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Indemnités des travailleurs sociaux : Le chef de l’Etat interpellé

Accueil > Actualités > Opinions • • mercredi 28 novembre 2007 à 09h55min

L’indemnité spéciale de permanence ou d’accueil des cas sociaux à domicile est à nouveau le sujet principal d’une lettre ouverte. Cette fois-ci, la missive est adressée au chef de l’Etat pour qu’il se penche de façon générale sur la situation des travailleurs de l’Action sociale, et de façon particulière sur l’indemnité en question dont le principe est acquis mais tarde à être concrétisé.

"Excellence Monsieur le Président du Faso, le 7e forum africain sur la gouvernance qui a pris fin le 26 octobre 2007 dans notre capitale nous a valu cette interrogation : et si nous écrivons au président du Faso pour lui signifier qu’au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale, il existe des faits qui portent quelques caractéristiques de la mal gouvernance ? Avouons que l’écart hiérarchique qui nous sépare (très abyssal) ne nous donnait pas le courage de tracer ces lignes, de peur qu’elles soient mal appréciées. Mais au regard de l’ampleur du drame (le terme sied parfaitement) que vivent les travailleurs sociaux, et le cafouillage administratif qui entoure la satisfaction de leurs besoins vitaux, nous n’avons pas pu nous empêcher de vous écrire.

Excellence Monsieur le Président du Faso, c’est avec la mort dans l’âme que cet écrit vous sera transmis péniblement. Par moments, vous allez avoir envie de faire une minute de silence, pas pour honorer notre mémoire (nous sommes toujours en vie), mais pour compatir à notre triste situation qui, nous semble-t-il, n’a pas ému notre hiérarchie directe. C’est dans un contexte de douleur donc que ces mots vous parviendront. C’est pourquoi nous nous excusons par avance d’éventuels manquements ou écarts de langage qui en viendraient à être perceptibles parce qu’ils ne seront pas de notre volonté. Mais qu’en est-il de la mauvaise posture du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale qui fait saigner tant de coeurs ?

Des agents sollicités sur tous les fronts

Excellence Monsieur le Président du Faso, disons-le tout net avant de continuer, le département de l’Action sociale semble être celui qui est le plus délaissé de l’échiquier gouvernemental. Il n’ y a qu’à y faire un tour (si vous nous permettez l’expression) pour constater l’état de délabrement et de vétusté des services sociaux, et du matériel de travail. Mais là n’est pas l’objet de notre script.

Excellence Monsieur le Président du Faso, les travailleurs sociaux sont sollicités presque sur tous les fronts. Nous n’en citerons que quelques-uns pour aller vite. De l’éducation préscolaire à la gestion des catastrophes en passant par la lutte contre le trafic d’enfants et la prise en charge des cas sociaux et autres enfants de la rue, les travailleurs sociaux sont constamment sollicités jour et nuit et du lundi au dimanche. Paradoxalement, aucune mesure de motivation (comme cela se constate un peu partout dans notre Administration) telles des indemnités de logement (vraiment !), des indemnités spécifiques ne sont prévues. Pire, la seule indemnité spéciale d’accueil et de permanence des cas sociaux octroyée connaît des difficultés d’application par la faute d’un dysfonctionnement total et notoire de l’Administration. Mais comment en est-on arrivé là ?

Excellence Monsieur le Président du Faso, ladite indemnité octroyée en 2000 ne connaît pas, jusque-là, un début d’exécution. La raison est méconnue comme la couleur des habits des anges. Mystère, n’est-ce pas ? Voilà qu’après l’an 2000, un deuxième décret fut signé le 24 novembre 2005, le décret N° 2005-570/PRES/PM/MFB/MFPRE (puisque c’est de ce décret qu’il s’agit), portant en premier lieu votre signature, et celles du Premier ministre, des ministres chargés des Finances, et de la Fonction publique, et est, on ne peut plus clair en son chapitre IX (nouveau), à l’article 26. Voici ce que dit l’article : l’indemnité spéciale de permanence ou d’accueil des cas sociaux à domicile est une somme mensuellement versée aux personnels de catégorie A et B du ministère chargé de l’Action sociale en poste dans les structures déconcentrées où il n’existe pas de structure d’accueil des cas sociaux et utilisant leur domicile à des fins professionnelles. Les bénéficiaires sont désignés par arrêté conjoint. L’indemnité spéciale de permanence ou d’accueil n’est pas cumulable avec l’indemnité de logement. Elle est de 20 000 pour la catégorie B, et de 30 000 pour la catégorie A.

Dans le même ordre d’idées, la dernière disposition dudit décret stipule que "le ministère des Finances et du Budget est chargé de l’exécution du présent décret".

Paradoxe innommable

Excellence Monsieur le Président du Faso, à notre humble avis, le ministère des Finances et du Budget n’est aucunement responsable. Et pour preuves. Le décret sus-cité est parvenu à notre ministère le 2 décembre 2005 par courrier arrivé n° 3546 et transmis à la Direction des ressources humaines le 5 décembre 2005. La machine administrative était bien en marche. C’est ainsi qu’une circulaire du secrétariat général datée du 13 janvier 2006 ayant le n° 00017 et adressée à tout directeur régional et parvenue à notre Direction régionale le 30 janvier 2006 avait pour unique objet la transmission des listes des agents bénéficiaires. La transmission des listes avait pour date butoir le 31 janvier 2006. Coup de théâtre. Paradoxe innommable parce qu’à l’heure actuelle, personne ne sait la suite qu’on a pu donner à cette correspondance administrative. Une administration pourtant républicaine. Faut-il en rire ou en pleurer ? Nous n’avons pas besoin de vous dire que beaucoup ont dû démissionner de leur responsabilité à cause du tort qu’ils ont pu causer à des innocents sans défense. Nous prions de tout coeur être situés sur cette question.

Démission totale du ministère

Excellence Monsieur le Président du Faso, à la question de savoir si c’est une volonté manifeste du ministère des Finances et du Budget de nous refuser ce droit de jouir de nos indemnités comme tous les travailleurs de la Fonction publique, voici la réponse dudit ministère : le jeudi 19 octobre 2006 dans les colonnes du journal "Le Pays" n° 3732, la Direction de la communication de la presse du ministère des Finances et du Budget donnait des précisions sur un certain nombre d’indemnités. L’indemnité due aux travailleurs sociaux a été mise en exergue. La DCPM du ministère des Finances et du Budget nous précise que "dans le principe, les listes des bénéficiaires d’indemnités doivent faire l’objet d’une mise à jour annuelle, sous réserve de la perte du bénéficiaire de l’indemnité. En tout état de cause, tout bénéficiaire d’indemnité doit être confirmé chaque année en début d’exercice. Il revient aux institutions et départements ministériels de mettre en place un système pratique permettant un contrôle efficace des indemnités servies". Sans commentaire !

Excellence Monsieur le Président du Faso, point n’est besoin d’analyser la démission totale de notre département ministériel si on en croit les termes de la précision de la DCPM du ministère des Finances et du Budget. Cette démission se constate clairement, et les termes pour la qualifier arrivent aisément. Comme le Leviathan, le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale ressemble à ce monstre aquatique de la mythologie phénicienne qui s’émeut peu de la souffrance de ses petits.

Excellence Monsieur le Président du Faso, nous tenons à l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs sociaux comme à la prunelle de nos yeux. Si, jusque-là, la ligne de l’Action sociale observe une certaine accalmie, c’est que beaucoup sont déçus et attendent qu’on les conduise à l’abattoir une fois pour toutes. Nous n’aimons guère les abattoirs. Dans les abattoirs, il n’y a qu’un seul spectacle : la boucherie. C’est parce que nous voulons à tout prix éviter cette boucherie que nous nous adressons à vous, cher premier Magistrat. Nous nous étions exprimés à maintes reprises sur la même question.

Nous avons écrit à votre ex-Premier ministre trois fois de suite dans le quotidien "Le Pays" n° 3762 du lundi 4 décembre 2006, dans "Le Pays" n° 3817 du 26 février 2007 et dans "Le Pays" n° 3846 du mercredi 11 avril 2007. Nous avons même adressé une correspondance dans "Le Pays" n°3899 du mercredi 27 juin 2007 à votre actuel Premier ministre, Son Excellence Monsieur Tertuis Zongo. Ce qui nous inquiète, c’est que toutes ces quatre correspondances sont restées sans suite. Nous ne savons plus dans quelle langue maintenant nous exprimer sur cette question que nous jugeons très délicate. Il y va de la considération que les plus hautes autorités accordent à l’Action sociale.

Des interpellations sans suite

Excellence Monsieur le Président du Faso, sur cette même question indemnitaire, un aîné s’est exprimé dans les colonnes du journal "Le Pays" n° 3895 du 21 juin 2007 à travers une lettre à l’actuel Premier ministre. Il disait en substance ceci : "Excellence Monsieur le Premier ministre, si certains de vos collaborateurs pensent que les services de l’Action sociale sont improductifs en termes monétaires, il y a lieu de leur rappeler que n’est piètre économiste que celui qui n’est qu’économiste.

C’est la croissance qualitative de l’homme qui entraîne la croissance économique. Si vos techniciens financiers mettent au centre de tout la valorisation du billet de banque, il y a lieu de leur rappeler que le programme du chef de l’Etat met l’accent sur la valorisation du capital humain."

Excellence Monsieur le Président du Faso, parlant effectivement de valorisation du capital humain, vous nous avez fait savoir lors de l’élection présidentielle de 2005 qu’au cours de ce mandat, "personne ne sera laissée au bord de la route". Fort malheureusement, des gens qui prétendent servir l’Etat ont préféré laisser vos concitoyens loin du chemin en ignorant complètement que nous avons aussi droit à une vie décente. Nous avons feuilleté minutieusement votre programme de "progrès continu pour une société d’espérance". En aucun cas nous n’avons vu une disposition qui préconise de fermer les yeux sur la misère d’une partie des travailleurs de la Fonction publique. Mais pourquoi certaines personnes se permettent de détruire notre espoir à la porte du "progrès continu pour une société d’espérance" si chère à vous ? Ce sont ces mêmes personnes qui seront incapables de se défendre à l’heure du bilan. Donc ... nous vous prions d’agir avant qu’il ne soit trop tard (même s’il est déjà tard) comme l’a indiqué l’artiste.

Excellence Monsieur le Président du Faso, notre aîné sus-cité avait suggéré à Son Excellence Monsieur le Premier ministre d’inscrire sur son agenda l’organisation d’un forum sur l’Action sociale. Nous vous prions de l’encourager dans ce sens.

Ce forum pourra peut-être mettre à nu quelques dysfonctionnements qui nous font peur. L’exemple de nos cartes professionnelles en est un témoignage émouvant.

C’est peut-être pour vous faire plaisir que beaucoup optent pour le silence coupable. Vous le savez mieux que nous. Tous ceux qui vous applaudissent sans comprendre vous mentent.

Excellence Monsieur le Président du Faso, tout en espérant que nous serons compris, vivement que chacun fasse le travail qui est le sien sur toute la chaîne administrative. Que ceux que vous avez mandatés pour nous servir sortent de leur torpeur. Les plus grands dommages viennent des frustrations de ce genre. En attendant, nos regards sont désormais tournés vers le palais de Kossyam. Nous avons assez souffert de cette situation. C’est ainsi que nous n’allons pas manquer de vous rappeler chaque fois que de besoin. Nous nous inclinons par avance devant l’immensité de votre pouvoir de décision pour, enfin, voir le bout du tunnel.

Excellence Monsieur le Président du Faso, tout en comptant sur votre bonne compréhension, nous vous prions de recevoir l’expression de notre totale considération.

Yacouba H.S. Ouédraogo Direction provinciale de l’Action sociale et de la Solidarité nationale du Yatenga

Tél. : 76 65 76 28

Le Pays

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