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36es assises de la presse francophone : Trois raisons d’espérer

Accueil > Actualités > Multimédia • • lundi 28 juin 2004 à 08h21min

Edouard Ouédraogo

Pour les nombreuses manifestations qui vont environner le Xe Sommet de la Francophonie de Ouagadougou des 26 et 27 novembre 2004, l’Union internationale de la presse francophone -UPF, sera l’un des tout premiers acteurs à allumer ses feux.

C’est en effet du 17 au 22 du même mois qu’elle réunira son 36e congrès dans notre capitale, sacrifiant ainsi à la tradition qui veut que les assises de la presse francophone se tiennent en amont de la grand-messe des pays ayant le français en partage et qui n’a été démentie qu’en 2001 quand le Sommet de Beyrouth fut différé par suite des attentats al quaedistes du 11 septembre.

Cette année-Ià, précautions sécuritaires obligent, nos chefs d’Etat n’ont pas osé braver la providence en se risquant dans une ville aussi géopolitiquement sensible que la capitale libanaise, livrant ainsi l’hôtel Phoenicia qui venait d’être princièrement relustré à leur intention, aux seuls journalistes pour leurs 33es assises.

Comme cela est également de bonne tradition francophone, la fourchette du 17 au 22 novembre a été judicieusement mesurée : ni trop près du sommet pour contourner l’insoluble problème de l’hébergement, ni trop loin pour permettre à la poignée de confrères souhaitant en assurer la couverture, d’avoir à le faire dans les meilleures conditions qui soient.

De vingt ans l’aînée de la Francophonie intergouvernementale, l’UPF a vu le jour en 1950 sous l’appellation quelque peu longuette d’Union internationale des journalistes et de la presse française et dont l’abrégé en UIJPLF n’était pas moins rébarbatif à mémoriser.

C’est pourquoi aux 33es assises de Beyrouth d’octobre 2001, il a été décidé de faire désormais plus court, pour complaire à l’économie de temps et d’espace qu’exige l’âge du numérique qui se met en place.

D’où le nouveau sigle d’UPF pour Union internationale de la presse francophone, le souci de concision ayant conduit comme on le voit, à sacrifier le "I".

C’est cette association cinquantenaire, doyenne de toutes les structures de la Francophonie, qui va drainer en novembre prochain à Ouagadougou près de deux cents participants, compte non tenu de leurs éventuels compagnes ou compagnons.

Ils viendront de tous les domaines de l’information : journalisme, édition, formation et recherche.

Si tout se passe selon nos prévisions, ils accourront non seulement des pays de la galaxie francophone, mais également de capitales inattendues telles Chisinâu en Moldavie, Bakou en

Azerbaïdjan ou encore Los Angeles en Californie ; bref, de contrées qui, tout en restant ce qu’elles sont, n’en abritent pas moins une presse d’expression française militante.

Avec déjà des biennales de notoriété internationale comme le FESPACO, le SIAO ou la Semaine nationale de la culture (SNC) en attendant pour bientôt la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO), notre pays a définitivement acquis la maîtrise et l’habitude des grandes kermesses culturelles, sportifves et autres.

Prises sous cet angle, ces 36es assises de la presse francophone n’auront pas de quoi émerveiller les Burkinabè, accoutumés qu’ils sont déjà aux jamborees de toutes sortes. L’inédit ici, c’est que ce sera bien la première fois que se retrouveront réunis à Ouagadougou, autant de professionnels, non cette fois pour relayer ce que font les autres, mais pour constituer eux-mêmes le cœur de l’événement.

Sous réserve de la formulation définitive qu’en donnera le secrétariat international de l’Union, ces retrouvailles plancheront sur la protection du journaliste.

Nul de bonne foi ne saurait contester l’opportunité d’un tel thème, tant la conjoncture africaine et internationale de la dernière décennie a été assombrie de journalistes qu’on assassine ou d’autres qu’on embastille.

Il s’agira alors de rappeler les pouvoirs publics à leur devoir constitutionnel de garants de la vie de leurs concitoyens et partant, des hommes de médias dans l’exercice de leur noble métier. Ce qui commande qu’au plan politique, ils œuvrent à prévenir tout engrenage inquisitorial pouvant par exemple, conduire aux syndromes Norbert Zongo jadis au Burkina, Jean Hellène naguère en Côte d’Ivoire.

En droit, il s’agira d’appeler l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement qui siégeront quelques jours plus tard, sur la nécessaire dépénalisation des délits de presse.

Mais qu’on se comprenne bien : cette dépénalisation dont l’UPF a intensifié la croisade depuis l’arrivée à sa présidence internationale du célèbre Hervé Bourges ( 1 ), ne vise aucunement à gratifier le journaliste d’une manière d’immunité qui le hisse au-dessus des lois ; pas plus qu’il ne s’agit d’en faire un irresponsable au sens juridique du mot, incapable donc de répondre de ses actes devant le juge.

Que non ! Car il est plutôt question de demander que soient expurgées de tous les codes de l’information, les clauses portant peines d’emprisonnement ; celles-là même sous les rigueurs desquelles des confrères ont été tour à tour écroués, fermés au Cameroun (2), au Togo (3) et au Niger.

Le motif du plaidoyer pour la dépénalisation telle que ci-avant expliquée est que le délit de presse s’apparente en dernière analyse au délit d’opinion. Condamner donc un journaliste à une peine privative de liberté du fait de son travail, revient en conséquence à en faire un prisonnier d’opinion, voire politique, état réprouvé par tous les instruments de défense des droits humains dignes de ce nom.

En somme, il s’agira de rappeler à nos gouvernements qui aiment à se targuer souvent de l’absence formelle dans leurs geôles de détenus pour délit d’opinion comme d’un indice irréfutable de gouvernance démocratique, qu’il reste encore du

chemin à faire, tant qu’il y aura des journalistes et dans les textes qui régissent leur métier, des dispositions qui permettent de les mettre sous mandat de dépôt.

Mais il n’y aura pas que les seuls hommes de médias à tirer profit des assises UPF. Notre pays, à condition de savoir se saisir de cette extraordinaire chance qui lui offrira ce concentré de faiseurs d’opinion et d’images, n’en sortira pas perdant, bien au contraire : les gains aux congressistes, les bénéfices au Burkina tout entier, devrait-on pouvoir dire au moment des comptes, paraphrasant la nationale des jeux.

Ce disant, ne nous attardons pas sur ce que ces assises, comme toutes les autres célébrations francophones périphériques : maires, parlementaires, hommes d’affaires, écrivains, juridictions supérieures - s’associeront au sommet proprement dit pour redorer l’image de notre pays.

Voyons surtout ce que le Burkina devra savoir spécifiquement tirer de cette tribune inespérée que lui dresseront ces journalistes venus de tant de continents et dont pour beaucoup, ce sera la première fois de fouler notre sol.

A nous par exemple de savoir nous saisir de leur présence chez nous pour prendre à témoin par leur relais, le monde entier, du tort économiquement génocidaire que nous cause l’inique système des subventions agricoles pratiquées par les pays du Nord, cette honteuse politique de dumping qui étouffe sur le marché mondial, le coton africain et paupérise en conséquence les millions d’agriculteurs subsahariens qui en vivotent.

Rien ne fera autant que d’amener les journalistes à constater in situ dans un pays comme le nôtre, la tragédie du coton dont assurément nous Africains noirs auront éprouvé dans l’histoire, la double malédiction : d’abord pour avoir autrefois comme esclaves, sué sang et eau pour le faire pousser dans le sud-américain ; ensuite, pour continuer aujourd’hui encore à ahaner pour presque rien, parce qu’il y a toujours le même sud des Etats-Unis qu’il faut engraisser à nos dépens.

Deuxième avantage comparatif à tirer par notre pays, c’est que les assises UPF sont aussi l’occasion pour les participants, d’aller à la rencontre d’un pays et de son peuple, à travers leurs richesses culturelles, artistiques et touristiques.

Nous reviennent alors en mémoire ces propos fort élogieux égrenés par un confrère suisse en octobre 2001 au Liban lors d’une halte des congressistes au monastère de Ksara de retour de Balbek.

- De toutes les villes africaines, a-t-il dit en substance, Ouagadougou est celle dont la seule sonorité me fait le plus rêver.

Des pics de Sindou au périmètre cynégétique d’Arly ; des dunes de Gorom au ranch - Safari de Nazinga auxquels on peut ajouter Loango, Manéga, Bazoulé et Sabou, "Jurassic park" à quelques encablures de Ouagadougou, le Burkina a de quoi assouvir jusqu’à plus soif, les rêves de magie et de découvertes exotiques ou anthropologiques de tous ceux qui viendront.

A nous seulement de savoir initier des circuits à la hauteur de la réputation de troisième destination touristique que le Faso est en passe de se tailler dans la sous-région. Le retour sur investissement en paraît à terme assuré, puisqu’édifiés par tant de cartes postales grandeur-nature, les journalistes de retour chez eux, démultiplieront cette vocation touristique du Burkina Faso.

Pour toutes ces raisons, les prochaines assises de la Presse francophone de Ouagadougou sont à réussir de toute urgence. Ce n’est donc point trop tôt de commencer à y travailler en invitant d’ores et déjà à la mobilisation générale, tous les professionnels de l’information de notre pays.

Edouard OUEDRAOGO
- Directeur de l’Observateur paalga
- Président de l’UPF/Burkina
- Vice-président international de l’Afrique de l’Ouest.


Notes :
(1) : Ancien directeur de l’Ecole supérieure de journalisme de Yaoundé, ancien président de TF1 et du Conseil supérieur de l’audiovisuel, CSA ;

(2) : Pius Njawe du Messager ;

(3) : Lucien Messair du Combat du peuple ;

(4) : Maman Abou du Républicain.

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