjà prononcés. Actuellement nous devons le soumettre au bureau exécutif national et nous pensons qu’au Congrès de décembre, il sera mis à la disposition des uns et des autres.

S. : Les programmes politiques de nos partis sont-ils vraiment respectés ?

G.N.O. : Ce que vous dites à première vue est exact dans la mesure où dans notre pays, le Burkina, le programme politique est souvent mis de côté pour faire passer le programme social. Nous sommes dans un pays où tout est prioritaire. Il faut intervenir dans tous les secteurs à la fois et ça pose un certain nombre de problèmes. Il n’en demeure pas moins que chaque formation politique peut apporter sa touche. Nous pensons donc que l’ADF/RDA avec son expérience, son capital de gestion peut apporter quelque chose au Burkina Faso. Les autres parlent de développement solidaire, de socialisme, nous, nous parlons de libéralisme solidaire.

Donc déjà du point de vue idéologique, il y a une divergence. Ensuite il y a aussi nos convictions personnelles, les hommes qui animent ce travail. Le Burkina Faso est un pays pauvre, mais nous ne sommes pas pauvres de nos hommes. Nous avons des potentialités et nous pensons que c’est la manière d’investir, de nous organiser qui peut nous permettre d’aller de l’avant et de sortir de la situation où nous sommes. Prenez la question de l’indice du développement humain durable, nous savons depuis plusieurs années quelles sont les raisons pour lesquelles nous sommes classés pratiquement avant dernier.

Les raisons sont le manque d’infrastructures sanitaires, les questions d’accès aux services sociaux de base, la question de l’éducation et nous pensons qu’il faut agir dans ce domaine. Il faut agir avec conviction dans le domaine de l’éducation, on ne peut pas parler de développement sans éducation.

La première priorité pour nous, c’est d’être en bonne santé.
Après la santé, nous estimons qu’il faut aller sur le volet de l’éducation. Au plan économique, nous avons beaucoup de potentialités et nous pensons aussi qu’il faut aller vers l’industrialisation. Mais pour aller vers l’industrialisation, il y a un certain nombre d’actions qu’il faut mener en matière d’eau, d’électricité. Pour prendre le cas de la région du Nord, nous avons des opérateurs économiques de cette région qui voudraient s’investir et les populations leur demandent pourquoi vous n’investissez pas là-bas. Ils répondent, nous avons des difficultés en matière d’eau, en matière d’électricité, en matière d’écoulement de nos produits.

Voilà un certain nombre de problèmes qu’il faut résoudre. Nous pensons qu’il y a pas de secret pour le développement, le Burkinabè se développera à la sueur de son front. Il y a aussi la lutte contre la corruption qui est un élément important. Il y a aussi l’indépendance de la justice, la bonne gouvernance, voilà tant de questions sur lesquelles nous pouvons apporter notre contribution.

S. : L’ADF/RDA présentera-t-elle un candidat à la présidentielle de 2005 ou est-elle prête à rejoindre un Front uni de l’opposition ?

G.N.O. : Disons que pour nous, l’idéal serait que nous ayons une candidature au regard des forces réelles en présence. A défaut de pouvoir avoir une candidature individuelle dans l’opposition, je pense qu’il serait difficile qu’on puisse s’accorder sur un certain nombre de candidatures. Qui sera capable d’arbitrer ces candidatures ? Si chaque formation politique estime qu’elle est libérée et est capable de présenter un candidat, on assistera à une floraison de candidatures.

Et nul ne pourra s’en offusquer au sein de l’opposition parce qu’il y a deux choix. Soit on se met ensemble et il y a un candidat pour tous ou on ne se met pas ensemble et chaque parti choisit son candidat. Et dans ce cas de figure, personne ne peut imposer un nombre limité de candidatures.
Sur quel critère les gens vont se reconnaître à travers ces candidats ?

S. : La création de l’UNDD n’affaiblit-elle pas quelque peu l’ADF/RDA ?

G.N.O. : Je pense plutôt que l’ADF/RDA depuis son dernier congrès extraordinaire est un parti qui a le vent en poupe et qui a étoffé ses relations au plan international. Sur le plan national, nous sommes en parfaite cohésion avec nos masses et contrairement à tout ce qui se dit nous sommes sereins. Nous savons que nous avons une histoire, nous avons un parti et je vous ai dit tantôt que le Congrès extraordinaire de l’ADF/RDA avait pour but de permettre au parti de se remettre en selle, de gagner des victoires futures. A partir de ce moment, je peux dire que la création de l’UNDD est un acte à déplorer parce que vous avez constaté que la direction de l’ADF/RDA et le peuple militant de notre parti lors de son congrès n’ont pas souhaité exclure quiconque de l’ADF/RDA. Hermann Yaméogo a créé son parti et en bons démocrates, nous en avons pris acte.

Que ce soit les cadres, que ce soit les leaders politiques régionaux, nous savons que quelque chose bouge à l’ADF/RDA et c’est ça aussi qui explique un peu ce qu’on dit de nous. Le jeu politique n’est pas innocent. Quand on parle de vous, c’est parce que vous représentez quelque chose. Nous avons près de 90 formations politiques dans notre pays. Pourtant, pratiquement, tous les deux jours on parle de l’ADF/RDA. C’est une fierté pour nous. A l’ADF/RDA nous sommes ouverts et nous sommes d’accord pour les débats. Vous avez vu que nous répondons rarement aux diatribes, aux procès d’intention qui nous sont faits. Cela est loin de nous perturber, par contre nous y tirons beaucoup de leçons.

S. : Vous semblez avoir été exclu de la CENI du Kadiogo. Il semble que cela soit confirmé. Comment le vivez-vous en tant que chef de file de l’opposition ?

G.N.O. : Tout cela fait partie des agissements pour permettre à notre démocratie d’avancer. Vous savez aujourd’hui, l’opposition compte plusieurs formations. Le bureau exécutif de l’ADF/RDA avant le dernier congrès comptait 46 membres. Avec le congrès extraordinaire nous sommes partis à 65 membres. Le bureau politique national compte 325 personnes sans compter les 45 secrétaires généraux de fédérations et les 13 secrétaires généraux des conventions qui sont membres d’office. C’est vous dire ce que représente notre formation politique. On aurait pu susciter la création de 25, 30, 40 partis et les aligner derrière nous. Mais nous estimons que nous n’atteindrons pas notre objectif. Il y a une part de cynisme et de mauvaise foi dans la politique, dans laquelle nous, à l’ADF/RDA refusons de nous aligner, parce que nous pensons qu’à long terme nous voulons construire sur du solide et non sur du sable.

Car comme on le dit, c’est en vain qu’on construit sur du sable. Que l’on soit à la CENI ou pas, si les élections sont transparentes, le résultat sera là. Et vous verrez que certains représentants n’auront même pas reçu de voix dans leur circonscription. En réalité, il faudrait relativiser, parce que, des échos qui nous parviennent, il ressort que nous sommes pris en compte pratiquement dans presque tous les démembrements de la CENI. Il ne peut pas manquer de cas isolés, mais cela est commun à toutes les formations politiques de l’opposition. Celles-ci ont des difficultés actuellement par rapport à la CENI parce qu’il y a un problème.

Vous vous retrouvez souvent dans une localité, où vous avez 20 partis politiques qui ont des mandats et qui disent qu’ils sont des partis représentatifs de l’opposition. Et lorsqu’on ne tient pas compte de votre poids électoral ni d’aucun critère, et que l’on passe au vote, le résultat, c’est ce que vous connaissez. Mais tout cela fait partie du travail qu’il faut faire. Et personnellement, en tant que chef de file de l’opposition, j’ai entrepris un certain nombre de démarches à l’endroit des principaux leaders des formations politiques de l’opposition. Je crois qu’il y a une bonne disposition qui se manifeste. Ensemble, nous allons peut-être voir après, comment nous allons mettre en commun toutes ces questions de manière à être convaincus qu’il y va de l’intérêt de toute l’opposition et non d’une partie. Ce n’est que lorsque nous ferons un bloc uni que nous serons fort pour obtenir ce que nous recherchons.

S. : Il semble que vous avez été menacé au sujet de votre poste de 3e vice-président de l’Assemblée nationale à un certain moment au point de négocier dans les coulisses.

G.N.O. : Négocier, je n’ai négocié aucun poste. Soyez encore plus précis. Sinon vous avez vu le résultat du vote pour ce poste : 90 votants, 89 pour et 1 abstention.

S. : Il paraît que ça n’a pas été sans tractations.

G.N.O. : Mais... la politique par définition, ce sont les tractations (rires). Comme je vous ai dit, personne n’aime à voir un capitaine qui perd toutes les batailles. Au sujet de cette question de 3e vice-président, j’avais estimé que le combat ne valait pas la peine d’être mené. Mais, mes troupes m’ont dit, il ne faut pas se leurrer, toute victoire est bonne à prendre. Et donc nous sommes dans un combat politique. Ce que nous constatons, c’est que l’ADF/RDA avance. C’est au moins une réalité. D’ailleurs, nous avons même obtenu plus de postes qu’avant.

S. : Des militants réclameraient le retour du RDA original.

G.N.O. : A l’ADF/RDA, nous fonctionnons sur la base de la décision des militants. Si le congrès souhaite majoritairement que l’on revienne au RDA, on revient au RDA. L’essentiel pour nous, c’est l’éléphant qui est la marque déposée et le sigle RDA. Parce que le RDA est une section nationale. Maintenant, il y a des ajouts spécifiques à chaque pays où ce parti existe. Il y a par exemple le PDCI/RDA, l’US/RDA, le PPN/RDA. Je n’ai aucun problème par rapport à l’appellation du parti. Ce sont les militants qui décident et je suis à leur service.

S. : La session parlementaire qui vient de s’achever a été mouvementée. Des députés sont allés en procession au Premier ministère et n’ont pas été reçus, d’autres ont quitté l’hémicycle lors de certaines plénières. Une situation qui a amené le président de l’Assemblée nationale a être critique par rapport à cette donne, ainsi qu’à l’apport des députés aux travaux et débats jugés insuffisants.

G.N.O. : Je n’ai pas eu l’impression, à mon avis, que telle était l’observation faite par le président du parlement. Parce que vous parlez d’apport des députés aux travaux. Lors de son discours de clôture de la première session et aussi à sa dernière conférence de presse, le président de l’Assemblée a salué la production législative du parlement et a estimé qu’il y avait une avancée qui était faite.

Maintenant, par rapport aux comportements de certains de nos collègues ou aux initiatives prises par certains d’entre eux, vous savez que nous n’avions pas pris part à cette activité (procession au Premier ministère). Je peux vous expliquer pourquoi nous n’avons pas participé à cette activité, mais je ne peux pas vous expliquer pourquoi les autres ont participé (rires...). Nous n’avons pas participé parce que nous avons estimé que compte tenu de l’expérience de gestion et des acquis qui sont les nôtres, l’ADF/RDA doit agir toujours en respectant les règles et l’autorité aussi. Parce que pour nous, c’est l’institution que nous respectons.

Nous voulons que demain lorsque nous y serons, cette institution soit respectée comme hier. Et nous voulons que dans l’esprit du citoyen, naissent déjà les points de respect de l’institution républicaine. De notre point de vue, ce débat est purement interne à l’Assemblée nationale parce qu’il s’est agi d’une proposition de loi qui a été déposée par des députés conformément au règlement de l’Assemblée. Maintenant, on pouvait être contre cette proposition de loi. C’était le cas de l’ADF/RDA. On pouvait attirer l’attention du Premier ministre.

A partir du moment où le Premier ministre a eu l’amabilité de nous répondre pour nous donner la date à laquelle il pouvait nous recevoir, parce que pour des raisons de calendrier, ce n’était pas possible, nous ne pouvions plus nous y rendre. Si vous donnez rendez-vous pour demain, je ne dois pas me présenter à vous aujourd’hui.

Pour cette raison déjà, j’estime qu’il fallait se référer à la date ou si la date ne convenait pas, il fallait réécrire pour demander d’avancer la date.

L’autre élément est que si j’étais à ce rendez-vous, je serai allé en tant que parti politique pour l’interpeller en tant que Premier ministre et non en tant que député parce que je sais que la constitution règle les rapports entre les élus et le gouvernement. A partir de ce moment, je sais qu’en tant que député, pour joindre le Premier ministre, je suis obligé de passer par le président de l’Assemblée et quant un ministre veut me joindre, il doit passer par le Premier ministre. Nous avons estimé aussi qu’il était bon pour nous de prendre part aux travaux en session. Mais, les uns et les autres nous ont reproché d’abord le fait de prendre part aux travaux.

Ensuite on nous a dit : « mais pourquoi vous n’avez pas organisé de conférence de presse après pour nous expliquer ». J’ai trouvé cela quand même grave. Pendant que certains expliquent pourquoi ils ne sont pas venus, il faut que nous aussi nous expliquions pourquoi nous sommes allés. Nous avons été élus en tant que députés, et assistons en tant que tel aux travaux. Et s’il faut expliquer pourquoi on prend part aux travaux ! à ce rythme, on viendra à s’expliquer pourquoi, on va à l’école.

En France, j’ai vu des cas. Lorsque l’opposition était contre des projets de loi déposés par le gouvernement, elle a introduit plus de 1190 amendements. Le gouvernement était obligé de retirer son projet de loi, parce qu’à l’examen il n’avançait pas. Et le Premier ministre a été obligé de rencontrer les institutions de l’Assemblée pour voir quelles sont les amendements qui peuvent être faits et quels sont les ajustements nécessaires pour permettre à la loi de passer. Parce que ses ministres venaient tous les jours à l’Assemblée et ne pouvaient plus travailler. Pourquoi nous, au Burkina on ne pourrait pas se mettre ensemble ?

On est 42. Si chaque député fait 25 amendements, et si pour chaque article on fait trois jours, la session pouvait se terminer sans que l’on n’épuise le texte et personne ne peut nous reprocher quoi que ce soit. Si maintenant on nous dit : « Arrêtez le débat, vous exagérez ! ». En ce moment, nous quittons la salle, puisqu’on ne veut pas qu’on débatte, on a des arguments. Mais on trouve que c’est long. En démocratie, on ne peut pas faire une économie du temps.

Nous sommes allés également aux débats parce que nous pensions qu’en notre absence, la loi serait votée à l’unanimité et l’extérieur retiendra que toute la classe politique burkinabè était d’accord pour le vote de la loi. Nous sommes donc allés pour voter contre, pour qu’on sache que la loi n’a pas été votée à l’unanimité.

Nous avions des arguments à défendre quand à la révision du code électoral qui portait sur quatre points essentiels : la circonscription électorale, la CENI, la question de l’ONEL et celle portant sur les élections municipales. Ainsi, nous sommes contre la révision du code électoral, parce que nous la jugeons inopportune, mais nous ne disons pas qu’elle est illégale.

Nous estimions que nous sommes en train de fausser les règles du jeu, parce qu’il n’est pas normal qu’après avoir démarré un tournoi, une des parties dise d’arrêter parce qu’elle encaisse trop de buts, afin de réviser les règles en plein milieu du jeu. Et c’est ce que le CDP a fait. Nous avons démarré avec un texte consensuel. Il y a un calendrier d’élections à venir. Nous pensions qu’il fallait terminer ce calendrier et tirer les leçons par la suite avant de réviser le code électoral. Nous avions dit également qu’il y a eu rupture du consensus. Mais pour le CDP, il n’y a pas rupture de consensus, car le texte adopté par l’Assemblée n’est pas celui consensuel fait par la Commission ad hoc qui a travaillé dessus. Pour nous, le consensus, ce n’est pas d’avoir travaillé sur le texte de loi, ni d’avoir travaillé à la Commission ou encore d’avoir voté la loi ou de l’avoir modifié. Le consensus, c’est que toutes les formations politiques au Burkina, pour une fois, sont allées aux élections et ont accepté ce code électoral parce qu’elles estimaient qu’il y avait un minimum qui leur permettait de participer aux élections. A partir de ce moment, le modifier de manière unilatérale était une rupture du consensus qui s’était fait.

Si le peuple, à un moment donné, a voulu d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI), c’est que la nécessité s’imposait. Il fallait donc travailler à raffermir les pouvoirs et l’indépendance de cette commission. Et je peux vous faire cas de cette fameuse publicité que le député Cyrille Goungounga a lue devant une gargote où il était dit : « Puisque l’alcool nuit au travail, supprimons le travail ». Ici, puisque la CENI pose problème au lieu de renforcer la CENI, on diminue ses pouvoirs. Et nous disons que cela n’était pas la meilleure manière de faire. La révision du code électoral devait prendre en compte, les recommandations de la Cour suprême et celles de la CENI, en vue d’une meilleure transparence du scrutin.

Au niveau des municipalités, changer le scrutin en réalité, c’est craindre la débâcle trop grande. En appliquant la règle du plus fort reste aux élections de 2005, le CDP allait perdre avec cette règle, plusieurs mairies.

Aujourd’hui, nous constatons que dans les municipalités où il y a des difficultés, ce sont des municipalités unicolores, à majorité CDP. Les municipalités ayant plusieurs forces politiques ne donnent pas par contre un exemple d’émiettement, préjudiciable à la démocratie. Autre élément de désaccord que nous avions avec le CDP, c’est la circonscription électorale. Et là aussi, il y a une incohérence dans la volonté politique. Récemment, on nous a amené des textes sur le TOD à l’Assemblée où on a supprimé la province au profit de la région, pour les élections locales. Dans le même temps, on nous ramène un texte, où on nous dit que l’on revient à la province pour ce qui concerne les législatives. Finalement dans quelle politique s’inscrivent ces actions ? Quel est l’objectif recherché ? Voulons-nous une entité régionale ou une entité provinciale ?

Le rôle du pouvoir, c’est de travailler à ce que les gens se retrouvent d’abord dans une identité nationale et ensuite régionale. Il ne faut pas morceler notre identité. Voilà les arguments que nous avons opposés au pouvoir.

Un autre élément plus pernicieux dans l’approche du CDP, c’est que le mode de scrutin a été modifié sans le dire. On nous dit que c’est le plus fort reste qui sera retenu pour les élections législatives. Ce qui n’est pas vrai. Il y a au moins 1/3 des provinces du Burkina dans lesquelles, il s’agira de l’élection d’un seul député. Qu’on me dise comment l’on peut appliquer des restes à un poste qui a déjà été affecté. C’est un scrutin majoritaire à un seul tour qui ne dit pas son nom, nous n’avions pas la majorité pour faire basculer le vote, mais nous avions des arguments que nous croyions nécessaires de porter à la connaissance du pouvoir et de consigner cela surtout pour l’histoire au niveau de l’Assemblée. Et c’est ce travail que nous faisons en commissions et en plénière. Voilà donc pourquoi, nous avons participé aux débats. Pourquoi les autres ont fait autre chose ? Vous leur poserez la question.

Pour l’apport des députés, l’absence d’assistants parlementaires et de bureau constitue un handicap pour la production législative en terme de propositions de lois.

S. : A quelques mois de la présidentielle de 2005, les débats restent focalisés sur une probable candidature de Blaise Compaoré. Votre commentaire ?

G.N.O. : Il faudrait que vous précisez davantage cette question...

S. : Des partis politiques estiment qu’il ne doit pas se présenter conformément à l’esprit de la constitution ?

G.N.O. : Je vais vous lire l’article 37 de la Constitution, si vous permettrez. L’article 37 de la Constitution dit (l’interviewé, document en main, lit...) : « le président du Faso est élu pour cinq (5) ans au suffrage universel direct, égal et secret. Il est rééligible une seule fois ». A notre entendement, toute personne qui a trente cinq (35) ans, peut présenter sa candidature, si la personne n’a pas déjà fait un mandat de cinq (5) ans, renouvelable une seule fois. Peu importe l’identité de la personne.

Maintenant, si vous voulez parlez de l’opportunité de la candidature, je comprends. Il est normal que l’opposition demande effectivement qu’on lui cède le fauteuil. C’est tout à fait de bonne guerre et légitime qu’on puisse faire cette réclamation politique. Mais pour nous, le débat est ailleurs. Il est au niveau de l’organisation de nos forces, car on est en politique et il ne faut pas se leurrer. Tout le monde sait que cette demande (la réclamation politique) sera inopérante. Pourquoi foncer droit dans le mur ? Nous allons peut-être réclamer la cession du fauteuil, mais à côté de cela nous allons préparer notre stratégie. Ce qui est important, c’est la stratégie. Comment nous allons arriver à obtenir l’alternance et l’alternative que nous recherchons. Il n’y a pas de secret, c’est dans l’unité d’actions que nous pouvons arriver à cela.

S. : Ce n’est donc pas Blaise le problème, mais plutôt l’opposition ?

G.N.O. : Il est une partie du problème (rires...). C’est une équation à résoudre. Et tous, on est conscient de cela. Dans cette affaire, chacun voit son vis-à-vis comme un problème.

S. : Le précédent invité de la rédaction (l’archevêque de Ouagadougou) s’était dit favorable à l’alternance au Burkina mais s’était demandé si en dehors de Blaise Compaoré, les autres hommes politiques pouvaient diriger ce pays ?

G.N.O. : Je suis un catholique pratiquant et je respecte ma hiérarchie. Mais, il vous a dit qu’il s’exprimait à titre personnel. Et en tant que citoyen burkinabè, c’est son droit le plus absolu de s’exprimer. On ne peut pas refuser aussi aux citoyens le droit de s’exprimer. Et c’est ce que nous pensons à l’ADF/RDA. Nous fonctionnons sur des principes démocratiques. Chacun à le droit de s’exprimer, de donner son point de vue et de répondre aux questions que vous lui posez, en tant que citoyen burkinabè. Et je n’ai pas de jugement à porter à l’expression de ce que ce citoyen pense être sa conviction personnelle. Peut-être que cela indique un travail que l’opposition doit mener vis-à-vis de lui, pour le convaincre à nous soutenir.

S. : Pour revenir sur le consensus, n’avez-vous pas l’impression que vous voulez que le CDP enlève le gâteau de sa bouche pour le mettre dans la votre. Parce que la démocratie n’est pas le consensualisme, malgré tout.

G.N.O. : De quel consensus parlez-vous d’abord ?

S. : Vous avez dit que le consensus a été brisé sur la révision du code électoral en certains de ces points. Pensez-vous que la démocratie, c’est le consensualisme ?

G.N.O. : La démocratie, ce n’est pas le consensualisme mais le consensus fait partie de la démocratie. Et tout cela correspond à des étapes d’une évolution démocratique de notre pays. Je vous ai dit par ailleurs que nous n’ignorons pas le droit du CDP de modifier le code électoral. C’est son droit le plus absolu de le faire. Je vous ai développé des arguments de forme et de fond. En la forme nous évoquons ce qui n’a pas marché de notre avis.

Maintenant si le CDP veut nous donner le gâteau, on le prendra. A un moment donné ils peuvent peut-être estimer qu’ils sont fatigués et qu’ils sont usés.

S. : La situation en Côte d’Ivoire se complique de jour en jour, malgré les nombreuses négociations de paix, du fait de la radicalisation de la position des protagonistes. Comment voyez-vous l’issue de cette crise ?

G.N.O. : La situation de la Côte d’Ivoire est tragique pour elle-même et pour l’ensemble de la sous-région. Les accords de Linas-Marcoussis sont reconnus par la sous-région, l’Union africaine, la communauté internationale, comme étant la seule voie possible de résolution pacifique de ce conflit fratricide. Il est alors malheureux de constater que cette voie n’est pas empruntée et que des actes unilatéraux accentuent l’impasse. De notre point de vue, ce drame affecte profondément la grande communauté burkinabè, vivant en Côte d’Ivoire, de même que les autres communautés de la sous-région qui se retrouvent souvent en situation d’otages.

A notre avis, il y a un travail à faire au niveau de la communauté internationale pour qu’on arrive à une solution pacifique. J’ai appris avec beaucoup d’attention que le Secrétaire général de l’ONU vient de rencontrer le président Laurent Gbagbo. Nous espérons que cette rencontre puisse donner des résultats pour de nouvelles dynamiques en vue de la réconciliation et la paix en Côte d’Ivoire. Et il n’y a que la communauté internationale pour aider à cela.

La seule issue pacifique à cette crise, c’est l’application intégrale des accords de Marcoussis. Je dois signaler que nous avons un parti frère qui joue un rôle important dans ce pays et essaie activement de s’impliquer pour l’application des accords de Marcoussis. C’est le PDCI/RDA. Je dois ajouter sur cette question que toutes les guerres se terminent par des négociations. Quelle que soit la situation, il faudra qu’on arrive un jour à une solution pacifique. On ne peut pas rester éternellement dans cette situation.

S. : Parlant de votre parti frère, ce qui se passe en Côte d’Ivoire, n’est-elle pas la résultante d’une certaine politique qui a montré son incapacité à réunir les Ivoiriens ?

G.N.O. : Le président Félix Houphouët Boigny a fédéré les Ivoiriens. Il s’est battu comme il pouvait pour cela. En politique, ce qui est important, ce n’est pas de se tromper. Tout le monde se trompe. Pourvu qu’on se trompe de bonne foi et qu’on accepte de s’amender pour repartir sur un bon pied. Quand nous, nous parlons de nos convictions à l’ADF/RDA, peut-être que c’est erroné, mais l’essentiel pour nous, c’est d’être de bonne foi et d’être convaincus de ce que nous faisons. Et cette bonne foi nous amène, lorsqu’il est établi que nous sommes dans l’erreur, à nous corriger et à nous amender, à accepter l’autocritique et à avancer. On me dira encore que ce sont des termes révolutionnaires.

S. : Au sujet toujours de la Côte-d’Ivoire, votre prédécesseur, M. Hermann Yaméogo, avait tenu par moments des propos qui lui ont valu la colère d’une certaine frange de l’opinion. Vous qui étiez parmi les dirigeants de l’ADF/RDA, est ce que vous étiez sur la même longueur d’onde que votre président concernant certains ses propos ?

G.N.O. : Si vous aviez suivi l’actualité en son temps, ma position avait été claire. A l’époque, j’étais le secrétaire aux relations extérieures de l’ADF/RDA. Cette déclaration,je l’ai apprise en même temps que tout le monde dans la presse.

S. : Est-ce que cela ne préfigurait pas déjà le divorce d’avec Me Hermann Yaméogo ?

G.N.O. : Ma position à moi seule, ne peut pas préfigurer d’un divorce. Peut-être la position dominante de la majorité des membres de l’ADF/RDA. Regardezcequisepasse dans les grandes démocraties occidentales. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Quand on parle de Nation, il faut avoir ce sentiment commun d’appartenir à une nation et savoir souvent taire ses intérêts personnels dans le cadre de l’intérêt de la Nation. Je vous ai dit que l’ADF/RDA agira toujours en conformité avec le vœu de ses militants, de sa base, sans jamais trahir l’intérêt du peuple et de la Nation. Ce sont des éléments importants pour nous. Car c’est le ciment, le fondement même de notre action. Il y a des questions importantes sur lesquelles les partis se retrouvent ensemble dans l’intérêt de leur pays.

Vous avez suivi la situation de l’Irak aux Etats-Unis. Il y a eu comme un regroupement de toutes les formations politiques derrière cette question. Il y a plein d’autres exemples en Occident, où les partis politiques se retrouvent pour des questions d’intérêts nationaux. Maintenant, lorsqu’il s’agit du jeu politique, des opérations électorales, chacun repart à la case départ. Et pour ramener cela à notre exemple au Burkina Faso, je prends l’équipe nationale de football. Il y a plusieurs équipes de première division. Et chaque fois qu’il y a un match, chaque équipe a ses supporters. Mais lorsque l’équipe nationale joue, tous les supporters de toutes les équipes sont au stade pour supporter l’équipe nationale. Les partis politiques à mon avis sont des équipes sportives. Parce qu’on nous dit aussi de faire la politique dans le fair-play. Lorsque l’équipe nationale joue et lorsqu’il s’agit des intérêts de notre pays, nous devons tous faire bloc, quitte après à nous régler les comptes et nous dire les vérités, parce que ce n’est pas une position de faiblesse, ni une position d’accompagnement. C’est juste pour dire que nous sommes tous conscients de notre appartenance à un même navire.

S. : Comment analysez-vous la tenue du Sommet du G8 à Sea Island, aux Etats-Unis et principalement, ce qui a été réservé à l’Afrique ?

G.N.O. : Effectivement, les grands de ce monde se sont réunis et ont invité « à table » les pays les plus défavorisés. Il y a eu un certain nombre d’actions qui ont été entreprises, notamment, la volonté d’aider le secteur privé, les questions relatives à la relance du mécanisme de Doha, les questions relatives à l’appui à l’initiative PPTE qui doit se terminer en 2004 et qui devait être prolongé sur deux ans. Il y a aussi les questions relatives au VIH/Sida, à la polio, etc.

Mais la presse a relaté l’agacement des présidents africains, notamment de Thabo M’Béki qui disait que les grands de ce monde perçoivent les Africains comme des mendiants. Voilà cinq ans que les Africains sont invités à cette « table », mais hélas ! Ils constatent que les choses n’avancent pas comme ils le souhaitent. Des efforts sont faits mais les résultats escomptés ne sont pas encore atteints. Le développement de l’Afrique ne viendra que de lui même. Les pays asiatiques se sont développés par leur travail. Il faut que l’Afrique aussi se mette au travail. Il faut qu’ensemble, nous regardions dans la même direction. Parce que souvent, ce n’est pas le manque d’énergie qui pose notre problème, c’est plutôt son gaspillage.

Et nous gaspillons nos énergies à nous combattre, plutôt qu’à combattre les maux qui minent notre société. C’est là que l’Afrique doit travailler et persévérer. Bien sûr, il faut continuer à mettre la pression auprès des grands de ce monde, pour qu’ils acceptent de nous accompagner dans certaines de nos politiques, mais le déclic ne viendra que de nous mêmes, de notre prise de conscience, de notre volonté réelle de travailler. J’ai eu la chance de voyager dans plusieurs pays et j’ai vu comment les uns et les autres travaillent. Il faut que nous arrivions à ce niveau de conscience où chacun sait qu’il est important pour chacun d’apporter sa contribution à l’édifice national et que sa voix est prise en compte. Il faut cela à l’Afrique. Nous espérons que cela arrivera et nous apporterons notre contribution dans ce sens.

S. : Et comment voyez-vous la crise en Irak et au grand Moyen-Orient ?

G.N.O. : Vous savez que c’est la partie la plus chaude actuellement du monde. Aujourd’hui, ils promettent de relancer un certain nombre de choses, notamment la feuille de route pour le Moyen-Orient. Mais, quand à l’Irak, vous constatez que c’est une poudrière aujourd’hui. Vous avez suivi les positions du président Chirac sur l’Irak. Lorsqu’on lui a demandé quelle est sa position sur la présence d’armes en Irak, il a répondu qu’il n’avait pas à ce jour d’éléments lui permettant d’affirmer que ce pays possédait ou pas des armes de destruction massive.

Il est donc resté sur sa soif en disant que le seul avantage en Irak, c’est que le pays a été débarrassé de son dictateur. Maintenant, est ce qu’il y a la paix et la quiétude retrouvées en Irak ? Le gouvernement intérimaire pourra-t-il s’assumer à la fin du mois ? Est-ce qu’on va lui donner le pouvoir de s’assumer ? Voilà autant de questions qui sont posées en Irak et qui restent à résoudre.

S. : Il y a la recrudescence du conflit en RD Congo alors qu’on sait que Me Gilbert Ouédraogo occupe une place importante au sein du parlement africain. Est-ce que ce parlement se saisit de ces questions ?

G.N.O. : Le Parlement panafricain a un rôle consultatif, son premier mandat est de cinq (5) ans. Il a commencé cette année et se terminera dans cinq (5) ans. Les députés qui sont élus au parlement panafricain siègent pendant la durée de leur mandat dans leurs parlements d’origine. Ce parlement est en train de travailler sur des textes organisationnels. Le Burkina Faso est représenté dans la Commission des affaires juridiques par ma modeste personne et nous sommes en train de travailler sur le premier règlement intérieur du parlement panafricain. Pour le moment, le parlement s’attelle à des tâches administratives qui consistent en la rédaction du premier règlement intérieur, en la préparation de son budget, en la vérification des pouvoirs et des mandats des députés et ce n’est que plus tard que nous pourrons nous pencher sur ces questions.

Sinon, dans ses avis consultatifs, le parlement a pour but aussi de travailler à ce qu’il y ait plus de cohésion et d’intégration entre les peuples africains et qu’il y ait la paix. Ce sont des questions sur lesquelles, le parlement peut interpeller la commission et vice-versa. Et le fait de se retrouver dans ce parlement doit nous permettre d’aller vers une cohésion. Quand vous prenez l’Europe, elle ne s’est pas construite en un seul jour. C’est le fruit d’un long processus. Et même dans les pays de l’Est, il y avait toujours des guerres. C’est donc vous dire que la route est longue, mais elle est inévitable. Il faut seulement avoir le courage, d’affronter l’adversité et d’avancer. A terme, l’Afrique connaîtra aussi sa période de joie, de bonheur et de développement.

S. : Quelle alternative pour l’Afrique d’aujourd’hui, face à la déroute des nations et des fédérations.

G.N.O. : Cela revient à la réponse que je viens de donner. Aujourd’hui, il faut aller vers l’Union africaine. Quoi qu’on dise, par moments, nous sommes en avance sur certains pays européens. L’Euro est venu après le FCFA. Nous avions déjà le FCFA que nous partagions. Il y a des domaines où contrairement à ce que les uns et les autres pensent, l’Afrique est en avance sur des pays de démocratie ancienne. Et tout cela s’est construit sur le temps. Il n’y a pas d’autres voies pour que l’Afrique aille de l’avant. Des pays pauvres émiettés face à un monde qui se globalise, je ne vois pas d’avenir pour eux. Nous n’avons qu’un seul choix : mettre en commun nos forces, mesurer nos faiblesses et avancer avec courage, détermination et volonté.

S. : Ils ne sont pas très nombreux les Burkinabè qui connaissent votre parcours avant que vous ne soyez nommé ministre de l’Action sociale en 2000. Quelles sont les principales phases de ce parcours ?

G.N.O. : Je suis avocat de profession. J’ai commencé mon stage d’avocat dans le cabinet d’avocats associés de Me Benoît Sawadogo et Me Franceline Toé. Dans ce même cabinet se trouvait Me Sankara Bénéwendé. J’ai commencé le pré-stage en 1992. En 1993, j’ai prêté le premier serment pour être sur la liste des avocats stagiaires alors que le même jour, Me Sankara qui était du même cabinet que moi prêtait le serment pour devenir avocat titulaire. Et je me suis mis en collaboration avec Me Franceline Toé, qui entre temps, avait créé son cabinet d’avocats. Par la suite en 1996, j’ai créé mon propre cabinet.

Après cela, avec un certain nombre de collègues, dont Me Amidou Sawadogo et Me Appolinaire Kyelem, nous avons créé en 2000 une société civile de moyens, dénommée liberté et justice, ce qui fait penser à justice et démocratie. C’est une société où les avocats mettent en commun leurs avoirs pour travailler, chacun gardant son autonomie et ses dossiers. Jusqu’au moment où j’ai été au gouvernement, depuis ce temps, je n’ai plus exercé.

Mais je dois parler aussi des procédures que j’ai eu à engager dans le cadre de ma profession d’avocat. D’abord, j’ai défendu le dossier de révision TPR du président Gérard Kango Ouédraogo. C’était l’un de mes premiers dossiers comme avocat. Nous avons obtenu sa réhabilitation, la condamnation de l’Etat et l’exécution de la décision. J’ai défendu aussi Me Hermann Yaméogo, qui avait été interpellé, dans le cadre d’une procédure que nous ne maîtrisons pas, puisqu’il était député au parlement burkinabè, qu’il n’y avait pas de flagrant délit et qu’il avait été interpellé par la gendarmerie. Je me suis constitué auprès du procureur et j’ai suivi le dossier. A l’époque déjà, j’avais entrepris d’adresser des correspondances au parquet, au président de l’Assemblée, au Premier ministre pour demander l’application de la Constitution. J’ai suivi ce dossier jusqu’à ce qu’il soit libéré.

J’ai eu à défendre Philippe Ouédraogo du PAI, dans le cadre de la procédure PAI contre Touré Soumane, nous avons gagné ce procès. J’ai défendu aussi Halidou Ouédraogo, Tolé Sagnon et autres, dans le cadre de la procédure relative à l’atteinte à la sûreté d’Etat où il y avait une déclaration faite à l’époque sur l’armée et là, il y a eu un collectif de 44 avocats pour défendre ce dossier. Jai été désigné comme le coordonnateur de ce collectif et celui chargé d’assurer la stratégie de défense de ceux qui étaient poursuivis et aussi d’arrêter l’ordre d’intervention des avocats ainsi que la coordination avec l’extérieur, c’est à dire avocats sans frontières. Je suis aussi membre de cette organisation.

J’ai eu également à défendre Halidou Ouédraogo dans le cadre du procès dit l’Affaire de 100 millions en Côte d’Ivoire. A plusieurs reprises, j’ai pris part à toute cette procédure.

J’ai défendu aussi l’US/RDA, (l’Union Soudanaise RDA du Mali) en difficultés par rapport à son récépissé et qui avait perdu son procès en première instance. L’US/RDA avait donc demandé à son parti frère l’ADF/RDA de l’assister. Et devant la cour d’appel de Bamako, nous avons eu un procès au cours duquel nous avons obtenu gain de cause et où l’US/RDA a été rétabli dans ses droits. A toutes les procédures du RDA, j’étais là. j’ai toujours été l’avocat du RDA. Pour les recours relatifs aux élections municipales et législatives, j’ai défendu toutes ces questions. Et tout cela sans évoquer les questions ayant trait aux divorces, accidents, les autres procédures en droit des affaires, en droit pénal...

D’ailleurs, je suis pénaliste de formation. J’ai fait une maîtrise en droit pénal, option carrière judiciaire. J’ai soutenu également un DEA de droit privé et de science criminelle. Je me suis inscrit en thèse que je n’ai pas terminée.

Toujours dans le cadre des procédures, j’ai défendu des dossiers en Europe, en Grèce notamment. J’ai également effectué un stage d’avocat en France.

J’ai été aussi très actif dans le monde associatif, puisque j’ai été pratiquement responsabilisé à tous les niveaux de mon parcours que ce soit à l’Ecole primaire, au Lycée, à l’Université et dans le barreau.

S. : A l’image de votre parcours professionnel, votre parcours politique est tout aussi impressionnant. Vous avez été ministre de l’Action sociale et maintenant 3e vice-président de l’Assemblée nationale, leader de parti politique, chef de file de l’opposition, député au Parlement panafricain. Peut-on dire que vous êtes déjà, atteint à cet âge, comme votre père du virus de la politique ?

G.N.O. : Ce que je peux dire, c’est peut-être de regarder un peu dans le rétroviseur pour voir ce que j’ai pu faire. D’abord, je suis né dans la politique et j’ai vécu dans la politique dès ma tendre enfance. J’ai participé à des meetings, très jeune, j’ai vécu les ambiances électorales, j’ai grandi dans la politique. J’ai été responsabilisé très tôt à l’école primaire ainsi qu’au lycée où j’ai été délégué CDR et délégué CR après. A l’université, j’étais membre du Comité central de l’ODP/MT dès ma première année. J’ai travaillé à installer les structures à l’université. Après cela, j’ai été le responsable des élèves et étudiants du RDA à l’époque.

J’ai été aussi le responsable des élèves et étudiants de la CFD (Coordination des forces démocratiques). Toutes les actions qui ont été menées, au temps de la CFD, à l’université, j’ai eu à les coordonner avec d’autres camarades. J’ai même pris la parole à des meetings à l’époque déjà au nom des élèves et étudiants. Après cela, j’ai été candidat aux élections législatives de 1992 dans le Houet. Naturellement, j’ai été battu parce que j’étais 7e suppléant sur la liste et c’était ma première expérience. Par la suite, j’ai été secrétaire à la jeunesse du RDA. En 1998, j’ai été porté secrétaire aux relations extérieures de l’ADF/RDA et en 2003, président de l’ADF/RDA. Voilà un peu mon parcours. Il vous appartient maintenant de juger si oui ou non je suis atteint par le virus de la politique.

S. : Quelle est votre ambition personnelle étant dans la politique ?

G.N.O. : C’est de servir mon peuple

S. : Jusqu’à quel niveau ?

G.N.O. : A tous les niveaux où le peuple veuille que je sois.

S. : Accepterez-vous un jour d’être « Naaba » ?

G.N.O. : Naaba, c’est à dire ?

S. : Etre chef de village

G.N.O. : Peut-on renier ce qu’on est ? Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. Si je devrais être Naaba un jour, je garderais à l’esprit qu’être Naaba, c’est être au service des autres. Plus on est élevé, plus on doit se plier à la volonté des autres. Car comme on le dit chez nous le chef, c’est la poubelle. Mon message de campagne a toujours été ceci : si je suis devant aujourd’hui, que ce soit dans ma région ou dans mon parti, ce n’est pas parce je suis plus beau, plus intelligent, plus âgé ou plus expérimenté que les autres. C’est parce qu’il y a un contrat social qui veut qu’à l’origine, il y ait quelqu’un qui dirige un mouvement.

Et c’est une chance que les camarades aient pensé à un moment donné que vous pouvez être celui qui peut conduire ce mouvement. Et vous devez une reconnaissance permanente à ceux qui vous ont désigné. Parce que vous devez les servir avec loyauté et dignité. C’est comme cela que je perçois les choses. Chaque fois qu’on me responsabilise, je le vis comme un sacerdoce. C’est une mission et un devoir à accomplir et je dois continuer en ayant cela à l’esprit. Je dois aussi dire que s’il y a un chef, c’est qu’il y a des courtisans. Il faut avoir du monde pour être chef. Et nous, nous sommes au service de ce monde.

S. : Quel est l’homme d’Etat auquel vous voudriez vous identifier ?

G.N.O. : Il est difficile de dire qu’on voudrait s’identifier à tel homme d’Etat ou à tel autre. Il y a plein d’hommes d’Etat de référence qui, à un moment donné de l’histoire ont pu apporter quelque chose à leur pays, au monde. Je préfère que ce soit le peuple qui m’identifie à quelqu’un plutôt que ce soit moi-même, parce que moi je travaille avec les gens et je laisse les autres juger. Je suis ouvert également à la critique et c’est très important. Quand je suis devenu ministre de l’Action sociale, on m’a demandé si mon jeune âge n’était pas un handicap. J’ai répondu en disant que cela pouvait être un handicap à la condition que je n’en sois pas conscient.

Mais je suis conscient de ma jeunesse et à partir de ce moment, je dois être humble, écouter les autres et apprendre beaucoup. Et je suis prêt à écouter et apprendre. D’ailleurs, ce matin j’apprends beaucoup avec vous. Et à chaque instant de ma vie, j’apprends. Même à la mort, on apprend.

S. : Que pensez-vous de la chefferie traditionnelle et de sa place dans la vie politique ?

G.N.O. : La chefferie traditionnelle, c’est quelque chose de sacré. Les chefs traditionnels doivent pouvoir incarner et servir nos valeurs traditionnelles et nos traditions. C’est notre fond culturel commun. Et les chefs traditionnels doivent avoir comme repères des valeurs de dignité, de justice, de cohésion sociale, de solidarité. Et pour être de la famille royale, on nous enseigne que le chef est au service de l’autre. Et même jusqu’aujourd’hui, il y a des contrées dans lesquelles lorsque quelqu’un n’a pas mangé dans le village, le chef du village ne dort pas. Parce qu’il faut qu’il donne sa part de repas à l’indigent. C’est cela la chefferie traditionnelle. Ce sont des valeurs sûres. Aujourd’hui, nous, nous sommes à cheval entre tradition et modernité, il faut que nous ayons des références fortes.

La chefferie traditionnelle moaga est venue au Burkina depuis Gambaga, mais ne s’est pas imposée. Quand elle est arrivée, elle a travaillé et partagé avec les autochtones. Et c’est ainsi que la terre a été confiée aux Tensoba et aux Bougba qui étaient des autochtones. Dans la tradition pure, vous ne verrez aucune contrée du Plateau central ou du Nord où un chef mossi est propriétaire de terres.

Bien qu’il soit le chef, la terre appartient aux Tengsoba et aux Bougba. Voilà un peu la vision que j’ai de la chefferie traditionnelle. Parlant maintenant de la politique, nous sommes face aux exigences de la modernité.

Le chef traditionnel est un citoyen burkinabè. La constitution garantit à tout citoyen burkinabè le droit de faire de la politique. Il appartient au chef de pouvoir gérer au mieux les conflits qui peuvent surgir de ces deux intérêts. Telle est ma vision. Mais la question est très complexe et on pourrait faire une thèse dessus.

S. : Il semble que votre nom « botanique’’ est Namruda, c’est-à-dire celui qui va monter au pouvoir. Par ailleurs, tous vos grands frères ont échappé au virus de la politique, mais vous qui êtes le benjamin, curieusement, vous avez vu le « tuyau » dès que vous êtes arrivé en politique. Peut-on parler de prédestination ou est-ce que le papa vous avait préparé ?

G.N.O. : Chez nous, on ne croit plus au leader éclairé. C’est fini. Il n’y a que par la force de son travail et par ses convictions qu’on peut avancer. C’est bien d’être le fils de Gérard Kango Ouédraogo.

Quand on parle de fils à Gérard Kango Ouédraogo, c’est plutôt le fils spirituel qu’il faut voir et non celui qui est né de Gérard K. Ouédraogo, c’est-à-dire son fils biologique. On peut être son fils et avoir des difficultés.

L’homme se construit. Il doit se battre et il doit avancer.

Donc je vais vraiment me tromper en croyant que j’ai une prédestinée.

Ma prédestinée, c’est d’être au service de mes semblables.

S. : Vous êtes jeune. Est-ce que vous fréquentez certains lieux de distraction tels que les boites de nuit ?

G.N.O. : Il n’y a pas d’interdiction. Mais personnellement, je ne sors pas beaucoup.

J’ai une façon d’aller vers le peuple. Il faut aller chercher le peuple où il est.

Je suis jeune et cela m’oblige et me pousse à beaucoup réfléchir avant d’agir. J’ai la chance d’être jeune et de comprendre les problèmes des jeunes. Cela est également un atout.

Sidwaya

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