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Partis politiques : Le nombrilisme ne fait pas la démocratie

Accueil > Actualités > Politique • • vendredi 25 juin 2004 à 11h38min

Si la pléthore de partis politiques était forcément synonyme de
vitalité et de dynamisme démocratiques, alors le Burkina serait
l’un des pays les plus démocratiques, au monde. Au "pays des
hommes intègres", on dénombre pas moins de quatre-vingts
partis enregistrés au ministère de l’Administration territoriale et
de la Décentralisation.

Cet encombrement de l’espace politique
n’est pas une mauvaise chose en soi. Seulement, on s’interroge
sur les motivations réelles des promoteurs de ces formations
quand on sait qu’au Burkina, il n’y a pas quatre-vingts idéologies
encore moins autant de projets de société.

Dans ces
circonstances, on est porté à croire que la floraison des partis
est essentiellement liée à des considérations d’ordre purement
alimentaire. Plusieurs partis n’existent que de nom et leurs
militants (s’ils en ont), ne rempliraient pas une cabine
téléphonique.

Au-delà donc de l’anecdote, cette caricature du
paysage politique peint bien une triste réalité. Combien sont-ils
les partis à disposer d’un siège et d’un contact fiable ? On ne
s’en rend compte que lorsqu’on cherche à leur adresser une
correspondance. C’est la croix et la bannière.

Assurément, la
politique a perdu toute sa noblesse, toute sa beauté et tend de
plus en plus à devenir un fonds de commerce si ce n’est déjà le
cas.

Des partis moribonds qu’on avait oubliés jusqu’au sigle, refont
surface, comme par enchantement, à la veille de chaque
consultation électorale. Sans doute qu’on assistera de nouveau
à ce triste spectacle au fur et à mesure de l’approche de
l’élection présidentielle de 2005. La politique est ainsi conçue et
prise comme une entreprise commerciale, le propre des
républiques bananières.
Conséquence : on voit naître à la pelle des formations
politiques. Chacun préfère être une tête de rat au lieu d’être celle
d’un lion, même s’il se trouve incapable de mobiliser dans sa
propre famille.

C’est peut-être cette pagaille que l’Ouganda a
voulu éviter en décrétant "une démocratie sans partis". Si on ne
peut pas suivre Yuweri Museveni dans cette voie, à l’inverse,
"trop de partis" tue également la démocratie. On en vient donc à
croire que beaucoup fondent des partis pour mieux se prostituer
et en tirer des prébendes.

Quoi qu’on dise, l’émiettement de la
faune politique profite à un camp et on est fondé à se demander
s’il n’est pas suscité.
Dans un tel contexte où la morale politique est dévoyée, il
importe donc d’imposer certains critères avant toute délivrance
de reconnaissance, comme par exemple disposer d’un siège
autre qu’un domicile. Il est évident qu’une telle disposition mettra
tout de suite hors-jeu la plupart des partis et pas des moindres.

Ils sont effectivement très peu à disposer d’un siège. A défaut
d’appliquer ce critère pour la reconnaissance, on pourrait le
maintenir pour la subvention de l’Etat, comme c’est le cas au
Mali. Cette rigueur conduira beaucoup de formations politiques
à mourir de leur belle mort et dissuaderait un tant soit peu tout
aventurier. De même, une enquête de moralité préalable pour
déceler les brebis galeuses et les délinquants de droit
commun, apporterait plus de vertu dans cette mare
nauséabonde aux caïmans. C’est une question de salubrité à la
fois publique et politique.

Si aujourd’hui, on remarque une
désaffection pour la chose politique, c’est sans doute parce que
les acteurs ne donnent pas tous les gages de sérieux et d’une
haute vision de l’intérêt public.

Dans les années 1970, il y avait moins de partis au Burkina,
mais la vie politique n’était pas moins dynamique et moins
transparente qu’aujourd’hui. Autant le parti unique est
anti-démocratique, (n’en déplaise au communisme) autant
l’extrême pluralité des partis peut ridiculiser la démocratie. Les
pays développés que nous politiciens aiment prendre comme
exemple, nous enseignent la modération en la matière, eux qui
pourtant comptent des dizaines voire des centaines de millions
d’habitants.

En Afrique où la nation est plus une fiction juridique
qu’une réalité, tant de partis politiques pour de si faibles
nombres d’habitants, peuvent à terme, mettre à rude épreuve
l’unité nationale. Gouvernants et législateurs devraient
commencer à y songer en se mettant au-dessus des
considérations politiciennes.

Le Pays

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