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Démission de Musharaf : L’Afrique devrait s’en inspirer

Accueil > Actualités > International • • mercredi 20 août 2008 à 10h41min

Pervez MusharafElle avait fini par lasser une bonne partie des Pakistanais. La page Musharaf est à présent tournée, ce qui n’a pas été sans susciter des scènes de liesses populaires dans les rues d’Islamabad, la capitale, et bien au-delà. Pourquoi d’ailleurs s’en étonner ? Arrivé en 1999 par un coup de force, Pervez Musharaf voyait de plus en plus s’effondrer sa cote de popularité depuis son hold-up électoral pour se maintenir au pouvoir.

Une image davantage détériorée par l’assassinat de l’opposante légendaire Benazir Bhutto, derrière lequel d’aucuns avaient, à tort ou à raison, vu la main du pouvoir. Le président Musharaf était donc en sursis avec l’accélération des événements. Une situation rendue plus compliquée par la determination de l’opposition, dont les pouvoirs ont fini par se renforcer à la suite de sa victoire aux dernières élections législatives, à avoir sa peau.

A présent, Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto assassinée en décembre, Nawaz Sharif et autres peuvent crier victoire. Pour ne pas subir l’ultime humiliation d’une destitution (impeachment) annoncée, Musharaf a donc préféré prendre les devants. C’est un acte de courage et de sagesse s’il en est, qu’il faut saluer à sa juste valeur. Qui plus est, Musharaf montre, par ce geste d’élégance, qu’il tient à sa dignité.

Dans tous les cas, un bras de fer interminable entre lui et le gouvernement de coalition n’aurait ni servi ni grandi le Pakistan. Il aurait plutôt encore plongé le pays dans les profondeurs d’une crise politique et socio-économique déjà fort dommageable pour cet Etat.

Il faut donc se réjouir qu’une page se soit enfin refermée et qu’une nouvelle ère s’ouvre pour le bonheur du peuple pakistanais qui n’a que trop souffert, si tant est que cette ère parvienne à remettre ce pays sur les rails et à l’extirper de la farandole des Etats constamment marqués par l’instabilité.

Toutefois, si Musharaf a été plus ou moins contraint à la démission, cela n’est pas étranger au bon fonctionnement des institutions pakistanaises. Il aura donc fallu que les mécanismes de contrôle du pouvoir d’Etat jouent suffisamment bien leur rôle pour éviter au Pakistan la perpétration d’un nouveau coup d’Etat. On est bien loin du cas mauritanien où le blocage institutionnel a fini par être réglé par les armes, comme c’est malheureusement souvent le cas sur le continent.

En rendant le tablier, Musharaf permet à son pays de soigner son image. Et en cela, le Pakistan donne là des leçons de démocratie aux républiques bananières du continent africain et ce, à divers niveaux.

D’abord, combien de chefs d’Etat africains prendraient la sage et courageuse décision de démissionner quand bien même le contrat de confiance censé les lier à leur peuple a été rompu ? Beaucoup d’entre eux ont intériorisé, s’ils ne l’ont pas affichée, la devise “moi ou le chaos”, de sorte que la seule façon de les contraindre à quitter l’Olympe reste le recours aux armes.

Ensuite, combien sont-ils, les parlements africains présentant la même configuration que celle du Pakistan, où l’opposition détient la majorité et ne s’aviserait pas de se laisser prendre au jeu dangereux des compromissions avec le pouvoir ?

Ailleurs, il y a bien longtemps que des députés de l’opposition auraient vite répondu aux sirènes d’un pouvoir en mal de popularité, qui tenterait de corrompre en rond.

Enfin, force est de constater que sous nos tropiques, le vocable "impeachment", ce système emprunté aux Anglo-saxons, est pratiquement méconnu des parlements, du moins en pratique. Combien sont-ils dans les parlements africains, à oser engager une telle procédure de destitution contre le grand manitou, même si ce dernier devient une grosse arête en travers de la gorge de son propre peuple ? Bref, c’est dire combien Musharaf, le Pakistan et son peuple ont du mérite. Du mérite également pour Musharaf d’avoir prouvé que malgré son statut de militaire, il n’était pas prêt à mettre les godasses dans les plats, quitte à tout mettre sens dessus dessous dans la seule intention de confisquer le pouvoir.

Puisqu’il est militaire, on peut croire qu’il a toujours du répondant dans la caserne. Dans tous les cas, on sait que, sur le continent noir, le statut d’ancien militaire suscite parfois en bien des chefs d’Etat une impression d’invicibilité – cas du Guinéen notamment et du Togolais disparu Eyadéma - qui finissent par croire qu’ils peuvent tout se permettre, y compris violer les principes démocratiques. Pervez Musharaf aura montré au reste du monde qu’il n’est pas de cette espèce-là.

Comme quoi, tout se ramène finalement à la conception que chaque président se fait du pouvoir et de la démocratie.

Cependant, on ne saurait occulter le rôle des Etats-Unis dans le changement de la donne au Pakistan. Sans doute Musharaf se serait-il maintenu aux affaires si tel avait été le souhait des Etats-Unis. Pour le malheur de Musharaf, George W. Bush avait fini par prendre quelque distance avec son fidèle allié dont les résultats sur le terrain de la lutte contre le terrorisme ne sont pas à la hauteur des attentes de la Maison blanche.

Que pouvait gagner Washington à toujours s’accrocher à un allié contre le terrorisme, qui avait fini par perdre le contrôle sur ses propres extrémistes islamistes ? C’est clair, Musharaf, jadis champion de la lutte contre l’extrémisme religieux, était devenu un allié de pacotille pour la Maison blanche qui lui a sans doute conseillé de tirer sa révérence.

En tout cas, en rendant le tablier, le dirigeant pakistanais peut éprouver la satisfaction morale d’avoir mis fin à l’inconnu, avec l’imminence du départ de George W. Bush de la Maison blanche. Son maintien au pouvoir en dépit de tout, aurait sans doute affecté les rapports entre Washington et Islamabad. Un risque que l’Amérique n’a pas voulu prendre.

“Le Pays”

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