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Burkina Faso-Côte d’Ivoire : Un mariage avec interdiction de divorce

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • mardi 29 juillet 2008 à 11h34min

La première visite d’Etat du président Koudou Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire au Burkina Faso, les 27, 28 et 29 juillet 2008, offre l’opportunité de revenir sur les relations spéciales qui existent entre les deux pays. Les populations qui forment aujourd’hui, d’une part la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso de l’autre, ont depuis des siècles, des rapports étroits dans l’espace ouvert ouest-africain.

L’administration française, de 1933 à 1947, a regroupé dans la même colonie les populations ivoiriennes et une grande partie de celles burkinabè. Ainsi, nos parents ont été des Haut-Ivoiriens, avec tous les devoirs et tous les droits liés à ce statut. Ensemble, les élites ivoiriennes et voltaïques ont cheminé sur les chemins sinueux de l’émancipation de la fin de la grande guerre à 1960. Les deux Etats qui ont acquis la souveraineté nationale et internationale ont reconnu l’interdépendance qui les lie et ce, jusqu’à nos jours, nt de leur fraternité.

Des Etats florissants et bien organisés existaient en Afrique, notamment dans la sous région ouest-africaine, depuis le VIIIe siècle jusqu’à la pénétration coloniale. Les historiens qui ont étudié cet espace notent l’existence de droits de douane aux frontières, expression d’un commerce international florissant. Des commerçants d’Afrique du Nord et d’Europe de l’Ouest fréquentent la région pour vendre du sel et se procurer de l’or. Les principaux empereurs et rois ont développé d’intenses relations diplomatiques permettant les échanges de produits divers : le sel, les tissus, les bijoux, les livres, les objets de luxe du Nord, puis l’or et les noix de cola du Sud. Les peuples qui occupent aujourd’hui les territoires de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso ont entretenu des relations privilégiées avant la pénétration coloniale. L’aventure coloniale a divisé des Etats et des peuples unis par l’histoire avec des frontières artificielles qui n’ont de sens que pour l’administration moderne. Cette communauté de vie a milité en faveur de la résignation du rattachement d’une grande partie de la colonie de Haute-Volta (Burkina Faso) à la Côte d’Ivoire en 1933. Par cet acte d’accompagnement à la mise en valeur de la colonie de Côte d’Ivoire pour l’économie de traite, l’administration française a contribué au brassage des populations ivoiriennes et voltaïques (burkinabè).

Deux territoires, un peuple

Depuis lors, des ressortissants de la colonie de Haute-Volta ont élu domicile dans ce pays frère, qui les a adoptés. Fonctionnaires ou simples bras valides ont participé à asseoir une Côte d’Ivoire prospère et hospitalière, exemple d’intégration des peuples en Afrique de l’Ouest. De nombreux Voltaïques ont fait les bancs à l’Ecole primaire supérieure de la ville de Treich Laplène (Treichville), de celle du gouverneur Binger (Bingerville) en Basse Côte d’Ivoire. Ce séjour a créé au niveau des élites voltaïques une certaine sympathie pour ce pays voisin, un compendium de fraternelles volontés positivement complices. Celles-ci ont ensemble mené la lutte pour l’indépendance au sein de partis politiques fédéraux, qui ont osé revendiquer ouvertement la liberté et le droit à l’autodétermination.

Les indépendances n’ont pas ralenti la dynamique d’intégration des peuples ivoirien et voltaïque, contribuant à une fusion qui donne l’impression d’un seul peuple. Dans les années 1960, cela a même convaincu les premiers responsables des deux Etats qui ont voulu octroyer la double nationalité à leurs populations. En avance sur leur temps, ces révolutionnaires n’ont pas pu concrétiser leur rêve. Si les pouvoirs publics voient deux Etats, les populations vivent une fraternité intense qui leur impose un devoir de solidarité et d’assistance mutuelle. Même la crise ivoirienne n’a pas démenti cette évidence. Des Burkinabè ont préféré repartir dans leur Côte d’Ivoire pour “ partager ensemble les souffrances de la guerre (…) ”. Cette solidarité a été aussi forte dans les quatre coins du Burkina Faso car sur dix familles burkinabè, neuf ont au moins un membre en Côte d’Ivoire.

Et, que de mariages mixtes, de familles mixtes, de pensées et d’appartenances philosophiques, économiques et culturelles mixtes. Que de Kouadio, de N’Guessan de Kouassi, de Domoua “ burkinabisés ” et que de Yaméogo, de Sanou, de Ouédraogo, de Compaoré “ ivoirisés ” (…). Les autorités politiques comprennent ce mariage de raison et travaillent à consolider les liens entre elles au bénéfice des populations. Fidèle à la politique de bon voisinage qu’il a toujours prônée et appliquée, et sur la base de la solidarité historique avec la Côte d’Ivoire, le président Compaoré a appelé les protagonistes au dialogue et à la négociation pour la résolution de cette crise. Le Burkina Faso a pris des mesures sécuritaires et fermé ses frontières avec la Côte d’Ivoire, afin d’empêcher toute infiltration d’éléments militaires sur son territoire à partir du 23 septembre 2002.

L’Accord de Ouagadougou et le train de la paix : confirmation de la fraternité ivoiro-burkinabè

Après les Accords de Linas-Marcoussis (France) signés entre les protagonistes en janvier 2003 et à l’initiative des présidents Gbagbo et Compaoré, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale du Burkina Faso a effectué une visite d’amitié et de travail en Côte d’Ivoire, les 8 et 9 mai 2003. Cette séance de travail a porté essentiellement sur les relations bilatérales entre les deux pays. A cet effet, les deux parties ont mis en exergue la nécessité d’enclencher et de promouvoir la dynamique du dialogue en vue de renouer et de consolider les relations séculaires d’amitié et de fraternité qui ont toujours existé entre les peuples ivoirien et burkinabè.

Par ailleurs, les deux parties ont réaffirmé la nécessité de sécuriser les frontières, de garantir la libre circulation des personnes et des biens et de promouvoir la défense des droits humains. Sur le plan économique, les deux délégations ont décidé d’entreprendre toutes les actions susceptibles d’accélérer la reprise des activités économiques entre les deux pays. En outre, elles ont insisté sur la nécessité de la reprise du trafic ferroviaire et la relance du commerce, en particulier celui du bétail et de la viande entre les deux pays dans les meilleures conditions de sécurité et de fluidité.

A la suite de cette mission et toujours dans le cadre de la restauration de la confiance entre la Côte d’ivoire et le Burkina Faso, Mamadou Bamba, ministre ivoirien des Affaires étrangères, a séjourné le 30 mai 2003 à Ouagadougou.
La rencontre au sommet entre le président Compaoré et son homologue ivoirien, Laurent Gbagbo à Bobo-Dioulasso, le 26 novembre 2003 et la tenue de la troisième grande Commission mixte ivoiro-burkinabè à Abidjan, les 15 et 16 juillet 2004, ont réaffirmé la nécessité pour les deux pays de renforcer leurs relations de bon voisinage et de coopération et d’œuvrer de concert à la restauration du climat de confiance nécessaire à l’épanouissement de leurs populations respectives. Les deux parties ont également réaffirmé leur engagement à empêcher toute bande armée étrangère de se servir de leur territoire comme base-arrière aux fins de mener des actions de déstabilisation contre leurs pays respectifs. Elles ont également convenu de renforcer et d’intensifier leur coopération en matière de sécurité et de défense.

Le président Compaoré a toujours montré sa disponibilité à accompagner les Ivoiriens à retrouver la quiétude. Il a soutenu, entre autres, les Accords de Linas-Marcoussis du 24 janvier 2003, ceux d’Accra du 07 mars 2004 et celui de Pretoria du 06 avril 2005. Toutes les communautés burkinabè, ivoirienne et internationale ont salué l’Accord de Ouagadougou signé le 04 mars 2007, grâce à la médiation du président Compaoré. Le président Compaoré, par sa fine connaissance des hommes, de l’histoire et des enjeux de cette crise, a développé et continue de développer d’importants efforts pour permettre aux Ivoiriens de se réconcilier, de retrouver une confiance mutuelle entre les acteurs de la crise, d’élaborer et mettre en application, une feuille de route pour vaincre la conflictualité.

Le Burkina Faso a réussi l’exploit, à travers la facilitation du dialogue direct ivoirien. L’Accord de Ouagadougou a ouvert une avenue pour une nouvelle Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même et déterminée à asseoir des bases solides pour une paix durable, pour le bonheur des deux pays.

Ibrahiman SAKANDE
Email : ibra.sak@caramail.com
(Source documentaire :
Centre de Recherche-diffusion
Yangrin Sawadogo sur la Paix
et le Développement
du Dr Poussi Sawadogo)

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