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Sarkozy au Tchad : L’Afrique dépossédée de la médiation ?

Accueil > Actualités > International • • jeudi 28 février 2008 à 11h03min

Mercredi 27 février, le président français, Nicolas Sarkozy, était de retour au Tchad. Compte tenu des turbulences qui ont caractérisé, ces derniers temps, les relations franco-tchadiennes, on a pu s’interroger sur l’opportunité d’une telle visite, fût-elle brève.

Pour mémoire, l’affaire née de la calamiteuse expédition de l’association "L’Arche de Zoé" est loin d’être terminée : une demande de grâce présidentielle a été transmise au président tchadien, et son homologue français a promis d’apporter son appui. Idriss Déby qui sait que sa décision seule peut amener cette affaire à son épilogue, a promis d’examiner la demande en temps opportun. Or l’activisme du président français sur ce dossier est extrêmement gênant. On a vu comment l’opinion tchadienne et africaine avait été choquée quand, aux premières heures de l’affaire, il était allé au Tchad pour, disait-il, ramener en France ses compatriotes quoi qu’ils aient fait. S’il intervient avec succès pour arracher au président Déby, la grâce attendue, le chef de l’Etat français ne manquera pas de donner l’impression que la France de papa continue : l’ancienne puissance coloniale continuerait de faire la loi dans son ancienne colonie, et d’y défaire les décisions de justice.

D’autant plus qu’entre-temps, il y a eu cette poussée de fièvre à N’Djaména, les opposants armés au président Déby, soutenus par des Etats voisins, étant entrés dans la capitale, jusqu’aux portes du palais présidentiel. On sait qu’à cette occasion, la France a joué un jeu trouble, et que, sans son soutien maintenant affiché au régime, ce dernier ferait très probablement long feu. C’est pourquoi, certains se sont demandé si la présence de Nicolas Sarkozy dans un pays sous état d’urgence, où le régime règle de mauvais comptes à des opposants divers, ne va pas passer pour un soutien dont on pourra penser qu’il constitue une monnaie d’échange dans les négociations sur le dossier de l’Arche de Zoé. Sarkozy ne va-t-il pas, bon gré mal gré, cautionner l’intolérable ? Mais d’un autre côté, la renonciation au voyage ne risquait-elle pas de donner l’impression au maître de N’Djaména d’une mise au ban de la communauté internationale, ce qui aurait pu le conduire à une radicalisation dont on prévoit mal les conséquences ?

Dans ces conditions, le président français semble avoir choisi de jouer subtilement. Déjà, il avait essayé de manoeuvrer habilement quand la rébellion campait dans N’Djaména en s’efforçant, avant de soutenir officiellement le régime tchadien, d’obtenir un mandat de la communauté internationale. Aujourd’hui, il est allé à N’Djaména, accompagné de Louis Michel et d’Abdou Diouf, autrement dit dans le cadre d’une démarche concertée de la France, de l’Union européenne et de l’Organisation internationale de la francophonie. Les deux personnalités ont une image de sérieux, de compétence et ont, de ce fait, une crédibilité indispensable dans un dossier complexe qui mêle des intérêts divers et confus.

Et l’on peut penser que la grâce présidentielle constituant un atout pour Idriss Déby face au président français, celui-ci n’a pas toutes les cartes dans ses mains pour inciter l’ancien chef de guerre à des décisions susceptibles d’amener la décrispation dans son pays. Dans ces conditions, l’appui de l’Union européenne qui doit déployer des forces à l’est du Tchad, et de la famille francophone, est indispensable pour obtenir des succès dans ce sens.

Mais justement, dans cette configuration, l’Afrique n’est-elle pas sur le point d’être dépossédée de son rôle de médiateur ? L’Union africaine semble être sur la touche, et le nouveau président de la commission ne dit pas grand-chose. Déjà, lors d’une récente conférence de presse, le ministre tchadien des Affaires étrangères, parlant de l’élargissement de la commission d’enquête (sur les disparitions) a dit : "Je sais que l’Union européenne est intéressée, l’Organisation de la francophonie..." L’Union africaine n’a pas été évoquée.

Que peut en effet l’Afrique ? Que peut l’Union africaine malgré son mécanisme de prévention des crises ? La liste n’est pas longue de crises que les institutions africaines ont prévenues ou résolues. Au Darfour, au Kenya (où le président ghanéen a notablement échoué), au Tchad même, en République démocratique du Congo, ... la maison brûle sans que les Africains n’aient les ressources morales, humaines et matérielles nécessaires pour contribuer notablement à éteindre le feu. Le continent en est réduit, du moins pour le moment, à tourner les yeux vers des médiateurs extérieurs et, ultime désarroi, vers les anciennes puissances coloniales dont on condamne, par ailleurs, l’interventionnisme qui fait violence aux velléités d’autonomie des pays africains.

Que faut-il attendre donc de la démarche de la France, de l’Union européenne et de l’OIF ? Il faut espérer que Nicolas Sarkozy n’ait pas été uniquement préoccupé par le problème de la grâce qu’il doit arracher à Idriss Déby et par le déploiement de l’Eufor, mais qu’il se soit sérieusement saisi de la question de la gouvernance du régime tchadien. Qu’il ait insisté réellement sur la nécessité de libérer les prisonniers politiques, sur la démocratisation effective de la vie politique, sur la création des conditions d’une paix réelle propice au développement du pays.

Voilà qui consolerait peut-être les Africains de leur marginalisation sur un dossier qui les concerne au premier chef.

"Le Pays

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