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Air Burkina : Un week-end d’enfer

Accueil > Tourisme • • lundi 4 février 2008 à 13h02min

Le personnel d’Air Burkina a observé un arrêt strict de travail les vendredi 1er et samedi 2 février derniers. Une affaire "d’inégalité de salaires pour travail égal" était au coeur des revendications qui ont conduit à cette grève de 48 heures.

La situation a engendré de lourdes conséquences pour la compagnie nationale, dont les airbus sont restés cloués au sol vendredi et samedi, dans les différents aéroports de son réseau. Une médiation conjointement menée par le ministre des Transports et son homologue en charge du Travail, a abouti samedi soir, à la signature d’un protocole d’accord qui a consacré la suspension du mot d’ordre de grève. les négociations se poursuivent, en principe ce lundi matin, sous la supervision du ministère des Transports.

Que de détresse chez les passagers d’Air Burkina qui, le week-end dernier, se sont retrouvés dans différents aéroports avec leurs billets d’avion... sans avion. Tous les vols, sur l’ensemble du réseau, avaient été pris en otage par la majorité du personnel qui dit être sous-traitée du point de vue salarial, par rapport, d’une part, à leurs collègues expatriés (pour le même travail) et, d’autre part, aux travailleurs des autres compagnies-soeurs ( notamment la Compagnie aérienne du Mali, CAM), appartenant au même groupe Celestair. L’appel à l’arrêt de travail aurait été lancé dès jeudi soir et le vendredi matin, le personnel naviguant présent à Ouaga, a abandonné les appareils, pour rejoindre le personnel au sol (techniciens comme bureaucrates) pour un sit-in en bas de l’immeuble abritant le siège de la compagnie.

A l’entrée de la cour, les visiteurs sont accueillis par une large feuille de papier blanc, collé au mur. Là-dessus les travailleurs s’en prennent à leur directeur général et demandent qu’à travail égal corresponde un salaire égal. Vendredi, en fin de matinée, une délégation des grévistes est reçue par Mamady Sanoh, président du conseil d’administration d’Air Burkina. Le DG, Mohamed Ghelala, est absent des lieux. Au terme d’un pourparler qui aurait duré 3 heures environ, les délégués syndicaux battent le rappel des travailleurs pour une entrevue à cercle fermé. Les grévistes se refusent à tout commentaire à la presse. Tout portait à croire que rien de consensuel n’avait été trouvé. Le sit-in continue. Le PCA, pour sa part, nous a dit avoir tenté une médiation, vu qu’entre autres revendications, les agents s’adressaient directement au DG de la compagnie. Il a regretté cette situation qui tombe comme un cheveu dans la soupe de Air Burkina qu’il a présentée comme étant "la plus ancienne des compagnies aériennes africaines à ne s’être jamais arrêtée de voler un seul jour depuis 40 ans". M. Sanoh s’était toutefois dit optimiste quant à une reprise du travail avant la fin de la journée de vendredi.

Mais le bras de fer continua jusqu’à samedi. Toujours pas de mouvements d’avion, pas de travail. Le syndicat sort de sa réserve : "Nous avons soumis quelques doléances très simples au directeur général qui n’a pas voulu nous écouter. Air Burkina est la compagnie qui marche le mieux dans la sous-région, et, paradoxalement, ses travailleurs sont très mal payés. Si on nous avait écoutés depuis hier matin (ndlr : vendredi 1er février ), nous n’en serions pas arrivés là...", nous a expliqué à bâtons rompus, Yacouba Sawadogo, un des agents revendicateurs.

Outre la revalorisation salariale, les revendications des travailleurs regroupées autour de 9 points, portaient aussi sur la grille des indemnités et frais de mission, la note de service sur l’indemnité de transport, le situation des travailleurs à régulariser, la régularisation de la situation catégorielle des travailleurs de l’ex-Air Afrique engagés dans la compagnie, la couverture médicale du personnel au sol, la reprise des travailleurs "injustement sanctionnés", et la résolution de la "question du racisme dans l’entreprise". De même, il était question d’obtenir une remise à niveau et une qualification pour 3 jeunes pilotes burkinabè.

Une délégation du prince Agha Khan à Ouaga

L’arrêt du travail a déclenché une rupture complète du dialogue entre les travailleurs et le patronat, en l’occurrence le DG de la compagnie. Mohamed Ghelala que nous avons rencontré vendredi midi, peu avant sa rencontre avec les ministres, a déploré une "rupture unilatérale du dialogue" et a qualifié la grève de "sauvage". Il s’est dit convaincu que les travailleurs en voulaient à sa tête. Mais, "seul le conseil d’administration peut décider de me démettre de mes fonctions de DG", a-t-il précisé. M. Ghelala ne nie pas l’inégalité des salaires au sein du personnel d’Air Burkina. Pour lui, un salaire répond toujours à des réalités socio-économiques. "Pour un même travail, l’Espagnol n’a pas le même salaire qu’un Français. Le salaire, ça varie d’un pays à un autre, ça évolue, ça se dégrade, etc.", a-t-il dit en exemple. "Il y a un déficit énorme de pilotes en Afrique, a poursuivi le DG, car on n’a plus formé de pilotes depuis la disparition d’Air Afrique. Ainsi, nous sommes obligés de nous attacher les services de pilotes étrangers. Le DG d’Air Burkina pense que c’est "une grosse insulte" que de dire de lui qu’il est raciste, lui qui s’est toujours voulu comme "un militant Africain".

La médiation du gouvernement

Face à cette situation, Gilbert Noël Ouédraogo le ministre des Transports a, sur instruction du Premier ministre, convoqué les deux parties à son cabinet. Jérôme Bougouma, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale a également été prié de donner un coup de pouce aux négociations. Venue de Paris la veille, à bord... d’Air France, une délégation du secrétariat de son Altesse le Prince Karim Agha Khan, composée du DRH, Luis Olivarès, et d’une collaboratrice, Eves Alvado, a également pris part aux négociations aux côtés du DG. Les pourparlers qui ont duré de 12h 30 jusqu’au-delà de 16 h, ont abouti sur un consensus pour la rédaction d’un Protocole d’accord. Les deux ministres se sont retirés, confiant le reste du travail à leurs secrétaires généraux respectifs. Le protocole d’accord, finalement co-signé de deux délégués du personnel, du PCA d’Air Burkina, du DRH de son Altesse le Prince Agha Khan, et des secrétaires généraux des ministères des Transports et du Travail de la Sécurité sociale, engage la délégation de la compagnie, "à examiner favorablement et avec la plus grande attention, 6 des 9 points de revendications des travailleurs.

Il s’agit de la revalorisation salariale du personnel et le réajustement sur l’Airbus A 319 et le MD 87 ; de l’application de la grille des indemnités et de frais de mission ; de l’application de la note de service sur l’indemnité de transport ; de la régularisation des travailleurs en situation irrégulière ; du recours à l’administration de l’Aviation civile pour l’examen du dossier de remise à niveau et de qualification de 3 pilotes burkinabè ; et du recours à une assurance privée pour la couverture médicale. En contrepartie, les travailleurs se sont engagés à "suspendre" le mot d’ordre de grève, et à aussitôt reprendre le travail. Air Burkina s’est par ailleurs engagé à éviter "toute représaille" découlant de cette grève. Le Protocole d’accord engage également les deux parties à poursuivre les négociations dans un climat de sérénité et de franchise, en vue de parvenir à un accord définitif et à la levée totale du mot d’ordre de grève.

Les deux ministres qui sont revenus au ministère des Transports, peu après 18 h, se sont réjouis de la reprise du dialogue, et ont réaffirmé la volonté du gouvernement de sauvegarder l’outil de travail qu’est la compagnie nationale. C’est aux environs de 19 h, samedi soir, les protagonistes de ce qu’il convient d’appeler un week d’enfer à Air Burkina, et les délégations ministérielles ont quitté les buildings Lamizana, avec un sentiment de satisfaction partagée.

Par Paul-Miki ROAMBA


Tous satisfaits du protocole d’accord

Gilbert Noël Ouédraogo, ministre des Transports : "Nous avons réussi à rapprocher les deux parties"

" Nous avions pour objectif, le ministre du Travail ici présent et moi, de permettre aux parties de trouver un point de rapprochement. Puisque nous sommes en situation de crise sociale où les travailleurs qui ont des revendications estiment qu’ils ont été lésés dans leurs droits. Nous ne sommes pas allés dans le détail des revendications des travailleurs, ni sur la position de l’entreprise. Nous avons surtout souhaité que par l’intervention du gouvernement, sur instruction de Son Excellence monsieur le Premier ministre, et compte tenu de la sensibilité de la question et de la détresse des passagers qui se retrouvent dans les différentes aérogares sans information, le dialogue soit renoué entre les parties. Car le dialogue était rompu, le personnel ne voulant pas reprendre le travail tant qu’il n’y aurait pas de dialogue, et la direction de l’entreprise ne voulant pas discuter tant qu’il n’y aurait pas reprise de travail. Nous avons réussi à faire en sorte que les parties acceptent de se rencontrer, de discuter et faire un protocole d’accord sur les points qui étaient en discussion. En contrepartie, les travailleurs ont accepté de reprendre le travail dès ce jour 2 février. Ce qui va permettre donc la reprise des vols et la poursuite des négociations. Et un comité de négociation va être mis en place dès le lundi 4 février et sera composé de représentants de la direction du groupe, du syndicat du personnel. Ils seront assistés de l’inspection du Travail, de la direction générale de l’Avion civile et de la Météorologie, et du ministère des Transports. Ce qui permettra d’évoquer les questions qui tiennent à coeur et à l’entreprise, et aux travailleurs. Nous pensons que nous pourrons ainsi trouver une solution définitive et assainir le climat social au sein de l’entreprise qui pourra alors repartir du bon pied et aller de l’avant. Au niveau du ministère des Transports, nous voulons faire du Burkina un hub. Et pour y arriver, il faut bien que la compagnie locale soit une compagnie compétitive, compétente et à même d’assurer le meilleur service possible, de manière à servir de point d’éclatement pour le Burkina. Ainsi, les gros porteurs pourront amener des passagers à Ouagadougou, quitte à ce que la compagnie nationale puisse les ramener à leur point final d’arrivée. Mais si nous avons des difficultés avec notre compagnie locale, cela peut porter préjudice à cette stratégie".

Francis Ouédraogo, Délégué syndical, porte-parole des travailleurs d’Air Burkina : "Nous resterons vigilants au cours des négociations"

"Nous sommes allés en grève suite à certaines pratiques du patronat d’Air Burkina et qui ont détérioré le climat social. Il y a eu beaucoup de problèmes qui se sont accumulés depuis la privatisation de la compagnie et nous les avons évoqués plusieurs fois auprès de la direction générale et les différents responsables de la société, sans y trouver solution. Il y a eu donc un cumul de griefs des travailleurs vis-à-vis de la direction générale de la compagnie qui a pratiqué une gestion discriminatoire. Face à cette situation, les travailleurs étaient très mobilisés et, de façon spontanée, il ne restait plus aux délégués qu’à conduire la lutte et tout est vite parti. Au début, on a tenté de nous faire croire que nous étions dans l’illégalité. Mais cela ne nous a pas du tout ébranlés, convaincus que nous étions d’avoir raison par rapport à nos revendications. Lesquelles revendications avaient comme point d’achoppement le relèvement des salaires. Car nous avions constaté que les burkinabè qui travaillent dans la compagnie Air Burkina perçoivent des salaires moindres par rapport à ce que gagnent leurs homologues basés dans les autres pays, travaillant pour des compagnies appartenant au même groupe. Il y a aussi la situation de 3 jeunes pilotes burkinabè qui sont en instance d’être formés et qui tardent à partir en formation, justement parce que tout est mis en oeuvre pour qu’ils ne partent jamais. Nous demandions aussi la régularisation de la situation de beaucoup de travailleurs dont le statut a été mis de côté après la privatisation de la compagnie, etc. La direction générale était informée de ces points de revendication et de bien d’autres que je n’ai pas cités. Nous sommes contents ce soir (ndlr : samedi 2 février) d’avoir signé ce protocole, et nous remercions sincèrement le gouvernement de s’être impliqué dans la résolution de ce problème. Sur 8 points de revendication, 7 ont été d’office acceptés par le président du conseil d’administration, et je crois que c’est déjà bien. Je voudrais également saluer la mobilisation des travailleurs qui a obligé l’employeur à aller aux négociations. Merci aussi aux centrales syndicales dont nous avons bénéficié de l’encadrement à l’occasion de cette grève. Nous invitons toutefois les travailleurs à rester vigilants lors des négociations qui vont s’ouvrir lundi."

Mohamed Ghelala, DG d’Air Burkina : "La raison a fini par l’emporter"

"Il y a eu une rupture unilatérale du dialogue de la part du syndicat, et sans raison évidente. Avec à la clef le déclenchement d’une grève sauvage et illégale. Nous avions, dès le départ, posé comme condition pour la reprise du dialogue la levée du mot d’ordre de grève et la fin de l’occupation illégale des locaux d’Air Burkina. Heureusement qu’aujourd’hui (ndlr : 2 février), tout est bien qui finit bien. Je crois que la raison a fini par l’emporter et ce, après toutes nos tentatives de ramener les gens à la raison. Je dois dire que la médiation telle que faite aujourd’hui par le ministre des Transports et celui du Travail a porté fruit. Je tiens particulièrement à les remercier vivement pour leur apport et leur soutien qui ont permis la reprise du dialogue avec les partenaires sociaux, un dialogue que nous avons toujours encouragé et soutenu. La grève, c’est un droit pour les travailleurs, cela, est indéniable. Mais elle doit être réglementée, on ne la décide pas comme ça du jour au lendemain, sans prévenir l’entreprise ou l’employeur. Nous nous sommes retrouvés vendredi matin avec une activité paralysée, et des passagers malheureusement pris en otages. Il y eu des spectacles désolants dans les aéroports. Je crois que c’est un acte qui, je l’espère, ne se reproduira plus. Nous sommes arrivés à faire de cette compagnie une véritable référence en Afrique de l’Ouest, et ce serait dommage de détruire tout cela. Au-delà des pertes commerciales directes consécutives à la perte de certains clients, l’hébergement et l’acheminement de certains passagers vers d’autres compagnies aériennes, etc., la grève a entraîné une autre perte, très difficile à compenser rapidement : l’image de marque d’Air Burkina. C’est même l’image du Burkina parce que j’ai vu la réaction des passagers, ne serait-ce qu’à l’aéroport de Ouaga, et on m’a rapporté ce qui s’est passé dans les autres aéroports. C’est vraiment dommage ! Il va maintenant falloir qu’on dépense beaucoup pour retrouver l’image d’une compagnie ponctuelle, confortable, et surtout régulière."

propos recueillis par Paul-Miki ROAMBA


Le protocole d’accord

L’an 2008 et le 2 février, s’est tenue dans la salle de réunion du Ministère des Transports, une rencontre de négociation entre :

- d’une part, les délégués du personnel et les délégués syndicaux de la compagnie Air Burkina assistés de leurs centrales syndicales ;

et d’autre part, une délégation de la compagnie Air Burkina composée du Président du Conseil d’Administration, du Directeur Général, du Directeur des Ressources Humaines représentant son Altesse.

Les discussions se sont déroulées en présence d’une délégation gouvernementale conduite par les Ministres des Transports, du Travail et de la Sécurité Sociale.

L’ordre du jour portait sur :

1 °) - l’examen des doléances des travailleurs,

2°) -les conditions de la reprise.

1 °) - Sur les doléances des travailleurs La délégation de la compagnie Air Burkina s’est engagée à examiner favorablement et avec la plus grande attention les points portant sur :

. la revalorisation salariale du personnel et le réajustement sur l’Air Bus A 319 et le MD 87 ;

. l’application de la grille des indemnités et de frais de missions ;

. l’application de la note de service sur l’indemnité de

transports ;

. la régularisation des travailleurs en situation irrégulière ;

. le recours à l’administration de l’aviation civile pour l’examen du dossier de remise à niveau et de qualifications des trois (03) pilotes burkinabè ;

. le recours à une assurance privée pour la couverture

médicale.

Les travailleurs se sont engagés à suspendre le mot d’ordre de grève et à reprendre ce jour 2 février 2008 le travail.

Air Burkina s’étant en retour engagé à éviter toutes représailles découlant de la présente grève.

Les parties se sont engagées à poursuivre les négociations dans un climat de sérénité et de franchise en vue de parvenir à un accord définitif.

Pour ce faire, un comité de négociation sera mis en place dès le lundi 4 février 2008 sous la supervision du Ministère des Transports.

Pour la compagnie Air Burkina

Mamady Sanoh

PCA/Air Burkina

Le DRH de Son Altesse

Luis Olivares

Pour les délégués du personnel et syndicaux

- Damata Ganou

- P. Francis Ouédraogo

Pour les facilitateurs :

Pour le Ministre des Transports

Le Secrétaire général

Mathieu K. Bouda Officier de l’Ordre national

Pour le Ministre du Travail et de la Sécurité sociale

Léontine M. F. Zombré

Chevalier de l’Ordre national

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