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SITHO 2008 : Dynamiser le tourisme ouest-africain

Accueil > Actualités > DOSSIERS > SITHO 2008 • • jeudi 25 septembre 2008 à 07h59min

En dépit de leurs potentialités touristiques, les pays africains peinent à attirer de nombreux touristes internationaux et ne profite que très peu d’un secteur pourtant en pleine expansion. Un rapport commandé par l’UEMOA propose des réformes pour mieux s’insérer dans le tourisme mondial

Face aux frais exorbitants à payer et aux tracasseries rencontrées pour l’obtention des visas, participer à un salon de tourisme dans un pays européen relève de la témérité pour un promoteur touristique africain. Le lancement d’un salon au Burkina, dans ce pays situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest était plus qu’une nécessité. Désormais, ce ne sont plus les africains qui vont faire leur promotion en Europe, mais ce sont les Tours Opérateurs des pays du Nord qui viennent découvrir les offres de produits touristiques susceptibles d’intéresser leurs clientèles, et tisser des relations commerciales.

Le succès rencontré par le Sitho depuis son lancement il y a cinq confirme qu’il répond aux attentes de nombreux professionnels du secteur. Le nombre de participants professionnels est passé de 60 en 2004 à 143 en 2006 et cette année encore, le nombre de participants devrait augmenter. C’est que sur le continent africain, beaucoup de pays ont pris conscience, un peu tardivement, que le tourisme peut être un facteur de développement et de lutte efficace contre la pauvreté.

L’activité touristique mondiale est en pleine expansion depuis une dizaine d’années, on est passé, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), de 562 millions en 1995 à 842 millions de touristes en 2006, une activité dominée par les pays du Nord qui accueillent plus de 90% des touristes. Les échanges touristiques ont généré 628 millions de dollars de recettes en 2006, soit 12% des exportations mondiales, mais le contient africain ne s’en tire qu’avec 3% des recettes.

De fait, et en dépit de ses énormes réserves touristiques, le continent africain est non seulement sous représenté en tant que destination touristique, mais il accueille des touristes bas de gamme, peu lucratif. Un touriste reçu en Europe ou au Moyen-Orient dépense presque 1,5 fois plus qu’en Afrique. En Amériques, il dépensera 1082 dollars contre 571 dollars en Afrique. Les pays du Maghreb et ceux d’Afrique australe s’en sortent mieux et tirent leur épingle du jeu en captant respectivement 59,6% des flux touristiques en Afrique et les seconds 25,5% contre seulement 6,4% pour les pays d’Afrique de l’Ouest, 4,6% pour les pays de l’Est et à 0,9% en Afrique centrale.

Afin de mieux capter la manne touristique en impulsant un dynamisme au secteur, les pays membres de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) ont commandé une étude dont les conclusions devaient de base à l’élaboration d’une politique commune en la matière. Intitulée « Etude relative à l’élaboration de la politique commune du tourisme de l’UEMOA », l’étude qui a été bouclée en octobre 2007 est un document de plus de 100 pages et contient de manière détaillée, l’état des lieux du tourisme ouest-africain, puis des propositions destinées aux gouvernements respectifs.
On y apprend que l’UEMOA « ne représente que 4% des arrivées sur le continent, soit environ 1622 156 touristes en 2005 » dont 55% de touristes non résidents, essentiellement Européens.

Comparée au Maghreb et à l’Afrique australe, le tourisme ouest-africain est peu dynamique mais représente néanmoins 2% du Produit intérieur brut (PIB) de l’Union. En 2006, l’activité touristique a généré 400 milliards de F CFA et créé près de 215 000 emplois en 2006. Les auteurs du document ont minutieusement identifié les contraintes qui bloquent l’essor du tourisme africain, à commencer par « la faiblesse des investissements, notamment avec le désengagement des Etats des secteurs productifs et la prise de relais timide des investisseurs privés », mais aussi « le déficit de promotion de l’offre sur les marchés émetteurs, le faible développement du tourisme intra communautaire et intérieur, le développement d’une hôtellerie informelle non encadrée livrant de plus en plus une concurrence déloyale aux établissements installés légalement, une faiblesse des produits et services touristiques résultant notamment de la qualification limitée des professionnels, des lenteurs administratives et un cadre réglementaire désuet ou déficient ». Il y a surtout que le fait que, très régulièrement, l’image de l’Afrique véhiculée par les médias n’incite guère à la visiter. L’instabilité politique, les échéances électorales qui sont devenues, qu’elles soient respectées ou pas, des rendez-vous à hauts risques, des violences postélectorales, les prises d’otages à répétition dans le désert…autant de handicaps qui empêchent le développement de l’activité touristique dans cette partie du monde.

A ces contraintes d’ordre politique, l’étude mentionne également « le coût prohibitif des transports aériens et une déserte intérieure encore insuffisante des zones semi urbaines ou rurales à vocation touristique ». Par moment, le prix du billet Ouagadougou-Dakar avec Air Burkina atteint 311200 F CFA, à peu près le même coût que le trajet Ouagadougou-Paris environ 357 700 F CFA. Le F CFA étant arrimé à l’euro, l’appréciation de la monnaie européenne par rapport au dollar depuis des années affecte également la compétitivité de l’offre touristique dans l’espace UEMOA.

Le Visa Touristique Entente (VTE) adopté en 2000 et censé faciliter la libre circulation durant une période de 60 jours au Burkina, Bénin, côte d’Ivoire, Togo et Niger n’est plus délivré, les pays n’étant pas parvenus à s’entendre sur les règles de répartition et de gestion des frais et recettes. Après une expérience qui a duré quelques années, l’harmonisation de la fiscalité sur l’activité touristique a été abandonnée, chaque pays appliquant ses propres règles. La TVA diffère ainsi d’un pays à l’autre : entre 18 et 21,31% en Côte, 18% au Burkina, au Mali, au Bénin et au Togo, mais 19% au Niger. En 2007, le Sénégal a revu à la baisse son taux fiscal qui est passé de 18 à 10% dans le but d’améliorer la compétitivité de son offre touristique.

Malgré cet état des lieux peu reluisant, les auteurs de l’étude se veulent pourtant optimistes sur l’avenir du tourisme ouest-africain pour peu que des mesures appropriées soient prises et mises en œuvres. Car, comparativement aux autres continents, « les arrivées de touristes en Afrique croissent de 3 à 4 fois plus vite qu’en Europe et en Amériques ». Entre 2005 et 2006, le nombre de touristes a augmenté de 12% en Afrique au sud du Sahara et globalement, le taux de croissance des flux a été de 10,6% sur l’ensemble du continent, contre 8,3% pour l’Asie-Pacifique, 3,1% pour l’Europe et 2,5% pour l’Amérique.

Si les dirigeants des pays de l’UEMOA veulent dynamiser le secteur touristique comme ils le proclament, l’étude leur recommande de mutualiser leurs moyens pour mieux offrir « une large gamme d’attractions, riche de toute l’authenticité du capital touristique de l’Union et répondant aux différentes demandes » (loisirs, écotourisme, découvertes, tourisme haut de gamme. L’offre devrait être mieux structuré en regroupant les principaux produits touristiques que sont le Balnéaire (mer, soleil, plages, pêche), le désert (soleil, dunes de sable, oasis, méharées, trekkings...), la nature (parcs, réserves, cascades, fleuves, lacs, safari, chasse) et la culture (traditions, civilisations, histoire, archéologie). Le document insiste enfin sur l’amélioration de la visibilité de l’offre touristique sur les marchés émetteurs en développement des partenariats entre les acteurs de la chaîne de commercialisation des produits touristiques, la mise en place d’une cellule régionale de promotion et de développement du tourisme et l’amélioration de l’accueil des touristes.

Joachim Vokouma
Lefaso.net

P.-S.

Lire aussi notre dossier :
SITHO 2008

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