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Document Allocution à l’ouverture du forum de réconciliation nationale

Camarades délégués,
Mesdames, messsieurs,
Honorables invités,

Notre rencontre d’aujourd’hui est certainement très attendue par l’ensemble de notre pays. Elle intervient, en effet, à une période déterminante de notre évolution nationale marquée par la volonté manifeste de toute la classe politique de sortir de l’Etat d’exception pour s’engager dans un processus irréversible de démocratisation.

Depuis quatre années, nous avons entrepris, chacun avec ses convictions et ses moyens, de modifier notre environnement politique dans le sens de la mise en place de nouvelles institutions fondées sur :
- le pluralisme politique et syndical avec la formation d’une cinquantaine de partis politiques qui véhiculent des idéologies différentes, participent à la formation de l’opinion, critiquent librement le gouvernement et proposent des solutions différentes ;
- l’harmonie des pouvoirs et l’équilibre réalisé entre le système représentatif (chambre des députés) et la démocratie directe (deuxième chambre) ;
- la liberté totale de la presse et de l’information sans aucune entrave ni censure des opinions exprimées ou écrites ;
- l’indépendance d’une magistrature mise dans les conditions de témoigner à la société politique tout entière sa totale impartialité.
Ces éléments constitutifs de la démocratie pluraliste sont aujourd’hui les clefs de voûte de notre législation et principalement de notre Constitution consensuellement adoptée par toutes les forces vives de notre pays.

Dans cette œuvre importante et déterminante de mise en place de nos Institutions républicaines, il s’avère indispensable de travailler ensemble pour trouver des accords et agréments non seulement sur les règles de fonctionnement, du processus démocratique, mais au-delà sur celles de la gestion de notre pays.

C’est dans ce cadre qu’il m’est apparu impératif de convoquer ce forum de réconciliation nationale, pour évaluer le chemin parcouru et ce qui reste à faire, pour dialoguer et nous concerter afin de mieux nous mobiliser au service des intérêts supérieurs du Burkina Faso.
Dans une démocratie jeune qui se construit sur un fond de sous-développement économique et social, les forces politiques n’ont absolument pas le droit d’entretenir des tensions et des confrontations permanentes qui conduisent nécessairement à l’affaiblissement de la nation mais aussi à l’éveil de convoitises de tous ordres.
Je voudrais dans cet ordre d’idées réfléchir avec vous sur trois questions qui, sans doute, seront vos préoccupations durant ce forum :
- premièrement, pourquoi ce forum de réconciliation nationale ?
- deuxièmement, comment devrait-elle s’enclencher ?
- troisièmement, quelles peuvent être ses finalités ?

Sur la première question, notre pays a connu une histoire particulièrement riche et extrêmement mouvementée avec un cycle infernal d’instabilité, de luttes politiques d’une dureté et d’une âpreté qui ne sont pas sans conséquence sur les rapports interpersonnels.
Les rigueurs d’une vie démocratique appellent sans nul doute un apaisement entre les hommes, les forces politiques et sociales pour opérer toutes les transformations législatives et institutionnelles qui ancrent la démocratie sur un socle solide.

De mon point de vue, la politique n’est ni la guerre civile même verbale, ni la haine, ni l’outrance qui conduisent toujours à des dérapages aux conséquences incalculables qui ne servent, en définitive, ni les pays ni la démocratie.

Au demeurant, il n’existe pas de politique sans de solides références morales, sans une très forte éthique fondée à la fois sur le respect mutuel des acteurs et sur celui des institutions que nous nous sommes librement données.

Partant de l’idée que nul n’a le monopole de la vérité, la politique devrait se présenter dans une démocratie pluraliste comme l’organisation d’une compétition féconde des réponses que les différents partis politiques proposent aux populations à travers leurs programmes respectifs.
Vous comprendrez alors pourquoi j’ai décidé de convoquer ce forum de réconciliation nationale pour nous permettre :
- d’interroger notre passé en vue d’en tirer tous les enseignements ;
- de repartir tous ensemble vers l’édification d’une nouvelle société de droit fiable et stable avec des règles transparentes et acceptables par tous les partenaires du jeu politique.

Si dans d’autres pays et dans d’autres circonstances, les hommes politiques ont eu le mérite d’inventer des formules politiques originales telles que les états généraux, les conférences nationales..., il nous est apparu que de telles instances ne pouvaient nullement être des camisoles sur mesure valables pour tous les Etats dont le niveau des luttes sociales, la nature des problèmes, les institutions et les contextes politiques sont assez différents. .. Ainsi, après une analyse profonde et une ample réflexion à partir de nos réalités propres et au regard des dispositions constitutionnelles, nous avons classé la conférence nationale souveraine comme un cadre inapproprié et inopportun.
Manifestement, si les conférences nationales dites souveraines ont été des actes éminemment novateurs et porteurs d’espérances intervenant dans des sociétés économiquement, politiquement et socialement bloquées, les errements politiques massifs ont conduit la plupart d’entre elles à des impasses parfois très douloureuses :

- déchirure du tissu social et luttes politiques incessantes ;
- déliquescence des institutions étatiques ;
- insécurité et catastrophes économiques, etc. Dans les désordres qui s’ensuivirent, tous les acquis des Etats se sont envolés sans que les problèmes politiques et sociaux majeurs ne soient résolus.
La Conférence nationale s’est surtout révélée une structure de division de la société politique plus qu’un moyen de dialogue et de concertation. Les masses populaires s’en sortent avec amertume, angoisse et avec la croyance d’avoir été dupées par les professionnels de la course au pouvoir.

C’est pourquoi nous avons toujours pensé qu’une formule de "forum de réconciliation nationale" était de loin préférable en ce qu’elle nous permet d’avoir sur notre passé un regard très critique et sans complaisance pour avancer résolument vers la recherche d’un consensus le plus large possible, avec la formation d’une réelle volonté collective consciente et déterminée pour gérer le processus démocratique.

A l’évidence, pour parvenir à de tels résultats, les débats que vous allez entreprendre ne devront tourner ni dans le vide ni dans le vague. Vous devez avoir la mesure et le sens du compromis pour surmonter sans tension ni dommage pour la paix civile, la démocratie et le progrès toutes nos divergences et contradictions les plus profondes.
Vous devez avoir en permanence à l’idée qu’il vous faut parvenir à sceller un véritable consensus interne pour sauvegarder la paix sociale, la démocratie et le développement.

Ainsi, nous mettrons chaque Burkinabè en situation de choisir librement le parti, le syndicat et les valeurs dans lesquelles il souhaite en toute indépendance s’identifier.

Camarades délégués,
Mesdames et messieurs,
Honorables invités,

Je voudrais avant de terminer, vous encourager à persévérer dans la recherche d’un consensus dynamique qui nous amène à la concorde nationale mais dans le respect scrupuleux des institutions que le peuple souverain s’est librement donné.
Pour ma part, je puis vous assurer de ma disponibilité pleine et entière pour vous permettre d’atteindre tous les objectifs que les lois du Faso impartissent à votre rencontre.

En ma qualité de Président de tous les Burkinabè, j’ai pleinement confiance en vous tous, délégués au forum de réconciliation nationale, représentants des organisations politiques et sociales.

Je demeure persuadé que votre esprit de tolérance et votre lucidité vous permettront de transcender vos divergences et d’aboutir à des conclusions qui préserveront l’unité et la cohésion de notre nation.
La présence parmi nous de nos anciens chefs d’Etat constitue déjà un support de grande valeur politique à notre œuvre de réconciliation nationale car ils nous aideront par leur sagesse, leur expéri
ence propre à atténuer les contradictions et à nous donner la mesure des difficultés inhérentes à la gestion politique d’un pays en voie de développement comme le nôtre.

Je voudrais, en votre nom à tous, les remercier pour avoir répondu à notre invitation.

En souhaitant plein succès à vos travaux, je déclare ouvert le forum de réconciliation nationale.

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

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