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Burkina : Les confidences du "cahier secret" de Thom Sank !

Accueil > Actualités > Politique • • vendredi 19 octobre 2007 à 06h35min

Thomas Sankara

Sankara tenait un cahier où il mentionnait, depuis 1970, les faits qui l’on marqué et ses sentiments sur ce qu’il a vu et vécu. C’est ce qui ressort de ce document qui nous a été envoyé par notre consoeur Ramata Soré.

Son sentiment quand Lamizana fait son deuxième coup d’Etat, en 1974 :

"Au réveil, le chef de corps convoque d’urgence tous les officiers au P.C. Proclamation du général qui prend le pouvoir ; dissout la Constitution, l’Assemblée nationale et gouverne par ordonnances. Un gouvernement de civils militaires sera constitué. Ca ne me satisfait pas. Car j’attends toujours l’avènement des jeunes officiers. Et quoi qu’il fasse, Lamizana, téléguidé par Baba Sy, Saye Zerbo, etc., ne pourra pas descendre chez les jeunes. Et puis, pour les civils, il va engager des anciens dépassés par l’évolution des choses", mentionne Thomas Sankara lors du second coup d’Etat du général Sangoulé Lamizana. Cet extrait de sentiments est l’une des nombreuses appréciations du chef de la Révolution dans ce qu’il appelle son "Cahier de comptes rendus personnels" où il consignait ses états d’âme sur ses propres actions en tant que militaire, en tant que politique, sa vie privée ; sur ses attentes et les perspectives et plans concernant la gestion de la Haute Volta.

Toute chose qui tombe sous le regard de Thomas Sankara est disséquée, analysée minutieusement. Ainsi, après une visite du palais présidentiel de Maurice Yaméogo à Koudougou, Sankara est indigné : "C’est révoltant. On est ému quand on voit tant d’argent volé ! Après avoir visité ce palais, on ne peut plus avoir un autre sentiment que la haine à l’égard de Maurice Yaméogo. Vis-à-vis des chefs voltaïques, on est écoeuré par leur peur de ce voleur. Personne n’ose faire appliquer les textes qui condamnent Maurice."

Il se remet aussi en cause dans ses notes. Par exemple, il dénonce son attitude irrespectueuse des biens de l’Etat en écrivant ceci : "J’ai conduit un pauvre vieux à la gendarmerie. Le chef de corps m’a fait remarquer que je ne devais pas sortir avec la fourgonnette. Eh oui ! je n’ai fait qu’imiter. C’est ainsi que l’on devient mauvais citoyen quand, pour se venger des erreurs des autres, on agit doublement dans le même sens qu’eux : utiliser abusivement la voiture de l’Etat, par réaction aux mauvais entretiens des autres."

Dans ce cahier, Sankara donne également ses appréciations sur les événements internationaux. Ses analyses étaient presque des prémonitions ; ainsi parle-t-il du président argentin de l’époque : "Péron réélu après son renversement en 1955 par les militaires. Il a 78 ans. Ca ne va pas. Il est trop vieux et sa femme vice-présidente. C’est l’oligarchie. Il y a en Argentine le culte de Péron. A sa mort, il y aura le chaos. Car le peuple est rassemblé autour de la personne sacro-sainte du généralisme Juan Peron, mais pas d’idéologie…"

Depuis plusieurs années maintenant, le sankariste Ernest Nongma Ouédraogo détient par-devers lui le "Cahier de comptes rendus personnels" et peut-être bien d’autres documents de feu Thomas Sankara.

Au cour du symposium, l’exposé de Ernest Nongma Ouédraogo a permis de se faire une idée de l’importance de ce patrimoine jusque-là inconnu. Nongma détient une partie des cahiers, mais une autre partie est entre les mains de Blaise Compaoré. Ou, du moins, le pense t-on. Puisqu’après l’assassinat, ces documents ont été saisis dans son bureau. Un visiteur de Blaise Compaoré se souvient l’avoir vu une fois feuilletant un des cahiers, dans lequel était inscrit les projets que Thomas Sankara entendait réaliser. Il faut espérer que ces documents de grande valeur, véritable patrimoine national, n’aient pas été détruits, comme bon nombre d’archives de la télévision nationale, mais aussi de la radio. Les vainqueurs du 15 octobre, dont certains hommes de la presse comme Gabriel Tamini et Watamu Lamien n’ont pas su dépasser parfois les ressentiments primaires qu’ils nourrissaient contre Sankara. Il se dit encore à la RNB que Gabriel Tamini a débarqué à la rédaction avec cette phrase de triomphe : "Votre petit Sankara là, on a réglé son compte."

Nongma, qui détient certains de ces cahiers, entend les expurger de certaines notes non convenues avant de les livrer à la publication. Il faut souhaiter que le flic ne fasse pas trop marcher la censure. Car en vérité, dans ces situations rien ne devait être censuré. Parce que c’est bon pour la postérité et c’est bon pour mieux connaître l’homme. Sankara n’est pas un ange, c’est un être humain avec ses faiblesses. S’il a écrit certaines choses dans ces carnets intimes, c’est qu’il a disposé pour la postérité. Il a une fois "giflé sa femme", il l’a écrit et il a mentionné qu’il le regrettait profondément, même s’il ne savait pas comment le dire à cette dernière. Faut-il censurer des passages comme celui-ci ? A notre humble avis, non. Parce que c’était ça aussi, l’homme. S’il n’a pas triché de son vivant, il serait souhaitable que ces ayants jouent totalement le jeu.

Ramata Soré

Le Pays

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