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Chef de file de l’opposition : Pourquoi maintenant ?

Accueil > Actualités > Politique • • jeudi 24 juin 2004 à 10h08min

Joseph Ki-Zerbo

Le choix de Me Gilbert Ouédraogo, président de l’ADF/RDA, par le président de l’Assemblée nationale, comme chef de file de l’opposition continue de faire des vagues. Pour le PDP/PS du professeur Joseph Ki-Zerbo, dont la déclaration est parvenue hier à la rédaction, la décision de Roch Marc Christian Kaboré pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. Pourquoi le pouvoir accepte de faire aujourd’hui ce qu’il a toujours refusé de faire depuis des années, s’interroge-t-on ?

Depuis plusieurs années, la question du statut de l’opposition en général, celle de son chef de file en particulier, a fait l’objet de prises de positions par les forces politiques de notre pays, toutes tendances confondues. En dépit de l’adoption de la loi N°007-2000/AN, le pouvoir n’avait jamais voulu donner une réponse claire aux nombreuses et pertinentes questions qui sont posées par les acteurs de la vie politique nationale.

Aujourd’hui, à la surprise générale, le président de l’Assemblée nationale par lettre N° 2004-0266/AN/PRES/CAB du 21 mai 2004 a pris la décision de conférer au président de l’ADF/RDA le titre de « Chef de file de l’opposition ». Le PDP/PS, après une analyse de la nouvelle situation ainsi créée, se fait le devoir de donner à l’opinion nationale sa position sur cette décision du chef du parlement.

En l’an 2000, dès la promulgation de la loi, notre parti avait engagé plusieurs démarches auprès des premiers dirigeants du pays, à savoir le chef de l’Etat, le Premier ministre, le président de l’Assemblée, pour exiger la prise de textes d’application de cette loi. A toutes ces démarches, les autorités n’ont apporté aucune réponse sérieuse.

Les responsables de l’exécutif se contentant de nous renvoyer vers le chef du parlement qui, à son tour, par des promesses vagues se proposait de faire des concertations sur la question avec les parties intéressées. Plus récemment encore en 2003, nous avons pris d’autres initiatives dans ce sens, mais qui sont restées sans suite.

En son temps, le PDP/PS n’a bénéficié de l’appui réel d’aucune force politique Ce qu’il faut souligner, c’est le fait qu’outre le refus du pouvoir d’examiner favorablement notre revendication, le PDP/PS n’a bénéficié de l’appui réel d’aucune autre force politique toutes tendances confondues dans sa revendication d’une juste application de la loi. L’injustice et l’arbitraire érigés en méthodes de gouvernement ont donc eu raison du droit et de la vérité.

Fort de cette logique, le CDP et ses alliés naturels ou de circonstance ont brimé le PDP/PS à plusieurs reprises. Ce fut le cas à l’occasion de la désignation des représentants de notre pays à l’Union africaine, à la CEDEAO et à la Haute coure de justice. C’est cela la logique du régime burkinabè, c’est le sort qu’il réserve aux véritables opposants !

Nous estimons que la récente lettre du président de l’Assemblée nationale a un caractère hautement politique, qui traduit la volonté du pouvoir de choisir « son » chef de file à la mesure de ses calculs politiques du moment. L’évolution actuelle de la situation politique contraint le régime à opérer des fuites en avant pour tenter de récupérer une situation qui lui est de moins en moins favorable.

En effet, le processus de regroupement engagé par l’opposition véritable ne manque pas d’inquiéter le pouvoir. Face donc à cette nouvelle initiative, le pouvoir veut faire le compte de ses amis et des alliés sûrs afin de s’assurer que son camp reste hégémonique. Dans ce processus, ce qu’il y a de remarquable, c’est la position justement de l’ADF/RDA qui, après quelques rencontres avec les autres forces de l’opposition, a choisi de ne pas suivre cette initiative.

La conséquence de cette attitude de l’ADF/RDA, c’est la fragilisation de ses positions à l’occasion de la mise en place de démembrements de la CENI. Et c’est cela que recherchait le pouvoir dont la logique est de diviser pour régner. Si l’opposition se fait prendre dans ce piège, alors c’est le régime qui aura gagné. Ainsi, il affaiblit le camp de ceux-là qui s’opposent à juste titre aux mesures antidémocratiques relatives à la candidature de Blaise Compaoré et à la modification du code électoral.

Empêcher le PDP/PS de prétendre légitimement occuper la 3e vice-présidence de l’Assemblée

Au niveau de l’Assemblée nationale elle même, dans les conditions actuelles, la publication précipitée de la lettre du président a pour but d’empêcher le PDP/PS de prétendre légitimement occuper la 3e vice-présidence, une éventualité que le CDP ne peut accepter compte tenu des prises de positions de notre parti sur les questions essentielles de la vie politique nationale.

Maintenant que la décision est prise, des questions importantes se posent :
Quelle est la valeur juridique de cette lettre du président de l’Assemblée en l’absence de véritables textes d’application au regard de la constitution qui consacre la séparation des pouvoirs ? C’est une question essentielle, car contrairement à ce que certains pensent, il ne s’agit nullement de questions de pures formes.

Par ailleurs, on peut légitimement s’interroger sur la justesse de l’interprétation de l’article 12 de la loi no 007-2000/AN du 25 avril 2000. En effet, avec les changements intervenus au niveau de l’ADF/RDA du fait de la création de l’UNDD, il est évident que dans les conditions actuelles, le total des suffrages obtenus par l’ADF/RDA de Me Gilbert Ouédraogo est fortement modifié. Du reste, c’est ce que semblent confirmer les calculs faits par le bimensuel « l’Evénement » dans son N° 45 du 10 juin 2004 et qui attribuent à l’ADF/RDA 200 488 suffrages contre 241 918 au PDP/PS, chacun des deux partis ayant 10 députés. Aussi, quelle aurait pu être l’avis de la Cour constitutionnelle sur cette question ?

Enfin, pourquoi le pouvoir accepte de faire aujourd’hui ce qu’il a toujours refusé de faire depuis des années ? Le PDP/PS est convaincu que cette décision du chef du parlement pose plus de problèmes qu’elle n’en résout et qu’elle constitue un acte dangereux pour notre démocratie ! C’est pourquoi nous lançons un appel à toutes les forces politiques qui se battent pour une démocratie véritable pour qu’elles dénoncent toutes les manœuvres tendant à liquider les principes élémentaires du jeu démocratique. Aussi, nous exigeons qu’à la suite de la promulgation de la loi, de véritables textes d’application soient pris dans les meilleurs délais !

Ouagadougou, le 21 juin 2004

Pour le PDP/PS Le président national du parti,
Pr Joseph Ki-Zerbo

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