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Pénurie du riz ordinaire : Le pire est à craindre

Accueil > Actualités > Economie • • vendredi 4 avril 2008 à 10h30min

Le riz dit ordinaire, la qualité d’origine asiatique de loin la plus consommée au Burkina, est en voie de disparition sur le marché national. Nous en avons fait le constat hier auprès de grossistes et importateurs de Ouagadougou. Ceux-ci sont unanimes à reconnaître la rareté et la surenchère de ce produit de grande consommation depuis les pays d’Asie d’où il est importé. Toutes les autres qualités sont, de sources concordantes, de plus en plus rares, et de plus en plus chères.

Certains commerçants de Ouagadougou avaient donc raison. Eux qui, il y a 2 semaines, avaient dit que si rien n’était fait, le riz allait

être aussi rare que de l’or dans quelques mois. (Voir "Le pays" n° 4075 du 13 mars 2008). La pénurie frappe déjà de plein fouet le riz ordinaire d’origine indienne, 25% de brisure. Cette qualité de riz, bon marché, et de loin la plus consommée chez nous, a disparu des entrepôts des gros importateurs, depuis une dizaine de jours déjà. Le gouvernement, suite à la suspension des droits de douane sur les produits de première nécessité, avait "suggéré" le prix de 13 600 F pour le sac de 50 kg du riz ordinaire. Mais aujourd’hui, compte tenu de la rareté du produit, certains détaillants qui en disposent toujours, cèdent le sac jusqu’à 15 000 F CFA et les consommateurs n’ont d’autre choix que de se ruer dessus.

Chez Idrissa Soudré, demi-grossiste près du grand marché Rood Woko, comme chez tous les autres commerçants qui nous ont reçu, le riz indien 50% brisure manque depuis deux semaines. Les revendeurs n’ont aucun espoir de pouvoir s’en procurer dans un court délai et s’inquiètent même quant à la pérennité des stocks, pour ce qui est des qualités de riz encore disponibles, c’est-à-dire les riz d’origine vietnamienne, thaïlandaise, chinoise, pakistanaise, et autres riz parfumés habituellement consommés par les plus nantis. Car désormais, les moins nantis sont soumis de force à la consommation du riz de qualité jugée supérieure (et c’est tant pis pour leurs petits budgets) qui, à son tour, risque de faire défaut au regard de la forte demande.

Une pénurie liée à la flambée mondiale des prix

M. Soudré explique la pénurie du riz ordinaire par la flambée des prix sur le marché mondial. Selon lui, cette qualité de riz, à la date du 1er avril 2008, était vendue à 265 000 F CFA la tonne au niveau des ports. A cela, il faut ajouter , 30 000 F CFA par tonne pour le transport, 5 000 F CFA pour les frais de transit au niveau du port, 3000 F, pour le transit au niveau de CFA Ouaga, 3 000 F CFA pour la banque, 300 F CFA pour la manutention. Un rapide calcule donne 306 300 F CFA comme prix de revient de la tonne du riz ordinaire, soit 15 315 F CFA le sac de 50 kg. "Voilà pourquoi on ne peut pas importer. Et si les choses ne changent pas, ça va chauffer dans les prochains jours", a-t-il prévenu. Mais cette fois-ci, ce n’est pas la faute au gouvernement, a tenu à préciser Idrissa Soudré, qui impute la pénurie à un manque des produits sur le marché mondial.

Même son de cloche chez KANIS international, l’un des principaux importateurs de riz au Burkina. Là-bas, nous avons appris que la diminution des quantités de riz disponibles sur le marché mondial remonte à un an déjà. Et la raison évoquée est d’ordre naturel : mauvaise moisson de riz en Asie. Parmi les pays habituellement fournisseurs de riz, seule la Thaïlande acceptait vendre ses productions. Les autres Etats (Vietnam, Pakistan, Chine, Birmanie, Inde, etc.) auraient fait de la rétention, en décidant de garder leurs stocks pour une consommation locale. A cela s’ajoute la flambée des frais de transport maritime des pays exportateurs aux ports ouest-afrcains, qui sont passés d’environ 60 dollars à 145 dollars la tonne, suite à la montée du cours du pétrole dont le prix du baril aurait presque triplé entre 2007 et 2008.

La pénurie n’est pas propre au Burkina, ont souligné les importateurs que nous avons rencontrés. Mieux, notre pays a les prix les plus bas, à en croire certains d’entre eux qui indiquent que le riz coûte plus cher même dans des pays côtiers de la sous-région dont la Côte d’Ivoire.

Du côté de KANIS international, on affirme se battre au quotidien pour éviter une rupture complète des stocks de riz au Burkina. Les employés de cette société d’importation saluent la suspension par le gouvernement des taxes de douane sur les produits de première nécessité et espèrent, tout comme les autres commerçants et importateurs, que la situation va changer dans les prochains mois. Pour l’instant, personne ne sait de quoi demain sera fait.

Par Paul-Miki ROAMBA

L’Observateur

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