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Burkina-France : La coopération décentralisée à l’heure de la communalisation intégrale

Accueil > Actualités > Diplomatie - Coopération • • vendredi 30 novembre 2007 à 13h54min

Résolument engagé dans la politique de décentralisation, le gouvernement Burkina entend associer les acteurs de la coopération décentralisée pour relever les défis de son développement.

Du 5 au 8 décembre prochain, se tiendront à Ouagadougou les assises nationales de la coopération décentralisée et la journée de la commune burkinabè sous le thème : Coopération décentralisée, appui à la décentralisation et à la mise en œuvre des objectifs du millénaire pour le développement. Après l’édition de 2002 qui avaient permis de faire le point sur les expériences respectives en matière de coopération décentralisée, celle de 2007 sera l’occasion de réfléchir sur les moyens et la manière de renforcer les capacités des communes urbaines et rurales.

« La décentralisation est l’axe essentiel d’impulsion du développement à la base. C’est un choix politique auquel le gouvernement s’attache résolument, avec la ferme conviction qu’elle constitue une alternative salutaire pour le renforcement de la démocratie et un instrument d’amplification de la lutte contre la pauvreté », déclarait en octobre 2002, l’ancien premier ministre, Ernest Paramanga Yonli. Tout en assumant ses prérogatives régaliennes, le pouvoir central vise par la décentralisation à rechercher une meilleure gestion des administrations locales, à apporter des réponses aux préoccupations des populations locales et à associer les citoyens et les partenaires étrangers dans la lutte contre la pauvreté.

Effective depuis les élections municipales de 1995 qui ont permis la création de 33 communes urbaines, puis 49 à l’issue du scrutin de 2000, la communalisation intégrale du territoire a été atteinte après les dernières consultations locales d’avril 2006. Le Burkina compte désormais 351 communes dont 49 urbaines et 302 rurales auxquelles s’ajoutent 13 collectivités régionales. Dans le souci de les aider à faire leurs premiers pas, l’état a accompagné l’ensemble des 13 régions à se doter d’un Cadre stratégique régional de lutte contre la pauvreté (CSRLP), un outil qui permet aux différentes partenaires de mieux coordonner l’aide publique au développement aussi bien à l’échelle nationale que locale.

Car en transférant certaines compétences aux collectivités locales, se pose dans le même temps la question des moyens qui seront mis à leur disposition pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Comment les nouvelles entités peuvent-elles fournir les services et satisfaire les besoins des administrés à l’échelle locale ? A l’heure de la décentralisation intégrale, quel est le rôle de la coopération décentralisée dans l’accompagnement des collectivités territoriales dans la mise en œuvre des politiques de lutte contre la pauvreté ? C’est tout l’enjeu de ces assises de la coopération décentralisée couplée avec la journée de la commune, même si au départ, les deux manifestations devaient se tenir séparément.

Sur le continent africain, le Burkina fait partie des pays qui bénéficient le plus de l’action des Organisations non gouvernementales et où les relations de jumelages entre villes burkinabè et étrangères, particulièrement françaises se multiplient. Depuis le premier jumelage en 1967 entre Loudun, dans le Poitou-Charentes et Ouagadougou, à l’initiative de René Monory, maire de la ville, et de Joseph Issoufou Conombo, maire de la capitale burkinabè, on ne compte plus le nombre de collectivités locales ou associations françaises qui entretiennent des relations de jumelage ou de coopération avec des villes et villages burkinabè.

Certes, il existe aussi des partenariats avec d’autres villes notamment, allemandes, suisses, italiennes, canadiennes ou ghanéennes, mais ce sont les villes françaises qui animent l’essentiel des actions de coopération décentralisée. Il y aurait ainsi entre 150 et 180 partenariats franco-burkinabè et selon Mme Hien/Zerbo Mariame, qui a rédigé un mémoire sur le sujet en 1998, la contribution financière des ONG s’élevait à 34 milliards entre 1986 et 1990, avant de connaître une hausse significative, culminant à 70,8 milliards F CFA en 1995.

D’inspiration chrétienne au départ et animées par des bénévoles au début des années soixante, les ONG sont devenues au fil du temps de vrais partenaires de développement bien appréciés par les gouvernements successifs. Sous la révolution démocratique et populaire (RDP), elles furent ainsi sollicitées pour appuyer les campagnes de vaccination, d’alphabétisation et de lutte contre la désertification. Certes, les ONG et les associations de solidarité disposent de moyens modestes, mais leurs actions sont jugées plus efficaces par les bénéficiaires que celles qui passent par le canal de l’état.

Jumelée avec Dreux depuis 1972, la ville Koudougou a pu ainsi se doter de bornes fontaines, de forages, de 39 écoles communales, mais aussi de banquettes installées sous les lampadaires publics, très fréquentés par élèves ne disposant pas d’électricité à domicile. Entre Kaya et Châtellerault, la coopération porte principalement sur les politiques d’assainissement de la ville et le soutien aux jeunes à travers la construction d’un centre multimédia. Grâce à la coopération avec la Communauté urbaine de Lyon, Ouagadougou bénéficie d’énormes soutiens dans la collecte et le traitement des déchets, notamment d’un centre d’enfouissement technique, de bennes à ordures ménagères, la réalisation d’espaces verts et la formation de la police municipale. En organisant, à la mi-novembre, une soirée dénommée « Esacles africaines », la municipalité d’Epernay, dans la Marne a pu récolter plus de 7000 euros qui serviront à financer la construction d’un forage au profit d’une école de Fada.

« Nous saluons l’organisation de ses assises car elles nous permettront d’aborder des points que les discours officiels oublient souvent, et de recadrer notre action car la communalisation intégrale et l’élection des maires vont bouleverser notre façon de travailler », explique Michel Roux, conseiller municipal délégué à la coopération décentralisée de Chambéry, ville jumelée avec Ouahigouya, et président du groupe pays Burkina aux Cités Unies. La délégation française, forte de plus de 200 participants dont 40 collectivités et une dizaine d’associations ou d’institutions partenaires, sera conduite par l’ancien ministre socialiste de la coopération Charles Josselin.

Selon le document de travail préparé par le ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation (MATD), les travaux se dérouleront en séances plénières et dans des ateliers. Les participants débattront des orientations et stratégies du MATD dans la mise en cohérence des actions de coopération décentralisée au plan national et local, du rôle de l’Association des municipalités du Burkina Faso (AMBF), du Comité national de jumelage dans l’accompagnement des partenaires étrangers. Le renforcement des capacités des collectivités locales en moyens humains et financiers dans la lutte contre la pauvreté à l’échelle locale, l’insertion économique des femmes, le partenariat avec le secteur privé pour soutenir l’investissement, source de création d’emplois, seront également au menu de ces assises.

Des visites et rencontres à Ouagadoudou et à Tanghin Dassouri avec les populations permettront d’apprécier les actions de la coopération décentralisée et de mieux s’imprégner sur les réalités et les attentes des bénéficiaires.

Joachim Vokouma, Lefaso.net


Président de l’Association pour le développement de Loanga (ADL) dans la province du Boulgou, Maître Paul Kéré, avocat au Barreau de Nancy en France, explique les raisons de sa participera aux prochaines assises de la coopération décentralisée.

Quels sont les objectifs l’association vous présidez ?

L’Association pour le développement de Loanga (ADL) est une association de droit français créée en novembre 2005 et dont le but principal est de soutenir les populations dans leurs efforts de développement. Le village qui est à 185 km de la capitale, dispose depuis 2006, d’un dispensaire, d’une maternité et d’une pharmacie, mais l’équipement de ces infrastructures n’est pas du tout satisfaisant. Grâce aux contributions de la commune de Pulnoy, de l’association « Burkin’Aventure », de la commune de Domèvre et du Conseil général de Meurthe et Moselle, nous avons pu doter le village d’une ambulance entièrement équipée destinée au transport des patients vers le centre hospitalier régional de Tenkodogo, et d’un groupe électrogène.

L’association a aussi apporté des fournitures scolaires, des équipements sportifs et 40 vélos VTT fournis par les jeunes de Domèvres en Haye, et grâce à ces vélos, des élèves peuvent maintenant se rendre facilement dans leur lycée distant de 5 km.
L’ADL a également créé une ferme expérimentale d’une superficie de 4 hectares entièrement clôturée et trois animaux y sont placés en attendant de la développer. Des chefs d’entreprises qui faisaient partie de la délégation ont financé la construction de deux forages, au grand bonheur des populations, notamment les femmes qui étaient obligées de parcourir 2 à 3 km pour aller s’approvisionner en eau. Enfin, 600 arbres ont été plantés et grâce aux forages, j’ai bon espoir qu’ils survivront à la sécheresse.

Y a t-il d’autres projets pour Loanga ?

Bien sûr, car en dépit de ces réalisations, il reste encore de nombreux autres chantiers à terminer, notamment la construction d’un local qui servira de salon de couture et de presse d’amendes de karité pour les femmes. Nous envisageons aussi mettre sur pied une structure de micro crédits à destination des femmes afin qu’elles puissent mener des activités rémunératrices, par exemple la pratique des cultures maraîchères en contre saison

L’association vise aussi à mieux faire se connaître les populations des deux localités…

Absolument ! Et c’est cet esprit que 40 jeunes français, âgés de 12 à 17 ans, se sont rendus à Loanga au cours de l’été passé, un voyage qui selon eux, a fut une expérience unique et enrichissante. Sur place, aidés par des encadreurs, ils ont procédé au tracé réglementaire d’un terrain de foot et installé les équipements nécessaires à l’exercice de ce sport très populaire

Propos recueillis par J. V

Lefaso.net

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