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Processus de paix en Côte d’Ivoire : Le premier vrai couac

Accueil > Actualités > International • • lundi 26 novembre 2007 à 19h21min

Dacoury-Tabley et Désiré Tagro

Le processus de paix enclenché à Ouagadougou vient d’enregistrer son premier vrai couac. En choisissant de tourner allègrement les talons aux tout derniers pourparlers avec les Forces Nouvelles, Désiré Tagro, le tout-puissant ministre ivoirien de l’Intérieur aura grandement fait preuve de faiblesse et de susceptibilité.

À vouloir coûte que coûte dénicher un pou sur un crâne rasé, le chef de la délégation présidentielle ivoirienne aura démontré en fin de compte qu’il n’a d’égard ni pour les peuples ivoiriens et burkinabè, ni pour le facilitateur Blaise Compaoré. Et pas davantage pour tous ceux qui oeuvrent ouvertement ou dans l’anonymat pour un retour définitif de la paix en Côte d’Ivoire. Ce n’est pourtant pas le moment de faire ralentir la caravane de la paix.

Quelles que soient les raisons de cette pause inattendue, la conduite du représentant du Président Gbagbo aux négociations inter-ivoiriennes est inacceptable. Non seulement elle contrarie les efforts du facilitateur et le plonge dans une situation difficile, mais encore, elle est loin d’honorer le camp présidentiel ivoirien.

La preuve qu’il s’agit bien d’une bourde, c’est l’envoi par le Président Gbagbo en fin de semaine à Ouagadougou d’une délégation gouvernementale ivoirienne forte de deux ministres. Un désaveu vis-à-vis de la conduite de son ministre de l’Intérieur ou la suite de l’exécution d’un plan minutieusement bien préparé ? La confiance s’effriterait-elle au sein du camp présidentiel ivoirien ? À moins qu’il ne s’agisse d’une complicité entre le Chef de l’État ivoirien et son ministre à tout faire.

Durant les échanges avec la presse, les ministres dépêchés par Gbagbo se sont evertués à convaincre l’opinion que le processus de paix avance et qu’il n’y a aucun blocage dans les négociations. Officiellement, la délégation serait venue en substance pour réaffirmer la fraternité entre les deux peuples et célébrer les progrès enregistrés dans la mise en application des Accords de Ouagadougou.

Mais selon toute vraisemblance, cette soudaine expédition semble être venue pour tenter de colmater les brêches, et excuser les dérives du camp présidentiel ivoirien. C’est bien connu : la plupart des officiels africains ne sont pas de ceux qui admettent ouvertement leurs torts, encore moins d’exprimer leurs excuses en public. Et le scénario qui se déroule sous nos yeux depuis quelques jours, trahit encore une fois les incertitudes et le manque de crédibilité de l’entourage du Chef de l’État ivoirien. De quoi souligner la pertinence des écrits de notre journal quant aux voltes faces désormais célèbres du Président Gbagbo et de ses partisans. Accrochés au pouvoir, ces derniers semblent avoir perdu de vue jusqu’à la plus simple des logiques en matière de rapports humains et de négociations politiques. Pourtant, ils disposent aujourd’hui sur le terrain de plus d’atouts que leurs adversaires.

Dôté de la puissance publique et de ressources insoupçonnées, le camp Gbagbo fait tout pour demeurer visible et au faîte de la prise de décision. La scène du malade imaginaire jouée par Désiré Tagro à Ouagadougou n’échappe pas à cette logique. Il faut donner l’impression d’être l’unique défenseur des intérêts du peuple ivioirien. Pourtant, le camp présidentiel qui est bien à l’origine du processus de paix, n’a aucun intérêt à jouer les empêcheurs de tourner en rond.

Il faut définitivement tourner la page et oser offrir aux Ivoiriens la quiétude dont ils ont tant besoin pour se préparer à aller aux urnes. Et rien, absolument rien ne saurait justifier la fuite en avant à laquelle certains voudraient associer les Africains.

Au fond, pourquoi ces retours en arrière de Désiré Tagro ? Faut-il voir dans les derniers tiraillements une quelconque forme de rivalité ou d’insubordination ? Tagro a beau représenter le camp présidentiel et le Président Gbagbo à ces négociations, il demeure avant tout un ministre, donc un subalterne du Premier Ministre Guillaume Soro auquel il doit un minimum de respect. Et jusqu’à preuve du contraire, pour l’instant, celui-ci semble avoir bien tiré son épingle du jeu. En acceptant de conduire un tel gouvernement, Guillaume Soro avait quant à lui bien pesé le risque et la responsabilité de s’exposer aux flêches du camp présidentiel et à ses humeurs. Aussi, face aux méthodes dilatoires de Désiré Tagro est-on tenté de situer ce dernier dans le camp des faucons du régime Gbagbo. Dans tous les cas, les Nations Unies devraient le tenir à l’œil, et même rouvrir la liste des individus à sanctionner pour inconduite notoire.

Des questions se posent après les incidents survenus la semaine dernière. Entre autres : la confiance aura-t-elle pris un coup chez nos frères ivoiriens, si tant est qu’elle a jamais véritablement existé ? Ce premier couac aura-t-il des répercutions sur le fonctionnement du gouvernement ? Comment se poursuivra la mise en œuvre du processus ? Qu’en sera-t-il de la visite que le Président Gbagbo s’apprête à rendre aux populations du Nord, fief des Force Nouvelles ? Faut-il établir ou pas un lien entre les derniers incidents de Ouagadougou et ce déplacement en préparation dans le nord ?

Toujours est-il qu’une fois de plus, le Président Gbagbo joue sa crédibilité. À l’origine du processus, il doit plus que les autres, œuvrer à son aboutissement dans des conditions les meilleures. Pour préserver ce qui lui reste d’honneur et de dignité.

S’il veut demeurer au pouvoir, l’actuel Chef de l’État ivoirien doit conduire à terme ce processus encore fragile. Ce n’est ni en rusant ni en bernant. Le Président Gbagbo et ses partisans doivent arrêter de s’amuser avec l’application des accords de Ouagadougou, et œuvrer de manière à parvenir sans encombres aux élections. Parce que la voie des urnes demeure la seule et unique voie de la vérité.

Le Pays

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