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Insécurité au Burkina : Leurres et lueurs

Accueil > Actualités > Opinions • • jeudi 27 mai 2004 à 07h49min

Dans le cadre de ses activités, l’Association culturelle pour la promotion du Pulaaku, ACPP, a organisé du 18 au 21 mars 2004 les 6e journées du pulaaku, dont le thème central était : « Education islamique, scolarisation/alphabétisation et banditisme ».

La rencontre, qui a eu lieu dans la Kompienga, a connu la participation de leaders d’opinion de 8 provinces et a permis de mener des réflexions sur l’insécurité au Burkina Faso. Des réflexions découle le présent écrit qui est une contribution à la lutte contre le banditisme, notamment le vol.

Si d’une part l’écrit rappelle que les exécutions extrajudiciaires comme moyens de lutte contre le banditisme ne sont que leurre, il exclut, d’autre part, toute organisation de milice locale pour assister les forces de l’ordre. Par ailleurs, il s’y dégage que l’information, l’éducation et la communication sont actuellement les moyens les plus appropriés pour une lutte contre la recrudescence du vol.

L’insécurité au Burkina Faso est une réalité. Aucune province n’en est épargnée. Cette triste réalité n’est guère nouvelle. Son expression la plus souveraine est le vol. Bien avant la colonisation, le vol faisait déjà partie du vécu quotidien de ceux qui deviendront par la suite les burkinabè. Des greniers entiers, pleins de céréales, et parfois seules richesses du village étaient vidés. On volait même des êtres humains, revendus par la suite ou réduits en esclaves. Ce n’était point en période de guerre. C’était en temps presque normal.

Avec l’évolution et en faveur des temps dits modernes, le vol a pris une autre tournure, devenant de plus en plus toléré. Ainsi, pour les jeunes générations, le voleur n’est pas seulement celui-là qui soustrait frauduleusement ce qui appartient à autrui ; il est également celui-là qui prend ce qui ne lui appartient pas mais en cachette. Il suffit alors de crier au voleur, et le voleur fuit. La poursuite n’était pas nécessaire.

De nos jours, l’ancienne forme de vol est de retour au pays des hommes intègres. C’est le vis-à-vis. Non seulement le citoyen est dépouillé de ses biens, et à visage découvert, mais pire, il est humilié ou même tué. Ceux qui viennent en renfort sont également pris à partie et il n’est pas exclu qu’ils subissent le même sort que celui qu’ils espéraient secourir.

Les conséquences d’une telle situation méritent que chaque Burkinabé, en ce qui le concerne, fasse des propositions, peu importe le qu’en dira t-on. C’est peut-être ainsi que nous trouverons la voie la meilleure pour en découdre avec les voleurs, le vol aggravant la situation dramatique du Burkina Faso, un pays très pauvre.

En matière de pauvreté, rappelons que depuis des dizaines d’années, le Burkina est classé parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2003, il l’a encore été. Pourtant à parcourir nos campagnes, il reste indéniable que le "Pays des hommes intègres" est un pays de travailleurs.

Les colons l’avaient compris, eux qui envoyaient les voltaïques sur les sentiers les plus difficiles. Paradoxalement, nous sommes pauvres. Et nous semblons l’être davantage si l’on sait que sur la base d’un seuil absolu de pauvreté estimé à 41099 fr en 1994, 72690 fr en 1998, 82672 fr en 2003, par adulte et par an, la proportion des pauvres s’est établie respectivement à 44,5%, 45,3%, 46,4% soit une aggravation réelle. Et pourquoi ?

Une des raisons de notre pauvreté est qu’en réalité, nos cadres n’ont pas encore su convaincre nos braves paysans et les décideurs politiques que courber l’échine pour cultiver à la daba relève beaucoup plus du sadisme que de la volonté de se faire de bonnes récoltes, tout comme l’élevage extensif et contemplatif reste la seule pratique faisant encore de l’homme un être au service de l’animal.

Bref ! C’est dire que la fin de la pauvreté n’est pas pour bientôt. Et comble de malheur, l’insécurité bat son plein, contribuant ainsi à l’émergence des conditions favorables à une pauvreté durable. Au niveau des femmes par exemple, le constat est amer : elles sont nombreuses à ne plus se battre.

Les femmes ne se battent plus pour sortir de la pauvreté En effet, depuis quelques années, les femmes avaient un grand engouement pour les activités génératrices de revenus. Elles étaient non seulement encouragées par ce qu’elles obtenaient comme bénéfices mais également par les facilités offertes par le FAARF et autres réseaux octroyant des prêts. Des prêts sont contractés et les petits et gros ruminants achetés. Des bénéfices étaient dégagés, ce qui contribuait à l’amélioration des conditions de vie de toute la famille. D’autres encore achetaient des marchandises qui étaient revendues au marché : produits maraîchers, céréales, volaille, etc.

Les unes comme les autres, quelle que soit la nature de leurs activités commerciales, sont aujourd’hui comme paralysées, découragées par les voleurs, principaux acteurs de l’insécurité au Burkina Faso.

En somme, les attaques en vue de dépouiller les citoyens de leurs biens acquis à la sueur de leur front ont des conséquences multiples dont la plus importante est l’émoussement de la volonté de lutter contre la pauvreté. Aussi, dans de nombreuses régions, les femmes ne contractent plus de prêts et celles qui le font s’entourent de précautions telles qu’elles sont constamment stressées avec toutes les conséquences psychologiques et socio-économiques qui en découlent.

Des citoyennes sont humiliées

Bien que les femmes soient dépouillées, certaines sont en plus humiliées. En effet, au cours des attaques, il n’est pas exclu que les agressées soient en plus battues et/ou contraintes d’exécuter des mouvements humiliants. En outre, il n’est pas rare de trouver de braves femmes incapables de rembourser des dettes contractées auprès des caisses populaires, juste parce que l’animal acheté et grassement nourri avec le prêt a été volé. Elles deviennent ainsi la risée de tous. De même, des bergers ayant été démunis de tout leur troupeau sont aujourd’hui des malades mentaux.

Des citoyens sont tués

Par ailleurs, au cours de certaines attaques, des citoyens sont tués pour peu qu’ils aient eu la malchance de se trouver en un point x à un moment T. Face à la situation qui prévaut, les forces de l’ordre déploient, semble t-il, d’énormes efforts pour contre-carrer le mal. Ainsi, les attaques de tout genre dont les voleurs sont coupables connaissent des contre-attaques parfois très musclées. Aussi n’est-il pas rare d’entendre que tel voleur a été arrêté et tel autre abattu.

Abattre les voleurs : solution ou leurre

Œil pour œil, dent pour dent, telles sont, me semble t-il, le type de relations entretenues par les forces de l’ordre et les acteurs de l’insécurité au Burkina, notamment les voleurs. Autrement quoi dire lorsqu’au bord des routes, nous découvrons parfois des corps sans âmes, des corps de voleurs, dit-on. Est-ce là la meilleure solution ? Nous ne saurons répondre à la question surtout si l’on sait que le ministère en charge de la Sécurité dispose de cadres de conception très compétents et républicains, donc en mesure de combattre les bandes armées dans le strict respect de la loi. Mais ne chicanons pas.

Il n y a pas encore longtemps, les exécutions extrajudiciaires étaient applaudies par la communauté de base. Les exécutés ne trouvaient personnes pour les pleurer si ce n’est le MBDHP, la loi interdisant les exécutions extrajudiciaires. Pire, une réflexion très rapide permettait de soutenir que l’exécution systématique et extrajudiciaire des voleurs pouvait réduire le nombre de ces derniers. C’est donc une solution, et des solutions, on en cherche.

Et pourtant ! A entendre les villageois, ces derniers mois, il n’est pas rare de voir des malfrats opérer là où leurs acolytes ont été tués il y a quelques temps. Il n’est pas rare non plus de constater que l’exécution d’un voleur n’empêche pas la relève dans le même village, voire dans la même famille. C’est qu’en réalité, le problème du vol est plus profond. Vouloir en découdre en un tour de main, par des exécutions extrajudiciaires, ne permettrait au citoyen lambda que de se poser des questions :

• Qu’est-ce qui prouve que c’est parce qu’il est vraiment un voleur qu’il a été abattu ? • Qu’est-ce qui prouve que ce n’est pas un règlement de compte ? • Qu’est-ce qui prouve que l’individu exécuté n’était pas en mesure de dénoncer le réseau, dont il n’est que le maillon faible ?

• Qu’est-ce qui prouve que ce n’est pas pour protéger le chef du réseau, si réseau il y a, et quelques autres bénéficiaires, que le voleur a été exécuté ? Ce sont là des questions qui semblent vicieuses. Y répondre serait très prétentieux de ma part. j’oserai toutefois postuler qu’un voleur isolé ne saurait disposer d’armes sophistiquées dont la vente est interdite au Burkina Faso. Autrement, en posséder c’est appartenir à un réseau qui pourrait trouver ses racines dans les grandes sphères de la société nationale et/ou internationale.

C’est pourquoi il ne serait pas faux de penser qu’abattre sans jugement un voleur détenteur d’armes sophistiquées, donc membre d’un réseau, c’est permettre à un éventuel réseau de malfaiteurs de se passer de son maillon faible et de le remplacer par un autre, moins faible, et donc plus toxique. Aussi, les exécutions extrajudiciaires, même si elles étaient autorisées par la loi, me semblent dans ce cas de figure non recommandées. Or elles ne sauraient être autorisées par la loi.

Vouloir combattre le mal en tuant les voleurs serait donc se leurrer et créer plus de problème que l’on en résout. En outre, les nombreux engagements du Burkina Faso en faveur des droits humains ne permettent pas d’aller à contre courant de l’universalisation des lois.

Et le Burkina est en porte à faux avec ses propres textes ratifiés au niveau des instances internationales. Si nous n’y prenons garde, nous ne serons que rappelés à l’ordre tôt ou tard. Même si nous nous entêtons, croyant bien rendre service à nos compatriotes. En somme les exécutions systématiques des voleurs, comme solution, ne sont que leurres. Elles ne sauraient résister au temps et à l’espace.

Créer des comités locaux de sécurité publique dans les villages.Une autre solution pour traquer les voleurs consisterait à impliquer la communauté de base en créant une sorte de milice locale. C’est là un couteau à double tranchant. Si l’on n’y prend garde, la déception sera plus grande.

Supposons d’ailleurs que dans un village il y ait un membre d’un réseau de malfaiteurs. Supposons également que le maillon faible du réseau soit le chef coutumier, le chef religieux ou le délégué villageois. Non seulement, il fera abattre celui qui sera tenté de le dénoncer à la police, mais également, il donnera à cette dernière des informations dans le seul but de la divertir. Et comme nous sommes habitués aux exécutions extrajudiciaires, un citoyen est vite tué (il paraît que l’on ne tue pas au hasard).

En rappel, au Cameroun, un chef traditionnel de la province de l’Adamaoua, à Ngaoundéré, au Nord du pays a été dénoncé comme principal commanditaire des bandits de grand chemin dans sa région. Des exemples similaires existent en Afrique de l’ouest. Et au Burkina Faso, pays des villages aux grands extrêmes - extrême pauvreté, extrême analphabétisme, extrême soumission à l’administration, extrême soumission aux chefs coutumiers ou religieux - certains responsables villageois sont de véritables gouroux.

Et comme les chemins de l’enfer sont parsemés de très bonnes intentions, des innocents passeront par les balles des exécutions extra judiciaires avant que l’on ne se rende compte qu’il y avait erreur ; Paul avait été pris pour Pierre. Mais ce qui est fait est fait ! le vrai commanditaire était le gourou.

Et comme l’habit fait parfois le moine, le gourou, libre comme l’air, restera intouchable. D’ailleurs à quoi bon le dénoncer puisque tout le village sait qu’il est le vrai commanditaire des vols et qu’il est le prolongement de la police dans le village. Intégré au réseau régulier de lutte contre le banditisme, personne ne le dénoncera. Et il n’en faudrait pas plus pour que l’on colle une image sordide à la police, notre police compétente et républicaine. Jusque-là en tout cas, même si elle compte en son sein des brebis galeuses.

Alors que faire ? sachant que les forces de l’ordre ne pourraient pas à elles seules venir à bout du banditisme. Il me semble qu’au niveau de tous les acteurs, mettre en œuvre une dynamique partenariale entre forces régulières de l’ordre et communauté de base, apte à favoriser la qualité et la convergence de la lutte contre le vol est indispensable.

Toutefois il n’est pas encore temps et la police doit juste se contenter de ses méthodes classiques de collaboration qui également ne sont pas moins performantes pour peu que l’on y mette les moyens qu’il faut. Aussi, toute idée de milice locale n’est que leurre, sinon un véritable piège dans lequel l’Etat devrait éviter de tomber. La raison est très simple : nous sommes dans un pays où 90% de la population est analphabète.

Or nous le savons bien, l’analphabétisme … et ses formes déguisées sont un obstacle majeur à la productivité dans l’agriculture, l’industrie et les services à forte valeur ajoutée ; ils constituent un frein à la santé des populations, à la protection de l’environnement et du cadre de vie, une terre fertile pour la pauvreté. Au total, c’est un facteur d’inertie et de régression économique et sociale (MED, INSD, 2003 : 21, Burkina Faso : La pauvreté en 2003 (version provisoire) Ouagadougou).

C’est dire que l’analphabétisme est pire que toute l’insécurité visible que nous vivons. Elle tue beaucoup plus que forces de l’ordre et voleurs réunis. Peut-être sournoisement et pernicieusement, mais elle fait beaucoup plus de victimes. Voyons seulement les conséquences des produits dits pharmaceutiques vendues dans la rue.

Quelques lueurs à l’horizon

Pour aider à résoudre, ne serait-ce que partiellement le problème du vol au Burkina Faso, il faut, me semble t-il, tenir compte de la spécificité des régions et s’intéresser à un type particulier de banditisme. C’est pourquoi je m’intéresserai à un type de voleurs : les voleurs ruraux, toujours analphabètes. Spécialisés dans le vol des petits et gros ruminants, ils sont capables de muer avec le temps en coupeurs de route ou autres bandits de grand chemin. Je m’inspirerai également des nombreuses réflexions menées par l’ACPP dans différentes provinces.

Depuis des années, l’ACPP lutte contre la délinquance à l’instar de beaucoup d’autres associations. Son domaine de prédilection est le milieu des éleveurs traditionnels. Des débats, il est régulièrement ressorti que contrairement à ce que certains croient, le vol n’est pas toujours lié à la pauvreté. La preuve, les voleurs de ces milieux sont très souvent les fils de riches propriétaires de bétails. Quelle y est alors la cause réelle du vol ?

Les nombreux débats tenus dans le cadre purement associatif et dans plusieurs provinces du pays y compris la Kompienga n’ont pas permis de trouver la réponse. Par contre, à la question de savoir qu’est-ce qui encourage le vol, la réponse est nette : c’est la complicité des parents, des voisins, de l’administration. Les exemples sont légion. Les voleurs sont généralement connus et personne ne veut être le premier à les dénoncer.

D’ailleurs à quoi bon dénoncer puisque le voleur ne t’a rien volé. C’est être « mounafika » que de le faire. C’est très mal vu et il n’est pas exclu qu’à la sortie de prison, tu paies très cher le service rendu à la nation entière.

Or la participation communautaire à la lutte contre le vol ne saurait se départir de la même complicité. N’est-ce pas d’ailleurs que bon nombre de voleurs tués étaient bien connus de la communauté de base où ils sévissaient ? Peu importe qu’ils fussent éleveurs ou non-éleveurs. C’est pourquoi, nous estimons que toute lutte contre les voleurs et autres malfrats de grand chemin passe par deux points, qu’il s’agisse de la Kompienga, où l’ACPP a tenu sa dernière rencontre annuelle ou d’ailleurs :

• La réduction du nombre de voleurs en minimisant la relève ; • le jugement des voleurs arrêtés pour identifier leurs réseaux et les démanteler. Le 2e point relève de la justice et de ses démembrements. C’est pourquoi nous nous intéresserons seulement au 1er point.

La réduction du nombre de voleurs en minimisant la relève

Une solution populaire

Dans le milieu des éleveurs traditionnels, de nombreuses solutions culturellement très opérationnelles ont été proposées pendant les débats menés dans de nombreuses provinces par l’ACPP. Malheureusement, elles ne s’adaptent pas au contexte actuel des droits de l’homme, et dans tous les cas, il ne s’agit pas de solutions durables.

Une des solutions proposées, et qui a fait l’unanimité de tous, consiste à bannir tout voleur et de le chasser du village à l’image des sorcières en pays mossi : elles étaient humiliées, chassées, leurs cases brûlées, interdites de séjour au village. Et tout cela au vu et au su de leurs enfants, frères, sœurs et époux. C’était mauvais et inhumains, mais c’était une solution, aussi mauvaise soit elle. Et tous les leaders d’opinion ayant pris part au débat, sont unanimes à reconnaître que c’est là la meilleure façon de dissuader les parents qui protègent leurs fils voleurs qui ne sont ni à leur premier, ni à leur dernier forfait. C’est là également aider à l’émergence des conditions favorisant la dénonciation du voleur par tous les membres de la communauté.

A ce type de solution difficilement adaptable à notre contexte d’Etat de droit où personne ne doit être sacrifié pour sauver les autres, s’oppose une autre ayant l’avantage d’être durable et s’inscrivant dans le combat contre l’analphabétisme et ses formes dérivées.

Une solution durable

Dans de nombreux villages d’éleveurs, les voleurs ne sont pas ceux qui ont été à l’école. Il nous est revenu que le constat est également valable chez les agriculteurs. Et les voleurs de petits et gros ruminants dans les zones où existent des centres d’alphabétisation est en nette diminution, la reconversion des mentalités aidant. C’est pourquoi, nous conviendrons avec l’adage qui dit qu’une école ouverte est une prison fermée.

Chez les éleveurs, un centre d’alphabétisation ouvert est également une prison fermée. En effet, l’analphabétisme est l’une des raisons justifiant de nombreux cas de vols : on vole, car on est rarement dénoncé ; on vole pour brimer l’autre ; on vole pour s’affirmer ; on vole parce que l’on jouit de la complicité de tous ; on vole, car ils sont nombreux à voler et on ne voudrait pas être en reste. Somme toute la recherche du bien-être et du gain facile ne sont point une préoccupation. De nombreux cas l’illustrent.

Sinon que dire de l’éleveur qui retrouve son troupeau des semaines après qu’il a été volé, et qui est contraint de verser une somme au voleur pour rentrer en possession de ses animaux ? Pourtant dans le pays où a lieu le vol, la loi prévoit des sanctions. Pourquoi alors un tel comportement ? Ces pratiques courantes sont connues de l’administration du pays d’accueil des transhumants. C’est une complicité entre les voleurs et quelques leaders villageois exploitant à fond l’analphabétisme des transhumants.

Que dire encore des transhumants qui refusent d’obéir aux exigences administratives locales pour se retrouver dans le pétrin et sans recours puisqu’ils n’avaient pas les pièces juridiques nécessaires à la transhumance. C’est encore l’analphabétisme, car les pièces ne coûtent pas chères et sont faciles à obtenir.

D’autres encore refusent systématiquement de coopérer avec l’administration, qui fait des pieds et des mains pour les sortir d’embarras. Et pourtant ! des animaux, ils en regorgent à telle enseigne qu’un seul éleveur peut prendre en charge toutes les dépenses afin de rentrer dans ses droits même si l’on sait qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Bref ! ce sont là des impacts visibles de l’analphabétisme dont le combat passe par la sensibilisation pour un changement de mentalité, et les centres d’alphabétisation en sont des cadres idéaux. En ouvrir en nombre suffisant permettrait de minimiser la relève dans le monde des voleurs.

En somme, les voleurs séviront toujours au Burkina Faso, car tout le monde les connaît et personne ne les dénonce. D’ailleurs qui est fou ? Culturellement la situation est complexe. La police veut des preuves avant de sévir. Et les preuves impliquent un témoignage. Or c’est mal vu en milieu traditionnel de dénoncer quelqu’un qui ne vous a rien fait de mal. Ni à vous, ni à votre proche parent.

En réalité, le vol est aussi vieux que le monde et si l’on n’y prend garde, le voleur se retournera contre le pauvre dénonciateur qui n’aura le soutien de personne, car il n’est qu’un « mounafika ». Dans un tel contexte, combattre le vol exige une réforme de mentalités.

Pour cela, il faut l’information, l’éducation et la communication, toute chose dont le centre d’alphabétisation reste un cadre idéal. Il appartient alors aux responsables en charge de la sécurité du Burkina Faso de prendre des dispositions dans ce sens en impliquant fortement le MEBA, le ministère de la Justice et celui des Droits humains. Ce n’est qu’après que l’on pourrait songer à la création de comités locaux de sécurité publique dans les villages.

Issa Diallo
Tél. (226) 70 25 11 95
issadbble@hotmail.com

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