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Aide alimentaire : Le temps de la remise en cause

Accueil > Actualités > International • • mercredi 16 juin 2004 à 07h54min

La coopération bilatérale entre le Japon et le Burkina s’articule
autour de différents centres d’intérêts, allant de la formation à
l’aide alimentaire. Récemment encore, le Pays du soleil levant a
fait preuve de son amitié envers le Burkina en s’investissant
dans divers domaines porteurs de développement pour le
Burkina.

L’aide alimentaire de 6 000 tonnes de riz participe de
cette contribution japonaise à l’avènement d’un Burkina
prospère, à travers la réalisation de l’auto-suffisance
alimentaire. Il n’y a donc rien à redire sur l’excellence des
relations qu’entretiennent Ouagadougou et Tokyo.
Sauf que l’aide alimentaire en question, faite essentiellement
de riz américain, pourrait paraître incongrue, voire suicidaire,
dans un contexte national marqué par la mévente du riz local.

Cette aide intervient en effet au moment où la filière riz traverse
une grave crise en raison surtout de l’incapacité des
producteurs à écouler leurs denrées. Problème de distribution,
argue-t-on. Le problème, au Burkina de 2004, n’est pas tant une
pénurie que l’accès aux produits alimentaires.
Les vivres sont disponibles. Il s’agit de les mettre à la
disposition des populations.

Ainsi, des stocks importants de riz
pourrissent dans les magasins, faute d’acheteurs. Le ministre
d’Etat Salif Diallo est bien payé pour le savoir, lui qui, dans ses
tournées, doit de façon récurrente répondre à cette
préoccupation des producteurs. Le bon sens aurait donc voulu
que le riz local soit privilégié dans la politique nationale de
sécurité alimentaire, quitte à trouver un complément extérieur.

Toute aide alimentaire venant de pays amis devrait,
logiquement, s’inscrire dans cette dynamique.
Dans le domaine des céréales, la pratique est courante. Il est
fait recours à la production nationale pour constituer les stocks
de sécurité ou pour gérer les cas de crise alimentaire. Après
une campagne agricole excédentaire de plus d’un million de
tonnes, le Burkina est dans une posture intéressante.
L’auto-suffisance alimentaire n’est plus un rêve. Encore faut-il
que des actions parallèles ne viennent pas saper le moral des
producteurs.
Voilà pourquoi l’aide alimentaire doit désormais
s’insérer plus harmonieusement dans le dispositif de la
coopération internationale.

Les programmes d’aide doivent permettre aux pays non nantis
d’accroître leur productivité agricole.
Dans le cas du riz américain, par exemple, il n’est pas certain
que le Burkina en tire un grand profit. Ce type d’aide étant
généralement exempté de droits de douane, les caisses de
l’Etat ne reçoivent rien ; la production nationale subit une
concurrence qui, à terme, la tuera ; la distribution et la vente du
riz ne sont pas toujours entourées de toutes les garanties de
transparence ; et enfin, le plus grand mal, c’est cette image
d’éternels assistés que continuent de traîner les Burkinabè.

Quoi qu’on dise, ce type d’aide profite aussi aux producteurs de
riz américain et au gouvernement japonais. Les premiers se
frottent les mains d’avoir écoulé sans peine des milliers de
tonnes de riz tandis que le second peut montrer à ses
concitoyens et à la face du monde son sens de l’humanisme.
En définitive, l’aide alimentaire comporte des enjeux qui peuvent
dépasser le simple geste humanitaire.

Et la diplomatie qui l’accompagne n’est pas toujours
désintéressée. Quel pays au monde mène-t-il du reste une
diplomatie sans arrière-pensée ? Sous d’autres cieux,
notamment dans les zones de conflit, elle tient même lieu
d’arme de propagande et de pression.

Sans remettre en cause l’aide alimentaire des Japonais qui,
soit dit en passant, s’illustrent positivement dans d’autres
secteurs de coopération (santé, éducation, eau, alphabétisation,
lutte contre la désertification, etc.), il serait peut-être honnête de
réorienter la démarche. Et dire à nos partenaires ce qui est bon
pour nous.

Après quarante ans de tâtonnements en matière de
politiques agricoles, le Burkina semble enfin avoir trouvé son
chemin avec l’avènement du ministère de l’Agriculture, de
l’hydraulique et des ressources halieutiques.
La relance de la production à travers la valorisation de
potentialités jadis ignorées commence à porter des fruits.

Ce
n’est sans doute pas le moment de briser cet élan par le biais
d’une aide alimentaire inadaptée au contexte actuel du Burkina,
un pays qui a presque son destin alimentaire en main. Un
destin qu’il doit saisir et assumer. C’est cela aussi la
responsabilité et le courage politiques.

Le Pays

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